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 L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)

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Ihriae
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1) - Page 6 EmptyMar 3 Sep 2019 - 16:11

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 26.4


Il aurait fait exactement la même chose que les terrans, du moins avant d’apprendre que les Bouches étaient des créatures vivantes.

Une soudaine et terrible intuition le frappa telle une rafale.

— C’est bien Circé qui t’a envoyée ici, n’est-ce pas ?

Elle se mordit la lèvre inférieure tandis qu'une vague de tristesse menaçait de déferler à nouveau sur elle.

— Avant d’aller plus loin, je dois vous montrer quelque chose, dit-elle. Il faut que je vous prévienne, ça ne vous plaira pas. Ça va même vous choquer. Mais il est indispensable que vous le voyiez par vous-même afin de ne pas vous faire d'illusion sur ce qui arrivera.

Il eut un rire forcé.

— Il y a bien longtemps que je n’ai plus d’illusion sur quoi que ce soit ou qui que ce soit.

— Pas vous, ici et maintenant… Mais vous, dans le passé. D’après Circé, si le passé peut influencer l’avenir, il est probable que le futur puisse aussi influencer le passé. À l’échelle de l’individu, les rêves, les prémonitions, les impressions de déjà-vu ou les pressentiments, bons ou mauvais, sont autant de messages venus du futur et destinés à préparer leur destinataire. Elle pense… Elle pensait que si vous ressentiez une forte charge émotionnelle, celle-ci aurait un écho dans le passé.

— Et que cela changerait certaines décisions que j’ai pu prendre ?

Elle acquiesça d’un signe de tête.

C’était bien une théorie de Circé. Elle lui en avait parlé à maintes reprises. Elle avait toujours pensé que les émotions comme les actes créaient des formes d’ondes autour de leur émetteur qui se propageaient dans le futur comme dans le passé.

— Moi, j’ai confiance en vous, lui assura-t-elle. Vous devez avoir confiance en moi et m’ouvrir votre esprit… entièrement.

Plus inquiet que jamais, Teutatès s’était rapproché.

— Adad, c’est trop dangereux, le prévint-il d'une voix calme.

Trop calme, trop basse, pour être vraiment apaisante.

Baal ne répondit pas, mais le regard qu'il rendit à son compagnon se voulut confiant.

Considérant qu’il obtempérait, Mountain descendit de son muret et s’approcha de lui. Il baissa la tête pour être à sa hauteur. Elle posa ses mains de chaque côté, au niveau des tempes, et son front contre le sien.

Il ferma les yeux. Il sentit son souffle chaud et son odeur de temps.

Se laisser aller n’avait jamais vraiment été dans ses habitudes. Depuis sa rencontre… C’était si loin, et en même temps, cela revenait avec tellement de clarté avec cette petite humaine qui n’en avait que l’apparence chez les Darwin. Une vague d’émotions imprégna son âme. Ils avaient fait tellement pour lui… Une autre vague succéda à la première., plus grande, plus forte, plus lourde. Circé n’était plus l’enfant dont il se souvenait la dernière fois qu’il l’avait vue. Elle était désormais une femme, encore jeune et belle, et en même temps, le poids des siècles transparaissait sur son visage, et dans ce regard qu’il ne reconnaissait plus… Une enfant qui n’en était plus vraiment une…

Les informations arrivaient par vague désordonnées, maintenant. Mountain n’était pas née d’un père et d’une mère, et pourtant… Son sang et sa chair, il les connaissait… C’était celle de Himilce, mais aussi celle de la douce inconnue, dont il apprit enfin le prénom : Raïna… Celle de dizaine d’autres Rayas que Circé avait envoyé à sa recherche à travers les siècles et les galaxies. La plupart était mortes sans jamais le retrouver… et il avait aimé Himilce à un tel point… S’il avait su que Mara et Raïna était plus que des sœurs, pour elle, sans être elle… La colère le submergea. Envers lui. Ne l’avait-il pas su, d’une certaine manière ? Envers Circé. Qu’avait-elle donc fait ? Comment avait-elle pu…

Il essaya de s’extraire de l’emprise mentale de Mountain, mais une autre image s’imposa à son esprit :  Will MacAsgaill et la tisseuse. Il ne parvenait pas à se souvenir de son nom. Seul, celui d’Anna-Louise lui revint à l’esprit. La tisseuse était sa descendante, du moins son hôte. Lorsqu’elle avait rejoint la Nuée, elle portait un enfant en elle, l'enfant de Will MacAsgaill… mais elle ne l’avait pas mis au monde… Pourtant, Circé avait récupéré le matériel génétique qui lui avait permis de concevoir un premier clone. Elle l'avait élevé quelques mois avant de l'envoyer dans le passé. Bien plus loin qu'elle ne l'avait souhaité...

Himilce fut cette première création. Sans le savoir, elle fut à l’origine de la seconde. La Circé du passé s’était débrouillée pour obtenir un peu de son sang, quelques mèches de cheveux, et même un peu de chair et de la peau. Était-elle alors consciente de la véritable nature d'Himilce ? Elle avait conservés ses précieuses reliques pendant plus de deux mille ans... Jusqu'à ce qu'elle trouve le moyen de les cloner à nouveau.

Une nouvelle vague le frappa de plein fouet…

Raïna, la jeune femme qui était secrètement venue lui donner à boire, à manger et le soigner dans les geôles de Cottos… Celle qu’il avait aimée et qui, surprise par l’hécatonchire, avait été jetée dans le puits de l’Eternité… Avait alors eu lieu un phénomène qui avait échappé autant à Cottos qu’à Circé… Le premier pensait que l’âme de la jeune femme serrait condamnée à y errer pour l’éternité, et que le savoir deviendrait intolérable pour l’ancien dieu phénicien. Au lieu de cela, quelque chose d’autre était ressorti du puits en différents temps et lieux : une âme à la fois multiple et unique capable de retrouver chacune des incarnations que Circé avait pu envoyer dans le passé à chacun de ses essais, dans chacune de ses vies alternatives.

Lorsque Circé avait créé Himilce, à partir des cellules de l’embryon, fourni à son insue par la Tisseuse, elle ignorait que, dans cette âme, dans ce cœur, serait imprimé l’amour que Raïna avait porté au prisonnier de Cottos, et qu’il en serait ainsi pour toutes les Rayas… Les Rayahimlies comme les surnommaient les ivernes. Eux, ils avaient su... comme si tout avait déjà été écrit. Les grandes lignes, du moins.

Cette petite humaine, face à lui, était toute à la fois Himilce, Raïna, Mara, et bien d'autres. Elles avaient chacune leur personnalité, mais leur corps et leur âme étaient reliés par un pont : ces instants passés dans l’amour et la douleur, dans les geôles de Cottos. Ces femmes étaient liées à travers le temps et l’espace, à travers la science et la magie, entre le passé et le futur, à la fois femmee uniques et multiples. Ne l’avait-il pas toujours su ? N’était-ce pas la peur de la perdre, encore et encore, lui, l’immortel, ou bien de la rechercher sans cesse, avec la crainte de ne jamais la retrouver, qui l’avait poussé à fuir et à refuser son destin ? L’angoisse de souffrir plus encore qu’il n’avait déjà souffert… Héra l’avait-elle deviné lorsqu’elle avait fait assassiner Himilce ?

La souffrance enflamma son corps… Mais ce n’était pas la sienne… C’était… C’était celle de billions et de billions d’âmes… Celles de ces êtres qu’il n’avait pas voulu sauver et que les terrans avaient massacrés, celles de ses amis, de ses compagnons qui avaient souffert sous les tortures des bourreaux… Et de Mountain. Les horreurs qu’elle avait pu voir... ou faire, au cours de ces entraînements inhumains délivrés par ses anciens maîtres, leçons indélébiles… Elle ne ressentait  plus ni émotions, ni sentiments… Ils avaient tout bloqué en elle pour en faire la tueuse parfaite... Mais la Bouche ou Circé, ou les deux les avaient brisés... Il hurla de toutes ses forces… Il aurait voulu retirer ces verrous lui-même… ces chaînes qui l’entravaient … C’était le moins qu’il aurait pu faire… Mais n’était-ce pas ces verrous qui lui avaient permis de surmonter les horreurs de sa courte vie ? Vivre sans émotions, sans sentiment, sans rien ressentir n’était pas vivre. Himilce n’aurait jamais accepté une telle vie, pas plus Raïna ou Mara… Mountain avait mis trois jours à s'en remettre. Elle était restée seule sur cette planète morte à se débattre avec ses souvenirs, ses peurs et sa solitude. Et avec une force dont seuls les enfants pouvaient encore être capables en ce monde, elle s'était relevée, et avait marché en direction des feux des ramparts qu'elle avait aperçus en débouchant sur la planète.

Qu’avait donc fait Circé ?

Circé, encore une fois. Elle n’avait pas seulement participé à la création des Rayahimlies. Elle leur avait donné des pouvoirs, et une force de caractère puissante… Il comprit qu'elles avaient toutes agi sur le temps, chacune à leur façon… et préparé une possible victoire contre les envahisseurs. Cette gamine Mountain était à la fois le début et l’aboutissement du processus. Circé l’avait physiquement améliorée mieux que ne l’auraient fait les terrans. Elle lui avait enseigné ce qu’elle-même avait appris tout au long de ses longues années d’emprisonnement. Elle lui avait même révélé quelques tours de sa magie… de la magie dræganne. Il y avait tant de savoirs enfermés dans l’esprit de cette gamine. Elle-même n’en avait pas conscience. Pas encore… Plus qu’une clé, elle serait un talisman. Il sut alors exactement ce qu’il devait faire. Il sut où elle devait se rendre, et en quel instant, plus ou moins. Elle pourrait changer leur avenir. Nul ne s’en rendrait compte, nul ne le saurait. Il croyait en elle… et en lui, en cet instant. Mais, lorsqu’il la rencontrerait, là-bas, pour la première fois, saurait-il voir en elle ce qu’elle était vraiment ?

Une quatrième vague de violence déferla sur lui.

Circé et Lando… Ils avaient été assassinés sous les yeux de l’enfant. Cela s’était passé dans le futur… mais pour elle, il n’y avait que trois jours que c’était arrivé. D’autres morts violentes… Ses amis… Ses derniers compagnons… Io, l’alpha, Mülüscent la paysagiste, Bino le gobelein, Qulinm le seïntokaes, Cronleì le nordhal, Gahan l’humaine, Res’aib la vipeure, Virx le keynaanide, PPX le cratoxis, Uyu’UI et Akaa’asHE les ivernes, Eitùr Solpi qui n’avait jamais voulu dire de quelle espèce humanoïde il était, et ceux de sa propre espèce, Divona, les jumelles Mafdet et Pakhet. Ils étaient tous au campement. Elle lui montra sa mort, et celle de Teutatès. Cela se passait sur Ozymandias, à l’extérieur de la citadelle… Dans deux jours, les terrans les attaqueraient et cette fois, ils n’auraient aucune chance de leur échapper.
(Suite Chapitre 26.5)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1) - Page 6 EmptyMar 3 Sep 2019 - 16:13

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 26.5


Il avait vécu leur mort comme sa propre mort. Il savait où, quand, et comment, chacun d’eux allait mourir. Il hurla à nouveau… Avait-il seulement cessé ? Sa douleur était au-delà de toutes celles qu’il avait pu supporter durant sa longue vie. Elle était autant physique que psychique. Il hurla, hurla, hurla, encore et encore, à s’en arracher les cordes vocales, tandis que des flots de sang se déversaient d'une blessure mortelle au cœur… infligée par la traîtresse.

Personne ne pouvait hurler aussi fort que lui, excepté l’enfant. Elle hurlait, elle aussi.

Il entendit d’autres voix, lointaines. Il sentit des présences, des mains posées sur ses tempes, d’autres qui lui maintenaient les épaules.

Au bout de combien de temps cessèrent-ils de hurler ?

Il essaya d’ouvrir les yeux, en vain. Il les sentit seulement cligner.

Les voix se firent plus proches, plus audibles.

— Il reprend conscience.

— Comment va-t-il ?

La voix de Teutatès.

Son ami semblait profondément inquiet.

Peut-être avait-il des raisons. Il se sentait si las, plongé dans une sorte de mélasse dont il ne parvenait pas à s'extraire. Si tout était perdu, pourquoi prendrait-il la peine de se sortir de cet engourdissement, finalement pas si désagréable, qui semblait l’envelopper comme un cocon. Pourquoi devrait-il se réveiller et leur dire de continer coûte que coûte alors que leur combat était perdu d’avance ?

Il parvint à entrouvrir les yeux.

Au-dessus de son visage, il entraperçut les grands yeux dorés de Pakhet. Elle avait attaché ses longs cheveux roux dans un amas de tresses serrées. Ainsi, elle ressemblait vraiment à sa jumelle. Il sentit son esprit essayer d’entrer dans le sien. Il le refoula avec force. Elle hoqueta et bascula en arrière. Il avait agi d’instinct, avec plus de force qu’il ne l’avait souhaité. Il sentit la présence de Mafdet, la déesse aux yeux couleur d’Emeraude. Elle secourait sa sœur. Celle-ci se releva maladroitement, étourdie. Un mince filet de sang coulait de l’une de ses narines.

Il parvint à ouvrir un peu plus les yeux, mais sa vue restait légèrement trouble. Il put néanmoins voir qu’il se trouvait dans l’une des rares pièces encore en état de la Citadelle. Le peu de confort de sa couche lui indiquait qu’il devait se trouver sur un lit de camp. Il tourna la tête sur sa droite et vit un autre lit sur lequel était étendue la gamine. Mountain… C’était ainsi qu’elle souhaitait être appelée. Pas par le numéro qui lui avaient donné les terrans, ni par celui que lui avait donné Circé. Circé et Lando étaient sûrement ce qui se rapprochait le plus de parents pour elle. Pourtant, elle éprouvait des sentiments ambigus à leur égard. D’une certaine manière, nécessité faisant loi, ils n’avaient pas été beaucoup plus tendres que les terrans à son égard. Circé s’était montrée intransigeante dans ses leçons : la magie, l’illusion, la stratégie et la protection. Lando, lui, l’avait tellement charcutée pour l’optimiser… Elle avait des implants qui renforçaient chacun de ses muscles, affûtaient ses sens, renforçaient ses réflexes. Cette enfant avait sans aucun doute des sens supérieurs à la plupart des êtres de cette galaxie. Le reste, ce qui en ferait une guerrière plus redoutable qu’elle ne l’était déjà, les terrans s’en étaient chargés. Il ne lui restait que deux choses qu’elle devrait apprendre en permanence : être une battante et rester humaine.

Il eut l’impression qu’elle feignait d’être inconsciente et qu’elle l’observait au travers de ses yeux mi-clos. Ce n’était pas une impression, mais une certitude.

— Comment te sens-tu ? demanda Teutatès d’une voix basse, mais toujours angoissée.

Cette question, il aurait pu y répondre, mais ce n’était pas à lui qu’elle était posée.

Il vit Pakhet hocha la tête en essuyant les dernières gouttes de sang du revers de sa main. Il ferma les yeux mais lutta contre l'inconscience qui le menaçait à nouveau.

— Tu avais raison, dit-elle.

— Personne ne peut entrer dans son esprit, ajouta Mafdet.

Divona entra dans la pièce. La dræganne avait toujours cet air revêche que ne lui avaient pas retiré les années difficiles. Elle économisait souvent ses paroles, mais lorsqu’elle parlait, c’était pour dire le fond de sa pensée. Même si certains auraient préféré ne jamais l’entendre. Elle ne faisait pas d’effort pour être agréable envers son prochain. Si on l’aimait, c’était comme elle était. Pas autrement.

— Une amélioration ? demanda-t-elle sèchement.

— Ils ont au moins cessé de convulser..., répondit Pakhet.

— … et de hurler, termina sa sœur d’une voix douce.

— Ça, j’avais remarqué. Dix minutes à hurler comme des fous à lier, c’est plus que mes oreilles peuvent en supporter. J’espère qu’ils ne vont pas remettre ça.

— Je ne pense pas, non, fit Pakhet.

— Le lien s’est rompu…, poursuivit Mafdet.

— Enfin, nous croyons.

— Encore heureux que Solpi et ta sœur vérifiaient nos mesures de sécurité autour des remparts quand nous avons… On aurait pu le perdre avec cet idiot de Teutatès qui hésitait entre baffer la naine et lui planter sa dague dans le cœur pour briser le lien. On aurait tous pu y laisser notre.

En les écoutant, il comprit qu’ils avaient été ramenés par Teutatès, Solpi et Mafdet. Au ton que Divona avait utilisé, la promenade nocturne de ces deux derniers ne devait pas avoir grand lien avec une mission de surveillance qu’ils se seraient attribués. Il s’étonna de n’avoir jamais rien remarqué entre eux. Par contre, ses remontrances envers Teutatès étaient sincères et justifiées sans doute. Si le lien avait été rompu, il aurait pu se retrouver avec des bouts de mémoires en plus qui n’étaient pas les siens, et d’autres, bien à lui, manquants, à jamais partis faire un tour dans la tête de la gamine. Il n’y tenait pas. Si Teutatès l’avait tuée durant leur liaison télépathique, elle aurait aussi pu rester enfermée dans son esprit. Il ne tenait pas à le partager. Pire encore, leur unique espoir de survie se serait envolé.

Mafdet avait dû trouver les bons arguments pour le convaincre. Les jumelles avaient été des éleves de Circé. Elle leur avait appris à lire les signes de l’avenir dans le ciel, dans la nature et dans leurs rêves. Peut-être avaient des connaissances sur la nature du lien empathique, ce don que, seuls quelques drægans pouvaient partager avec des êtres d’exception. Il possédait le don, tout comme Teutatès et Pakhet. Mountain était une personne exceptionnelle. Circé l’avait bien entraînée. C’était pour cela que la connexion avait été si forte entre eux… Tellement qu’elle avait débordé en atteignant, en envahissant les autres esprits. Il plaignait déjà celui qu'il avait été dans le passé et qui allait devoir en faire cette inexpérience. Il la plaignait, elle, surtout. Elle allait devoir le supporter à nouveau, et surtout parvenir à le convaincre.

— Tu es aussi amère que de l’urine de Kunga, lâcha Teutatès à l’intention de Divona.

Il n'avait pas apprécié les remontrances de la vieille dræganne à son encontre.

— Tu sais très bien de quoi tu parles, répondit celle-ci, nargeuse. En attendant, si Mafdet et Solpi n’avaient pas été...

Elle s'arréta net avant de reprendre, sur un ton plus calme.

— En tous les cas, moi je ne l’aurais pas tué. Je n’aurais pas mis nos vies en danger. Le lien n’a pas fait que les lier tous les deux. Nous étions tous liés… Nous savons tous…

Elle s’arrêta à nouveau. Le dire était au-dessus de ses forces. Elle préféra poser une autre question.

— Dans combien de temps seront-t-il sur pieds ? Je ne tiens pas à être encore ici dans deux jours sans avoir préparé quoi que ce soit qui les écorche au moins un peu.

— Quelques heures, peut-être plus, peut-être moins, répondit Pakhet d’une voix rauque.

En répondant, elle se pencha pour essuyer le front de la fillette. Quelques gouttes de sueur y perlaient discrètement.

— Cela ne fait qu’une demi-heure que c’est arrivé, ajouta Teutatès.

L’ancien dieu gaulois exprimait les notions de temps ou de distance à la manière des terriens, ce qui énervait Divona, mais elle préféra ne pas relever. Elle sortit de la pièce sans rien ajouter.

Mafdet et Teutatès échangèrent un regard attristé.

— Cela lui va bien de me faire des reproches, maugréa l’ancien dieu celte. Habituellement, elle a moins de morale qu’un Cul-Rouge.

Une espèce endémique de singes agressifs et impudents. Il y en avait sur plusieurs planètes de la Voie Lactée.

— Redis ça et je t’arrache la langue, fit Divona de l’autre côté de la porte. Elle avait parlé d’une voix qui donnait l'impression qu'elle pouvait à charrier des icebergs.

Teutatès soupira.

— Cela fait au moins deux fois que l’on me menace de me couper la langue. Franchement, la gamine était autrement plus convaincante que Divona.


(Suite Chapitre 26.6)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1) - Page 6 EmptyMar 3 Sep 2019 - 16:14

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 26.6


Baal ne goûtait guère ces chamailleries incessantes entre Teutatès et Divona. Pourtant, cette nuit, il voulait s’en imprégner.

— C’est bien ce que je disais, chuchota l’ancien dieu celte. Je disais seulement que tu as autant de moralité qu’un cul-rouge.

Il allait ajouter que c’était un compliment en ce qui la concernait, mais il se retint.

Il n’y eut aucune réponse. Sans doute Divona avait-elle rejoint leurs autres compagnons dans les anciens jardins de la cour intérieure.

Même s’il était à terre pour quelques heures, il pouvait compter sur elle pour motiver ce qui restait de leur troupe, songea Baal. Chacun d’entre eux devait maintenant savoir qu’ils n’auraient aucune chance face aux terrans. La seule inconnue était de savoir ce qui avait changé avec l'arrivée de la gamine. Mourraient-ils sur Osymandias, comme elle l’avait affirmé ? Et si oui, serait vraiment dans deux jours, ou plus tôt ? Son instinct lui disait que ce ne serait sûrement pas plus tard.

De la fenêtre sans carreau, lui parvinrent les crépitements du feu situé dans la cour. Il aperçut quelques étincelles monter vers le ciel. Divona, ou quelqu’un d’autre, avait dû y jeter un des rares morceaux de bois qu’ils avaient pu trouver dans la cité, et autour. Les journées sans soleil étaient froides. Les nuits étaient glacées.

— Alors, c’est ainsi..., commença Mafdet.

— … que s’éteint toute civilisation, acheva Pakhet.

Les deux sœurs avaient l’habitude de parler comme une seule et même personne. Cela pouvait être perturbant, mais à force de vivre auprès d’elles, il avait fini par s’y habituer.

Elles poursuivirent :

— Des civilisations ont disparu en même temps que nos alliés…

— … et les dernières vont disparaître avec nous.

Teutatès essaya de trouver les mots pour les réconforter.

— On dit qu’une civilisation, et ceux qui l’ont construite et élevée, ne disparaît vraiment que lorsqu’il n’y a plus personne pour s’en souvenir…

Au moment même où elles sortaient de sa bouche, il se rendit compte que ses paroles étaient d'une piètre consolation. Il aurait souhaité dire tout autre chose, mais c’était au-dessus de ses forces. L’imminence de sa mort lui pesait, même s’il le taisait derrière ses boutades et ses disputes avec Divona.

— Qui se souviendra que nous avons existé ? demanda Pakhet.

En guise de réponse, Teutatès la prit dans ses bras et la serra contre lui avec tendresse.

Baal savait que son ami éprouvait des sentiments pour l’une des deux sœurs. Il n’avait jamais dit laquelle des deux, et il avait respecté sa discrétion. Teutatès n’avait pas l’habitude de confier ses états d’âmes. Il ne se laissait pas approcher facilement. C’était ce qui l’avait gardé en vie dans les moments les plus sombres de l’histoire dræganne.

Une très vieille chanson remonta à la surface de son esprit… Un souvenir hivernal sur la Terre, au vers le milieu du XXe siècle, de la neige… de la vraie neige… My Own Home... Une voix de femme… Des rires… Du bonheur… De l’amour, peut-être… L’air ne le quitterait pas avant un bon moment, il le savait… Comme pour lui, les histoires sentimentales de Teutatès s’étaient rarement bien terminées. S’ils avaient choisi des compagnes de leur espèce, la tournure de leurs relations aurait été différente, sans aucun doute.

Dans un autre monde, une autre réalité, quelles auraient été les chances pour que Teutatès et Pakhet finissent leur vie ensemble ? Et plus encore Solpi et Mafdet que tout aurait dû tenir éloigner l’un de l’autre… L’approche de la mort changeait considérablement les rapports entre les êtres quelles que soient leur espèce, leurs croyances religieuses ou politiques, leur culture ou leur langue.

Était-ce parce que sa fin était proche qu’il voyait tout, ressentait tout, avec plus lucidité ?

— Dum spiro, spero, chuchota l’ancien dieu celte dans le cou de sa compagne.

Il se voulait encourageant.

— Dum spiro, spero, répéta-t-elle à voix basse.

Tant que je respire, j’espère… C’était devenu un mantra entre eux tous.

Pourtant, l’un et l’autre avaient encore du mal à y croire. Dans leur voix, malgré leurs efforts pour cacher leur faiblesse réciproque, perçaient la peur et le désespoir.

Ils connaissaient tous le message que lui avait délivré Mountain. La charge avait été trop forte et il n’avait pu la contrôler. Les drægans l’avaient perçu eux aussi, et ils l’avaient ensuite partagé avec leurs alliés. Ils ne se cachaient plus rien depuis longtemps. Ces dernières années, c’était plus qu’une question de confiance.

— Il y a plus d’humain en nous que nous le souhaitons, remarqua Pakhet.

— Pas pour moi, lui répondit le dieu gaulois. Il y a longtemps que j’ai perdu toute… humanité. Bien avant cette guerre...

— Je n’en suis pas certaine, dit Mafdet en posant une couverture sur l’enfant qui semblait toujours inconsciente.

Baal savait qu’il n’en était rien. Comme lui, elle les écoutait. Comme lui, elle attendait avec patience qu’ils quittent la pièce et les laisse enfin libre de se parler à nouveau.

Avait-il pensé trop fort ?

— Nous devrions les laisser se reposer, suggéra Teutatès.

Sa proposition trouva un écho chez Pakhet, mais Mafdet restait immobile, observant tour à tour l’ancien dieu phénicien et l’enfant venue du futur.

— Il est vraiment tombé amoureux d’une humaine ?

Teutatès ne répondit pas immédiatement.

Les jumelles prirent son silence pour une réponse positive à la question de Mafdet.

— Les lois promulguées par Zeus ne l’interdisent-elles pas ?

Teutatès eut un sourire sarcastique.

— Zeus ne s’est jamais gêné pour outrepasser ses propres lois.

Les lois des dieux et Zeus, ça n’avait jamais fait bon ménage, même lorsqu’il en était l’auteur.

— Il a vécu une grande partie de son existence sur la Terre, sur Ke’edo, sur Homisaxc et sur son vaisseau. Des endroits où il y avait des drægans, mais curieusement ses histoires amours avec ces derniers sont bien moins légendaires que celles qu’il a vécu avec d’autres espèces. En amour ou en sexe, je peux vous dire que ses goûts étaient bien plus qu’éclectiques, et loin de s'arrêter à une seule et simple humaine. Pourtant, il y a probablement du vrai dans cette histoire. Peut-être plus que nous le supposons.

Pakhet hocha la tête.

— Je comprends pourquoi Hera lui en voulait tant.

Tous comprirent qu’elle faisait allusion à la haine que la déesse-mère vouait à Baal. Elle avait pardonné bien des choses à son époux, mais jamais rien à l’ancien dieu phénicien.

— Une raison parmi bien d’autres, d’après ce que disaient les rumeurs, conclut Mafdet en se détournant de Baal et de l’enfant pour se diriger vers la porte.

Elle quitta la pièce. Sa sœur et Teutatès lui emboîtèrent le pas. Sur le seuil de la porte, Pakhet jeta un dernier regard en direction des deux endormis.

— Ce doit être compliqué… et dangereux d’être sa compagne, dit-elle.

— Tu n’as pas idée, lui répondit simplement Teutatès.

Baal écouta leurs pas s’éloigner dans l’autre pièce, puis descendre l’escalier qui conduisait au rez-de-chaussée, puis dehors, dans la cour.

Pakhet n’avait pas tort. Il avait bien un problème avec les femmes. Himilce, la première qu’il avait aimée avait été assassinée par Hera, jalouse. La seconde, dont il avait toujours ignoré le nom avait été jetée dans le Puits de l’Eternité par Cottos. Il se rendait compte qu’il l’avait aimée presqu'autant que Himilce, et maintenant il savait pourquoi. Elles étaient une seule et même personne. En la jetant dans le Puits, Cottos avait cru le faire souffrir… Cela avait été le cas, bien plus que l’hécatonchire ne l’avait imaginé. Mais il lui avait aussi offert, sans le savoir, ses plus grandes joies, les moments les plus heureux de sa très longue vie. Et Mara, elle aussi avait connu un fin tragique à cause de lui. Elle était, elle aussi, cette inconnue qui lui avait apporté paix et réconfort au moment où il en avait eu le plus besoin, et autant Himilce.

Qu'en serait-il de Mountain ?

Ses souvenirs, son existence n’étaient pas les leurs, mais elle était composée des mêmes atomes, du même ADN sans doute, et d’un schéma de conscience similaire.

Il tourna la tête en direction du lit de l’enfant et eut la surprise de la voir assise en travers. Elle avait déjà enfilé ses bottes et s’apprêtait à les clipper.

Il se redressa à son tour.

Quel que soit le prix qu'il aurait à payer, ici comme dans le passé, il ne pouvait plus se permettre de rester passif, à attendre que la mort vienne jusq'à eux. Divonna avait raison. Ils allaient mourir, mais pas sans avoir vendu chèrement leur peau aux Terrans, pas sans leur avoir implanté les germes de leur destruction future, ou passée.


(Suite Chapitre 27)
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L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 27.1


26 novembre 2124, calendrier grégorien. Prudhoe Bay, Alaska, États-Unis d’Amérique.

Ils avaient joué de malchance. Ils étaient arrivés à Prudhoe Bay et y avaient loué des motos-neige. Will n’avait même pas remarqué qu’elle avait donné sa carte d’identité. Dans cette vie, Esmelia avait une existence légale.

Le type de l'accueil l'avait à peine regardée.

Ils avaient ensuite fait route vers le site de la découverte des momies. À peine descendus de leur monture à moteur, ils furent accueillis par une  explosion suffisamment puissante pour souffler un bâtiment de taille moyenne comme celui qui abritait les momies, et du marériel de pêche, parmi d'autres choses. Les autorités locales avaient fait ce qu'elles avaient pu pour les protéger mais, visiblement, cela n'avait pas suffi.

Esmelia était parvenue, in extremis, à se téléporter avec Will à distance de la zone. Ils en avaient été quittes pour quelques bleus et coupures, et leurs véhicules étaient ensevelies sous plusieurs centimètres de neige.

— Bon sang ! Quelqu'un a oublié de fermer le gaz ? souffla Will en aidant Esmelia à se relever.

Il avait essayé de faire de l'humour.

Elle n'avait pas ri, ni même souri.

— Je doute que ce soit cela.

Il avait suivi le cours de ses pensées.

— Une explosion criminelle ? Ce n 'est pas un peu exagéré pour des momies ?

— Des momies extraterrestres.

— Pour en avoir la certitude, il aurait fallu les voir.

— Sauf que nous ne sommes pas venus pour ça, lui rappela Esmelia. Le shérif a dit que Carnaham  était ici.



Après cette entrée en matière, ils étaient revenus à pieds sur le site afin d'essayer déterminer ce qui avait pu causer l’explosion. Peut-être que cela les aiderait à découvrir qui étaient les responsables de cette destruction en règle. Dans les gravats, Will découvrit un doigt dont l’ongle évoquait une griffe, quelques crocs qui auraient pu être celles d’un énorme chat ou d'un fauve, et des fragments d’os, parfaitement inexploitables, éparpillés sur tout le site dévasté. Tout indiquait que les créatures ne viendraient jamais vampiriser les rares humains de la région. À défaut de brûler les corps, ceux-ci avaient été réduits à l’état de poussière. Il n’en restait que les rares vestiges découverts par Will.

Le problème, en dehors du fait que Will fulminait contre les poseurs d’explosifs, était que ces derniers n’avaient pas vérifié si le site était désert. Ou bien, s’ils l’avaient fait, il semblait que Bradley Carnaham ait été délibérément visé. Même si elle avait d'abord pensé que c'était lui qui avait voulu faire disparaître les corps. Elle le pensait toujours. Tant qu'elle n'avait pas la preuve du contraire. Elle n'en parla pas à Will, cependant.

Will et elle l’avaient trouvé plus mort que vif, à quelques mètres de l’épicentre de l’explosion. Ils auraient facilement pu le manquer sans les traces de sang découvertes sur des débris. Les momies ne saignaient pas en général. Leur conviction qu’un individu bien vivant était présent, sur les lieux, au moment de l'explosion les avait incité à le rechercher. Le vieux 4 X 4, couvert de neige, garé à environ cinq cents mètres du bâtiment détruit, y était aussi pour quelque chose. Cet ensemble d’indices évidents leur avait permis de sauver la vie de Carnaham.

À l’intérieur de son véhicule, dans une sacoche posée en évidence, sur le siège avant du passager, ils découvrirent trois millions de dollars. Will ne concevait pas que celui qui fut son ami, dans une autre vie, ait pu les voler. Pour lui, celui qui les avait mis là espérait bien qu’on les trouve pour discréditer Carnaham. Pour elle, cela la confortait dans sa première idée.

Dans la boite à gants du véhicule, outre deux paquets de cartes à jouer qui pouvaient suggérer d’où pouvaient provenir les trois millions de dollars. Ils trouvèrent du café en sachets et quelques barres de céréales vitaminées. Il n’y avait rien de bien affolant. Bradley Carnaham semblait avoir fait de son vieux 4 X 4 sa résidence principale. Will ne cacha pas sa surprise. Son ami n’avait jamais connu de problème de domicile. Il ne jouait jamais. Pas plus qu’il ne buvait, car il était de ceux qui considéraient leur corps comme un temple et, donc, il était adepte de la nourriture saine.

Will lui avait porté les premiers secours. Son état était assez grave et nécessitait son hospitalisation. Il ne semblait avoir aucune blessure visible, mais il souffrait d’hypothermie. Sans compter que les lésions pouvaient être internes. Will n’était pas médecin. Il ne possédait que les notions de secourisme, et les formations que l’AMSEVE dispensait avant chaque mission. Il estima qu’ils se trouvaient à une quinzaine de kilomètres de Prudhoe Bay où il devait certainement y avoir un hôpital.

Elle avait parcouru des distances sans commune mesure avec Will. C’était lui qui avait suggéré qu’ils se montrent plus prudents quant à l’utilisation de la téléportation. Pour se protéger du CENKT, pour sa santé à elle, parce qu’elle ne contrôlait pas encore ce pouvoir, et sûrement bien d’autres raisons qu’il ne lui avait pas encore expliquées. Elle n'avait pas envie de se téléporter avec un inconnu, mais si elle ne le tentait pad dans les plus brefs délais, Carnaham risquait de mourir.

Elle avait vu Will se démener avec les moyens du bord pour le réanimer et parer au plus pressé. Il ne pouvait rien faire de plus. Pourtant, il ne concevait pas de le laisser mourir. Elle non plus. Elle avait donc visualisé un couloir d’hôpital désert. Cela avait fonctionné.

Personne n’avait entendu le léger "snap" qui avait ébranlé l’ambiance sonore hospitalière, ni remarqué les volutes noires qui révélaient leur récent voyage. C’était comme si Carnaham et elle étaient arrivés le plus normalement du monde. Pour autant qu’elle ait pu en juger, ils étaient entiers. Quand la chance vous sourit… Vaguement conscient, il luttait pour rester debout et marcher, mais l’opération restait chaotique.

En traversant un hall, elle remarqua que la végétation, même décharnée par le froid hivernal, à l'extérieur, n’était pas celle de l’arctique. Elle soutint Carnaham jusqu’à un ascenseur qui menait au rez-de-chaussée où elle trouverait forcément une salle d’attente. Il faisait de son mieux pour ne pas alourdir la charge qu’il représentait, mais ils manquèrent de tomber plus d’une fois. Par chance, ils ne croisèrent personne en sortant, mais le bruit ambiant les surprit. Elle comprit pourquoi lorqu'ils débouchèrent sur le couloir suivant. Il était bondé de monde : des médecins, des infirmiers, des malades, des blessés, des visiteurs, des représentants médicaux, des ambulanciers, et des policiers qu’elle prit soin d’éviter. Aucun d’entre eux n’avait l’air de vivre au Pôle Nord, ou dans ses limites. La température ambiante n’était pas non plus la même. L'air lui sembla plus humide.

Tant bien que mal, elle parvint à conduire Carnaham jusqu’à une salle d’attente. Elle l’étendit sur une rangée de fauteuils.

Il lui réclama de l’eau qu’elle alla lui chercher dans le réservoir automatique, dans le couloir bondé. En remarquant l'inscription sur les gobelets, "Bellevue Hospital Center, État de New-York", et en vérifiant sur divers objets, elle comprit qu'elle était allée plus loin que prévu. Très loin de l’Alaska....

En fait, elle avait traversé tout le Canada, d’Ouest en Est. Elle en déduisit que lorsqu'elle avait pensé à un hôpital sans le connaître en particulier, elle avat fait appel à sa mémoire et donc à quelque chose de déjà-vu.

Effectivement, elle était déjà venue dans cet hôpital, avec Kolya, après une chute lors d’un entraînement. Son inconscient l’avait donc conduite jusqu’ici. Elle allait ramener le gobelet, qu’elle tenait toujours à la main, à Carnaham, lorsqu’elle remarqua que deux infirmiers s’occupaient de lui. L’un d’entre eux, une femme, partit en courant. Elle passa devant elle sans la remarquer et héla un médecin qui faisait sa pause-café. Ils repartirent précipitamment, tous les deux, en direction de la salle d’attente.  

Ils avaient compris l’urgence de son état. En un instant, ce fut le branle-bas de combat. Tout le personnel médical de l'hôpital semblait s'être donné rendez-vous dans la salle d'attente. Elle reposa le gobelet d’eau, sur une petite table, près de la fontaine. Inutile de s’attarder. Si quelqu’un reconnaissait, en elle, la femme qui venait de déposer Carnaham, elle devrait expliquer qui elle était, et ce qui était arrivé à son compagnon. Elle amorça une retraite vers  la porte qui ouvrait sur l’escalier de secours, et en même temps qu’elle entra dans la cage, elle pensa à Will et à la tête qu’il ferait lorsqu’elle lui raconterait où elle avait transporté son patient.

Elle se retrouva aussitôt dans un désert de glace et de neige, près du site dévasté. Lorsqu’elle apparut près de lui, Will sursauta, comme d’habitude. Épuisée par l'exploit qu’elle venait d’accomplir, elle perdit connaissance. Du moins, le crut-elle.

Pendant sa brève absence, Will avait cherché, dans les décombres, des indices supplémentaires, mais il n’en avait pas trouvé.

Lorsqu’elle était revenue, lui raconta-t-il plus tard. Elle n’avait pas dit un mot.

Elle comprit qu’elle ne s’était pas évanouie. Mead’ avait pris le relais.

Il avait immédiatement remarqué que son attitude avait changé. Cela lui arrivait aussi sur le vaisseau de Baal, mais cela n’avait jamais été aussi impressionnant qu’à son retour. Même les traits de son visage n’étaient plus les mêmes à cet instant.

Elle avait fouillé la voiture de Carnaham pendant une trentaine de minutes, la désossant littéralement mieux que ne l’aurait fait une bande de receleurs. Au bout du compte, elle avait fini par trouver deux vieilles clés USB que l’ancien soldat de l’AMSEVE avait pris soin de cacher. Elle avait sorti les sacs de billets de banque qu’elle avait remis à un Will qui s’était contenté de l’observer, sidéré par son efficacité, se demandant ce qu’était devenue son Esmelia, jusqu’à ce qu’elle mette le feu au réservoir de la voiture et que celle-ci se mette à brûler.

Ils grimpaient sur les motos-neige que Will avait dégagés de la neige soulevée par l'explosion lorsque les pneus de la voiture éclatèrent à cause de la chaleur. Ils filaient aussi loin qu'ils le pouvaient lorsque ce fut au tour du réservoir.

À cet instant, elle redevint Esmelia, plus conscience que jamais qu’elle devait des explications à l’homme qui ne l’avait pas quittée depuis une année. Le seul homme qui l’avait aimée telle qu'elle était, sans poser de question, sans condition, songea-t-elle avec ironie.


(Suite Chapitre 27.2)


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L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 27.2


Avant de démarrer et de quitter les lieux, elle prit le temps de lui expliquer ce qu’elle avait fait de Carnaham. Will confirma qu’elle possédait un pouvoir qu’elle ne savait pas maîtriser et que sa décision de l’utiliser au minimum pour se protéger était justifiée. Pure évidence. Il avait aussi senti qu’il ne lui avait pas tout dit à propos de son pouvoir. Il avait raison.

Ce pouvoir la consumait de l’intérieur. C’était cela qu’elle sentait en elle, bien avant qu’il se soit exprimé de manière aussi claire… L'Esmelia de son autre vie le savait aussi, et elle avait laché prise depuis un moment. Elle préférait garder cette constatation pour elle, et fit comme si de rien n’était. Elle ne se demandait pas pourquoi elle avait tenue, de son côté. Elle le savait. C'était grâce à Will.

N’ayant rien de plus à faire à Prudhoe Bay, ils reprirent la route, alourdis par quelques menus ossements et par les trois millions de dollars de Carnaham. Will espérait seulement qu’ils ne soient pas marqués et repérables d’une manière ou d’une autre. Ils ne prirent pas la direction New-York.

Ils retournèrent en Alaska, à Ketchikan. Ils y firent quelques achats, et retournèrent à l’entrepôt pour vérifier, sans grande illusion, si Baal ne les y attendait pas. Ils ne l’y trouvèrent évidemment pas. Will était de plus en plus convaincu qu’il lui était arrivé quelque chose. Elle s’interrogeait, elle aussi. La meilleure solution qu’ils avaient pour le retrouver rapidement, s'il était sur la Terre, restait Bradley Carnaham. Dans son autre vie, il était un spécialiste dans le domaine des relations extraterrestres. Ici, dans cette vie qu'était la sienne, rien ne disait qu'il ait pu rencontrer un drægan, mais il était le seul, à leur connaissance, dans ce monde, à avoir mis la main sur des momies yam-nas. Était-ce lui qui en avait effacé les traces en détruisant le site ? Si oui, sur quel ordre ? Si non, qui avait cherché à tout faire disparaître et, par la même occasion, à supprimer Carnaham ?



Will et elle avaient repris la route pour New-York deux jours après avoir quitté Prudhoe Bay. Arrivés en ville, par précaution, ils s’installèrent dans un petit hôtel qui accueillait beaucoup de voyageurs étrangers. Généralement, des célébrités, des hommes et femmes d’affaires, tous adeptes de la plus grande discrétion. Le lendemain, dans l’après-midi, ils se présentèrent devant le personnel de l'hôpital, notamment le chirurgien qui avait soigné Bradley Carnaham, comme étant le frère et la belle-sœur de ce dernier. Ils arrivaient tout droit d’Angleterre, après avoir été prévenus par un collègue de "Brad", que celui-ci avait été hospitalisé à New-York, dans un état grave.

Esmelia devina que le chirurgien, un homme nommé Farid Heymus, s'étonnait intérieurement du manque de ressemblance entre Will et Bradley Carnaham. Néanmoins, il se montra aimable et compréhensif. Il leur expliqua que les jours de Carnaham n’étaient plus en danger grâce au bon samaritain qui lui avait porté les premiers soins et l’avait conduit à l’hôpital sans se faire connaître. Ce jour-là, toutes les caméras de la salle d’attente étaient tombées en panne en même temps, au même moment. Les policiers qui s'occupaient de l'affaire n'avaient donc pas pu l'identifier. Ils s’étaient aussi étonnés que « Brad » ait un certain nombre d’engelures, dues au froid et au fait que son état physique laissait à désirer, bien avant son accident. Accident dont personne ne connaissait l’origine. Néanmoins, fort justement, le chirurgien avait soupçonné qu’il avait été victime d’une explosion. Or, selon les policiers, il n’y en avait eu aucune dans l’État de New-York, depuis les quinze derniers jours. D’ailleurs, selon son supérieur hiérarchique, Carnaham n’aurait jamais dû s’y trouver. Il devait enquêter sur une série de cambriolages en Virginie.

Will suggéra avec toute la bonne foi dont il était capable, qu’une piste l’avait peut-être conduit jusqu’ici.

Le médecin sembla accepter l’explication.

Esmelia sentit, sans qu’il le dise, qu’il espérait en savoir plus par leur biais.

Il leur expliqua encore que ces deux derniers jours, Bradley Carnaham n’avait cessé de délirer. Les médicaments semblaient sans effets sur lui. De temps à autre, ses délires avaient du sens. Ainsi, entre deux regrets sur une vie gâchée, la promesse – qu’il ne tiendrait pas – de reprendre sa vie en main, et la déception causée par un père dont il n’avait jamais eu la confiance, il avait divagué sur la politique gouvernementale, les coupes budgétaires dans les administrations publiques, et les rivalités entre les agences gouvernementales, les services secrets. Entre autres choses. Il avait aussi évoqué sa rencontre avec des agents du gouvernement, des hommes en noir, nommés, Doyle et Bowman, un "faux vrai" médecin légiste trop jolie pour être ce qu’elle prétendait, et surtout pour être la compagne de ce Doyle.

Là où cela avait atteint des sommets, toujours selon le chirurgien, c’était lorsqu’il s’était mis à parler d’une explosion en Alaska qui aurait détruit des artefacts extraterrestres, de la zone 51, d’un vaisseau spatial stationné derrière la Lune ou au fond du Golf d’Aden, et surtout d’un endroit où le gouvernement avaient fait enfermer un extraterrestre poète qui lisait dans les pensées.

En l'écoutant, Will avait adopté l’attitude digne de celui auquel on annonce que son frère pourrait bien se retrouver en psychiatrie s’il s’entêtait dans ses divagations à propos des extraterrestres amateurs de versification. Ce ne fut pas un exercice particulièrement difficile pour lui qui avait toujours considéré sa mère comme « haut perché » lui avait-il raconté, un jour où, sur le vaisseau de Baal, ils avaient évoqué leur famille respective.

Dans son ancienne vie, avant de travailler pour l’AMSEVE, Will vivait avec ses parents, ses frères et sœurs, dans une communauté matriarcale. Ce genre de communauté était devenue de plus en plus courant depuis que les naissances se faisaient rares. Elles protégeaient les femmes fertiles. Plus encore : ses membres les choyaient. Sa mère était l’une des dernières fertiles de la communauté. Il ne se souvenait pas l’avoir vue autrement qu’enceinte. D’ailleurs, il la voyait peu. Il vivait la plupart du temps avec son père, et les autres enfants, ses frères et sœurs, qu’elle lui avait donné. Il savait que d’autres encore vivaient dans la communauté, mais il n'avait jamais été autorisé à les considérer comme tels.

Il s’était échappé de la communauté dès qu’il l’avait pu pour entrer dans l’armée. Il avait aussitôt été affecté à l’AMSEVE.

La voix du médecin la ramena à la réalité. Elle se concentra sur les paroles de celui-ci.

Heymus avait conclu, sur le ton de la plaisanterie, en disant que le jour où les extraterrestres débarqueraient sur la Terre, ce ne serait pas pour chanter la paix, encore moins pour déclamer de la poésie. Will faillit lui donner raison, d’autant qu’il connaissait la sainte horreur que la musique inspirait à certains, mais il croisa le regard d’Esmelia, et retint tous les commentaires qui lui vinrent à l’esprit. Heymus avait alors eu une curieuse manière de les regarder. Comme s’il avait deviné qu'ils n'étaient pas ce qu'ils disaient être. En tous les cas, qu'ils lui cachaient des éléments concernant son patient.

Lorsqu’ils entrèrent enfin dans la chambre de Bradley Carnaham, celui-ci faisait mine de dormir.

Elle attendit que Will ait refermé la porte pour se téléporter de la porte jusqu’au lit sur lequel elle s’assit. Un tout petit saut qui fit son effet sur Carnaham. Elle sentit le cœur de elui-ci cfaire un bond et entendit sa respiration se troubler. Il savait manifestement à qui il avait affaire.

Comprenant que cela ne servait à rien, il cessa de jouer la comédie et ouvrit les yeux qu’il avait encore vitreux de fièvre. Cela, au moins, ce n’était pas de la comédie.

Will l’aida à se redresser sur son lit d’hôpital. Ni l’un ni l’autre ne fit allusion au fait qu’ils se connaissaient, ou auraient pu se connaître, dans une autre vie. Elle lui répéta tout ce qu’il avait raconté au personnel médical. Évidemment, il nia en bloc, prétendant que la fièvre l'avait fait délirer.

Esmelia lui fit alors comprendre qu’il ne reverrait ses trois millions de dollars que dans ses pires cauchemars. Cette perspective le mit hors de lui durant quelques minutes avant de le rendre plus malléable et réceptif au marché qu’ils lui proposèrent : il retrouverait son argent s’il leur donnait toutes les informations qu’il possédait sur la fameuse zone 51. Ce qui comprenait un plan détaillé des endroits qu’il avait visités, la superficie et la topographie des lieux, le système de sécurité, la fréquence de rotation des gardes, le nombre de ces derniers. Des informations qu'un policier ou un agent du FBI lambda ne pouvait pas connaître. Esmelia devinait que son niveau d'accréditation était supérieur à ce qu’il laissait supposer. Un privilège qu’il tenait de ses actions à l’AMSEVE.

Will lui demanda des renseignements sur ses anciens collègues, en particulier Carl Bowman, Neil Doyle et Wendie Jones, puisqu’il les avait cités dans ses délires et les avait liés à la zone 51. Carnaham prétendit qu’il n’avait rencontré ces personnes qu’une seule fois, lorsqu'elles étaient venus l’interroger au cours d’une enquête.

Will ne le crut pas plus qu’elle. Il lui demanda s’il avait déjà rencontré des gens tels que Foster Doherty, ou Jenna Benedict. Carnaham avait de nouveau renâclé. Will avait balayé ses protestations en lui faisant remarquer que l'AMSEVE, ou Bowman et Doyle n’avaient rien fait pour le sauver, tandis qu’Esmelia et lui avaient mis leur vie en danger alors qu’ils ne le connaissaient pas. Il ajouta aussi le contrat établi entre eux quelques minutes plus tôt lui permettant de récupérer sa fortune deviendrait caduc s'il ne coopérait pas ou les trahissait d'une manière ou d'une autre. Carnaham avait semblé le croire. Au moins, s’était-il fendu d’un remerciement pour lui avoi sauvé la vie.
(Suite Chapitre 27.3)
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L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 27.3


Carnaham avoua qu’il avait effectivement connu certaines personnes à l’AMSEVE ou à l’ATIDC. Cela datait du temps où il était dans l’armée. Ce qui remontait à un bail. Il ne manqua pas de préciser qu’il avait été un casque bleu avant d’être recruté par ces deux organismes. Il soutint ne pas se rappeler de grand-chose de cette époque, suite au reconditionnement qu’il avait dû subir avant de retourner à la vie civile.

Ce qui n’étonna guère Esmelia. Elle se souvenait de ce que Kolya disait sur les agents chinois qui faisaient défection, comme les Russes autrefois, ou les agents vieillissant. Ils étaient éliminés pour qu’ils ne parlent pas, sans le moindre scrupule. Apparemment, la reprogrammation, ici, s’avérait toute aussi efficace sans être mortelle. Elle eut beau chercher dans l’esprit de Carnaham, elle ne trouva rien en dehors du fait qu’il était intellectuellement limité, et qu’il en avait conscience. De même, il avait conscience que cela n’avait pas toujours été le cas.

Elle le plaignit en silence.

Toutefois, il semblait que l’AMSEVE et l’ATIDC faisaient encore appel à lui, directement ou non. C’était l’ATIDC qui l’avait lancé sur la piste des momies. Grace à lui, elle eut la confirmation qu’il s’agissait bien de cadavres extraterrestres, et plus effectivement de Yam-nas, comme l'avait suggéré Will.

Avec le peu d’informations qu’il possédait, Carnaham avait réussi à mettre la main sur les dépouilles, sur le site même de leur découverte. Mais quelqu’un ne tenait pas à ce qu’il en sache plus et le lui avait fait savoir, à plusieurs reprises, en piratant ses réseaux de communication, et en le menaçant de mort. Elle n’aurait su dire s’il était courageux ou inconscient d’avoir insisté, et risqué sa vie. Il était décidé à retrouver ceux qui avaient tenté de l’assassiner dès qu’il sortirait de l’hôpital. Elle devinait que Carnaham ne lâcherait pas sa proie, et s’ils le suivaient, ils pourraient peut-être tomber sur l’un de ces groupes d’extraterrestres dont leur avait parlé Grama.

Carnaham avait-il déjà une idée des commanditaires de l’explosion et de la tentative de meurtre sur sa personne ? Il avait accepté le marché trop facilement et leur avait donné toutes les informations dont il se souvenait. À un moment, il avait joué au joli cœur avec elle. Il avait aussi demandé à Will s’il avait de la famille dans l’armée. Il prétendait que tout, dans l’attitude de Will, indiquait qu’il avait été militaire. Elle supposa que c’était une manière détournée, sans doute de lui demander s’ils ne s’étaient pas déjà rencontrés. Elle restait persuadée qu’il était aussi fiable qu’un vendeur d’encyclopédies, et qu’il avait gardé pour lui quelques informations dont il userait plus tard.

En interrogeant Carnaham, elle avait évité d’orienter ses questions sur la présence d’éventuels extraterrestres logés aux frais du contribuable américain, sur l'existence d'un vaisseau extraterrestre, ou même sur celle des bouches. Après tout, ici, les chercheurs de l'AMSEVE, comme ceux de l'ATIDC pourraient n’en avoir pas encore trouvé une seule. Ils ignoraient sans aucun doute qu’il existait un portail, donnant accés à différentes planètes, dans une maison située dans une petite ville de l’Alaska, et une autre porte à l’extrémité du Bras d’Orion, dans la Voie Lactée.

Une partie d’elle ignorait comment elle possédait ces informations, l’autre l’avait oublié depuis la fusion de ses deux vies. Néanmoins, elle avait la certitude de ne pas se tromper sur ce pont qui pouvait permettre de traverser une partie de la galaxie en quelques heures.

Si les chercheurs l’AMSEVE et de l’ATIDC en avaient trouvé une troisième bouche, elle devait se trouver sous bonne garde, soit dans la base de l’Antarctique, soit dans un hangar de la Zone 51. En avaient-ils compris le fonctionnement, ou cherchaient-ils encore ? Si Baal était arrivé par cette porte, il avait dû se faire drôlement accueillir.

Ce n’était pas l’envie qui manquait à Esmelia de demander à Carnaham si, lorsqu’il se trouvait dans la zone 51, il n’avait pas aperçu un humain de type moyen-oriental, prétendant avoir plus de deux mille ans, tout en ayant conservé une forme physique plus que respectable, parlant avec une voix de ténor, faisant acte d’une forte disposition à la mégalomanie, à l’autosatisfaction, et, fait notable, pouvant s’être présenté comme étant un dieu.

Elle espérait qu’il avait été assez malin pour ne pas montrer sa véritable nature et ses capacités destructrices aux Terriens. Si Carnaham et ses amis l’avaient croisé, n’aurait-il vu en lui qu’un personnage insupportable avec ses manières de sultan déchu ? Plutôt que de lui demander quoi que ce soit à propos du drægan, elle l’avait interrogé sur divers objets mythiques tels que Le Marteau de Mjöllnir, La Lance de Gungir, Le Miroir des Ombres et toute une liste d’artefacts dont elle avait seulement entendu parler, et dont elle supposait qu’ils pouvaient exister, sur cette Terre ou dans cette galaxie. L’idée des artefacts lui avait été inspirée par les objets de l’entrepôt. Dans son monde, l’existence d’un tel entrepôt où l’on soustrayait à l’Humanité des objets propres à la détruire, comme La Boite de Pandore, la Clef Fée, ou les Monolithes noirs, relevait des légendes urbaines.

Carnaham l’avait d’abord regardée bizarrement, se demandant si elle se fichait de lui ou si elle était folle. Qu’il le suppose lui était égal. Elle se rendit compte qu’il n’en était rien. Il se demandait plutôt comment elle connaissait l’existence de tous ces objets dont personne n’avait jamais fait officiellement mention. Il comptait le savoir après s’être occupé de ceux qui avaient tenté de lui faire la peau. Elle songea que, d’ici à ce qu’il le découvre, les poules auraient des dents.

L’essentiel était que Carnaham leur laisse assez de temps avant de prévenir l'AMSEVE en leur enjoignant de renforcer la sécurité sur l’ensemble de la Zone 51. Il n’hésiterait certainement pas à leur parler de la créature qui s’évaporait dans une fumée noire, sans émettre le moindre son. Elle préférer ne pas songer aux pièges que les militaires travaillant sur le site ne manqueraient pas de lui tendre.

Elle ferma les yeux et serra les dents pour absorber le choc...

Après ce qu’il avait vécu ces derniers jours, ces derniers mois, ces dernières années, Bradley Carnaham venait soudain de réaliser à qui il avait affaire dans cette chambre d’hôpital : des êtres qui n’étaient pas de son monde.

Son esprit s’était alors refermé comme une huître sur sa perle. Toujours, en exploration dans l’esprit de l’ancien collègue de Will, Esmelia eut l’impression d’entrer en collision avec un bloc de granite : dur et froid, rugueux et sans la moindre émotion. Elle détestait ce genre de personnage capable de faire abstraction de tout sentiment avec une facilité déconcertante. Elle les jugeait particulièrement imprévisibles et, par conséquent, dangereux.

Ce qu’elle appréciait chez Will, c’était son incapacité à cacher ses émotions. Elles le guidaient. Quant à Baal, il ne prenait même pas la peine de cacher ce qu’il pensait surtout lorsque cela les concernait. Avec ces deux-là, elle savait où elle allait. Avec Carnaham, c’était comme sauter d’une falaise : le vide absolu. Elle avait compris que ses trois millions de dollars venaient de passer au dernier rang de ses priorités, et qu'ils venaient de perdre leur seul et unique levier sur lui. Heureusement, ils avaient pu obtenir les informations dont ils avaient besoin.

La chaleur et l’odeur du sable du désert…

Will tourna la tête pour lui rappeler sa présence :

« Tu penses à tout ce qui nous est arrivé ces dernières semaines ? »

Elle acquiesça d’un signe de tête. Il l’observait comme s’il cherchait à lire le fond de sa pensée. Ses yeux azur, aussi pénétrants soient-ils, ne pourraient jamais aller jusqu’aux tréfonds de son âme. Ils ne pourraient jamais voir les douleurs qui la hantaient.

— Moi aussi, dit-il. Je n’arrête pas d’y penser en ce moment. Il faut dire que notre situation actuelle s’y prête : l’attente, les longues heures de surveillance, une activité inexistante, en termes d’action du moins. Un mois, c'est long. Nous ne sommes plus habitués à cela.

— Je me demande si nous serons capables de reprendre le cours normal de nos vies, pour autant qu’on le puisse, si nous étions obligés de rester ici.

— Je me le demande aussi.

Elle sentit un frémissement dans son âme, un regret… Pour lui, la réponse était clairement non. Il était mort. Il ne pourrait plus jamais vivre normalement. Il devrait toujours être en fuite.

— As-tu vu ta famille ? se hasarda-t-elle.

Sa question lui sembla un peu gauche. Elle avait appris que le Will de cette vie avait eu une fiancée. Elle se demandait si le Will qu’elle connaissait avait essayé de voir qui, et comment, elle était. Elle en avait ressenti une petite pointe de jalousie qu’elle avait essayé de chasser, en vain.

— J’ai… (Il hésita) Mon double a… Avait huit frères et sœurs plus âgés que lui, et un plus jeune, élevé par leur père, et leur grand-mère paternelle. J’ignore si ma mère… Sa mère est encore existante.

— Tu n’es pas le Will qu’ils ont connu, mais tu n’en es pas moins lui, ayant eu des expériences et une vie différente.
(Suite Chapitre 27.4)
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L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 27.4


Elle se tut un instant avant de reprendre :

— Cette famille, elle te manque ?

— D’une certaine manière.

— D’une certaine manière ?

— J’ai beau me dire, comme tu viens de le faire, que je ne suis pas un étranger. Pourtant, je n’arrive pas à la considérer comme étant ma famille. Et quand il m’arrive de m’en persuader, je me demande jusqu’à quel point, ils sont...

Il n’acheva pas sa phrase.

Elle le fit pour lui :

— … Différents de ceux que tu as connus.

Elle comprit qu’il serait inutile de le questionner plus. Elle reporta son attention sur le hangar et évalua, une énième fois, la situation.

— Je ne sais pas si c’est notre ami qu’ils gardent, mais quoi qu’il y ait là-dedans, ils le protègent bien.

Will ne répondit pas. Elle le regarda à nouveau. Quelque chose le tracassait. Elle ressentait sa profonde tristesse.

— Un problème ?

— Non, mentit-il.

Il y eut un court silence avant qu’il se décide à dire ce qui lui pesait sur le cœur.

— J’ai essayé de savoir si elle était encore de ce monde…

Intéressant, même si à sa tête, elle devinait la suite.

— J’ai fait un truc stupide. Je lui ai téléphoné. C’est ma grand-mère qui a répondu. Elle doit avoir presque quatre-vingt-dix an. Je… je ne l’ai pas connue. J’ai prétendu que je menais une enquête sur les familles nombreuses. Je lui ai dit que je souhaitais parler à la mère des enfants. Elle m’a répondu que parler avec elle, c’était tout comme. J’ai insisté. Elle ne l’a pas très bien pris parce qu’elle a raccroché. Depuis, je ne cesse de me demander : si elle est encore en vie, pourquoi n’est-elle pas avec ses enfants ? Ici, il n’y a pas de communautés matriarcales comme celles que j’ai connues, parce que des enfants continuent à naître et à grandir. Je ne cesse de me dire que, malgré cela, elle a peut-être trouvé une communauté, ou une secte, ou bien qu’elle est partie vivre avec un autre homme. Cette femme est peut-être la même que celle que j’ai toujours connue.

Elle avait écouté Will sans l’interrompre. Elle était profondément triste pour lui. On avait beau dire, mais dans ces univers parallèles dissemblables, les personnes qui auraient pu être des parents, des époux, des enfants, les amis les plus proches, n’étaient que des êtres étrangers finalement.

Ce n’était pas la seule chose qui le tourmentait. Elle sentait qu’il s’inquiétait pour elle, qu’il avait peur de la perdre, même s'il avait l'impression que c'était déjà le cas. Elle préféra n’en rien dire. De la même manière, elle avait renoncé à lui expliquer ce qui lui était arrivé.

Will sentait bien qu’elle était différente, et même distante, avec lui après des mois d’intimité, mais il ne lui avait posé aucune question alors qu’il en mourrait d’envie.

— Dans cet univers, je n’existe probablement pas non plus, dit-elle.

Ce n’était là qu’un demi-mensonge.

Will laissa passer un court moment avant de parler à nouveau :



— Avant qu’il avale sa satanée potion pour se déconnecter les neurones, Neil Doyle avait une théorie sur les univers parallèles : il prétendait que tout se répète à l’infini, que le temps n’existe pas. Passé, présent et futur se jouent simultanément. Il disait que le temps était une conception humaine, et que, sur la Terre, cette conception n’existait que chez les êtres humains, pas chez les autres êtres vivants, ou pour les objets inanimés. Il était persuadé que les chats pouvaient aussi en être capables, ce qui expliquait les cultes dont ils étaient les objets dans l’Antiquité, et l’opprobre dont ils étaient l’objet au Moyen-Age. Ces objets ou ces créatures sont des pivots permanents de l’espace-temps. Ils lui permettent de maintenir sa cohésion, de ne pas se diviser, se multiplier. Ces axes sont les garants de la cohésion de l’univers et, accessoirement, de notre existence.

Elle ne répondit rien.

Will reprit sur un ton qui se voulait plus léger :

— Pour en revenir à Carnaham, il est imbu de sa personne, fainéant, borné et totalement inconscient dans ses actes, mais s’il y a un peu du Carnaham que j’ai connu, alors il est loin d’être stupide. Il a sûrement compris que nous recherchions quelqu’un.

Et, à cette heure, elle devaitêtre attendue...



Esmelia regarda sa montre.

— Cela va bientôt être la relève. Ils vont allumer les lumières dans dix minutes.

Ils se relevèrent tous les deux. Enfin, terminé la surveillance.

Elle baissa sa visière qui ne laissa plus apparaître que le bas de son visage. Sanglée dans sa tenue sombre, armée jusqu’aux dents, elle avait l’air d’une guerrière décidée à en découdre sur le champ de bataille. Elle n’en demandait pas tant. Ces derniers jours, elle s’était beaucoup reposée, et n’avait pas utilisé son pouvoir. Will lui avait fait répéter de nombreux exercices respiratoires pour prévoir les nausées, ou au moins les atténuer. Elle était maintenant préparée à se téléporter dans la base. Elle ne maîtrisait pas encore ce pouvoir, comme le lui répétait Will.

Bizarrement, les petites distances s’effectuaient plus difficilement que les grandes. Elles étaient plus épuisantes pour son organisme.

Will la retint doucement par le bras.

— Si tu sens la moindre chose anormale, le moindre danger, tu fais marche arrière, compris ? Pareil si tu ne te sens pas bien. Baal n’accepterait pas que tu risques ta vie pour lui. Il nous le ferait sûrement payer à tous les deux, et à Grama aussi.

Elle en doutait, cependant, elle appréciait sa sollicitude.

— Nous avons besoin de lui, autant qu’il a besoin de nous, dit-elle simplement.

— J’aimerais en être aussi persuadé que toi. Il n’a jamais été connu pour son esprit bienveillant. Encore moins pour sa loyauté, ou sa fidélité envers ses amis. Au championnat amateur de la roublardise, il aurait été disqualifié pour professionnalisme.

— Tu fais de l’humour à propos d’un dieu drægan, Will. Il y a du progrès.

— Je pense simplement que les chiens ne font pas des chats, même s’il a pu me prouver qu’entre les rumeurs et la réalité, il y a un large fossé.

— Alors tu penses que les gens ne peuvent pas changer ?

— Si, et je pourrais te raconter l’histoire de Kilani-Stah-Etm ou celles de Castil Tenso-Me et de son compagnon… Concernant Baal, j’aimerais avoir la certitude qu’il nous a montré son vrai visage, mais il y a des êtres dont la nature est trop profondément ancrée pour la changer, et je crains qu’il soit de ceux-là.

— En es-tu certain ? Moi, je pense qu’il nous a montré, à chacun, une facette de sa personnalité. Nous sommes loin de l’avoir saisie dans sa totalité, et de découvrir qui il est réellement.

Will ne répondit pas. Il se demandait ce qu’il avait pu lui montrer, et ce qu’elle avait pu voir en lui.

Elle ajouta :

— Nous ferons ce qui doit être fait, Will. Quoi que nous pensions de lui. Sortons-le d’ici, et après, nous verrons.

Répondit-il quelque chose ? Si c’était le cas, elle ne l’entendit pas.

Elle avait imaginé un lieu qu’elle avait étudié après avoir piraté des images de la base et elle s’était concentrée sur lui. Elle s’était aussitôt évaporée dans de longues volutes de fumée noire.
(Suite Épilogue 01.1)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1) - Page 6 EmptyMar 3 Sep 2019 - 16:23

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



Épilogue 01.1


Station sous-orbitale de la planète Vi'veci. Date stellaire inconnue.

Le spectacle était extraordinaire. Jamais Adad n’en avait vu de pareils. Les nuages se mouvaient autour du vaisseau telles les vagues d'une mer en furie. Fasciné, il ne pouvait les lâcher du regard. De la même manière, il avait observé l'espace, sombre et infini.

Un observateur humain ignorant sa véritable nature aurait pu trouver normal qu'un adolescent de treize ou quatorze ans vivant sur la Terre, au troisième siècle avant J.-C. réagisse avec un enthousiasme non contenu. Au contraire d’un drægan comme Rhadamanthe qui trouvait insensé qu’à un peu plus de cent années terriennes passées dans la chair de son hôte, Adad n’ait jamais quitté la Terre, et encore moins sa famille. Il n’était pas d’usage pour les drægans d’élever leur progéniture. On laissait cela à des familles, généralement ennemies. Une manière de s’assurer la paix entre les nombreuses maisons afin que tous les drægans ne s’entre-tuent pas. Sans cette loi, leur espèce serait en voie de disparition depuis longtemps. Quoique, d’une certaine manière, c’était le cas de certains d’entre eux. Adad connaissait le sort funeste des dragons, une espèce drægan considérée comme étant en marge de leur société et qui refusait de se plier aux règles du plus grand nombre. Malgré les avertissements de son père à propos des jugements hâtifs, il ne pouvait s’empêcher de penser que les dragons avaient cherché ce qui leur était arrivé. Un peu de bon sens et moins d'impulsivité auraient pu les sauver de l'extermination.

Les règles n’étaient pas si terribles que cela, et plus on s’éloignait du pouvoir, comme l’avaient fait Baal l’Ancien et quelques autres qui étaient restés sur la Terre après les révoltes des humains contre les Divins, et la guerre des dieux, plus on bénéficiait d’une certaine liberté. Il ne comprenait d’ailleurs pas pourquoi certains d’entre eux avaient préféré quitter la Terre en embarquant dans le vaisseau de Rhadamanthe. Sur la Terre, ils avaient un titre, des biens, même des amis… Ici, ou ailleurs, ils ne seraient rien de plus que des réfugiés, des déchus, des bannis… Malgré cela, Rhadamanthe les avait accueillis sur son vaisseau comme des invités de marque.

La terre, ce n’était pas mal pour y vivre tranquille, mais elle était un peu trop petite à son goût. Adad, lui, rêvait de vastes espaces. Il avait soif de liberté. Avant que son père se décide à les envoyer, sa plus jeune sœur, Circé, et lui, chez Rhadamanthe, il pressentait qu’il existait un monde de différent de celui sur lequel ils vivaient. Son père avait beau tempérer ses ardeurs, rien ne lui plaisait plus que d’étudier le ciel et ses constellations, ainsi que toutes les sciences que les philosophes humains pouvaient lui enseigner. Il se plaisait à imaginer des moyens de quitter la terre ferme, de voler dans les cieux, et au-delà, si c'était possible. Il sentait que c'était possible.

Pour une raison dont il ignorait tout, Baal l'Ancien ne lui permettait pas l'accès au savoir des drægans. Il disait lui en avoir appris suffisamment sur ses origines, sur son espèce. D’ailleurs, à part son père, ses frères et sœurs, il ne connaissait pas d’êtres de son espèce. Les quelques généraux qui les suivaient et les protégeaient étaient des labirés. De même que la plupart des compagnes de son père. Les autres ėtaient humaines. Chacune avait enfanté au moins un hôte auquel avait été attribué un partenaire drægan. Chez les Baal, l'hôte était considéré comme définitif. Ce qui était une première entorse au règlement. Cependant, depuis la Guerre des dieux, cette pratique s'était plus ou moins généralisée, car les hôtes comme les drægans étant très jeunes lors de la greffe, les séparer après quelques années revenait à les tuer l'un et l'autre. Cependant, dans certains cas, il pouvait arriver que le drægan survive à l'amputation de son hôte. L'inverse était rare. L'hote n'était alors rien de plus qu'une coquille vide, sans âme.

Adad avait essayé de poser des questions sur leur monde d'origine aux labirés, en vain. Il s'était même demandé si Baal l'Ancien ne les avait pas menacés de mort s'ils parlaient. Il y avait  une trentaine de labirés, que la rumeur populaire chez les humains multipliait par dix. Même s’il les avait toujours tenus pour des êtres distincts des humains et des drægans, il savait maintenant que les labirés venaient de planètes autres que la Terre. Les humains, eux, les considéraient comme des Immortels, quoiqu'inférieurs aux dieux. Ils étaient donc plus accessibles que les dieux, et les hommes les respectaient.

Il avait fallu un événement qui avait failli leur coûter la vie, à sa sœur et lui, pour que Baal l’Ancien fasse appel à Rhadamanthe, et lui confie une partie de sa progéniture.  

Rhadamanthe n'avait jamais caché aux deux jeunes drægans qu'ils n'étaient qu'un surplus de bagage sur son vaisseau. Il avait déjà en charge l'éducation de trois autres jeunes drægans... alors deux de plus... Baal l'Ancien était néanmoins parvenu à le convaincre.

Ils avaient donc fait la connaissance des trois pupilles de Rhadamanthe : Inanna-Ishtar la prétentieuse, Ereshkigal la douce et Enki le sage. Il aurait aussi pu le surnommer : le mage à cause de ses tours de magie et de son goût prononcé pour le secret. Il n’arrivait pas à cerner ce personnage au caractère volubile. Enki se faisait régulièrement reprendre par Rhadamanthe et rabrouer par ses sœurs, pour autant qu’ils aient pu être frère et sœurs, mais cela ne semblait avoir aucune prise sur lui.

L’hôte d’Enki était le plus âgé d’entre eux. D’un point de vue humain, il pouvait avoir entre dix-huit et vingt ans. Celui d’Inanna devait avoir deux ou trois ans de moins. Ereshkigal donnait l’impression d’avoir onze ou douze ans, le double de l’âge de l’hôte de Circé. En réalité, les trois étaient du même âge et avaient cinquante années humaines de plus que sa sœur et lui. Ils le leur rappelaient régulièrement. Il n’y avait d’ailleurs pas que cela. Leur expérience de l’espace, leur connaissance de leur monde et de leur civilisation leur donnait de sérieux avantages dont ils profitaient largement en les rabaissant, volontairement ou non. La seule chose que Circéet lui savaient mieux faire qu’eux, c’était se battre. Même aveugle, Circé était supérieure à Ereshkigal à la lance, qu’elle s’en serve comme une arme défensive, que les humains comparaient à un bâton, ou comme une arme d’attaque maîtrisant ce que les humains, une fois encore, appelaient la « main des dieux ». Quant à lui, il ne lui avait fallu que quelques leçons pour apprendre quelques petites choses sur la lutte à Enki qui se targuait, pourtant, d’en être un champion.

Il se souvenait avec nostalgie de leur départ de la Terre. Ce départ dont il avait tellement rêvé sans vraiment l’espérer, et qui s'était réalisé au-delà de toutes ses espérances. Ce départ  était la promesse d’une vie nouvelle, pleine d’aventures et de découvertes. Longtemps, il avait haï son père de lui avoir caché ce qu’ils étaient et ce qu’ils pouvaient faire de leur vie. Mais avant cela, le quitter fut un déchirement profond. Il y avait quelque chose chez lui qu’il ne retrouverait, sans doute, jamais chez un autre drægan, il le sentait confusément, et surtout, il avait ce sentiment que jamais plus il ne le reverrait.

Pour oublier sa tristesse, et surtout pour ne pas la montrer, il s’était concentré sur sa sœur. Il ressentait sa souffrance, à elle aussi. Il était resté auprès d’elle lorsqu’ils avaient quitté la Terre. Malgré tous ses efforts pour la rassurer et détourner son attention de ce moment pénible, elle avait refusé de détacher son regard du hublot. Elle avait observé la Terre s’éloigner, puis disparaître dans l’obscurité spatiale. Des larmes coulaient sur ses joues. Ses pleurs restèrent silencieux tout au long de leur voyage.

Il ignorait que quitter la Terre lui causerait une tristesse presqu’aussi profonde que celle  de quitter son père. Pourtant, contrairement à celui-ci, il sentait qu’il reverrait, cette planète, un jour, car pour autant qu’il le sache alors, les planètes ne disparaissaient pas aussi facilement que les êtres vivants.

Ils avaient voyagé des jours durant en vitesse supra luminique. Adad ignorait où ils se rendaient. Il avait essayé de le savoir auprès d’Enki, mais celui-ci avait prétendu ne pas le savoir. Tous les cinq étaient consignés dans leurs quartiers. Ils ne virent Rhadamanthe qu’une seule fois lorsqu'il était venu leur expliquer les règles sur son vaisseau. En fait, il n’y en avait qu’une seule : ne pas quitter leurs quartiers. Évidemment, il avait voulu savoir pourquoi il n’avait pas le droit de visiter le vaisseau comme il l’aurait souhaité.

La réponse était venue d’Inanna :

— Dommage, ils auraient pu tomber sur la mauvaise porte.

— Et alors ? avait-il rétorqué sèchement.

— Si elle ouvre sur l’espace, lui avait alors expliqué Ereshkigal, tu seras aspiré à l’extérieur du vaisseau, ton hôte mourra instantanément de froid, vos organes seront gelés et tu finiras aussi par mourir, dans d’atroce souffrances.

— Sans compter que tu nous mettrais tous en danger à cause de la dépressurisation, ajouta Enki.

— Oui, enfin j’imagine que Rhadamanthe a prévu des mesures de sécurité contre cela. Bref, tous les drægans normalement constitués savent cela. On ne se promène jamais dans les vaisseaux que l’on ne connaît pas »

Il ne releva pas la pique d’Inanna. Quelque part, elle avait raison. Cela faisait partie des choses qu’il aurait dû savoir.

Ils avaient donc passé tout le voyage sans bouger de leurs quartiers. La seule « étrangère » qu’il voyait était la suivante que se partageaient Inanna et Ereshkigal, Calliope. C'était une dræganne, elle aussi, mais d’un rang mineur, lui avait expliqué Circé qui avait sympathisé avec elle. Les deux sœurs, comme tous les autres drægans du vaisseau, pensaient qu'elle était une simple labirée. Elle ne les avait jamais détrompés. Elle ignorait que Circé avait percé son secret et persuadé son frère de n'en parler à personne. Il s'était bien sûr demandé quelle raison pouvait pousser une dræganne à se cacher des siens. Cependant, il avait une confiance absolue dans le jugement de sa jeune sœur. Elle voyait souvent des choses que nul ne pouvait percevoir. Ces choses se révėlaient toujours justes.

Toutefois, cette histoire de castes l'intrigua suffisamment pour qu'il essaie d'en savoir plus sur le sujet. Grâce aux deux sœurs, il avait eu un cours sur la hiérarchie drægan. C’était une société finalement proche de celles que les humains avaient mises en place sur la Terre. Chaque drægan portait le nom d’une divinité et avait été pris pour telle dans le mondes où il avait élu domicile. Certains étaient encore considérés comme des divinités.

(Suite Épilogue 01.2)


Dernière édition par Ihriae le Mar 3 Sep 2019 - 16:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1) - Page 6 EmptyMar 3 Sep 2019 - 16:24

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



Épilogue 01.2


Les drægans les plus puissants régnaient sur les plus faibles, sur une cour de partisans et de courtisans, bien que la différence entre les uns et les autres ne fut pas toujours aisée, et sur une armée de labirés qui portaient des uniformes aux couleurs symboliques de leur seigneur. Lorsqu’un drægan, suffisamment puissant, avait des vues sur les territoires d’un plus faible, il n’hésitait pas à l’attaquer pour les lui prendre. Tout cela, Baal l’Ancien le lui avait déjà enseigné, quoique d’une manière détournée, mais la leçon n’en était pas moins gravée dans un coin de son cerveau, accompagné d'un précepte sans appel : ne jamais faire confiance à un drægan. Ce que son père ne lui avait pas raconté, c’était le sort réservé aux déchus.

Après la Guerre des dieux, beaucoup de famille drægannes mineures avaient payé au prix fort leur allégeance aux perdants. La plupart de leurs membres avaient été exécutés. Et ceux qui avaient survécu, étaient parvenus à s'enfuir ou bien avaient été réduits en esclavage.

Quant à ceux qui avaient refusé de prendre parti, pour un camp ou un autre, ils avaient été disgraciés, condamnés à l’exil, envoyés sur des terres hostiles dont aucun seigneur drægan ne voulait, et cela sans aucun espoir d'approcher de nouveau le pouvoir avant de longues décennies, parfois même plusieurs générations. Si une nouvelle guerre éclatait entre les dieux, ils étaient désormais condamės à se battre, en première ligne, sur le champ de bataille spatiale.

Adad avait alors compris ce qu’avait voulu dire son père au sujet de leur propre disgrâce. Loin d’être un havre de paix et de tranquillité, la Terre était une sorte de purgatoire pour les drægans renégats depuis que la plupart d’entre eux en avaient été chassés par les êtres humains. C'était pour cette raison que son père avait préféré le statut de conseiller auprès de Darius, plutôt que celui de dieu dans un monde qui rejetait ces derniers.

Leur arrivée en vue de Vi'veci, une planète qui, de l'espace, paraissait énorme et d'un blanc immaculé, fut un soulagement pour les passagers du vaisseau, et pour lui, l'impression que sa vie commençait enfin. Il regarda Circé la trouvant plus pâle que d'habitude. Elle cachait tant bien que lal son inquiétude. Lui aussi éprouvait de l’appréhension. Il ignorait ce qui les attendait sur cette planète inconnue. Ce devait être pire pour une petite fille qui ne pouvait rien voir.

Personne ne savait d'où lui venait cette infirmité. Certainement pas de l'hôte, ou plutôt des hôtes, car elle en avait eu deux. Il avaient tous deux été des voyants, et étaient devenus aveugles quelques jours après la symbiose. Le premier avait commencé à dépérir. Il avait fallu le séparer de Circé. Cette amputation avait failli la tuer. Heureusement pour elle, une nouvelle implantation avait été possible. Lorsqu'elle perdit de nouveau la vue, elle renonça à une nouvelle implantation, trop éprouvante. Ce ne fut guère longtemps plus tard qu'elle se découvrit une autre manière de voir.

Après de longues minutes de vol dans la mer de nuages, le vaisseau de Rhadamanthe arriva en vue du spatioport qui se trouvait dans le ciel de Vi’veci. Ils croisèrent des vaisseaux qui le quittaient.

Calliope leur conseilla de prendre les affaires dont ils avaient besoin pour un séjour d'une dizaine de jours terrestres, et de se vêtir chaudement. Elle les prévint qu'ils n'iraient pas sur la planète, trop hostile à la vie humanoïde. Leur séjour se passerait sur le spatioport qui se trouvait en moyenne altitude. La température n'y exédait pas les dix degrès dans la journée, et la nuit elle descendait de plusieurs dizaine de degrės. Dans la station, ils trouveraient de nombreuses auberges pour y passer quelques nuits. Inanna se plaignit de l’inconfort de tels lieux. Calliope lui répondit qu’ils en trouveraient bien une leur offrant tout le confort dont ils avaient besoin. Inanna se préparait à lui faire une réponse de son cru, mais un avertissement d’Enki coupa net son élan. Elle referma la bouche aussi vite qu’elle l’avait ouverte.

À la hauteur où il se trouvait, caché par les nuages, le spatioport était à l’abri de toute attaque provenant de la planète. Adad s'était demandé quels pouvaient être leurs ennemis, ici.

Sur la Terre, ils portaient des noms. Le dernier en date se nommait Alexandre le Grand. Cela faisait plusieurs années qu'il causait des difficultés à Baal l'Ancien, mais surtout à Darius. Il n'était qu'un simple humain, mais leur père le craignait suffisamment pour éloigner ses deux plus jeunes enfants. Surtout depuis qu'il soupçonnait le macédonien de leur avoir envoyé cet assassin. Baal l’Ancien n'avait pas seulement voulu que ses enfants quittent la terre natale de leurs hôtes, la Phénicie, ou ce qu'il en restait après le passage des armées de cet Alexandre, mais la planète elle-même. Pour la première fois de sa vie, Adad avait alors compris que le temps où son père avait été un souverain et un conseiller divin et avait eu une autorité légitime était très loin, oublié des humains.

Il lui aurait été aussi simple de quitter la Terre avec toute sa famille. Cependant, il n'avait pu se résoudre à quitter une planète qu'il avait appris à aimer bien plus que la sienne. C'était, du moins, ce que croyait Adad au moment de leur départ. Avec Darius, Baal l'Ancien avait délimité son territoire. Il avait régenté la Phénicie et, avec son aide, Darius s'était concentré sur le reste de la Perse qu'il était parvenue à unifier sous son autorité. À eux deux, ils avaient maintenu la paix et la prospérité sur la région durant de longues années... Jusqu'à l'arrivée d'Alexandre le Grand. Cet humain avait pillé toutes les richesses du pays, et il s'en rendait compte maintenant, réduit leur vie à néant. Une fois encore, l'Humain, petite créature d'apparence chétive, avait fait preuve de capacités hors du communs, notamment celle de détruire en quelque jours ce que d'autres avaient mis des siècles à bâtir.

Adad avait d'agréables souvenirs de la Terre, et de sa vie auprès de son père, même s'il n'avait toujours rêvé de les quitter. Cependant, les événements, en dehors de la Phénicie, avaient pris une tournure désagréable bien avant qu’Alexandre le Grand ne vienne semer le trouble sur le territoire perse. Depuis quelques années, Adad craignait Darius. Celui-ci était devenu sujet à des humeurs changeantes qui, pourtant, ne semblaient pas inquiéter Baal l'Ancien. Darius pouvait ordonner la mise à mort immédiate, sans procès, de l'un de ses généraux ou d'une concubine qui lui avait déplu. Chaque fois que Baal lui suggérait de commuer leur peine, ou de vérifier les faits afin d'obtenir la certitude de leur culpabilité, Darius entrait dans une colère sans nom et rien, sauf la patience du seigneur phénicien, ne pouvait le faire revenir à la raison. Adad se disait qu'inévitablement, un jour, cette patience ne suffirait plus et que Darius finirait par s’en prendre à son père, et même à toute leur famille. Cela avait peut-étre fini par arriver... Ce n'était peut-étre pas seulement à cause du risque que représentait Alexandre qu'il les avait éloignés, Circé et lui.

L'annonce de l’atterrissage du vaisseau sur l'une des pistes du spatioport avait permis à Adad d'oublier, un temps, ses inquiétudes.

La première sensation qu’il éprouva en sortant de la navette fut le froid glacial et humide. Rien à voir avec une nuit en plein désert perse. Il n’était, pourtant, ni de nature, ni de constitution fragile. Il avait pris les recommandations de Calliope à la légère, et force lui était de constater qu’il avait eu tort de penser résister aussi bien aux températures de Vi’veci qu’à celles de la plus glaciale des nuits terriennes. Son regard croisa celui de la dræganne. Il fut surpris de n'y trouver aucune moquerie. Elle avait une étrange façon de le regarder. Son regard était fixe et aucune expression ne se lisait sur son visage. Il avait la désagréable impression qu’elle lisait en lui comme une de ces oracles dont il avait entendu parler… Il détestait cela. Même Circé ne l'avait jamais regardé ainsi. Il préféra baisser les yeux, jusqu'à ce qu'elle lui mit un manteau sur les épaules.

À la première, se substitua une seconde sensation aussitôt qu’il mit les pieds sur le sol du spatioport : le trouble des sens. La piste d’atterrissage était envahie de brume, ou plus exactement de nuages bas. Il voyait à peine ses pieds. Descendre les quelques marches de la navette avait été instinctif, mais marcher sans savoir trop où et sur quoi, sachant seulement que les pistes étaient suspendues au-dessus d’un vide abyssal…

— Gaffe à la marche ! lui avait chuchoté Inanna lorsqu’elle était passée à côté de lui.

Le ton qu’elle avait employé, quelque peu grinçant, laissait présager que rien ne lui ferait plus plaisir que sa disparition, juste après l'avoir vu s'écraser la figure sur le sol. Il ignorait pourquoi elle le détestait dans la mesure où il ne la connaissait guère plus qu’elle ne le connaissait et que leurs relations s’étaient limitées à quelques échanges verbaux polis.


(Suite Épilogue 01.3)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1) - Page 6 EmptyMar 3 Sep 2019 - 16:25

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



Épilogue 01.3


Il balaya l’horizon d’un regard. C’était beaucoup dire, car essayer de distinguer quelque chose autour d’eux était inutile. À peine pouvaient-ils percevoir de vagues formes sombres à travers les nuages. Par contre l’humidité commençait à transpercer leurs vêtements qui devenaient aussi lourds qu’une armure drægan.

La décompression lui donnait l’impression que son cerveau servait de caisse de résonance à son cœur, et le silence, bien réel, qui régnait autour d’eux avait quelque chose d’effrayant. Il sentit la petite main humide et glacée de Circé se glisser dans la sienne. Il la serra autant pour la rassurer que se rassurer lui-même. Il était là, près d’elle, et il la protégerait de tout ce qui pourrait sortir de ce brouillard.

L’air était saturé d’odeurs : celles de la moisissure, de la rouille, et celle, lourde et entêtante, du tserarenium, qui supplantait l’ensemble à tel point qu’il avait l’impression que cela imprégnait tout son être. Il commença à éprouver une sorte de vertige. Il devait se ressaisir. C’était donc cela un spatioport ? Il était déçu. Il s’attendait à un lieu coloré, grouillant de monde, comme les ports sur la Terre, mais avec des populations plus atypiques, et du bruit, beaucoup de bruit… Des odeurs plus variées et agréables… Et le goût de l’aventure.

Circé se serra un peu plus contre lui en lui tirant la manche. Il se baissa pour écouter ce qu’elle voulait lui dire. Elle avait peu parlé depuis leur départ de la Terre, et ne s’était jamais exprimée à voix haute en présence des autres qui s’étaient demandé si, en plus d’être aveugle, elle n’était pas muette.

— Les Terrans... Ils arrivent.

Un frisson parcourut son échine. Il aurait voulu lui demander qui étaient les Terrans, mais des ombres apparurent soudain autour d’eux. Son cœur se mit à battre très fort. Il refusa de céder à la panique. Il lui fallut un court instant pour se calmer et reprendre le contrôle de ses sens. Il n’avait pas d’arme à portée de main. Il allait devoir mettre ses cours de combat à mains nues en pratique. Il jeta un bref coup d’œil en direction d'Enki. Le jeune drægan était disposé, lui aussi, à se battre, cela ne faisait aucun doute. Il s’était ostensiblement rapproché de ses sœurs. Adad remarqua que, pour une fois, Inanna n’en menait pas large. Ereshkigal avait adopté une position défensive. Rhadamanthe, quant à lui, semblait d’un calme à toute épreuve, mais sa main droite était posée sur la dague qu’il portait contre sa hanche, et le labiré qui les accompagnait, même s’il faisait tout pour le cacher, était lui aussi en alerte.

Adad sentit la présence d’un drægan… Et de plusieurs labirés.

— Calme, les enfants ! leur ordonna Rhadamanthe à mi-voix.

Les ombre se rapprochèrent et devinrent distinctement des bipèdes.

— Mae Ko-Etna, mes amis. Tolo mentě.

Des formules de bienvenue, dans la langue diplomatique.

La voix lui était familière. Il l’avait déjà entendue, il n’y avait pas si longtemps, avec celle de son père. C’était peu de temps après la deuxième tentative d’assassinat… Ce drægan avait exhorté Baal l’Ancien à quitter la Terre et à venir se réfugier dans l’un de ses domaines. Baal avait refusé. Adad n’avait pas pu voir à qui appartenait cette voix. C’était l'un des inconvénients de l’espionnage. Aujourd’hui, la voix avait une incarnation qu’il distingua plus nettement lorsque celui-ci s’arrêta devant Rhadamanthe. C’était un humanoïde mâle, à peine plus âge que lui, s’étonna Adad. Pourtant, il y avait tellement d’assurance en lui…

Il n’était pas d’une taille ou d’une corpulence exceptionnelle, comparé à Rhadamanthe dont la tenue guerrière, avec sa couleur majeure bleu azur, rehaussait la prestance. À l’opposé, le drægan portait une tenue d’apparat, dans un camaïeu de vert rehaussé d'or, qui laissait entrevoir un rang élevé. Mais elle ne disait rien de plus à son sujet, si ce n’était qu’il avait un goût pour les vêtements confortables et pratiques. Les hôtes des deux drægans étaient très différents. Comme Baal l’Ancien, Circé ou lui-même, l’hôte de Rhadamanthe était un humain né en Orient.

L’hôte de celui qui les accueillait venait d’une terre étrangère, sans doute moins aride, plus verdoyante, et d’une civilisation différente. Sa peau était claire, ses cheveux sombres et bouclés et ses yeux étaient d'un étonnant vert mordoré. Adad doutait qu’il soit né sur la Terre. Probablement était-il issu de l’une de ces civilisations qui en avaient été importée après les révoltes des humains contre les dieux et qui, en s'adaptant aux conditions de vie de sa nouvelle planète, avait poursuivi son évolution biologique.

Rhadamanthe salua le nouveau venu avec respect, en courbant légèrement le dos. Un signe de soumission qui devait être rare chez lui.

— Teutatès, mon ami.

La voix avait enfin un nom.

— Rhadamanthe lui répondit Teutatès. Mon père, Toutatis, sera heureux de vous revoir, sain et sauf, en ces temps troublés.

Adad sentit une légère tension dans sa voix. Il supposa que Rhadamanthe était bien plus l'ami du père que du fils. Et sans doute, s'agissait-il d'une forme de politesse indiquant qu'aucun litige n'avait cours entre eux.

— Je vois que vous n’êtes pas venu seul, ajouta Teutatès en se plantant devant Inanna.

Il la détailla impunément des pieds à la tête tandis qu’elle gardait la tête baissée, comme on le lui avait appris.

La coutume était la même sur Terre lorsque l’on rencontrait quelqu’un dont le rang et l’influence n’étaient pas négligeables. Il n’avait pourtant jamais vu son père baisser l’échine devant qui que ce soit. Il n’y avait donc aucune raison pour que lui ou Circé se montrent aussi dociles qu’Inanna. Il remarqua néanmoins qu’Ereshkigal, Enki, Calliope et les autres drægans qui avaient fait le voyage avec eux regardaient aussi leurs pieds. Seul le garde du corps de Rhadamanthe n'avait pas courbé la nuque. Il regardait partout, toujours sur ses gardes, sauf dans la direction de Teutatès.

Rhadamanthe fit une rapide présentation de ses compagnons de voyage. Des noms que, pour la plupart, il ne connaissait pas. Il savait maintenant qu’il s’agissait de drægans mineurs, sans grande importance sur l’échiquier politique. Tous venaient de la Terre, et ils semblaient avoir emmené avec eux tout ce qu’ils y possédaient. Assez peu de choses finalement. Aucun n’affichait cet air de supériorité si familier à ceux de son espèce. Ce qui le confortait dans son jugement concernant leur importance.

Teutatès donna des ordres aux labirés qui l'accompagnaient avant de s’adresser aux drægans qui avaient fait le voyage avec eux.

— Mes labirés vont prendre vos effets personnels et vous conduire à l’intérieur du spatioport. De là, vous pourrez vous rendre où vous le souhaitez. Je vous rappelle néanmoins qu’aucune arme n’est admise dans l’enceinte. Si vous en portez une, vous devrez la laisser aux officiers qui se trouvent à la sortie de la piste sur laquelle nous nous trouvons actuellement. Si vous comptez la conserver, ce sera à vos risques et périls.

Il y eut quelques mouvements de protestations, mais les voyageurs obtempérèrent aussitôt qu’ils virent Rhadamanthe et son garde du corps remettre leurs propres armes à l’un des labirés de Teutatès. Adad se demanda ce qu'ils pouvaient bien risquer à porter des armes en ces lieux. En tous les cas, c'était suffisamment important pour inciter Rhadamanthe à s'en délester.

Leur groupe se divisa en deux, et celui auquel il appartenait se résumait désormais à Rhadamanthe, son garde, Calliope, Circė, Inanna, Ereshkigal, Enki et deux autres jeunes drægans dont il ne connaissait que les noms : Freyr et Lara. Il n'aimait pas beaucoup Inanna qu'il jugeait trop prétentieuse, mais ces deux-là ne lui inspiraient aucune confiance. Il regarda, un instant, les autres voyageurs et la plupart des labirés qui avaient accompagné Teutatès disparaître à travers les nuages.

Teutatès s’écarta d’Inanna qu’il n’avait pas quitté des yeux durant ces quelques instants et s’approcha d’Ereshkigal dont il souleva doucement le menton, la forçant ainsi à relever la tête pour le regarder droit dans les yeux. Il lui sourit aimablement. Un sourire franc auquel elle répondit timidement.

Le regard du maître des lieux revint se poser sur Inanna.

— Elles feront bientôt, j’en suis certain, de magnifiques divinités...


(Suite Épilogue 01.4)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1) - Page 6 EmptyMar 3 Sep 2019 - 16:27

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



Épilogue 01.4


Adad vit Inanna esquisser un léger sourire qui s’effaça lorsque Teutatès poursuivit tout en adressant un clin d’œil à Ereshkigal avant que celle-ci baisse de nouveau la tête :

— … et de fécondes génitrices. Elles nous donneront de nombreux petits drægans qui assureront la pérennité de notre espèce.

Adad sentit la pointe d’ironie dans sa voix. Connaissant Inanna qui ne cachait pas qu’elle se voyait plus reine guerrière à la tête de ses propres armées, plutôt qu’en mère porteuse de l’avenir de leur espèce, elle devait fulminer. Il éprouva de la sympathie pour Teutatès.

D’ailleurs, on n’avait encore jamais vu une femelle à la tête d’une armée de drægans, songea-t-il. Sauf d’une armée de femelles, comme les amazones ou les walkyries. Encore qu’il n'avait jamais vu l'une ou l'autre jusqu’à présent. Ce genre de concept devait relever du folklore.

Il reçut un coup derrière la tête. Pas suffisamment fort pour l’assommer, bien que légèrement douloureux, mais assez pour la lui faire baisser. Il voulut la relever.

" Essaie, et je te la dévisse sur le champ, même si je dois en payer le prix."

Il entendit ces paroles aussi clairement que si elles avaient été prononcées. Calliope savait se faire convaincante. Il fut étonné qu'elle soit capable d'utliser un tel procédé pour communiquer. Jusqu'à présent, seul son père en avait usé avec lui. Généralement lorsqu'il avait des remontrances à faire sur son comportement en public. Il devina aussi que Calliope avait dû lire ses pensées, et elle n'avait pas du tout apprécié. En ce qui le concernait, il n'appréçiait pas du tout qu'elle entre dans sa tête et il le lui ferait savoir le moment venu. Elle n'était rien pour lui. Elle n'avait aucun ordre à lui donner. À moins d'en avoir reçu un, tacite, de Rhadamanthe. Il sentit la colère monter en lui. Il fit de son mieux pour la ravaler, et la reserver pour plus tard.

En tous les cas, aussi rapide qu’il l’avait été, le geste n’avait sûrement pas échappé à Teutatès qui marqua un bref temps d’arrêt avant de se placer devant Enki.

— On vous dit excellent lutteur, si ce n’est le meilleur, lui dit-il. Nous aurons l’occasion de le vérifier si vous restez suffisamment longtemps parmi nous. À l’occasion, j’apprécie moi aussi quelques joutes, surtout si l’adversaire est aussi bon qu’on le dit.

Sans attendre de réponse de la part du jeune drægan, Teutatès se planta devant Adad et Circé qui semblait vouloir se fondre dans les replis des vêtements de son frère tellement elle s’était collée à lui.

Tête baissée, Adad attendit un moment qui lui parut être une éternité. Il ne se passa rien. Bravant l’interdiction, il releva la tête et regarda le drægan droit dans les yeux. Des yeux dont la couleur était vraiment inhabituelle pour un hôte humain. On aurait dit que leurs iris étaient faits d’ambre. Même si sa barbe naissante et ses cheveux étaient aussi sombres que les siens, il constata que l’hôte de Teutatès ne ressemblait pas aux orientaux. Sa peau claire rougissait à cause de l'air glacé. Il avait des lèvres fines, bien dessinées. Ses traits étaient aussi très fins. Ses cheveux étaient assez longs et libres sur ses épaules. Ses origines étaient celtes comme l'indiquait son nom, plus précisément gauloises. L’ancienne divinité le regardait de la même manière, mais il ne montrait rien de ce qu’il pouvait penser, sauf une légère pointe de curiosité.

Adad sentait aussi le regard de Rhadamanthe sur lui plus qu’il ne le voyait. Il allait sûrement avour droit à une bonne leçon de savoir-vivre lorsqu’ils se retrouveraient tous les deux, seuls, dans la même pièce. Du genre cinglant.

— Ainsi donc, voici la progéniture du Seigneur Baal. Ce vieux brigand a enfin daigné laisser un autre que lui s’occuper de ses rejetons, comme le veut l’une de nos traditions. Tradition que mon père a toujours considérée comme inadaptėe à la pérennité de notre espèce. Je vous supposais en bons termes avec les Baal, Rhadamanthe.

— Et c’est le cas. Nous n’avons aucun contentieux en cours.

— Il est vrai qu’en tant que juge, vous ne pouvez être partie, c’est dans votre intérêt. Je m'étonne seulement que le Conseil ne vous ait autorisé à prendre que ces deux-là, et non l'ensemble de la couvée.

Adad sentit un frisson glacé lui parcourir le dos. Qu'était donc ce fameux Conseil, et qu'avait-il à voir dans leur présence en ces lieux ? Il n'appréciait pas non plus entendre parler de ses frères et soeurs, et lui compris, en ces termes. Son estime naissante pour Teutatès disparut d'un coup.

Teutatès s'accroupit soudainement, au grand étonnement d’Adad, pour se mettre à la hauteur de sa sœur, puis il avança une main en direction de Circé.

Malgré lui Adad frémit tandis que sa sœur recula aussi vivement qu’une souris acculée dans un coin par le matou qui voulait la dévorer. Elle savait que c’était vain, mais mue par son instinct de survie, elle ne pouvait faire autrement.

— Tu es donc Adad, poursuivit Teutatès en se redressant. Et cette toute petite créature est ta sœur, Circé.

Contre toute attente, le visage de Circé apparut sous le bras de son frère. Elle regarda vers le drægan qui sembla surpris que leurs regards ne rencontrent pas.

— Elle est aveugle, le prévint Rhadamanthe.

L’un des sourcils du drægan se souleva légèrement, puis Teutatès eut ce même sourire dont il avait gratifié Ereshkigal.

— Dans ce cas, Adad, ne lâche pas la main de ta sœur. La passerelle sur laquelle nous nous trouvons est suffisamment large pour que deux navettes puissent s’y trouver côte à côte, mais pas pour qu’elles y atterrissent. Dans cette brumes, il est difficile de savoir où l'on pose le pied. Les accidents ne sont pas rares. Si, par un miracle, que je ne pourrai expliquer, vous surviviez à une chute de plusieurs kilomètres, nous serions dans l’incapacité de nous rendre à la surface de Vi’veci pour vous porter secours.

Adad avait eu envie de lui répondre que même si c'était ce que tout le monde attendait, sa sœur et lui ne chuteraient pas d'un pouce. Les mots restèrent dans sa bouche, cependant. Comme disait son père : une seule bouche pour parler bien. Deux yeux pour voir et observer deux fois plus et deux fois mieux que parler.

Teutatès les invita ensuite à le suivre. Personne ne chercha à savoir où il les conduisait. Inanna et Ereshkigal s’accrochèrent fermement aux bras de Calliope et suivirent Teutatès et Rhadamanthe de près. Il prit Circé dans ses bras, tandis qu’Enki et le garde du corps marchaient dans ses pas. Les deux autres jeunes drægans que Teutatès avait ostensiblement ignorés, quelque peu effrayés, fermaient la marche. Ils ne devaient songer qu’à une seule chose : se trouver dans un lieu plus sécurisé que cette piste située entre ciel et terre, supposa Adad.

L'atmosphère qui régnait sous le dôme principal du spatioport était nettement plus conforme aux attentes du jeune Adad. Partout où il posait le regard, il y avait de la vie. Les odeurs, les sons, et tout ce qu'il voyait, s'agitant autour de lui correspondait exactement à l'idée qu'il se faisait d'un spatioport. À la différence de la faune locale qu’il ne pouvait associer à celle des ports. Tout juste pouvait-il la comparer dans les grandes lignes.

Pour avancer, il fallait quasiment jouer des coudes. Les labirés de Teutatès avait beau repousser sans ménagement tous ceux qui s'approchaient un trop près d’eux, ils étaient quand même constamment bousculés. Il y avait des boutiques dans tous les coins. Certaines proposaient à vendre des objets précieux qui auraient attiré l’œil de n'importe quel drægan, d'autres des vêtements, ou des armures, une autre encore des bons pour acheter des armes qui se trouvaient dans un vaisseau en orbite de la planète...

On pouvait tout trouver, même de la nourriture et des boissons. Il y en avait pour tous les goûts. S’il avait eu quelque argent local, il aurait pu acheter une friandise pour Circé, mais l’argent terrien n’avait sûrement pas cours ici. Près de l’entrée des boutiques, il y avait souvent un ou deux mendiants, des bateleurs, des bonimenteurs, et même des créatures qui semblaient n'être là que pour aguicher les clients, les faire entrer dans les échoppes et consommer.

Sans cesser de suivre Teutatès, ils croisèrent des charriots remplis de caisses et de bagages, tirés par de drôles de petits véhicules, volant à quelques centimètres du sol, et des groupes pressés qui passaient devant eux sans même les remarquer. Adad, lui, aurait eu du mal à ne pas remarquer certains des individus les composant. Jusqu'alors il n'avait eu l'occasion de ne croiser que des humains et des labirés. Ici, la bipédie n'était pas une règle absolue, pas plus que le fait de regarder dans une seule direction à la fois, d'être vêtu, ou de parler la même langue.

Il y avait des créatures avec des poils, d'autres avec des écailles, ou avec un épiderme qu'il ne pouvait définir. Elles avaient entre quatre et huit jambes, et parfois un nombre équivalent de bras et d'yeux. Difficile de dire si elles avaient une conscience ou si elles étaient pensantes, ou, tout simplement, réceptives et réactives. La plupart devaient l'être puisqu'elles étaient ici. Même si certaines avaient l'air gauche, ou un peu lent, dans leurs mouvements, elles avaient tout de même eu la capacité de voyager jusqu’ici. Elles communiquaient aussi entre elles. Les sons qu'elles utilisaient étaient parfois très désagréables à ses oreilles.

Parmi ces extraterrestres, il en distingua tout de même qui s'apparentaient à des humanoïdes, même de très loin, comme ces êtres gris, aux membres inférieurs et supérieurs frêles et à tête de tortue avec de grands yeux noirs. Nombre d'entre eux se trouvaient derrière des consoles situées à des points clés du spatioport. À force de les observer, Adad avait fini par avoir la certitude que c'était elles, et non les drægans qui géraient les lieux. D'ailleurs, ces derniers s'écartaient lorsqu'ils croisaient un de ces êtres, comme s'ils avaient peur qu’ils les touchent. Ils avaient à peine une tête de plus que Circé, pourtant.

À peu près de la même taille, il y avait ces demi-hommes dont le visage disparaissait sous une épaisse chevelure et une barbe qui l'était tout autant. Contrairement aux êtres gris, ils étaient vêtus, mais ce qui ne pouvait échapper aux regards, c'était leurs pieds et leurs mains qui paraissaient démesurés par rapport à leur taille, et contrairement aux "Gris", ils étaient particulièrement remuants et bruyants. Il n'était pas rare de les voir se battre les uns contre les autres, ou chercher querelle aux représentants d'une espèce étrangère, même deux fois plus grande qu'eux.


(Suite Épilogue 01.5)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1) - Page 6 EmptyMar 3 Sep 2019 - 16:28

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



Épilogue 01.5


Dans les "tailles supérieures", il y avait ces créatures qui avaient au moins deux têtes de plus que Rhadamanthe. Mâles comme femelles, elles étaient d'une très grande beauté. Il avait du mal à détacher son regard de ces êtres qui avaient la peau soit rosée, soit bleuté, ou encore tendant vers le vert. Ils avaient de longs membres fins et étaient de taille svelte. Quel que soit leur genre, ils avaient tous de long cheveux soyeux et lisses. Seule leur couleur différait : noirs comme la nuit, dorés comme les blés, verts comme de l'herbe fraiche, bleu comme un ciel d'éte sans nuage, rouge comme les feuilles de certains arbres ou blancs comme la neige. Leurs yeux, en amande étaient soit d'un noir profond, soit d'un gris presque transparent. Ils portaient des vêtements simples, et leurs gestes gracieux étaient hypnotisants. Adad se demanda pourquoi ces êtres n'avaient pas été choisis comme hôtes par ses ancêtres. Sûrement un problème de compatibilité, avait-il fini par conclure.

Enfin, il y avait des créatures qui ne pouvaient pas survivre dans le même environnement que les autres sans leurs appareils respiratoires, ou leurs combinaisons adaptées. C'était le cas d'une créature qui semblait pliée en deux, mais dont le très long cou la mettait finalement à la hauteur d'un être humain normalement constitué, en dehors du fait qu'elle avait quelque chose qui rappelait plus certains oiseaux, comme le pélican, qu'un humanoïde.

Les seuls êtres qu'il reconnut, d'après les descriptions données dans certaines des histoires que lui racontait son père, c'était les Selenés. Ces bipèdes reptilliens, taillés comme des spartiates, auraient pu remplacer les premiers hôtes lorsque l'espèce s'était éteinte. Son père lui avait expliqué que les Selenés ne valaient pas leurs hôtes initiaux, beaucoup plus intelligents, beaucoup plus autonomes, beaucoup plus beaux, et bien plus maléables. Si les Primes, les premiers drægans, n'avaient pas recherché une espèce plus docile avec laquelle les symdrae, les symbiotes drægans, pouvaient être compatibles, ils seraient aujourd'hui les hôtes de créatures à la peau écaillée et à la face reptilienne. Cela dit, Adad n'y voyait pas tant d'avantages que cela en dehors de l'excellente protection générée par leur constitution. Mais toute créature possédait ses faiblesses.

À part égale avec l'ensemble des créatures qui évoluaient dans le spatioport, il y avait les drægans. Ici encore, Adad put remarquer une variété importante d'ethnies en fonction de la couleur de peau de leurs hôtes, et de leurs tenues vestimentaires. À cela, s'ajoutait l'importance de la Cour qui les accompagnait. Grâce à ses connaissances des civilisations terriennes, il pouvait à peu près déterminer quelles étaient leurs origines, comme il l'avait fait pour Teutatès.

Certains avaient la peau très claire. Leurs vêtements, faits de peaux animales, et leurs bijoux de fer forgé, de bronze et d'étain, les rattachaient aux peuples du Nord. D'autres, au contraire, avaient la peau très sombre. Leurs vêtements colorés avaient été savamment tissés, et les bijoux qu'ils portaient sur eux, cliquetaient légèrement. Il aperçut encore un asiatique aux riches vêtements de soie rouge et orange et verte, qui discutait avec une femme vêtue à la mode indienne, et aux couleurs sanguines. Leurs labirés, les uns en armures d'acier, les autres en armures de cuir, tous couverts de la tête aux pieds de façon à ce que l'on ne voit que leurs yeux et portant les couleurs de leurs maître respectif, ne se mélangeaient pas.

Il entendit Teutatès saluer les déesses Dana et Kali lorsqu’elles passèrent devant eux.

Adad sentit leur regard sur lui. Cela ne pouvait être qu’une impression. Il se retourna pour la vérifier. Il ne s'était pas trompé. La manière dont l'observait les Éternelles lui fit froid dans le dos. Il la gratifia d'un regard de défiance.

Adad aurait voulu continuer à observer son environnement avec la même attention, mais celle-ci venait d'être détournée par quelques mots prononcés au cours de la conversation que Rhadamanthe et Teutatès entretenaient à voix basses. Il se rapprocha d'eux tout en prenant garde, néanmoins, de rester à la bonne distance et tendit l'oreille tout en faisant mise de continuer à découvrir ce nouveau monde.

— Nous avons trouvé la première labiré, il y a deux jours, expliquait Teutatès à son compagnon. Elle appartenait à la maison de Cronos. La seconde a été découverte ce matin, dans la maison de Rê, qu'elle servait depuis toujours. D'après, Hathor, sa reine, les deux labirés ne se connaissaient pas. J'avoue que cela m'a troublé dans le mesure où les deux maisons se fréquentent beaucoup depuis quelques temps, et que leurs vaisseaux sont tous les deux en orbite de Vi'veci.

— Il m'a effectivement semblé apercevoir le vaisseau de Rê, et celui d’Apophis lors de mon approche de la planète, acquiesça Rhadamanthe.Il y avait aussi celui des Ramsès.

Teutatès eut un rire sec.

— Par Zeus, heureusement pour nous, Apophis n'a perdu aucun de ses serviteurs. Si cela était le cas, il n'hésiterait pas, à lever ses armées pour détruire cet endroit. Non pour venger son serviteur, mais parce qu'il aurait un bon prétexte pour prendre cette base, la mettre à sac, ou augmenter les taxes et les empocher.

— Il pourrait être mêlé à leur mort ?

— J’en doute. Son frère, Rê ne le permettrait pas, et Apophis ne ferait rien sans raison valable et contre l'avis de son frère. Non, mais ce qui est certain, c'est que les deux assassinats sont liés par une même signature. Ces deux labirés ont été tuées selon le rite Telchine.

Rhadamanthe secoua la tête.

— Les Telchines ont disparu avec leurs anciens maîtres.

— Les Anciens dieux n'ont pas disparu. Ils se cachent, et mon père est certain qu'ils attendent leur heure. Je partage son opinion.

— Foutraques ! Même s'ils sont encore en vie, on ne les laissera jamais revenir et les Telchines ont été éliminés, définitivement. Leur foutue secte n’est plus qu’un vague souvenir… Apollon pourrait te le confirmer, c’est lui qui était chargé de mettre fin à ces… Choses.

— Peu importe, obtempéra Teutatès. Il n'empêche qu'on a transpercé la poitrine de ces deux labirées avec un trident, sans doute pour les affaiblir ou les neutraliser, parce qu’elles ne sont pas mortes immédiatement… Il semble même qu’elles aient été interrogées… Avant que leur tête soit fauchée.Pour en faire quoi ? Nous ne le saurons que lorsque nous les retrouveront... Ou lorsqu'elles nous serons renvoyées en guise de message.

Rhadamanthe mit un temps avant de trouver une réponse. Il était abasourdi par ce qu'il venait d'entendre.

— Le trident de Poséidon et la faux de Chronos... C'est peut-être là le message...

— Si c'est un message, il est très clair, dit Teutatès. Nous sommes tous en danger. Mais pourquoi nous préviendraient-ils de leur retour ? Non... Il y a autre chose... Et puis, pourquoi un Telchine se serait-il attaqué à deux servantes ?

Adad avait déjà entendu parler des Telchines. Ils n’étaient ni drægans, ni labirés. Ils n’étaient même pas humains. On disait d’ailleurs qu’ils pouvaient prendre plusieurs formes. Celle d’un animal, d’un monstre, d'un végétal et même d'un minéral lorsqu’ils voulaient se fondre dans le décor. Ce qui était plutôt utile pour un assassin. Car c’était bien ce qu’ils étaient. Ils étaient surnommés les « doigts des dieux » parce qu’ils étaient aux nombre de dix et ils accomplissaient les basses besognes de leurs maîtres, les idoles primaires. Pourtant, ils n’étaient employés que pour assassiner d’autres drægans, généralement d’un rang élevé… Pas des servantes. Cela, n’importe quel Éternel pouvait le faire en toute impunité. Ce qui était arrivé à Darius en était l’exemple même. Une autre légende courant sur le compte des Telchines disait qu’ils pouvaient maîtriser les éléments.

Quelque chose, en périphérie de son regard attira son attention. Il n’aurait su dire quoi. Il regarda autour de lui, cherchant à percer la muraille mouvante des voyageurs et des autochtones. Il sentit une odeur de mort, comme si quelqu’un venait de mettre à nu les viscères d’un animal… Ou d’un être pensant.

Ce fut bref, mais bien présent.

Les crimes n’étaient pas rares dans les ports, sur la Terre. Un vol qui tournait mal, un règlement de compte entre marins un peu ivres… Ou un simple geste qui conduisait à la mort de l’un des protagonistes. C’était tellement courant que personne ne paniquait vraiment lorsqu’il tombait sur un cadavre. Ici, cela devait être pareil. Il n’y eut aucun mouvement de panique. Ou bien, n’était-ce que l’odeur du plat, curieusement préféré, d‘un local que l’un des taverniers, qui se trouvaient à quelques mètres d'eux, venait de lui servir…

Il n’empêchait, depuis qu’il était entré dans ce dôme du spatioport, il avait le sentiment constant d’être observé, épié, surveillé, et son instinct lui soufflait que cela n’avait rien à voir avec de la bienveillance.

Circé le tira par la manche.

— Il y a une odeur…, commença-t-elle.

— Je l’ai sentie, moi aussi. Bouche-toi le nez le temps que ça passe.

Elle avait perdu la vue, mais ses sens étaient plus aiguisés que quiconque. Elle devait sentir cette odeur avec encore plus de puissance que lui.

— C’est la même odeur, confirma-t-elle.

— La même odeur ? demanda-t-il distraitement.

— L’odeur de la kèr. »

Il frissonna. Pourquoi n’y avait-il pas songé plus tôt ? Cet évènement n’était pourtant pas si lointain dans sa mémoire. Sur la Terre, cette créature avait essayé de les assassiner, leurs deux frères ainés, Circé et lui, alors qu’ils s’entraînaient dans la salle d’armes de l'un des palais de Darius. Un des derniers qui lui restait.

Elle avait essayé de se faire passer pour une labirée, et, si le maître d'armes ne s’était pas étonné de son étrange "parfum", puis de ne pas la reconnaître, ils seraient sûrement morts aujourd’hui, comme ce dernier, et les nombreux labirés qui s’étaient interposés entre elle et eux au cours d'une lutte sans merci. Elle n’avait pris la fuite qu’à l’arrivée de nouveaux renforts. Alerté par le vacarme, son père avait compris ce qui se passait et leur avait envoyé sa garde personnelle. Il avait pris un gros risque, avait-il jugé par la suite. S’il y avait eu un autre assassin, sans sa garde, il aurait pu être tué.


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L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



Épilogue 01.6


Mais ce qui était fait, était fait, et ne pouvait plus être défait, comme Baal L'Ancien le répétait souvent.

Circé raison. La kèr, ou une autre comme elle, était ici. Mais comment pourrait-il la repérer dans un lieu aussi vaste ? Le dôme était immense. Il s’étendait non seulement en largeur et en longueur, mais aussi en hauteur, aussi bien vers le haut que vers le bas, sous ses pieds. Il y avait des rampes, des escaliers, des tapis roulants, des ascenseurs qui menaient partout où l’on voulait se rendre, et même des mini-navettes, probablement pour les courtes distances. Il savait aussi qu’il n’y avait pas meilleur endroit qu’un port ou, en l’occurrence, un spatioport, pour passer inaperçu… Sauf si votre visage s’affichait sur l’un des immenses écrans qu’il ne cessait de croiser depuis qu’il était dans ces lieux, et qui l’intriguaient beaucoup.

Il y avait aussi de nombreuses cachettes permettant d’observer sans être vu.

Il se rendit compte que l’odeur avait disparu… Était-ce juste une illusion olfactive ? Pourquoi en auraient-ils été victimes tous les deux ? Était-ce parce que Rhadamanthe parlait justement d’assassinat à Teutatès. Il avait associé un mot, que l’un des deux avait prononcé, à l’évènement et à l’odeur. Avec son ouïe fine, Circé en avait sûrement fait de même… Cette explication ne le satisfaisait pas. Il regarda de nouveau autour de lui sans rien voir de suspect. Il croisa le regard de Calliope qui le regardait fixement comme si elle était perdue dans ses pensées.

Il reporta à nouveau son attention sur la conversation de Rhadamanthe et Teutatès.

— S’il y a des assassins pires que les Telchines, ce sont bien les Kères, disait celui-ci.

Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Cette fois, il ne s'y était pas trompé. Il avait bien entendu prononcer ce nom funeste.

— Elles n’ont ni dieux, ni maîtres, ces garces poursuivit-il. Ce sont des mercenaires. On les utilisait, autrefois, dans les combats à terre pour achever les blessés que laissaient les ennemis sur les champs de batailles. Elles les dépeçaient pour leur faire peur. Nos adversaires… Et même les nôtres s’imaginaient qu’elles absorbaient le dernier souffle des mourants, qu’elles s’abreuvaient ensuite de leur sang et dévoraient leur chair. Lors de la dernière guerre, elles étaient placées en première ligne. Elles s’infiltraient dans les vaisseaux. Elles le détruisaient de l’intérieur. Leurs exactions étaient si monstrueuses qu’elles pouvaient conduire à la folie celui qui en était le témoin. On raconte encore qu’aucune créature, dans l’univers connu, n'a jamais pu atteindre leur degré de perversité. On dit aussi qu’elles étaient reconnaissables à leurs longues mains griffues, et surtout au manteau qu’elles portaient, fait de la peau de leurs ennemis et rougis par leur sang.

Adad comprenait maintenant d’où venait cette odeur… Quant aux griffes, il lui avait bien semblé remarquer que les mains de la créature qui les avait attaqués n’avaient rien d’humain, si ce n’était que, d’après les marques qu’elles avaient laissées sur les cadavres, elles avaient au moins cinq doigts capables d’éviscérer un labiré. Si cela ne le tuait pas immédatement, il finissait par mourir dans d'atroces souffrances, probablement à cause d'un poison dans lequels les griffes avaient été trempées.

Sur le moment, dans sa lutte pour survivre, il n’y avait pas prêté attention. Maintenant, cela s'expliquait parfaitement.

— Les Kères étaient des mercenaires, poursuivait Teutatès. Elles étaient apparentėes aux Telchines et peuvent très bien se faire passer pour elles. Si c’est l’une d’entre elles qui est derrière tout cela, cela expliquerait bien des choses. Elles connaissent parfaitement l’art de la guerre. Elles ont combattu avec et contre des armées défendant des causes très diverses. Leurs connaissances dans l’art de la guerre en faisaient de redoutables stratèges. Certaines ont même eu leurs propres armées…

Rhadamanthe voyait où son compagnon voulait en venir.

— Cela expliquerait la puissance des armées de cet Alexandre le Grand. Baal ne comprenait pas comment elles avaient pu battre celles de Darius et les siennes…

— Darius n’a jamais été un grand stratège, nous le savons tous les deux.

— Je suis d’accord, mais de là à se faire battre par une armée d’humains, commandé par un humain…

— Un humain que tous suivent, de grès ou de force… et qui a un talent certain pour la négociation de reddition, d’après ce que j’ai entendu dire.

— J’ai du mal à croire aux coïncidences.

Les deux drægans s’étaient arrêtés. Teutatès ne répondit pas. Son visage s’était assombri. Les civilités étaient enfin terminées, songea Adad. Il était temps de passer aux choses sérieuses.

Rhadamanthe fronça les sourcils.

— Qu’est-ce que tu ne me dis pas, Teutatès. Ce n’est pas cette histoire avec les servantes qui t’inquiète, n’est-ce pas ?

L’Éternel soupira.

— Le voyage a été long. Je suppose que tu ignores les dernières nouvelles.

— Tu le sais aussi bien que moi, lorsque nous sommes en hyperespace, nous ne pouvons ni communiquer, ni recevoir de communication. Nous y sommes restés une quinzaine de jours terrestres. Alors qu’y a-t-il qui te rende si sombre, mon ami ?

— On dit que Darius a été assassiné par un traitre, et que Baal, et deux de ses fils, Sanias et Pyhré, ont disparu. On ignore ce qu'il est advenu des autres membres de la Cour.

Adad se sentit pris de vertige. Il dût faire un gros effort pour écouter la suite sans montrer quoi que ce soit des tourments qui mençaient de le submerger.

— Et du trésor de Darius, j’imagine ? interrogea Rhadamanthe.

— Trésor... Enfants... Épouses royales ou concubines... Même ce fabuleux vaisseau que Baal a, soit-disant, achevé de construire, il y a encore peu de temps. Tout semble avoir disparu entre votre départ et l'assassinat de Darius. C’est tout ce que nous savons actuellement.

— Qu'en pense le Conseil ?

— Tu connais certains de ses membres. Il y en a, parmi eux, qui pensent que Baal et le traitre ne font qu’un.

— Je n'y crois pas une seule seconde. Baal et Darius étaient alliés. Si Baal n’est pas mort avec lui, c’est qu’il a trouvé le moyen de fuir.

— Tu sais ce qu’il en est des alliances entre drægans, le coupa Teutatès. Et Darius n’était pas dans sa meilleure forme ces derniers temps. Cela n’a fait qu’empirer lorsque les troupes d’Alexandre le Grand ont envahi la Perse… Baal ne l’a rejoint que parce qu’il avait été dépossédé de la Phénicie et qu’il pensait que leur union serait suffisamment forte pour repousser l’ennemi et le renvoyer d’où il venait, mais il n’a pas lâché, au contraire.

Adad ignorait que Darius était un drægan. Pourquoi ne l'avait-il jamais senti ?



— Et il ne t’est pas venu à l’esprit que ce que voulait cet humain en s’attaquant à deux des nôtres, c’était la Clé ?

Malgré lui, Rhadamanthe avait élevé la voix. Il la baissa aussitôt, non sans jeter quelques regards autour d’eux. Personne ne semblait avoir accordé une attention particulière au mouvement d’humeur du drægan.

De son côté, Adad fit mine de s’intéresser à des bijoux sans importance, sur un étal tout proche..

— Bien sûr que, si, répondit Teutatès. C’est même la première chose qui m’est venue à l’esprit. Je me suis demandé comment cet Alexandre aurait pu le savoir… Mais avec la Ker dans les parages, cela s'explique… À mon avis, celui qui s’est attaché ses services a très bien pu lui en parler… Et il est possible qu’elle en ait parlé à l’humain, ou qu’elle le manipule pour obtenir la Clé. Si elle a réorganisé ses armées, comme nous le pensons, cela signifie qu’il doit lui accorder une confiance absolue. Elle peut donc agir en toute impunité, et il la suivra où qu’elle aille. Il fera tout ce qu’elle lui demandera… Surtout si, en contrepartie, il obtient de nouvelles conquêtes, des richesses, le pouvoir et le prestige. Certains humains ne sont pas si éloignés de nous.

— Bon sang, tu comprends ce que cela implique ? Tu es en train de suggérer que cela pourrait être l’un des nôtres qui est derrière tout cela…

— Pas tout à fait… Cela dépend de ce que tu entends par "l’un des nôtres".

— Il me semble que je suis pourtant très clair.

— Darius et Baal avaient de nombreux ennemis. Les Primes comme les jeunes générations leur ont reproché de ne pas avoir pris position pour l’un ou l’autre des camps durant la guerre, et Darius s’est personnellement et publiquement élevé contre le massacre des dragons. Si Baal n’était pas intervenu pour lui sauver la mise, nous n’aurions pas cette conversation aujourd’hui.

Rhadamanthe ne répondit rien. Comme le silence s’éternisait, Adad releva la tête vers lui. Son regard heurta de plein fouet celui du drægan. Il se sentit pris la main dans le sac. Honteux, il baissa la tête pour ne pas affronter plus encore son regard irrité. Curieusement, le reste de son visage était un masque de neutralité. Rhadamanthe ne lui fit pourtant aucune remarque, ce qui était pire.

D’un commun accord, Teutatès et lui s’éloignèrent à une distance qui ne lui permettait plus de les entendre.

Adad ne ressentait pas seulement de la honte. Il y avait aussi cette colère qui sourdait au fond de son cœur et de la peur. Qu’allait-il donc leur arriver, à Circé et lui, si leur père ne réapparaissait pas ? Ou s’il était convaincu de trahison et de meurtre ? Il savait ce qui arrivait aux humains en de pareils cas. Il savait aussi ce qui arrivait aux drægans. Allaient-ils être exécutés, emprisonnės, réduits en esclavage ou bannis ? Le bannissement était un moindre mal. Inanna avait bien souligné le fait que ce traitement était une exception dans leur monde. Enki avait ajouté que la mort était préférable à certains traitements, en apparence, plus doux.

Que pouvait-il faire contre cela ? S’il devait donner sa vie pour que Circé en ait une meilleure, il n’hésiterait pas une seule seconde. Mais leur monde ne fonctionnait pas ainsi. Les drægans n’étaient pas enclin au pardon, et rarement aux échanges de bons procédés.


(Suite Épilogue 02.1)
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L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



Épilogue 02.1



Rapport d’écoute n°01 :

Année : 10 août 2101

Lieux : Hôtel Millennium - Manhattan

Note : Ce rapport, ainsi que les suivants ont été diffusés sur les réseaux à partir du 28 septembre 2105. Nous ignorons qui est à l'origine du vol de ces informations dans nos archives. Nous ignorons si elles ont été vendues ou données. Nous ignorons dans quel but. Une enquête est en cours. (Note du 02 octobre 2105)



Individus présents :

- Brightman, Jeffrey. 34 ans. Israélien. Docteur en paléontologie, ethnologie, théologie, et récemment biotechnologie. Possède de nombreuses relations au sein des cinq grandes communautés religieuses (très proche du Pape Jean-Paul IV et du Dalaï-lama). Auteur de nombreux articles scientifiques. Signe(s) particulier(s) : qualifié d'extrêmement intelligent. Collectionne les liaisons sentimentales sans lendemain. Pianiste et violocelliste classique et jazz de renom.

- Caplan, Robert. 29 ans. Écossais. Docteur en physique. Docteur en mathématique. Signe(s) particulier(s) : très intelligent. Interdit de jeu. Soupçonné de posséder des revenus ayant échappés au fisc. Possède un haras. Célibataire. Un fils.

- Cavanaugh, Alex. 32 ans. Irlandais. Docteur en psychologie. Docteur en linguistique. Divorcé deux fois. Deux enfants. Signe(s) particulier(s) : très intelligent.  Consultant régulier pour de nombreuses entreprises publiques et privées en Europe, et consultant occasionnel pour la police britannique. Habite un camping-car délabré alors que ses revenus lui permettraient l'acquisition d'une maison. Resté en bons termes avec ses ex-épouses.

- Popplethorpe, Sandy. 27 ans. Canadien. Docteur en biologie, spécialiste des milieux extrêmes et atypiques. En union libre depuis dix ans. Signe(s) particulier(s) : très intelligent. Émancipé à l'âge de 14 ans. Féru de sports extrêmes et d'expérimentations non autorisées.

- Teller, Jordan. 29 ans. Américain d'origine suédoise. Naturalisé en 2098. Docteur en biologie. Docteur en biologie, en biochimie (même promotion que le Dr. Jeffrey Brightman) et biotechnologie. Marié depuis sept ans. Sans enfant. Signe(s) particulier(s) : disparu durant plusieur semaines. Soupçonné d'être un pirate informatique. Soupçonné d'être un espion de la CIA. Lié à Caplan...


Sujet : Échanges de vues concernant la possibilité de l'existence d'une ou plusieurs formes de vie extraterrestres.


Remarque 01 : Tous ont été démarchés par l'ATIDC l'année de l'obtention de leurs diplômes. Brightman, Cavanaugh et Teller ont répondu à l'offre en acceptant. Caplan et Popplethorpe n'ont pas encore donné suite. Le feront-ils ? À surveiller.

Remarque 02 : Probablement sous l'influence de substance illicites au moment de cet enregistrement : marijuana...

Remarque 03 : L'écoute originelle de cette conversation a disparu de nos archives. Ne restent qu'une copie écrite.

Remarque 04 : Plusieurs extraits de cette conversation ont commencé à apparaître sur les réseaux deux ans après son enregistrement (La version originelle avait-elle déjà disparu de nos archives à cette période ? Nos serveurs ont aussi fait l'objet d'un piratage informatique quatre jours plus tôt.). Après les événements de juillet 2103, aucune suite n'a été donnée et les éléments ont disparu naturellement de la toile, noyé parmi un flot d'informations d'une teneur différente. Jusqu'à leur réapparition le 28 septembre 2105, jour où ces enregitrement ont été diffusés dans leur quasi intégralité

Question : Le piratage de nos serveur était-il seulement destiné à détourner notre attention ?

Répercutions : Aucune à ce jour.



- DÉBUT DE LA CONVERSATION MANQUANTE – (note de l’opérateur)


Jeffrey BRIGHTMAN : Tout le monde connaît la question : La vie peut-elle exister ailleurs que sur la Terre ?

Robert CAPLAN : De quelle forme de vie parlons-nous ? Intelligente ou non ?

Jordan TELLER : Si on trouvait déjà une forme de vie, ce ne serait pas mal, non ? Étant donné qu'il a fallu cinq extinctions pour que nous existions.

Sandy POPPLETHORPE : Oui, mais nous n'étions pas les premiers, et nous sommes le fruit d'une longue évolution.

BRIGHTMAN : Pas si longue que cela à l'échelle de l'Univers.

TELLER : Nous pourrions nous demander quelles sont les planètes susceptibles d'abriter la vie ?

CAPLAN : Dans notre système solaire, la voie lactée ou plus largement ?

Alex CAVANAUGH : Et si nous étions seuls dans l'univers ? La Terre semble assez unique, non ? L'humanité est peut-être la toute première civilisation apparue dans l'univers. Notre système solaire et notre planète sont peut-être les seuls à avoir réuni les conditions de la vie et de son développement. Ne serait-ce que dans le taux de métal que l'on peut trouver dans le sol terrestre. Sans cela, tout développement technologique devient impossible.

CAPLAN : Sauf s'il existe d'autres moyens de se développer.

BRIGHTMAN : Étayons déjà l'hypothèse selon laquelle nous serions seuls dans l'Univers et qu'il n'y aurait rien de vivant dans cet espace immense qui nous entoure. Elle nous servira de point de départ.

POPPLETHORPE : Cela voudrait dire que l'humanité a toute la place nécessaire pour se déployer à conditions, soit de trouver une autre planète sur laquelle elle pourrait s'installer et se développer comme elle l'a fait sur la Terre, soit mettre au point des vaisseaux-mondes capables d'assurer la survie de millions de personnes durant plusieurs siècles, soit de s'adapter à de nouveaux écosystèmes. On a longtemps cru que Mars était la candidate idéale, et nous savons aujoud'hui que ce n'est pas le cas.

CAPLAN : Est-ce que ce sera possible ?

POPPLETHORPE : Pas en l'état actuels de nos connaissances scientifiques et technologiques, de nos finances, ou de l'espace orbital. Depuis plus de cinquante ans, nous stagnons à tous les niveaux. Bien sûr, il y a eu quelques découvertes et avancėes scientifiques. Nous savons construire des vaisseaux pour nous rendre sur Mars, notamment, et y construire des bases. Cela s'arrête là. Nous restons prisonnier de notre système solaire, et d'ici peu, nous ne pourrons même plus quitter la Terre. À moins que des illuminés aient commencé à piller nos ressources pour construire des vaisseaux-vies capables de quitter notre planète, de se frayer un chemin au travers des débris orbitaux sans en subir les conséquences, et et de voyager au-delà de notre système. Et tout ça pour une poignée de privilégiés.

TELLER : Si tu en avais la possibilité, ne me dis pas que tu resterais sur la Terre ou sur Mars ?

POPPLETHORPE : Pour aller où ? Errer toute ma vie sans revoir tout ce que j'aime sur ma planète d'origine ? J'aime trop les couchers de soleil, les saisons et la vie qui grouille sur la Terre. Si je devais la quitter, j'aurais toujours le sentiment que quelque chose me manque.

TELLER : Je comprends ce que tu veux dire. Mais si on te proposait une somme faramineuse pour partir ?

POPPLETHORPE : Que ferai-je de tout cet argent dans un monde où il n'aurait plus cours ?

CAVANAUGH : Tu crois ça toi ? Moi, je pense, au contraire, que l'argent serait roi dans un monde où rien ne serait tout à fait organisé et où tu serais disposé à faire n'importe quoi pour avoir... je ne sais pas... une brosse à dents. Mais admettons... si, plutôt que de l'argent, on te proposait la possibilité d'étudier de nouveaux champs d'application, d'approfondir tes recherches ?

CAPLAN : Pourquoi, ou plutôt pour qui ? Pour ces quelques privilégiés qui tôt ou tard finiront par s'éteindre faute d'espoir de sortir de leur boite de conserve avant la fin du voyage et de leur vie ? Et si c'est après plusieurs générations que le voyage prend fin... Disons une vingtaine, tu imagines ce que transporteront ces vaisseaux ? Des êtres abâtardis par la consanguinité, habitués à être servis par un vaisseau qui, depuis leur naissance,  a veillé à leur confort.


─ PASSAGE MANQUANT ─  (note de l’opérateur)


BRIGHTMAN : On s'éloigne du sujet.

POPPLETHORPE : Si la terre abritait les seules créatures vivantes de l'Univers, ces mêmes créatures qui ont quasiment traversé les temps, précédant la naissance de l'Humanité telle que nous la connaissons, et qui seront sans doute encore là, après nous, différentes de ce qu'elles étaient hier et sont aujourd'hui... Enfin, si on leur en laisse la possibilité... Si l'homme était la seule créature pensante, capable appréhender la vie, la mort, son devenir... capable de rire, de pleurer, d'avoir des rêves, des envies, des ambitions...

BRIGHTMAN : « Si on leur en laisse la possibilité », tu l'as dit. Si tel était le cas... Que resterait-il après notre disparition ? Rien. Sauf si l'une de ces créatures par le biais des hasards de l'évolution arrivait à un stade de pensée équivalent au nôtre, mais nous n'avons pas encore découvert une telle créature... Et il ne faut pas compter sur le dauphin, l'éléphant, le gorille ou le chimpanzé, ou même le cheval... Encore moins le chien ou le chat. Il est même probable que, sans nous, une bonne partie des espèces domestiquées disparaissent, au nom de la loi du plus fort... Celui qui les bouffera en plus grand nombre et le plus vite.

POPPLETHORPE : Sauf si elles s'adaptent suffisamment rapidement. Les chats, les chiens, les chevaux pourraient redevenir sauvages.

(Suite Épilogue 02.2)
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L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



Épilogue 02.2



─ PASSAGE MANQUANT ─ (Note de l'opérateur)


TELLER : La loi de la sélection naturelle...

CAVANAUGH : Ce cher bon vieux Darwin. Dès que l'on parle de l'évolution des espèces...

TELLER : De l'origine des espèces...

CAPLAN : … par voie de sélection naturelle. Tout le monde connaît … Même si la biologie ce n'est pas trop mon truc.

CAVANAUGH : Je ne dirai pas cela en ce qui me concerne, mais rafraîchis-nous la mémoire, cela ne nous fera de mal.

BRIGHTMAN : Dans ses études, Darwin suppose que l'évolution obéit à deux principes : le hasard et la sélection des espèces. Le hasard, c'est la lutte pour la vie. On ne sait pas qui va gagner. Les plus forts ? Les plus malins ? Les mieux équipés pour se battre ou se reproduire ?

CAVANAUGH : Les mieux adaptés à leur environnement, si mes souvenirs sont bons... De là, ressortiront ceux que la nature aura sélectionnés et qui se seront adaptés à leurs nouvelles conditions de vie.

BRIGHTMAN : Exact. Cette théorie suppose deux principes essentiels : la multiplicité des espèces et leur variabilité, ou leur faculté d'adaptation. Cela induit que les espèces vivantes de la terre, nous compris, sont issus les unes des autres... et, à l'origine, d’un organisme unicellulaire... ou plus exactement de la fusion de deux organismes unicellulaires, il y a environ 2,5 milliards d’années.

CAVANAUGH : « De quelque superbe distinction que se flattent les hommes, ils ont tous une même origine, et cette origine est petite. »

TELLER : Bossuet, au XVIIème siècle. Aujourd'hui, nous avons la certitude que toutes les formes de vie existant sur la Terre, ou ayant existé, ont en commun cette petite origine. Tous les êtres vivants de cette planète sont issus de ces organismes connus sous le nom de procaryotes. Ceux-ci ont donné "naissance" à des procaryotes à double membrane qui ont évolué vers les cyanobactéries, des organismes stables qui ont utilisé la lumière du soleil afin de fabriquer de l’oxygène. À partir de là, le processus d’évolution de la vie est bien amorcé et nous pouvons considérer que ces organismes sont à l'origine d'animaux complexes au Cambrien. C'est à partir de là que seraient apparus les « premiers embranchements » du monde animal.

CAVANAUGH : Est-ce que cela signifie qu'en ce moment, quelque part dans l'univers, une espèce encore unique dans son monde peut donner naissance à une nouvelle espèce ?

BRIGHTMAN : Ou plusieurs... Cela pourrait être possible.


─ PASSAGE MANQUANT ─ (Note de l'opérateur)


CAVANAUGH : Et donc si cela vient du fin fond de l'espace, cela veut dire qu'il y a, ou qu'il y a eu, une vie préexistante. Cet organisme est sans doute le seul survivant d'un monde d'une vivacité extraordinaire qui aurait fait une mauvaise rencontre avec une météorite, par exemple...

BRIGHTMAN : Une théorie en vogue parmi nos collègues, prône que la vie serait apparue sous la forme de microbes environ un milliard d'années après la formation de la Terre. Il y a eu quelques publications à ce sujet. On suppose qu'avant eux, il aurait pu exister des organismes unicellulaires, mais certains points doivent être à nouveau vérifiés. Il leur faut des moyens financiers et matériels importants, et actuellement, et après le retrait d'un certain nombre de subventions conséquentes depuis les changements de directions politiques, notamment depuis la Guerre du Week-end. C'est encore beaucoup trop récent pour en mesurer véritablement les conséquences. Mais déjà, certains labos ne peuvent plus supporter une telle charge. D'autres États ont purment et simplement cessé de financer les recherches spatiales comme les recherches archéologiques pour des questions d'idéologies religieuses et politiques... Seuls, les fonds privés subsistent encore, mais pour combien de temps... Bref, c'est compliqué...

CAPLAN : Disons, que la répartition financière va s'effectuer différemment dans les années à venir, j'imagine. Le frein à la Course de l'espace depuis quelques mois y participe sans doute grandement. Ce qui compte aujourd'hui, c'est la rénovation des anciens systèmes de communication, et ce sont des boites privées qui tiennent les rênes dans ce domaine.

TELLER : Oui, mais qui sont leurs actionnaires ?

CAVANAUGH : On sort de notre domaine, et je ne sais pas pour vous mais, là, je rentre dans l'inconnu.

POPPLETHORPE : Pareil pour moi.

TELLER : La théorie de la panspermie n'est pas aussi récente qu'on peut le croire. Elle a d'abord été défendue par William Thompson, au XVIIIème siècle, puis par Svante Arrhenius, un de mes compatriotes. D'après eux, la terre a été ensemencée, il y a environ 4 milliards d'années, par des composés carbonés venus d'autres planètes et qui se seraient développés sur la Terre. Des micrométéorites et des fragments de comètes auraient apporté les acides aminés qui ont permis à la chimie du vivant d'amorcer ses premières réactions. On a longtemps cru que le « vivant » ne pouvait résister à la traversée des espaces interstellaires à cause du froid ou des rayonnements, pour ne citer qu'eux, et encore moins à l'entrée de l'atmosphère terrestre. On sait aujourd'hui que des êtres vivants comme les rotifères, les protozoaires sont capables de résister à la température de l'air liquide, et le prion à de très hautes chaleurs. Comme tous les organismes terrestres, nous sommes composés d’éléments carbonés. Par définition et par nature, nous sommes des « enfants des étoiles ». Cette théorie est l'une de celles les plus prises au sérieux par de nombreux chercheurs, et cela depuis la fin du XXe siècle.

BRIGHTMAN : Pour en revenir à Darwin, contrairement à ce que certaines idéologies ont pu avancer, et soutiennent encore aujourd'hui, il ne transpose pas sa théorie à l'homme ou à la société humaine.

POPPLETHORPE : Les plus forts n'ont pas toujours gain de cause. Il est parfois plus heureux d'être le lion peureux plutôt que le dominant.

CAPLAN : Tout dépend des forces en présence, je suppose. Un individu, seul face à un système, ou une autorité, assez puissants ne pourra pas faire entendre sa voix et ses arguments, aussi justes et bien construits soient-ils. Ce système ou cette autorité saura contrer ses arguments ou les détourner en faisant preuve d'une certaine mauvaise foi...

POPPLETHORPE : Même si les faibles leur opposent les mêmes forces, les forts gagnent pratiquement toujours car les faibles n'ont pas l'expérience de la victoire. Pas de la manière la plus loyale ou fair-play, parce que dans ce genre de combat, tous les coups sont permis. Mais il y a différentes manières de lutter. Pour espérer gagner, les faibles doivent opposer d'autres forces... d'autres armes.

TELLER : La non-violence, comme l'a fait Gandhi en son temps.

CAPLAN : Ce temps est révolu. Aujourd'hui, ce serait quelque chose d'impossible. De plus, il n'y a eu, et il n'y aura jamais qu'un seul Gandhi.

POPPLETHORPE : Je ne crois pas que le temps de la non-violence soit révolu... Imagine ce que cela donnerait si des milliers de gens descendraient dans la rue pour manifester pacifiquement contre un gouvernement ou un système oppresseur...

CAPLAN : Impossible, pour ne pas dire utopiste. Parmi ces quelques milliers de personnes, il y aurait forcément des éléments incontrôlables... Des infiltrés œuvrant pour la partie adverse. Tu l'as dit, à l'instant, les dominants sont prêts à tout pour conserver leur position de dominants. Sans compter ceux qui sont derrière la ligne du pouvoir en place et qui n'aspire qu'à une sele chose : prendre ce pouvoir. Cela finirait inévitablement par dégénérer et la manifestation n'aurait plus de pacifique que sa volonté initiale.

POPPLETHORPE : Certes des dictatures ont remplacé d'autres dictatures, et même des démocraties. Mais Imagine seulement que ce soit possible... Que les faibles n'opposent que leur faiblesse aux dominants et à leur force... Ces derniers s’attendent toujours à ce que leurs adversaires leur opposent la violence, et ils en tirent parti. Les réactions entre les deux parties deviennent proportionnelles, voire exponentielles, et nous savons pour quel résultat :la violence engendre la violence, mais aussi la désillution  et la perte de confiance. Mais que pourraient faire les dominants contre des faibles qui ne leur oppose aucune violence ?

CAPLAN : Les broyer.

POPPLETHORPE : En retireraient-ils vraiment une victoire ?

CAPLAN : Bah, la partie adverse serait éliminée, ou réduite au silence.

POPPLETHORPE : En montrant, d'une façon indéniable, leur véritable nature.

CAPLAN : Et alors ? Que leur importerait-il puisqu'ils auraient gagné ?

POPPLETHORPE : Pas aux yeux du monde... Et c'est que Gandhi a démontré avec la non-violence.

BRIGHTMAN : On s'égare. Pourrions-nous en revenir à ce cher vieux Darwin ?

CAPLAN : Je continue à être persuadé que cela relève de l'utopie, mais je suis d'accord sur un point : Darwin n'a jamais confirmé officiellement que ses théories s'appliquaient à l'homme. Il en est resté au monde animal.

CAVANAUGH : Mais d'autres l'on fait pour lui.

BRIGHTMAN : La théorie de Darwin n'est pas la seule possible, et elle n'est pas non plus intouchable. On pourrait pratiquement dire que, par sa nature, elle est, elle aussi, conduite à évoluer. Comme d'autres théories dont elle a été le départ d'une réflexion. Il y a aussi le déterminisme, la théorie de la dérive naturelle, le saltationnisme, l'expansionnisme, le gradualisme, la théorie des monstres prometteurs, le chromosome de l'hérédité, le neutralisme ou encore la super prédation. Toutes ces hypothèses ont beaucoup de points communs mais aussi des différences, et elles sont toutes possibles. Dans ton hypothèse, on pourrait supposer qu'il s'agit de mutationnisme, ou bien de parthénogenèse. C'est De Vries qui a mis en évidence le mutationnisme, au tout début du XXe siècle. D'après lui, les espèces naissent par le biais de mutations. Il s'agirait d'un phénomène à la fois héréditaire, spontané et sans forcément d'étapes transitoires.

CAVANAUGH : La théorie des monstres prometteurs ?

POPPLETHORPE : Il y a un siècle, environ, deux chercheuses, Rutherford et Lindquist ont remis au goût du jour les recherches de Goldschmidt selon lesquelles des changements morphologiques peuvent se réaliser en une seule génération, voire deux, au maximum, grâce à un gène particulier existant depuis toujours dans le patrimoine génétique de certains êtres vivants, et dont le rôle serait de garder ou de restaurer ce patrimoine. En fait, d'en faire une sorte de facteur nécessaire à notre adaptation en cas de changement environnemental.

CAPLAN : Autrement dit, l'espèce humaine n'est pas près de s'éteindre ?

POPPLETHORPE : Disons que nous pourrons survivre sous une forme nouvelle... La parthénogenèse, elle, peut se résumer par la faculté de reproduction à partir d'un seul individu... C'est à dire à partir d'un ovule ou oosphère non fécondé. Il existe des pucerons et des amphibiens capables de se reproduire selon cette méthode. On a réussi à reproduire ce phénomène en laboratoire avec une lapine, mais chez l'être humain, on ne connait, officiellement, qu'un seul cas avéré de parthénogenèse.

(Suite Épilogue 02.3)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1) - Page 6 EmptyMar 3 Sep 2019 - 17:12

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



Épilogue 02.3



─ PASSAGE MANQUANT ─ (note de l’opérateur)


CAVANAUGH : D'après mes souvenirs, la vie peut aussi avoir une origine photochimique. Elle pourrait être issue de l'action de la lumière sur un élément chimique.

BRIGHTMAN : C'est aussi une théorie admise. Et puisque nous parlions de religions, on peut aussi évoquer des théories qui leur sont relatives telles la cosmogonie, le créationnisme scientifique et sa variante, le fixisme, le fatalisme. Toutes ont pour point commun que l'homme a été créé par un être suprême, ou amené sur la Terre par une divinité. Il y a aussi la théorie des premiers hommes.

CAPLAN : Jamais entendu parler.

POPPLETHORPE : Moi, cela m'a toujours donné l'impression d'être une version revue et corrigée de nos extinctions à la sauce divine. Selon la théogonie, les Travaux des jours, d'Hésiode et Les Métamorphoses d'Ovide, avant nous, il y aurait quatre « générations » d'hommes, ou quatre essais si vous préférez, et nous sommes le cinquième. La première aurait été créée par Gaïa, la déesse primordiale de l'Age d'or. C'est une déesse que l'on assimile à la Terre. Elle était l'épouse d'Ouranos, le ciel, et ils eurent un fils Cronos, le temps. Les hommes qu'elle a créés vivaient dans la félicité, sans connaître la maladie ou la vieillesse, et la violence de la mort. Après leur mort, ils ont été changés en "génies de la Terre" bienfaisants. Lorsque les dieux de l'Olympe prirent le pouvoir, après avoir détrône le couple primordiale et envoyé Cronos en exil en Italie, ils créèrent les Hommes de l'Age d'argent. Ceux-ci étaient si arrogants et belliqueux. S'ils louèrent leurs créateurs un temps, très vite ils cessèrent de les adorer. Ce qui ne fut pas du goût de Zeus qui les extermina. Il créa ensuite sa propre race d'hommes, ceux de l'Age du bronze ou l'Âge d'airain, les Enfants des Frênes, mais ils ne valurent guère plus que leurs prédécesseurs. Ils étaient portés sur la boisson, le mensonge, la violence et le sexe. Tant et si bien que pour une chose ou pour une autre, ils s’entre-tuèrent. Il y eut ensuite l'Âge des héros, des demi-dieux, fruits des unions entre des immortels et des mortels. Nombre d'entre eux ont péri au cours de la Guerre de Troie. Vint enfin l'Age du fer. À son tour, Prométhée créa une nouvelle race d'hommes. La cinquième. Ces hommes-là étaient encore pires que leurs prédécesseurs. De nouveau, Zeus intervint. Il noya la Terre sous un déluge. Il ne sauva qu'un couple : Deucalion, fils de Prométhée et de Pandore, et Pyrrha, fille d’Épiméthée, auxquels il ordonna de construire une arche... Nous serions les descendants de Deucalion et de Pyrrha.

CAPLAN : Quel est le fond de vérité de cette légende ?

POPPLETHORPE : Si les divinités sont l'une des formes de vie extraterrestre, il demeure quand même une question ? Que sont-ils devenus ? Nous savons que le plus vieil hominidé découvert, un australopithèque Anamensis serait âgé de 4 millions. La découverte de deux nouveaux ancêtres serait sur le point d'être annoncée : l'un des deux aurait plus de 6 millions d'années. Donc que sont devenus ces « dieux » durant ces six millions d'années ?

CAVANAUGH : Pour moi, c'est de la science-fiction à la « Espace, L’odyssée de l'Homme », ou à la « Cosmosgate ». Néanmoins, je creuserais bien un peu plus la question concernant certaines similitudes avec différentes légendes.

BRIGHTMAN : Je n'y crois pas non plus. Cela dit, entre la légende et la réalité, il peut y avoir un énorme fossé. Sans évoquer les Divins Immortels, pourquoi n'y aurait-il pas eu des êtres intelligents entre deux extinctions ? Ou même pour amener la vie sur la Terre ? Pas forcément une vie évoluée.

CAPLAN : Avec ça, tu vas te faire des amis parmi tes confrères.

BRIGHTMAN : Me faire des amis ? J'ai déjà des amis. Je vous ai, vous !

(Rires)


─ PASSAGE MANQUANT ─ (note de l’opérateur)


TELLER : Moi, j'ai un faible pour la théorie de la Soupe Primitive et ses quatre variantes. La première : l'hypothèse Gaïa. Elle a un rapport certain avec tes premiers hommes. Gaïa, la Terre est un super-organisme vivant. Elle a donné naissance à une matière organique, et les organismes qui en sont issus ont contribué, à leur tour, à façonner la Terre et son atmosphère au fur et à mesure de leur évolution. On peut parler de symbiose. La deuxième, la synthèse Fisher-Tropsch


SUR UNE SERVIETTE EN PAPIER, TELLER INSCRIT AU FEUTRE NOIR L'ÉQUATION SUIVANTE :  nCO + (2n + 1) H2 --> CnH2n + 2 + Nh2

IL LA FAIT PASSER PARMI SES COMPAGNONS.  

(note de l’opérateur)


TELLER : Pour certains scientifiques comme Martin Brasier, les volcans sont à l'origine de l'atmosphère. Ils relâchent du CO2, mais seul l’oxygène (O2) s’accumule. Le carbone, quant à lui, serait retourné dans l'océan et pourrait y avoir été séquestré sous forme de carbonate de calcium. Nous savons que les molécules de monoxyde de carbone associées à des molécules d'hydrogène peuvent élaborer une large variété d'hydrocarbures, comme le méthane ou le propane. On peut supposer que le gaz des cheminées sous-marines, mêlé à des métaux présents sur la terre, comme le fer ou le nickel, a produit, non de manière biologique, mais plutôt de manière chimique, la première matière organique : l'huile de roche. La troisième hypothèse, la voie méthanique.


SUR UNE DEUXIÈME SERVIETTE EN PAPIER, TELLER INSCRIT AU FEUTRE NOIR L'ÉQUATION SUIVANTE : CO + 2H2O --> CH4 + 3/2 O2).

IL LA FAIT PASSER PARMI SES COMPAGNONS.

(note de l’opérateur)


TELLER : Pour faire court : des bactéries, nourries de gaz riche en carbone et éructant du méthane auraient vécu et seraient morts dans les sédiments bordant les sources thermales proches des volcans. C'est une hypothèse intermédiaire entre le « tout biologique » et le « tout chimique ». Personnellement, je pense qu'il n'y a pas que le processus biologique qui a joué un rôle dans la conception de la Terre en tant que berceau de la vie. Le dégazage volcanique a permis la libération, dans l'atmosphère, d'importantes quantités de gaz, riches en dioxyde de carbone. La présence d'oxygène est essentielle aux espèces pluricellulaires. Cette matière carbonique est ensuite retombée au fond des océans avant d'être piégée sous la forme de carbonate de calcium, et de glisser sous le manteau terrestre au grès d'une activité tectonique intense. De quoi alléger la concentration de l'atmosphère en carbone et de permettre à l'oxygène de croître en quantité. De là, on passe à la quatrième hypothèse : la photosynthèse


SUR UNE TROISIÈME SERVIETTE EN PAPIER, TELLER INSCRIT AU FEUTRE NOIR L'ÉQUATION SUIVANTE :  6CO2 + 6H2O + Light energy ---> C6H12O6 + 6O2).

IL LA FAIT PASSER PARMI SES COMPAGNONS.

(note de l’opérateur)


TELLER : La vie explose, participant de manière prépondérante à la fabrication de l'atmosphère. Les océans se peuplent d'algues complexes qui absorbent le gaz carbonique et libèrent de l'oxygène, formant au passage des stromatolithes, des échafaudages de calcaire. Les plus anciennes datent de 3,5 milliards d’années. Leur origine biologique a été prouvée, du moins pour les roches de moins de 350 millions d'années. Elles sont nées de l’action de micro-organismes, comme les cyanobactéries, qui ont précipité le bicarbonate en carbonate de calcium. Pour les plus anciennes, c’est encore l’inconnu. Nous savons que 6 molécules de dioxyde de carbone + 6 molécules d'eau + de la lumière donnent une molécule de glucose, autrement dit, de la nourriture pour les plantes, et de l'oxygène pour respirer. C'est donc aux algues que nous devons l'atmosphère oxygénée qui permettra, une fois la couche protectrice d'ozone installée, l'émergence de forme de vie, y compris terrestres. Comme vous le constatez, les trois voies de cette théorie ne sont pas incompatibles les unes avec les autres.

BRIGHTMAN : Il ne faut pas oublier les théories telles que le lamarckisme, et l’ultra-lamarckisme. D'après Lamarck, l'environnement influe sur l'évolution morphologique et comportementale des êtres vivants.

CAPLAN : D'après mes souvenirs de lycée, qui datent de l'époque où on pouvait encore enseigner librement que l'homme pouvait descendre d'un ancétre commun des primates et non d'une figure divine, il me semble que la théorie de Darwin s'opposait à celle de Lamarck.

BRIGHTMAN : Disons que Lamarck et ses amis scientifiques d'alors n'ont pas apprécié de voir leur théorie remise en question, cinquante ans après avoir été énoncée. Le lamarckisme suppose l'hérédité des caractères morphologiques et psychologiques acquis, contrairement au darwinisme. En ce qui concerne le « pré-humain », c'est une modification de son milieu naturel qui serait à l'origine de son « humanisation ». Toujours d'après cette théorie, le Rift aurait provoqué la division de la branche pré-humaine. D'un côté, il y avait la forêt, de l'autre la savane et l'impossibilité de traverser. À l'Ouest, ceux qui ont été coincés dans la forêt se sont adaptés à un environnement vertical. Il s'agit peut-être des ancêtres des grands singes. Les autres, ceux qui ont été obligés de rester dans la savane, milieu horizontal, se sont redressés pour mieux voir venir le danger ou, mieux, attraper leur nourriture dans les arbres. Ils ont aussi dû utiliser leurs jambes plus que leurs bras pour attraper leurs proies ou fuir les prédateurs. Leurs yeux se sont développés plus que leurs oreilles, leurs facultés de réflexion ont évolué au détriment de leurs sens. Cela ne s'est pas produit en un jour ou en un an, ni même en une seule génération. Évidemment, vous devinez la suite. Ces derniers temps, on assiste à un retour de cette théorie. Ce n'est plus seulement l'environnement géographique qui induit les changements morphologiques de l'humain. Il faut y ajouter son milieu social, ce qu'il mange, ou encore l'utilisation des nouvelles technologies qui amènent de nouveaux comportements.

(Suite Épilogue 02.4)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1) - Page 6 EmptyMar 3 Sep 2019 - 17:47

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



Épilogue 02.4



CAVANAUGH : Je ne crois pas que cela aille en diminuant.

CAPLAN : Donc, tu admets cette théorie ?

CAVANAUGH : J’admets qu'elle est possible.

BRIGHTMAN : Si je ne me trompe pas, au cours de la première moitié du XXe siècle, Trofim Denissovitch Lissenko a voulu tenter l'expérience en accéléré, sur des enfants. Il a tenté de les forcer à s'adapter à des conditions de vie abominables pour leur faire acquérir certains caractères génétiques. À long terme, il voulait voir si ces caractères étaient transmissibles à travers les générations.

TELLER : Radical comme expérience... et inhumain. Sans compter qu'il s'agit d'un refus caractérisé du libre-arbitre de l'individu.

CAVANAUGH : Cela touche aussi l'intégrité physique de l'être humain.

POPPLETHORPE : Ces scientifiques-là n'ont pas d'âme. Si je devais expérimenter quelque chose pouvant s'avérer dangereux, je le ferais sur moi.

TELLER : Tu me fais peur...

BRIGHTMAN : Cela démontre une certaine insensibilité envers ses semblables, mais il n'est pas le seul... Combien de nos confrères ont voulu mettre en pratique leurs théories ? Nous-mêmes...

POPPLETHORPE : Désolé, mais je n'ai jamais eu envie, ou même besoin, de mettre mes expériences en pratique sur des êtres humains. J'ai une conscience.

TELLER : Parfois, je me demande si nous en avons vraiment une... une conscience... ou une âme.

POPPLETHORPE : Nous, nous ne travaillons pas sur du vivant...

CAPLAN : Moi si, mais je ne suis pas adepte de ce genre de méthode.

POPPLETHORPE : J'ai travaillé avec des rats et des singes... Jamais avec des humains.

CAPLAN : En sommes-nous vraiment certains ? Il est possible que ceux qui ont poursuivi nos recherches, eux, l'aient fait... Ne serions-nous pas, en partie, responsables ?

POPPLETHORPE : Combien même, mes recherches n'ont absolument rien de dangereux.

TELLER : Tu travailles sur quoi en ce moment ?

POPPLETHORPE : Sur les moyens d'adapter des prothèses informatisées au corps humain en éliminant les risques de rejet, ainsi que la douleur.

CAPLAN : Et un jour, nous serons tous des robots, des hommes symbiotiques, voilà la prochaine étape de notre évolution. À moins que la technologie nous échappe. Imaginez des robots décidant de prendre le pouvoir sur l'humanité, juste parce que nous les avons construits à notre image, ou parce qu'ils ont le « sentiment » que la planète se porterait bien mieux sans nous, et eux aussi, par la même occasion. Ou des nano robots qui seraient capables de pénétrer le vivant, ça existe déjà, et de le transformer totalement ou partiellement en machine... à leur image. Ils pourraient être capables de modifier totalement la planète. Ce serait un phénomène étrange : nous imaginons quelque chose, les nano robots, et nous les créons. À leur tour, ils nous ré-imaginent, et nous recréent comme ils le souhaitent... même à leur image. Ce serait presque poétique si nous n'y perdions pas notre humanité.

CAVANAUGH : À moins que nous rencontrions, avant cette étape, des extraterrestres... compatibles avec l'espèce humaine et, par conséquent, capables de changer radicalement le cours de notre évolution génétique.

BRIGHTMAN : Je souhaiterais que nous en revenions à notre apparition sur la Terre. Nous aurons le temps plus tard d'évoquer notre disparition.

TELLER : Quelle que soit la méthode ayant permis l'apparition de la vie, il aura fallu plusieurs facteurs, et plusieurs essais pour que non seulement elle apparaisse, mais aussi pour qu'elle se développe et perdure. Ensuite, il y a le problème de l'ADN. Nous comprenons plus ou moins comment il fonctionne, dans les grandes lignes. Il y a une trentaine d'années, nous avons établi une carte du génome, mais il reste encore à faire sur le sujet. Nous cherchons toujours les réponses à certaines de nos questions : notre ADN est-il le résultat du hasard ou non ? Est-ce qu'il faudra définir la vie en fonction de l'ADN et de l'intelligence qui rapprocheraient une créature de nous, jusqu'à en faire notre égal ? On risque alors d'avoir un gros problème. Si notre ADN est très proche de certains animaux comme le chimpanzé, cela ne les place pas pour autant dans la catégorie « égaux de l'homme ». Alors si un jour, nous rencontrons des aliens avec un génome très différent, mais une intelligence égale ou supérieure, que pourrons-nous en conclure ? Et le problème pourrait devenir encore plus épineux si nous rencontrons d'autres humanoïdes dont l'intelligence est légèrement inférieure à la nôtre. Nous nous demanderons si, malgré leur similitude physique, nous devons quand même les considérer comme humain ou non... à défaut d'être égaux.

BRIGHTMAN : Ce qui pose non seulement le problème d'une définition de la vie, mais aussi de l'intelligence. Nos critères actuels seront-ils suffisants ? Faudra- t-il les changer, les adapter, et si tel est le cas, quels seront les nouveaux... Oseront-ils aller à l'encontre de ce qui fait la suprématie de l'espèce humaine si c'est nécessaire ?

POPPLETHORPE : J'espère que non...

TELLER : Oui, mais d'un point de vue scientifique ?

CAPLAN : Cela dit, la question ne s'est pas encore posée. Si on suppose que le développement technologique nécessite le développement de l'intelligence.

POPPLETHORPE : Encore faut-il que cette civilisation puisse atteindre un certain stade de développement qui la qualifierait d'intelligente. L'utilisation d'outils, et plus encore la création d'outils, puis leur amélioration participe à l'évolution de l'individu, de sa société, et donc d'une civilisation. Il faut que leur planète possède suffisamment de matière première pour élaborer les premiers outils. Une planète très pauvre en métal ne le permettrait sans doute pas et ses habitants resteraient probablement à un stade de développement très bas.

TELLER : À moins de trouver un substitut... une alternative. Et puis, pourquoi la technologie serait-elle l'unique critère permettant de déterminer le degré d'intelligence de l'individu ? Il y a aussi le langage. Si plusieurs individus d'une même espèce parviennent à développer un langage plus ou moins élaboré, nous pouvons dire qu'il y a un début de culture, et donc de civilisation.

CAVANAUGH : Le langage n'est pas un critère d'intelligence. On a vu des animaux créer d'eux-mêmes des catégories en triant des objets, et cela sans communiquer entre eux, sans utiliser le langage. La catégorisation permet d'organiser le chaos apparent de notre environnement. Par conséquent, d'en saisir les principaux concepts.

TELLER : Il n'empêche que même si cette civilisation extraterrestre a stoppé son développement à l'âge de pierre, il n'en restera pas moins qu'elle existe.

POPPLETHORPE : Oui, mais à plus ou moins brève échéance, elle sera condamnée. L'inertie finira par lui être fatale.

CAVANAUGH : Cette civilisation trouvera-t-elle une nouvelle voie de développement...

CAPLAN : Peut-être que l'univers n'est pas encore assez grand pour qu'une autre planète, comme la Terre, puisse exister...

POPPLETHORPE : Nous ne pouvons pas encore le savoir. Nous en avons une idée, voire plusieurs sur la manière dont elle est apparue, nous venons de le voir, mais nous ignorons si elle est apparue quelque part ailleurs dans l'univers, et comment.

CAVANAUGH : Autrement dit, que l'univers soit infini ou non...

BRIGHTMAN : L'univers n'est pas infini, d'après ce sur nous en savons, mais il est en expansion constante, je te l'accorde.

CAPLAN : Ok, mais cela ne prouve toujours pas que la vie existe ailleurs que sur la Terre.

POPPLETHORPE : Les formes de vie que nous connaissons sont basées sur l'eau et sur le carbone. Mais est-ce que la vie pourrait exister différemment.

CAVANAUGH : Autant dire que nous n'avons aucune idée de ce que pourrait être la vie ailleurs que sur la Terre.

CAPLAN : Assurément.

POPPLETHORPE : Il n'empêche que nous existons. Au nombre d'étoiles existant dans l'univers, je ne peux toujours pas croire que la vie ne se soit pas développée ailleurs que sur la Terre. Si nous finissons par le découvrir, il est probable que nous découvrirons un nouveau processus d'apparition de la vie, ou un autre type de développement.

TELLER : Pour ma part, j'ai envie de croire que l'univers possède non seulement une logique, mais qu'il est rempli de possibilités... de probabilités... et que la vie en fait partie.


- Fin de l'écoute - (Note de l'opérateur)

FIN DU TOME 1 :

L’ORIGINE DE NOS PEURS

Esmelia

À bientôt pour le
TOME 2 : WILL
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1) - Page 6 EmptyMar 3 Sep 2019 - 17:53

Note de l'auteure


Enfin !!!

Enfin ce premier tome est terminé. Terminé, MAIS pas achevé à ce jour, car il y aurait encore quelques relectures à faire pour le nettoyer totalement de ses imperfections.

Sinon... Terminé ce premier tome. Youpi ! Enfin, passons au suivant Depuis le temps que j'attens d'y être....

Trois années à réviser le premier, à réécrire certains passages, c'est long. Sans compter que je me suis un peu embrouillée dans les corrections (j'ai changé plusieurs fois de méthodes pour être efficace, en vain), que j'ai parfois oublié de les enregistrer, que je n'ai pas toujours travaillé sur les bonnes mises à jour des textes (grosse perte de temps, mais cela m'a donné ces idées de " ce qui fut, ce qui n'est plus, ce qui aurait pu être" qui parcourent le texte), qu'il y a eu des coups de fatigue (j'ai la chance d'avoir taf IRL génial, mais parfois physiquement et psychologiquement, épuisant), et ces derniers mois, un ordinateur plus vraiment au top (il est arrivé en bout de course).

Mais enfin quoi ? Je n'ai même pas encore commencé à revoir le deuxième tome que j'ai déjà envie de mettre le nez dans le troisième et le quatrième ! Je me réfrène car c'est le meilleur moyen de perdre du temps. Et comme j'aimerais ne pas mettre trois années à écrire ce deuxième tome...  Je préfère ne pas penser au temps que va me prendre l'ensemble de cette saga.

Bref, j'espère pourvoir commencer à vous livrer la suite de ce tome 1 (L'OdP : Esmelia)  qui s'intitulera : L'Origine de nos peurs : Will dans les prochains mois.

Enfin... D'ici là, rien ne vous empêche de me faire part de vos avis, remarques, critiques, concernant le premier tome. Cela m'aidera dans la correction, mais aussi dans la suite de la rédaction de la saga.

Bien à vous,

Ihriae
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1) - Page 6 EmptyLun 11 Jan 2021 - 18:19

Meilleurs vœux à tous (même si les circonstances sanitaires ne s'y prêtent pas vraiment, mais le meilleurs des vœux serait que l'on en finissent le plus vite possible...).

En fait, toujours pas de deuxième tome OdP parce qu'... il y a une nouvelle version. Plus courte, plus resserrée se concentrant sur le trio Esmelia, Will et Baal, avec l'ajout de quelques passages qui me semblaient manquer.
Je la posterai prochainement sur ce site.

Cela ne signifie pas que j'abandonne les autres personnages : Lafferty, Eric Curtis, Ciaran Wallerand, Circé, Rheya... Au contraire. Tout en continuant de mettre en œuvre ce premier tome de l'OdP, je travaille en parallèle sur des récits qui formeront ce que j'ai appelé L'Univers OdP : différents personnages, différents lieux, différentes époques et une histoire. La première se concentrera sur Lafferty. Pour l'instant, je n'ai que les deux tiers de ce que l'on pourrait appeler un récit détaillé.
Lorsque je l'aurai écrit, fidèle au multivers, je le publierai dans l'une de ses sections (Soit, dans Steampunk & Science-fiction "victorienne", mais le récit va au-delà de cette période pour traverser le rétrofuturisme et nous conduire jusqu'en 2125. Soit Horrifique et/ou fantastique, version science, ce qui correspond au récit, mais pas purement à son atmosphère... Bref, un petit casse-tête en perspective.)
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