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Skay-39
The Vortex Guy
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MessageSujet: Ailleurs   Jeu 7 Juin 2007 - 0:46

Comme promis, voici donc la nouvelle que j'ai écrite dans le cadre du concours "Etonnants Voyageurs" que j'ai découvert grace à notre ami Répli. Les contraintes étaient de continuer sur quatre pages maximum l'un des deux Incipit imaginé par un auteur connu.

J'ai eut de réelles difficultés à respecter la limite imposée - ils avaient pensés à préciser la taille minimum de la police -, j'ai donc du agrandir au maximum la zone d'impression et tronquer impitoyablement mon texte.

La partie en italique n'est pas de moi, il s'agit de l'un des deux Incipit écrit par Marie Desplechin, celui que j'ai choisis de continuer en l'occurence.



_______________________________________


Ailleurs


Je me souviens du jour où j’ai décidé. Il pleuvait depuis deux mois. Des pluies fétides et lourdes, porteuses de fièvres. J'habitais avec ma mère le grand camp sous les autoroutes, dans le quartier des tentes. Le soir, des nuées de gamins se glissaient sous les grilles, près du canal. Nous grimpions sur les talus détrempés jusqu’au bord de l’autoroute. Et là, nous regardions passer les voitures.
De l'autre côté des autoroutes, j'ai vu s'allumer les grandes tours des Beaux Quartiers. Aucun d'entre nous n'y était jamais entré, mais les vieux en parlaient souvent. Ils se vantaient d'y avoir travaillé, autrefois. À les écouter, on aurait cru que là-bas, les gens n’avaient jamais froid, jamais faim et qu'ils ne connaissaient pas la fièvre. C'était comme un rêve.
C'est là, accroupi sous la pluie tiède, le derrière dans la boue, que j’ai décidé de visiter un Beau Quartier. Une fois dans ma vie. Il devait bien exister un moyen d'y arriver. Il fallait que je demande au vieux Sylla. Il devait savoir ça.


Faire parler le vieux Sylla, ça n’a pas été le plus difficile. Par contre, il a fallu la jouer fine pour obtenir les informations que je voulais ; ce n’est pas qu’il ait mauvais caractère, mais plutôt des réactions souvent imprévisibles. Heureusement, je le connaissais un peu, lui et certains de ses penchants.
- Les Beaux Quartiers ? fit-il, la voix rendue rieuse par la bouteille d’alcool que j’avais obtenu au marché pour une somme conséquente. Oh, oui, j’y ai travaillé… Pendant longtemps, des années. J’étais dans une équipe de maintenance du réseau égoutier de la Ville.
Je lui demande si les Beaux Quartiers sont aussi bien protégés qu’on le raconte. « Oh, non, ils ne sont pas impénétrables, les Beaux Quartiers. Je le sais bien, moi. Quand je travaillais là-dessous, je faisais tout le temps passer des tas de petites choses en contrebande par le réseau des égouts. C’était avant que les ressources commencent à manquer, et qu’ils ferment la Ville ». Je joue sur sa fierté, son envie de m’impressionner. Tout de même, aujourd’hui, il ne serait plus capable d’y entrer ? « Hé ! Tu crois ça ? Bien sûr que je saurais ! Je me souviens de chaque galerie comme si c’était hier ! » Et comme, l’air admiratif, je lui dis que ça doit vraiment être formidable, là-bas, il me glisse d’un air mystérieux : « Dis moi, ça te dirait, d’y faire un tour ? ».
C’est ainsi que, quelques jours plus tard, je me retrouvai devant la grille d’accès au réseau souterrain, un sac plein à craquer sur le dos. Le vieux arrive ; il marche mollement, le regard fuyant. Il a envie de laisser tomber. J’avais prévu le coup ; une autre bouteille attend dans mon sac.
Un quart d’heure plus tard, la bouteille avait rejoint bon nombre de ses congénères dans la fange couvrant le sol, et Sylla introduisait maladroitement une clé épaisse dans le cadenas de la grille d’accès.
Il s’était un peu avancé en prétendant se souvenirs du chemin « comme si c’était hier ». Nous avons passé trois heures dans l’atmosphère humide et fétide, croisant des hordes de rats qui fuyaient à notre approche. « Ce n’était pas comme ça à l’époque » marmonnait sans cesse le vieux. « Qu’est-ce que c’est que ces numéros qu’ils ont mis ? C’était bien plus simple avec les noms… cette conduite, elle n’était pas là avant ». Enfin, alors que les vapeurs de méthane commençaient à me faire tourner la tête, il s’est arrêté avec une exclamation de triomphe. J’ai relevé la tête, un peu hébété, comme si je venais de me réveiller. Devant nous, une épaisse trappe circulaire, du vert le plus laid que l’on puisse imaginer.
- C’est ici ! C’est le moyen le plus sûr pour entrer dans la Ville.
Voilà. J’y étais. Derrière cette écoutille, cette seule écoutille, il y avait la Ville, les Beaux Quartiers. Et je restai là, étourdi et effrayé, à écouter les gargouillis de l’eau sale et le clapotis des déchets domestiques tombant de conduites annexes. Le vieux Sylla eut soudain l’air beaucoup moins enthousiaste. « Heu… Ecoute, petit, je crois qu’on devrait rentrer, maintenant… » Je ne réponds rien. Je m’étais attendu à ce qu’une fois l’excitation retombée, le vieux prenne peur. Je lui réponds calmement que je veux voir la Ville, la voir de l’intérieur.
Sylla panique. Il tente de me retenir, mais je me montre inflexible. Je tire à moi la lourde porte qui vient facilement, amenant une bouffée d’air pur ; et, le laissant sur place, je franchis l’ouverture en retenant mon souffle.
Une petite pièce, sombre et humide. J’avance lentement, et l’écoutille se referme derrière moi avec un déclic sourd. Sans attendre, j’ouvre mon sac et en sors un vêtement fin d’un blanc grisâtre - une vieille tenue de citadin que j’ai acheté au marché. Je la revêts par-dessus mes propres habits, et, le souffle court, je m’approche de l’unique porte de la salle. Elle s’ouvre seule devant moi. Les jambes tremblantes, le cœur cognant dans la poitrine, je sors dans la lumière.
Des murs, immenses, des murs de verre et d’acier, qui montent, montent vers le ciel tout autour de moi. Ce sont les grandes tours dans lesquelles vivent les citadins, et tout autour, dans la rue, sur les murs, à l’intérieur des magasins, des musiques, des lumières, des images m’encerclent, m’agressent et m’étourdissent. Je tourne sur moi-même, effaré, mon regard bondissant d’une chose à l’autre…
Hébété, je m’aperçois tout à coup qu’un passant m’observe avec suspicion. Je presse aussitôt le pas, mais où que se pose mon regard, tous ont les yeux fixés sur moi. Pourquoi aucun ne tente de m’arrêter ?
Je marche de plus en plus vite, et je me mets finalement à courir. Soudain, des cris retentissent derrière moi. Je me retourne un instant, et j’aperçois des hommes vêtus de noir, qui galopent vers moi armés d’étranges fusils. L’un d’eux pointe son arme sur moi, et un trait de lumière verte me frôle. Je trébuche, tombe, repars aussitôt. Je suis fou. Il faut que je reparte, que je quitte cet endroit. Au dessus de ma tête, les éclairs de lumière se croisent. Je tourne dans une rue adjacente, et un rayon émeraude grésille sur le sol près de mon pied. Je ne pourrai jamais leur échapper. Je suis perdu au milieu de ce dédale de rues.
Soudain, on me saisit par le col. Des bras me tirent vivement sous un porche, derrière une porte de verre. Une main se plaque sur ma bouche, et un garçon aux cheveux blancs et aux yeux verts me fait signe de me taire. Du coin de l’œil, j’aperçois vaguement une douzaine de formes noires passant en trombe devant l’entrée de verre.
Les doigts qui me retiennent se desserrent. Je me tourne vers mes sauveurs ; ils sont trois. Deux filles, une petite brune et une très jolie blonde aux yeux bleus, accompagnent le garçon.
- Dépêche-toi ! Suis-nous… murmure la seconde avec empressement.
L’appartement est grand, propre et austère. C’est ici que vit le garçon aux cheveux blanc. Il s’est présenté sous le nom de Skay, et la jeune fille brune s’appelle Synthia ; mais c’est Eavy qui retient toute mon attention, et depuis que je suis en ce lieu, je ne parviens plus à détourner le regard de son visage.
De lourds cheveux blonds aux reflets métalliques, parfaitement tirés en arrière et coulant le long de son dos en une tresse serrée. Des yeux bleus aciers teintés d’argent, surmontés des lignes noires de ses sourcils pour l’instant froncés en une attitude perplexe. Une peau blanche, qui jamais n’a eu à subir durant des semaines les assauts des pluies acides et les rayons nocifs du soleil. Une jeune déesse, une fée des contes anciens…
Elle s’aperçoit soudain que je la regarde. Je détourne vivement le regard, me sentant rougir. Etrangement, c’est elle qui semble embarrassée, comme si elle devait avoir honte de ses traits parfaits.
Il me regarde du coin de l’oeil. Comment peut-il me voir ? Mes vêtements stricts et immaculés, mes cheveux méticuleusement tressés, mes gestes maniérés. Futile, arrogante, vivant dans un luxe égoïste tandis que tant meurent au-dehors…Il y a dans son regard quelque chose qu’on ne trouve pas chez nous, une présence, une force. Le regard de quelqu’un qui a connu le monde réel, et non la pièce insipide qui se joue ici.
J’ai honte de mes habits usés et rudes, du couteau éraflé qui pend à ma ceinture, de mes cheveux à la coupe approximative. Comment ai-je pu espérer passer pour l’un d’entre eux, si propres, si nets, si nobles ?
Justement, Synthia retourne entre ses doigts un pan de ma veste de toile raide. « Où as-tu trouvé ces vêtements ? » Je marmonne rapidement que je les ai fabriqués. Cest la vérité. Elle semble impressionnée. Je ne les comprends pas. Ils semblent presque m’envier. Pour détourner la conversation, je demande maladroitement pourquoi tous les gens que j’ai aperçus semblent porter des habits si semblables.
- Nous devons tous porter les mêmes vêtements selon notre Statut. Ils disent que c’est pour préserver l’Egalité et la Stabilité. S’habiller autrement, c’est se rendre coupable de Délit de Singularisation.

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« My name is Skay-39, an administrator… An enthusiasm wave hit and I got shot through a link... Now I'm lost in some distant part of the webniverse on a forum – a crazy forum – full of strange, geek life-forms… Help me… Listen, please. Is there anybody out there who can read me ? I'm being tyrannized by an insane fondator… doing everything I can… I'm just looking for a real life. »


Dernière édition par Skay-39 le Jeu 28 Mai 2009 - 20:48, édité 4 fois
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Skay-39
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MessageSujet: Re: Ailleurs   Jeu 7 Juin 2007 - 0:46

Statut. Egalité. Stabilité. Singularisation. Je croyais connaître le sens de ces mots, mais ce que je sais semble ne plus avoir cours ici. Je remarque alors un bracelet gris et plat, autour du poignet gauche d’Eavy. Les autres portent le même. S’agit-il d’une mode ? Cette fois, c’est Synthia qui voit où se porte mon regard.
- Ce sont des bracelets d’identification. Ils permettent de payer nos achats, d’accéder à certaines zones, de…
- De nous surveiller, la coupa Eavy. De contrôler nos déplacements. De nous empêcher de quitter la ville.
Je m’attends à ce que Synthia, dans sa tenue stricte, ne fronce les sourcils et ne pince les lèvres à cette interruption. Mais elle se contente de baisser les yeux et de lisser les plis de son chemisier avec un regard absent.
Elle sait que c’est la vérité. Ces bracelets ne sont pas des bijoux ; ce sont des chaines, et ils en ont tous conscience.
Pris d’une impulsion subite, je leur annonce que je pourrais peut-être les leur ôter. Tous me regardent comme si j’étais fou. Sauf Eavy. Elle, je ne saurais dire comment elle me regarde. Elle se contente de tendre le poignet sans cesser de me regarder dans les yeux.
- Je veux partir d’ici. Je veux quitter la ville. Je veux pouvoir m’habiller comme j’en ai envie.
Je sors de ma sacoche les instruments que j’utilise d’ordinaire pour débrancher les sécurités des appareils « importés » de la ville. Cela me prend du temps, mais à force de fouiller les circuits, je parviens à déconnecter son bracelet. Il s’ouvre comme une fleur, et elle ramène vivement son bras contre elle. Les trois citadins me dévisagent, l’air impressionné. Un peu mal-à-l’aise, vaguement flatté, je leur dis modestement que j’ai l’habitude de ce genre de chose. Je me garde bien de leur avouer que je m’y suis pris à moitié au hasard. Synthia et Skay échangent un regard terrifié, et puis, après quelques secondes, me tendent l’un après l’autre leurs propres poignets tremblants.
Ils me prêtent une tunique blanche, et nous retournons jusqu’aux égouts en faisant de longs détours pour éviter ce qu’ils appellent des « points de contrôle ». Evidemment, le vieux Sylla n’est plus là. C’est sans doute stupide, mais je m’engage dans les larges boyaux au hasard, suivi des trois citadins. Etrangement, ils semblent plus terrifiés que dégoûtés. Sans doute le choc de découvrir les entrailles des Beaux Quartiers. Je m’étonne longtemps qu’ils ne soient pas effrayés par les cris et les bruits de cavalcade des troupeaux de rats. Je réalise brusquement qu’ils n’imaginent tout simplement pas de quoi il s’agit.
Finalement, je retrouve assez vite la sortie. Une chance incroyable, quand on considère la taille du réseau. Heureusement, le vieux n’a pas refermé la grille, et nous arrivons bientôt en vue du quartier des tentes. Comme je vois leurs yeux écarquillés, je dis simplement que l’on appelle cet endroit la Citée de Toile. Sous les regards curieux des passants pour nos tenues, nous nous engageons dans ces allées que je connais si bien.
Eavy lance soudain un cri de frayeur, et je me retourne d’un bond. Elle recule à grands pas terrifiés devant le bébé épagneul de la petite Laora, une espèce de boule de poil maladroite, sans doute venue saluer les nouveaux arrivants.
- Qu’est-ce que c’est ? criait-elle.
Je tente de la calmer, je lui dis que ce n’est pas dangereux, que c’est Jack, que ce n’est qu’un chien. Les citadins étaient terrifiés. Il fut difficile de les apaiser, et parmi la foule qui nous entourait, quelques personnes se mirent à rire. Et puis, lorsqu’ils furent rassurés, ils se montrèrent fascinés, surexcités. Leurs questions me stupéfiaient par leur naïveté. « Est-ce que c’est une bête ? Est-ce qu’il y en a d’autres par ici ? De plus grandes ? » Ils m’écoutent avec fascination parler des oiseaux, des poissons, des insectes, ces créatures moins nombreuses chaque année mais qui disputent encore la Terre aux hommes.
Je leur demande si c’est la première fois qu’ils voient d’un animal.
- Seulement en images. Ils sont interdits dans la ville. Ils disent qu’ils sont porteurs de maladies, qu’ils consomment nos ressources. Lorsqu’une bête franchit les grilles, ils l’abattent.
Je ne sais pas quoi dire, quoi penser. Soudain, je songe à quelque chose qu’elle voudrait sûrement voir. Eavy. J’aimerais rester un peu seul avec elle. Je lui parle. Elle semble me sonder un instant du regard, et puis accepte.
Nous partons à pied, sous la bruine tiède et poisseuse, vêtus d’épais manteaux pour nous protéger de la pluie acide. Je sais que le trajet est éprouvant pour elle. Tout lui est étranger, l’averse qui brûle la peau, la boue sirupeuse qui retient vos pas, jusqu’au simple effort de poser un pied devant l’autre sur le chemin irrégulier. Elle ne se plaint pas. Ne parle pas. Se contente de marcher, le souffle de plus en plus court, les mouvements de plus en plus las. Mon respect pour elle grandit à chaque instant. Les joues rougies, quelques mèches de cheveux s’échappant de sa capuche, le regard décidé, elle est plus belle que jamais. Doucement, la nuit se fait plus claire autour de nous, et la pluie cesse ; nous avons dépassé les nuages. Distraitement, elle dirige son regard vers le ciel. S’immobilise, les yeux écarquillés, ses jolies lèvres roses entrouvertes, fascinée par les éclats de neige qui tapissent la voûte céleste. Elle n’a jamais contemplé un ciel étoilé ?
- Non, murmure t-elle d’une voix rêveuse. On ne les voit jamais depuis la ville. Les fumées des usines cachent le ciel la nuit, et les lumières restent toujours allumées. J’avais vu des images… Mais…
Je lui laisse quelques minutes pour savourer ce spectacle, mais il me semble qu’elle n’en aura jamais assez. Alors je lui dis « Viens, j’ai encore mieux à te montrer » et nous repartons. En chemin, je laisse mon esprit vagabonder, et je me perds vite dans mes pensées.
La Ville a perdue pour moi cette attraction mystique – magnétique plutôt ; une fascination presque maladive. Je connais maintenant la vérité qui se cache derrière ces lumières, ces murs si propres. Les Beaux Quartiers ne valent pas moins que la Cité de Toile. Mais ils ne valent pas mieux non plus, et je sais désormais que ce que je cherche n’est pas là-bas. Une Ville-sanctuaire, une Ville-prison. Certains désireraient sa sécurité et ses lois plus que tout. D’autres, comme mes nouveaux amis ou moi-même, avaient besoin de liberté. Même si elle allait de pair avec le danger.
Une vague de tristesse m’envahit lorsque je songeais à ceux de la Cité de Toile. Ils se pressent autour des Beaux Quartiers, s’agglutinent dans leur ombre, se nourrissant des restes de la Ville et de rêves, cloués sur place autant par la paresse d’aller ailleurs que par la peur de trouver pire, comme en léthargie, espérant encore et toujours que la proximité de la Ville leur apporterait quelque chose de bien.
Nous arrivons devant les dernières dunes. Je l’aide à escalader la pente sablonneuse, et elle s’arrête au sommet, hors d’haleine. Puis, elle lève ses beaux yeux bleus, et reste stupéfaite.
C’est assez triste. Les Beaux Quartiers se trouvent à peine à une douzaine de kilomètres de la mer, et elle ne l’a jamais vue de ses propres yeux. Nous restons longtemps immobiles face aux vagues qui s’échouent sur la plage en grondant, le visage fouetté par les embruns. Soudain, alors que je la crois totalement subjuguée par ce spectacle, elle parle sans quitter l’horizon des yeux.
- Ils nous chercheront. Ils fouilleront votre camp. Si on apprend que certains sont partis, cela pourrait donner des idées à d’autres. Compromettre la Stabilité. Instaurer le Trouble dans les esprits.
- Je sais. C’est pour ça qu’on va devoir partir.
- Où ?
- Loin.
- Un autre camp ?
- Encore plus loin.
Et comme elle me regarde sans comprendre, je tends le bras vers la mer. Vers l’horizon, vide et à la fois rempli de possibilités. Un endroit où bâtir quelque chose de nouveau, quelque chose d’autre, quelque chose de différent et de meilleur que nos mondes respectifs, et qui pourtant les mêlerait tous deux. Un Ailleurs.
Elle croise les bras et frissonne, sans doute moins à cause du vent froid soufflant depuis le large que de la peur que lui inspire l’immense inconnu qui s’étend devant elle. Je passe un bras autour de ses épaules. Elle se laisse aller contre moi et pose sa main tiède sur la mienne, sans quitter les vagues du regard. A quoi peut-elle penser ? Je n’en ai aucune idée. J’en sais si peu sur elle, et sur ceux qui sont ses amis et pour qui je m’apprête à abandonner tout ce qui a toujours fait ma vie…
Peu importe. A compter d’aujourd’hui, nous aurons tout le temps nécessaire pour apprendre à nous connaître.

FIN

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B.Carter
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MessageSujet: Re: Ailleurs   Jeu 7 Juin 2007 - 12:58

c'est pas mal du tout cheers

par contre qu'est ce que les deux autre "citadins" sont devenus? il allait quand même pas les laisser dans la cité de toile alors qu'ils viennent à peine de se rencontre.
je trouve aussi que l'histoire va un peu trop rapidement mais faut dire que la contrainte des pages n'aidait pas.

avec cette nouvelle t'a gagné quelque chose?
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MessageSujet: Re: Ailleurs   Jeu 7 Juin 2007 - 14:15

B.Carter a écrit:
par contre qu'est ce que les deux autre "citadins" sont devenus? il allait quand même pas les laisser dans la cité de toile alors qu'ils viennent à peine de se rencontre.
Non, bien sûr. Tu remarqueras que je conclu par "J'en sais si peu sur elle, et sur ceux qui sont ses amis et pour qui je m'apprête à abandonner tout ce qui à toujours fait ma vie..."
Les deux autres citadins les accompagnerons là où ils iront, et d'autres aussi peut-être.
B.Carter a écrit:
je trouve aussi que l'histoire va un peu trop rapidement mais faut dire que la contrainte des pages n'aidait pas.
C'est peu de le dire. Je me faisais l'effet d'un braconnier en train de déforester mon histoire.
B.Carter a écrit:
avec cette nouvelle t'a gagné quelque chose?
Yep, des bouquins et des bons d'achat Leclerc, mais l'important c'est la publication.

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Titto
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MessageSujet: Re: Ailleurs   Ven 8 Juin 2007 - 11:13

Waw !

C'est assez étrange de retrouver ton style dans autre chose qu'une fanfic SG ... parce qu'on aura beau dire, c'est de l'excellent style made in Skay-39 !


L'histoire en elle-même est intéressante, enfin, tu as réussit à faire quelque chose de bien avec un début imposé ! Et ce que tu as fait est très bien ! Mais t'étais obligé de te mettre en scène mrgreen .

C'est vrai que c'est dommage pour la contrainte des pages, on va dire que sur certains passages, on aurait voulu en savoir plus ... Enfin, ça t'y peut rien Wink . (Parce que je pense que sinon, t'aurais disserté sur beaucoup de pages n'est-ce pas ? farao ).


Voilà, c'est toujours un pliaisr de te lire ! (tu ne ferais pas une version ralongée, sans braconniers ni tronçonneuses ? ).
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Sapho
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MessageSujet: Re: Ailleurs   Ven 8 Juin 2007 - 11:41

Suis au bord des larmes, là...

C'est incroyable, tu maîtrise à merveille ce genre de narration, la nouvelle futuriste.
Original, poëtique, avec toujours un style impeccable, je découvre une corde de plus à ton arc, Skay.
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Webkev
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MessageSujet: Re: Ailleurs   Mer 13 Juin 2007 - 13:09

C'est très bien écrit, et malgré la brèveté du texte qui t'étais imposée, tu as pu transmettre à merveille les sentiments des personnages, les descriptions des lieux. C'est splendide.
Et tout ca avec un incipit imposé, chapeau ! clap!
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Phenix Noir
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MessageSujet: Re: Ailleurs   Jeu 28 Mai 2009 - 20:15

Bravo mrgreen, la contrainte de taille n'est jamais facile surtout pour un sujet de départ toujours délicat et appelant à quantité de remarques. Tu es parvenu à placer une histoire qui se suffit à elle-même malgré la brieveté (et pour le coup, tu as résisté à la tentation ultradescriptive)
Mais surtout tu as su composer avec l'incipit, chose dont je serais incapable :D Ego, ego quand tu nous tiens...
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MessageSujet: Re: Ailleurs   

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