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 L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)

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Ihriae
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mar 19 Sep 2017 - 9:51

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 16.7


Suite du chapitre 16.6


Il n’était revenu à Londres que lors d’une permission, à Noël. Le seul moment où la quasi-totalité du personnel administratif de l’AMSEVE pouvait quitter la base afin de retrouver leur famille. Ses retrouvailles avec Rose avaient été particulièrement fraîches. Il avait d’abord que cela venait de lui, qu’il aurait dû au moins rentrer un jour ou deux à Londres avant de retourner à l’AMSEVE. Il s’en était excusé et avait tenté de la convaincre qu’il avait dû retourner à la base en urgence. Pour se faire pardonner, il lui avait préparé une surprise en l’emmenant en Suisse afin de passer Noël avec sa famille qu’elle n’avait pas revue depuis trois années au moins. Elle avait toujours dit que son travail l’en avait trop longtemps tenue éloignée. Pourtant, elle n’avait pas apprécié l’attention.

Le séjour avait été désastreux. Même sa propre famille ne l’avait pas reconnue. Ses parents n’en avaient tenu aucun grief à Ciaran car il était évident qu’il faisait de son mieux. Le père de Rose s’était même ouvert à lui en expliquant qu’à une époque sa fille avait subi les mauvaises influences de certaines relations dans le milieu de la mode. Il craignait que cela soit de nouveau le cas. Il en avait parlé à Rose le soir même. Elle avait contre-attaqué en l’accusant d’avoir une maîtresse. Il avait nié. Techniquement, ce n’était pas un mensonge. Ils avaient passé une partie de la nuit à se disputer. Le lendemain, ils rentraient à Londres.

Dans l’avion qui les ramenait chez eux, il avait pensé que sa vie avait pris un curieux cours, un cours qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Il était loin d’imaginer à quel point. Il avait à peine franchi le seuil de leur maison et refermé la porte derrière lui qu’il s’était retrouvé face à une Rose braquant un pistolet sur lui. Il n’avait dû qu’à ses réflexes, et à une bonne configuration de l’intérieur de la maison, d’avoir la vie sauve. Il s’en était suivi une longue bagarre durant laquelle il avait failli passer de vie à trépas plusieurs fois. Il apprit alors qui elle était vraiment devenue. Cette nouvelle personnalité n’avait pas échappée à ses parents alors qu’ils ne l’avaient pas revue depuis des années.

Tout naturellement, elle avait pensé que Ciaran l’avait lui aussi compris. Il avait été abasourdi d’apprendre qu’elle était un tisseur, et qu’elle se nommait Sid’. Elle était chargée de l’espionner et de le neutraliser, lui. Tandis que son compagnon ‘Jiva pourchassait Rheya. Grâce à Ciaran, elle avait pu aider ‘Jiva à la retrouver. Ciaran avait alors compris qu’il était en partie responsable de l’attaque de la librairie. ‘Jiva était mort sans avoir pu accomplir sa mission. C’était à son tour de reprendre le flambeau et, toujours grâce à Ciaran, elle savait maintenant où se trouvait exactement Rheya.

Ces révélations avaient décuplé la colère de Ciaran. Il puisa dans ses ressources et parvint tant bien que mal à avoir le dessus sur Sid’. Après une heure de lutte acharnée, il était parvenu à la mettre chaos. Il l’avait solidement attachée à un radiateur en fonte en attendant de trouver le moyen de se débarrasser d’elle d’une manière définitive et suffisamment discrète pour ne jamais être soupçonné de sa mort. Mais puisque ses parents supposaient qu’elle subissait à nouveau de mauvaises influences, il allait leur donner raison. Entre temps, il avait des questions à lui poser, et il entendait bien obtenir des réponses. Pour cela, il était prêt à employer les moyens les plus extrêmes.

Officiellement, Rose et lui s’étaient séparés à leur retour en Angleterre. Elle avait pris toutes ses affaires et avait quitté leur maison. Pour faire plus vrai, il avait vidé leur compte commun. Il avait même été jusqu’à se déguiser en femme, vêtu à la manière de Rose, aux yeux de leurs voisins qui manquaient jamais de surveiller ce qui se passait chez les autres. L’illusion était parfaite tant qu’ils se tenaient à distance. Ils pourraient témoigner avoir vu Rose quitter le domicile avec sa voiture et toutes ses affaires.

Ils ignoraient que dans le coffre de la dite voiture reposait le corps de Rose. Il avait été l’enterrer au plus profond d’une forêt. Il y avait peu de chance qu’elle soit retrouvée avant très longtemps. Puis, il avait brûlé tout ce qui lui avait appartenu bien loin de la forêt. Enfin, il avait été jusqu’en Écosse pour déposer sa voiture dans une casse, parmi d’autres véhicules sur le point d’être détruits. Il était rentré à Londres sous le déguisement de Rose.

Après ce qui s’était passé en Suisse, il n’aurait plus qu’à dire qu’ils s’étaient séparés et qu’elle avait pris ses affaires alors qu’il se trouvait à Londres. Rien de plus. Il avait pris soin de laisser son téléphone dans une chambre d’hôtel qu’il avait louée durant deux jours. Si quelqu’un cherchait à retracer son parcours durant ces deux jours, il verrait qu’il n’avait quasiment pas bougé. Mais nul n’aurait de raison d’imaginer qu’il avait tué Rose. D’autant qu’il avait pris le plus grand soin à nettoyer la pièce où ils s’étaient battus avec le plus grand soin. Quant à l’endroit dans lequel il l’avait torturée et achevée, il n’en existait plus la moindre particule. Tout avait été réduit en morceau et brûlé dans la cheminée de leur maison…

Il était ensuite retourné à l’AMSEVE. Il n’y avait jamais évoqué Rose. Il n’y évoqua pas non plus sa prétendue rupture. Il essayait d’oublier qu’à cause de lui, Rheya aurait pu mourir. Il essayait surtout d’oublier ces nuits qu’il avait passé avec elle, et son désir toujours présent de tout quitter pour aller la retrouver en se plongeant dans le travail sans compter ses heures.  

Quelques semaines après, Rheya quittait la France pour le Canada. Il s’était senti quelque peu soulagé. Il n’avait pas réussi à savoir si d’autres Tisseurs se trouvaient sur Terre, et si Sid’ leur avait dit où trouver Rheya. De son côté, il avait vendu la maison anglaise, et s’était trouvé un petit appartement à Montréal, pas très loin de l’endroit où Rheya avait emménagé. Plus occupé à surveiller la jeune femme lors de ses rares visites, il y vivait finalement assez peu.

Il n'avait cessé de la surveiller, car depuis Rose, il craignait plus que jamais pour sa vie. Il avait même truffé son appartement de micros et de caméras. Son dispositif était tel que même lorsqu’il se trouvait à l’AMSEVE, il pouvait savoir ce qu’elle faisait à chaque instant de sa vie. Mais comment aurait-il fait s’il avait été à l’autre bout du monde lors de cette soirée fatale... Sans lui, elle serait morte. Elle ne devait pas mourir. Pas seulement parce qu’il ne pourrait pas vivre sans elle, il en était persuadé... Il ne pouvait plus la laisser seule.  
— Ciaran, tu as entendu ce que je viens de te dire ?

Retour à la réalité, au présent… La chambre d’hôpital… Martin…
Non, il n’avait pas écouté ce qu’il venait de dire.

Celui-ci l’avait bien remarqué.
— Ce n’est pas l’objet qui t’intéresse, sauf si cela a des conséquences sur sa vie, ça je l’ai bien compris. Qu’est-ce que tu ne me dis pas ? Y-a-t-il quelque chose que je devrais savoir et qui m’aiderait à la sortir de l’état dans lequel elle se trouve ?

Ciaran le regarda, perdu. Il avait beau chercher, il ne voyait pas comment il pourrait la faire revenir à la vie… à part attendre. Attendre que l’onde passe et fasse son œuvre.

Devant son silence, son ami en arriva à une toute autre conclusion
— C’est bien ce que je te disais. Il va falloir que tu réfléchisses à ce que tu dois faire de ta vie. Elle ne te laisse pas indifférent. Sans quoi, tu ne te serais pas donné la peine de lui rendre visite à chaque que ton travail t’en laisse l’occasion. Tu as le droit d’être heureux. Tu le mérites, et elle aussi, je pense. L’un et l’autre vous êtes deux adultes, et vous avez déjà perdu trop de temps.
— C’est vrai… Elle me…

Il ne savait comment le dire. Peut-être de la manière la plus simple.
— Je l’aime, avoua-t-il. Mais c’est compliqué. Elle ne sait rien de moi… Elle m’a oublié.
— En amour, rien n’est simple, Ciaran. Si cette femme se réveille un jour, je te conseille de lui dire ce que tu ressens pour elle. J’ai peut-être une âme de romantique, mais je suis certain qu’elle et toi, ça pourrait le faire. Je ne cesserai de te le répéter mais, tu as toi aussi le droit au bonheur.

Ciaran aurait voulu en être aussi certain que Martin qui ne connaissait qu’une partie de sa personnalité. Qu’aurait pensé le médecin s’il avait vu, ou même su, ce qu’il avait fait à Sid’ ou Rose ? Ce qu’il était désormais prêt à faire à tous ceux qui oseraient faire du mal à Rheya, ou le tenterait seulement… Même lui, il avait été surpris de ce qu’il était capable de faire, que ce soit par amour comme il l’espérait tellement, ou inscrit dans ses gènes, peut-être par la volonté de Mead’, afin de protéger Rheya.


Dernière édition par Ihriae le Mer 27 Sep 2017 - 9:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 27 Sep 2017 - 9:26

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 17.1


XXIème siècle. Du 10 au 15 mai – Calendrier grégorien, Terre.

— Nombre de nos semblables sont déjà morts sous les tortures de Gambre, intervint Shamash. Nous sommes pourchassés par nos anciens labirés et leurs alliés, et par des mercenaires venus de tous les horizons. Même nos alliés sont prêts à nous trahir.
— Lequel de nos ennemis inconnus, ou de nos ennemis connus, nous portera le coup de grâce en premier ? interrogea Ésus.
— Sans doute celui qui aura le plus à gagner, répondit Boann.

Métis eut un rire sec.
— Le savoir des drægans n’a rien d’un fabuleux trésor. Tout ce que nous possédons ou connaissons, nous l’avons pris à d’autres civilisations, évidemment sans leur consentement. Pourtant, ce savoir est un fardeau pour nous dans la mesure où nous devons prendre garde à ne pas en être dépossédés à notre tour. Toutes ces connaissances que nous avons acquises au cours des temps n’ont jamais été réunies entre les mains d’un seul et unique drægan parce que nous n’avons jamais été faits pour nous entendre. Dans beaucoup de civilisations, on dit quelque chose de similaire à ceci : "Celui qui possède des pouvoirs incommensurables possède aussi des responsabilités et des devoirs qui le sont encore plus". Sommes-nous faits pour les responsabilités ? J’en doute parce que nous ne sommes pas des êtres de devoirs. Nous ne sommes que des créatures parmi d’autres dans cet univers. Nos anciens asservis l’ont découvert avant nous et ils se sont montrés plus avisés que nous. Il est peut-être temps de le reconnaître… de LES reconnaître.
— Tu songes à laisser une partie ou la totalité de nos pouvoirs et notre savoir entre les mains de nos anciens esclaves ? cracha soudain Frey. Personne ne sera assez stupide ou fou pour l’accepter.

Il y eut un mouvement de protestation évidente parmi les drægans qui se trouvaient à ses côtés, mais de part et d’autres, les réactions même les plus discrètes allaient dans son sens.

Métis n’en prit aucunement ombrage.
— Ce n’était qu’une suggestion. On est bien là pour discuter, d’une solution possible, non ?
— Bon, alors nous avons plus ou moins exclu la Nâgas et nos anciens labirés. Nous ne pouvons faire entièrement confiance à ceux qui nous restent. Il est possible qu’il y ait quelques traîtres parmi eux attendant l’heure de nous achever. Les alphas, les iverns, les tôs, les wampas, les kumis, les dyones, les swaxkarghettis, les keynaanides, les Toucqs, les nedelegs, les satiniens, les nordhales, les patricientes, et quelques autres ne valent pas mieux. Certains d’entre eux sont même pires.
— Il reste encore les seïntokaes, les muggies, le peuple de Danann, ou encore la Confédération des Oubliés, suggéra Enki qui n’avait pas encore parlé jusqu’alors.

Des rires fusèrent dans le groupe adverse, mais un regard de concert de la part d’Horus et d’Apollon les calma aussitôt.
— Nous ne pouvons pas plus faire confiance à la Confédération ou aux Adooris, fit remarquer Boann. Nous ne savons même pas s’ils existent encore. Il y a quelques temps, les Toucqs étaient persuadés qu’il existait des vaisseaux errants appartenant à l’Isseï Baca, c’est comme ça qu’ils surnomment la Confédération des Oubliés, vides de toute vie. Jamais les membres de la confédération n’abandonneraient leurs vaisseaux. Ces derniers sont leur planète, leurs domiciles et leurs outils de travail comme de guerre. Leurs seuls biens. Quant aux seïntokaes, ils ont désertés leurs planètes. On ne sait ni quand, ni comment, et encore moins pour où. Quant aux Adooris, ou ce qu’il en reste, aux muggies, et au peuple de Danann, ils brillent par leur silence.

Apollon hocha la tête.
— Constat identique du côté des keynaanides et des nordhals, dit-il. Même les wampas ou ce qu’il en reste se posent des questions à leur sujet. Mes labirés en ont capturé, il y a quelques semaines, sur un cargo forestier quasiment désert. La résistance y a été tellement faible que nous avons pu vaincre ceux qui s’y trouvaient encore avec une facilité déconcertante. Ils étaient affamés, même après s’être nourris de tout ce qui pouvait courir, ramper, nager ou voler dans leurs vaisseaux, ainsi que de leurs blessés et de leurs malades. Ils se sont pourtant battus jusqu’à la mort. Nous avons néanmoins pu récupérer deux survivants. Selon les informations que nous avons obtenues d’eux, ils ont tous fui leur planète. Ils disent que certains d’entre eux ont trouvé une planète qui pouvait les accueillir, quelque part dans la Voie Blanche.
— La voix blanche est une légende, fit remarquer Enki.
— Ils disent que leurs reines en ont rêvé, poursuivit Apollon.
— Leurs reines sont de vieilles folles, fit Lara.

Plus d’un drægan songea qu’elle était en terrain connu dans ce domaine, et aucun d’entre eux ne mit en question son jugement.

— Peut-on savoir ce qui leur est arrivé ? demanda Rhadamanthe. Mettre la main sur un vaisseau wampas n’est pas si aisé.
— Exact, répondit Apollon. S’il n’avait pas subi une attaque et dérivé dans l’espace durant un long moment, nous ne l’aurions sans doute jamais découvert. Avant que leur vaisseau soit attaqué, les wampas avaient fui leur galaxie précipitamment. Ceux qui nous avons trouvés s’étaient cachés dans un champ d’astéroïdes jusqu’à ce que le manque de nourriture et d’eau se fasse éprouver au-delà du supportable. Ils en sont sortis en pensant qu’avec le temps, l’ennemi les avait oubliés, mais c’est là que leur vaisseau été attaqué. Même si la faim et la faiblesse de leurs effectifs ne les avaient pas totalement désorganisés, ils n’auraient pas pu résister. Après avoir quasiment détruit leur vaisseau, l’ennemi ne s’est même pas donné la peine de vérifier s’il restait encore des survivants à l’intérieur. Ce qui, fort heureusement pour nous, aura été le cas.
— Quelqu’un a vérifié leur histoire ? demanda Moccus, le drægan à la face reptilienne. Il s’agit peut-être de renégats qui ont été pourchassés par les leurs.

Sa voix avait une sonorité pierreuse.
— C’est possible. Nous ne pouvons négliger ces hypothèses. Il est difficile de le savoir. Leurs territoires sont en quarantaine depuis des milliers d’années, expliqua Rhadamanthe. Ceux qui ont eu la témérité de s’y aventurer ont très certainement servi de repas aux wampas.
— Oui, mais on devrait peut-être aller voir par nous-même, insista Moccus. Si notre ennemi a envahi le territoire des wampas, cela signifie qu’il est bien plus proche que nous le supposons.
— Les wampas n’ont pas de planète. Ils sont comme les membres de l’Isseï Baca, ajouta Rhadamanthe. Ce sont des nomades qui vivent sur leurs vaisseaux. Dans leurs territoires, ils peuvent vous trouver comme ils le souhaitent, mais si eux ne veulent pas qu’on les trouve…
— Et s’ils ont déjà été trouvés et anéantis, cela n’augure rien de bon pour nous.
— Il serait effectivement inconscient de franchir les filets de protection, déclara Apollon. Pas seulement parce que c’est le territoire des wampas.
— Où veux-tu en venir, mon cœur ? minauda Boann.

Personne ne sembla surpris par sa manière de s’adresser à lui.  
— Nous ne connaissons rien de cette partie de l’espace, ni de ce qu’il y a au-delà du territoire des wampas. Toutes les formes de vie intelligentes sentent que quelque chose de dangereux et d’inéluctable approche, lui répondit Horus. Mais elles ignorent ce dont il s’agit. En savoir un peu plus sur le sujet…
— Certes, le coupa Apollon. Mais pour nous y rendre, il faudrait franchir les filets et ouvrir une brèche à travers le labyrinthe. Cette même voie pourrait servir de porte d’entrée à nos ennemis.
— Un vaisseau wampas y est bien parvenu. Cela ne pose-t-il pas un problème ? s’inquiéta Priape.
— Si, admit Apollon. Et il va falloir nous en occuper. Cela ne doit pas se reproduire.
— Nous ne possédons que des informations parcellaires, mais pas l’essentiel, dit Rhadamanthe.
— Ce que les autres ignorent, nous l’ignorons, déclara Shamash.
— Possible que les autres peuples possèdent des informations différentes, suggéra Perséphone.
— Peut-être qu’il faudrait leur dire le peu que nous savons, suggéra Dercéto. De cette manière, nous montrerions notre bonne foi et nous pourrions créer des alliances… Au moins seront-ils peut-être disposés à partager leurs informations.
— Ils pourraient aussi nous demander bien plus, la contra Lara.
— Pas question de leur dévoiler nos secrets ! s’emporta Amaterasu. Il me semblait que c’était clair, il y a à peine quelques minutes.
— Effectivement, la question a déjà été discutée, et nous sommes d’accord sur ce point, admit Rhadamanthe. Mais on peut se permettre d’en discuter la pertinence.
— Pourquoi ne pas plutôt faire alliance avec les espèces de nos univers respectifs, et uniquement avec elles, sans leur confier nos secrets ?
(Suite Chapitre 17.2)


Dernière édition par Ihriae le Ven 6 Oct 2017 - 11:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 27 Sep 2017 - 9:32

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 17.2


Suite du chapitre 17.1

Toutes les têtes se tournèrent en direction de Circé. Il y eut un moment de silence, celui de la réflexion.

Erra fut le premier à le rompre.
— C’est une bonne idée, certes, admit-il. Mais pour en revenir aux wampas, et à leur vaisseau en perdition, il y a peut-être une autre possibilité à envisager.
— Nous t’écoutons, dit Horus.
— C’est peut-être une feinte de la part des wampas. Nous avons installé les filets de quarantaine parce que nous connaissons leurs désirs d’expansion et nous savions que tôt ou tard, ils auraient besoin de nourriture et que, par conséquent, ils s’attaqueraient aux galaxies voisines de la leur. Il se peut qu’ils aient trouvé le moyen de franchir les filets depuis un moment, et qu’ils nous observent depuis tout ce temps. Ils savent peut-être que nous ne sommes plus aussi forts qu’autrefois. D’abord, ils attendent que nous venions voir ce qui se passe chez eux. Nous tombons dans leurs pièges. La perte de certains d’entre nous nous affaiblira inéluctablement. C’est pourquoi ils décideront ensuite de nous attaquer.
— Nous avons donc deux options, résuma Teutatès. Soit nous fonçons têtes baissées dans un possible piège mortel, soit nous attendons que le mort vienne jusqu’à nous.

Il eut un rire court et acerbe.

L’idée de Circé était simple et loin d’être stupide. Cela avait au moins l’avantage de ne pas les forcer à quitter leurs territoires ou leurs refuges respectifs. Mais s’il s’agissait d’un piège… Mieux valait ne pas engager des forces importantes. Les uns et les autres avaient passé des siècles, voire des millénaires sans sortir de leurs univers. De manière générale, ils les connaissaient parfaitement et s’y sentait en sécurité. Au cours des trois derniers millénaires, Il n’y avait pas eu de guerre entre drægans. Chaque galaxie dans lesquelles s’en trouvait un avait toujours vécu en parfaite autonomie dans l’ignorance feinte des autres. En fait, il n’était pas certain que le nombre de drægans soit uniquement réduit à ceux qui se trouvaient à ce conseil. Certains se cachaient si bien des autres que même leurs comparses les supposaient morts depuis longtemps.  

Esmelia aimait imaginer les univers, les galaxies, les planètes comme un ensemble de particules flottantes et dansantes dans les rayons du soleil, derrière les carreaux, dans les pièces sombres. Certains pouvaient se toucher, se rejoindre, se fondre les uns aux autres. D’autres étaient isolés par les murs de la pièce. Le seul moyen d’en voir de nouveaux était d’en sortir pour entrer dans une autre pièce.

Anat interrompit sa rêverie finalement un peu trop romantique par rapport à la réalité.
— Ceux qui ont survécu au Mal Sombre, comme nous le surnommons chez nous ne sont pas faciles à convaincre. Ce n’est certainement pas parce qu’ils sont potentiellement en état de faiblesse que les wampas, par exemple, seront faciles à convaincre. Je suis même prête à parier qu’ils refuseront toute forme d’alliance. Contrairement à nous, ils n’ont rien à perdre, et surtout rien à gagner.
— Les Wampas sont difficiles à comprendre. Ils sont trop différents de nous, confirma Apollon. Nous pouvons cependant tenir pour acquis le fait qu’ils nous considèrent comme inutiles, mais dangereux. En nous alliant à eux, nous représenterions une force non négligeable, et une menace évidente pour nos ennemis. Même en nombre réduit, les wampas peuvent être redoutables tout comme nous. Et qui sait si d’autres peuples ne nous rallieraient pas alors ?
— N’est-ce pas, justement, ce que nous souhaitons ? s’exclama Shamash.
— Bien sûr, sauf que nous pouvons aussi craindre que cet ennemi se contente d’éliminer systématiquement les espèces dominantes telle que la nôtre, celles qui lui sont inutiles, et laisser vivre en paix toutes les autres.
— Peut-être, grommela Erra. Peut-être pas. Peut-être allons-nous devoir redouter plus d’une seule menace.
— Pourquoi s’inquiéter alors ? Attendons que la mort vienne nous surprendre !

Shamash n’était pas du genre à se laisser démoraliser ou à s’avouer facilement vaincu.

— Sait-on ce qu’il advient vraiment de ceux qui ne sont pas exterminés ? interrogea d’une voix douce et musicale la frêle Damona. Les wampas que vous avez capturés, Chancelier Apollon, vous l’ont-ils dit ?
— Nous l’ignorons, avoua-t-il. Peut-être sont-ils réduits en esclavage, ou en deviennent-ils des objets de torture, ou encore une forme de nourriture. Nous ne savons rien de la partie de l’univers d’où ils viennent. Alors ils peuvent tout aussi bien les vendre comme esclaves à des civilisations dont nous ignorons tout.
— Par tous les dieux ! tonna soudain Divona. Nous ne connaissons même pas leurs motivations. Savons-nous au moins à quoi ils ressemblent ?
— Cela aussi nous l’ignorons, avoua Apollon.
— Bref, nous allons nous faire décimer en beauté sans savoir par qui, quand et comment.
— Quelqu’un pourrait le savoir. Mais il sera extrêmement difficile à convaincre.
— Ne me dites pas qu’il va encore être question de… LUI.
— Moi, ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment il a pu disparaître aussi longtemps, en se faisant passer pour mort en plus.

Tous les regards convergèrent sur Erra qui ajouta :
— Ça, au moins, cela pourrait nous servir contre nos ennemis.
— Il est hors de question que nous nous terrions comme des scrudges, ces horribles petits insectes informes et visqueux, s’affola Metis.

Elle semblait à la limite de l’apoplexie.

Sa remarque fit sourire quelques drægans de part et d’autre.
— Croyez-moi, assura Teutatès. Lorsqu’on veut échapper à Cottos… et à la recherche de la Perfection Absolue, on est prêt à se cacher n’importe où et aussi longtemps qu’il le faut.

Cottos...

Ce nom fit frémir la plupart des drægans présents. Aucun n’avait eu à le rencontrer jusqu’alors, et pas un ne le souhaitait. La réputation de ce drægan était telle qu’elle justifiait que son nom ne soit pas prononcé à la légère. De lui, ils ne savaient que peu de choses. Il vivait sur une planète nommée Tartar où il entretenait de vastes prisons. Il ne vouait sa vie qu’à la recherche de deux choses : la perfection de l’espèce dræganne et les façons tantôt les plus expéditives, tantôt les plus raffinées, de supprimer ses ennemis. Nul ne doutait que ses axes de recherches étaient entremêlés de manière inextricable.

En tous les cas, nul n’ignorait, dans l’assemblée de drægans présents que Baal avait été condamné par deux fois. L’une par Héra, mais ils en ignoraient les raison, l’autre par eux tous ou consentement commun pour planéticide.

Par deux fois, il s’en était sorti vivant. Deux personnes, seulement savaient ce qu’il avait pu subir dans cet enfer, et durant combien de temps : Cottos et Baal.  

— Une perfection totalement pervertie au-delà de tout ce que la plupart d’entre nous peuvent imaginer, fit remarquer Teutatès devinant les dernières pensées de ses pairs.
— Peut-on supposer que Cottos se soit allié avec cet ennemi ? interrogea Apollon.
— Ce serait impensable ! protesta Priape.
Certains étaient d’accord avec lui, mais d’autres évaluèrent cette possibilité.
— Depuis quelques temps, une rumeur dit qu’il a un assistant… ou un élève, rapporta Anat.
— Je l’ai aussi entendue, confirma Teutatès. Cottos a toujours été un peu… particulier. Ses expériences, on dit qu’il a commencé par les faire sur lui et cela l’a rendu… disons très différent de ce qu’il était ou de ce qu’il aurait dû être.
— Et fou, aussi, ajouta Tsukuyomi.
— Et fou, acquiesça Teutatès.
— Et donc difficilement manipulable, renchérit Horus.
— Il a toujours été loyal envers nous… le défendit Erra.
— En tous les cas, il l’a toujours été envers les Primordiaux, et les Aînés, dit Esus.

(Suite Chapitre 17.3)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 27 Sep 2017 - 9:36

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 17.3


Suite du chapitre 17.2

Teutatès se leva soudain de son siège et fit quelques pas en direction d’Erra et d’Esus, plus pour se détendre ses articulations qui le faisaient souffrir lorsqu’il restait trop longtemps inactif et que pour leur montrer qu’il ne les craignait en aucune manière. Quoique...
— Oui, bien sûr. Tant que nous lui fournissions de quoi assouvir ses penchants pour sa … recherche de la Perfection Absolue. Son royaume est une petite planète marécageuse, couverte de ruines d’anciennes civilisations éteintes depuis des milliers d’années. Il accepterait n’importe quoi sans doute pour étendre ses perspectives. De ce point de vue, il te surpasse de très loin, Erra. Il n’est pas impossible qu’on lui a proposé de passer à l’étape supérieure, voire d’en sauter quelques-unes.
— S’il nous a trahis, il faudra qu’il le paie de sa vie, prévint Enki.
— Nous connaissons tous le lien de parenté qui te lie à Baal, Enki. J’ignore pourquoi vous tenez tellement à le reconnaître, mais la loi est la même pour tout le monde. Si Cottos nous a trahis, alors il le paiera.
— Ah, oui ? Si c’est le cas, alors il est trop tard, les avertit Horus. Ne commettons pas l’erreur de le sous-estimer. Il est plus puissant qu’il en a l’air. Nous l’avons toujours supposé, et nous aurions pu en avoir la certitude lorsqu’il a prêté main forte aux Primordiaux lors de notre dernière guerre si ces derniers n’avaient pas fini par se retirer soudainement en nous laissant seuls sur le champ de bataille. Seuls Cottos et quelques autres sont restés. Nous ne savions pas alors de quel côté ils étaient vraiment, et nous avions trop à panser nos plaies et à mettre fin à nos désaccords internes plutôt qu’à nous occuper d’eux.
— S’il s’est allié à notre ennemi, alors nos chances de survie sont encore plus réduites, résuma Damona. Cependant…
— Cottos passe son temps à torturer et à tuer tout ce qui lui tombe sous la main… la coupa Priape. Alors ne nous faisons pas d’illusion sur le sort de ceux qui viendraient toquer à sa porte. Il les désosserait, les écharperait ou les écorcherait vivants juste pour connaître leur seuil de résistance… ou peut-être seulement pour son plaisir.
— Cependant ? releva Apollon à l’intention de Damona.

Chaque fois qu’il posait ses yeux sur elle, il sentait son cœur battre un plus vite. Pourtant, il la connaissait si peu. Il ne l’avait même que rarement rencontrée.

Le silence se fit de nouveau au sein du Conseil.

La jeune femme au regard d’un bleu presque transparent et à la fragile silhouette diaphane remercia Apollon d’un signe de tête. Elle aussi éprouvait quelque chose à son égard. Mead’ le ressentit. Mais leur amour ne pourrait être possible… Même en un monde meilleur… Mead’ ne souvenait plus comment elle le savait mais les drægans ne pouvaient aimer que sous certaines conditions. L’une était de pouvoir procréer et assurer ainsi la survivance de l’espèce. Une autre était qu’ils appartiennent à la même espèce. Ce qui n’était pas le cas de Divona et d’Apollon. Toutefois, en dehors de cela, rien n’empêchait qu’ils puissent lier un lien aussi fort que l’amour, tel que pouvaient le concevoir les humains. Ce n’était pas une chose si rare entre différentes espèces ou sous espèces, bien que peu mise en évidence chez les drægans. Pourtant, Apollon ne cachait pas son intérêt pour la dræganne aux yeux de ses pairs.

Quelque chose avait bien changé dans leur société hyper codifiée. La menace d’extinction de leur espèce les poussait-elle désormais à agir ouvertement lorsqu’il s’agissait de sexualité, ou même de famille. Mead’ ne savait trop que penser de cette possibilité. Elle n’y aurait sans doute jamais pensé de cette manière en tant que Tisseur. L’amour n’était pas une notion familière à ceux de son espèce. L’union de deux individus devait nécessairement se prêter aux impératifs de leur destinée, et plus largement de celle d’une espèce. Peu importait le nom qu’on pouvait lui donner ou le degré d’intensité de ce sentiment.

Mead’ se demanda si cela pouvait interférer dans ses plans, et jusqu’à quel point… Apollon n’était pas le seul à avoir l’esprit préoccupé par autre chose que la crainte d’un ennemi insaisissable. Teutatès avait toujours l’image d’Esmelia en tête, mais pour quelle raison ? Une rivalité avec Baal ? Le goût du jeu ? Ou autre chose de plus exotique, de plus drægannien ?

Elle en venait à penser exactement comme une humaine. Peut-être ses vies sur la Terre commençaient-elles à interférer avec sa véritable personnalité... Elle ressentait leur attirance comme une force grandissante mais moins avec son instinct qu’avec son sens de l’observation. Elle en éprouva une certaine crainte. Était-ce celle des changements à venir sur lesquels elle n’avait plus aucun contrôle ? Elle chassa à nouveau cette idée et essaya de reporter toute son attention sur la dræganne qu’Apollon ne quittait pas des yeux.

Damona avait peur de parler devant ses semblables, de les affronter. Pourtant, lorsqu’elle s’exprima, sa voix était forte et juste.
— Nous ne savons rien à propos de nos ennemis, et nous n’en savons guère plus sur Cottos qui est pourtant l’un des nôtres, parce que nous l’avons toujours tenu à l’écart. Nous ignorons ce qu’il a fait autrefois, et ce qu’il fait aujourd’hui… À quelles expériences il s’est adonné… À quels types de découvertes ces dernières ont abouti… Est-ce que cela sera à notre détriment ? Vers qui s’est-il tourné pour les mettre en pratique ? Qui sait s’il n’a pas fait de Baal une arme capable de vaincre nos ennemis… ou de tous nous exterminer ? S’il y a quelqu’un qui doit en avoir une idée, cela ne peut être que Baal… Peut-être même qu’il pourrait nous dire ce qui nous attend...
— À vous entendre, Baal aurait la réponse à toutes les questions que nous nous posons, maugréa Divona.
— Parce que toutes les conclusions auxquelles nous aboutissons convergent vers lui, d’une manière ou d’une autre, directement ou indirectement, très chère, lui répondit Boann sans cacher une certaine joie.
— D’accord, admit Erra. Supposons qu’IL connaisse d’autres choses en dehors des méthodes de torture de Cottos...
— Ça, pour les connaître, il les connaît probablement toutes, lui assura Taranis.
— Personne ne les connaît mieux que lui, confirma Circé.

Erra eut un sourire en coin. Il ne l’ignorait pas. Si Baal s’était retrouvé chez Cottos, c’est qu’il l’avait mérité. À lui tout seul, il cumulait plus d’heures de présence chez ce fou que tous les drægans qu’ils avaient pu lui envoyer, sans que ses pairs aient eu vent de ses relations avec Cottos, et qui, eux, en étaient morts ou devenus encore plus fous que Cottos lui-même. Nerus avait été l’un d’eux. Il ne s’en était ni vanté, ni remis. Sa faim inextinguible avait été l’une des conséquences de son séjour, pourtant assez bref, chez Cottos.
— Rien ne dit qu’il ait eu accès à des informations de premières mains lorsqu’il était prisonnier de Cottos.
— Tu ne le connais pas, Erra. Même des situations les plus désespérées, il est capable d’en extraire le moindre élément qui puisse lui être un jour utile.
Certes, Rhadamanthe, je ne le connais sûrement pas aussi bien que toi. Pour ma part, juge ou pas, je ne serai pas aussi clément que toi envers lui.

Venant d’Erra, cela n’étonna personne.

Mead’ perçut chez Enki et Anat une vague de compassion envers Baal les envahir, mais ni l’un ni l’autre ne le montra aux autres. Et puis, malgré leur sympathie à l’égard du Phénicien, ils préféraient de très loin que ce soit lui qui ait fait un séjour chez Cottos, plutôt qu’eux. Baal avait fait des choix qu’aucun d’entre eux n’aurait osé faire, pris des décisions qu’il n’aurait jamais dû prendre, et cela au mépris de leurs lois et de leurs coutumes. Il avait payé le prix de son indépendance. Ils l’avaient tous condamnés, directement ou indirectement, aux pires châtiments. Pas un seul d’entre eux ne ressentait le poids de la culpabilité. Du moins envers lui.

— Baal est un criminel, leur rappela une nouvelle fois Amaterasu, au cas où la mémoire leur ferait défaut. Après ce que nous lui avons tous fait, vous pensez vraiment qu’il va nous pardonner ? À sa place, j’en profiterai pour me venger. On ne peut lui faire confiance. Il n’a plus aucun pouvoir, et vous voudriez lui en redonner ? N’importe qui, ici ou dans les galaxies où il a mis les pieds, serait prêt à le vendre au plus offrant, pourvu qu’il en soit définitivement débarrassé.
— Et tu offrirais combien pour l’avoir… entier… ou juste la tête ?

Amaterasu posa un regard meurtrier sur Enki qui ne se départit pas.
— En commettant le crime dont il a été accusé, il savait à quoi il s’exposait.
— Tu as l’air de douter qu’il ait détruit ces deux planètes, s’étonna Horus.
— Il ne l’a pourtant jamais nié, le soutint Apollon. Même lorsque nous lui en avons donné la possibilité.

Enki haussa les épaules.
— Personne n’a jamais su dire de quelle planètes il s’agissait, ni dans quelles galaxies elles se trouvaient. Il a été accusé sur la foi de témoignages d’individus qui se sont empressés de disparaître avant la fin de son procès.
— Il a payé sa dette, attesta Rhadamanthe sur un ton conciliant.
— Il est dangereux, le contra la déesse asiatique. Si vous le pensez faible, alors vous êtes dans l’erreur. Il l’a prouvé en tuant notre frère.
— Il n’a fait que se défendre, le défendit Teutatès. Et ne nous dit pas le contraire car j’étais présent lorsque Susanoo, Ame-No-Uzume et Omoïkané l’ont provoqué et attaqué lorsqu’ils n’ont pu obtenir ce qu’ils convoitaient.

(Suite Chapitre 14.4)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 27 Sep 2017 - 9:44

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 17.4


Suite du chapitre 17.3

Elle sembla ne tenir aucun compte des paroles de Teutatès.
— Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas ses pouvoirs qu’il n’en a aucun…
— Vous en êtes toujours à ces rumeurs ? grommela Divona. Vous pensez encore qu’il a des bases secrètes et des ressources que nous ne connaissons pas ? À propos de dette, pourquoi ne pas lui faire payer la nôtre par anticipation ? On pourrait l’utiliser comme monnaie d’échange… Il y a bien un peuple ou une civilisation qui accepterait de s’allier à nous en échange de sa tête, ou même vivant pour avoir le plaisir de le juger et de l’exécuter ? On pourrait même faire la même chose avec Cottos. Deux pour le prix d’un traité d’union entre deux ou trois civilisations, cela me parait être un bon arrangement, non ? Je serais même curieuse de savoir lequel des deux ferait la meilleure monnaie d’échange
— Eh… moi, je ne marche pas là-dedans, protesta vivement Dercéto. Je ne veux rien avoir à faire avec Cottos, de près… ou de loin.
— Suffit ! On se sent déjà assez mal comme cela chaque fois que quelqu’un prononce son nom, dit Priape d’une voix grave et calme. S’il a conclu un pacte avec nos ennemis, je ne vois aucun problème à pactiser avec quelqu’un qui n’est pas son ami. Quitte à nous en débarrasser une fois qu’il ne nous sera plus utile.
— Pactiser avec Baal est sûrement moins pire que d’attraper le tem’pphus, fit remarquer Divona avec un sens de l’à-propos qui en surprit plus d’un.

À commencer par Apollon qui se retint d’éclater de rire. Que pouvait-elle savoir des maladies de créatures aussi débauchées que les keynaanides ?

— Nous n’attrapons pas le tem’pphus, lui fit remarquer Erra. Ni aucune autre maladie qu’elle se situe au siège ou ailleurs.
— C’est certain. On le saurait forcément parce que tu ne serais sûrement pas le dernier à en être atteint, lâcha Divona.
— Nous non, mais certains de nos alliés... renchérit Dercéto.

Horus les rappela à l’ordre dans un soupir mêlé de lassitude.
— Dercéto, Divona, Erra… et Damona, ce n’est pas le sujet de ce conseil.

Ils se conduisaient tous parfois comme des enfants. Des enfants assez mal éduqués.

— Cela ne peut pas être pire que ceux sur lesquels nous dissertons depuis bien trop longtemps, s’emporta Amaterasu. Vous craignez un ennemi plus puissant que nous tous réunis ? Et vous êtes tous prêts à remettre nos pouvoirs entre les mains de Baal… parce que vous pensez qu’il est le seul à pouvoir nous sauver sans en avoir la certitude, et tout en sachant qu’il peut tous nous trahir à la première occasion. Et pour aboutir à tout ça, vous vous basez sur quoi ? Des hypothèses ? Des possibilités ? Des rumeurs ? Du vent ! Autant le dire : DU VENT !!

Plus bas, pour elle-même :
— Je comprends mieux votre réticence à ma demande.

— Je ne l’aurais pas formulé ainsi, mais cela me semble bien résumé, l’interrompit Teutatès sur un ton ironique. Mais je vois les choses de manière légèrement différentes. Nous ne lui donnerons rien. Nous ne lui apporterons aucune aide. Nous aurons assez affaire à nous sauver nous-mêmes. Baal ne devra compter que sur lui…
— Enfin… Mais soyez réalistes, les adjura Amaterasu.
— Et sur ceux qui accepteront de l’aider, ajouta Circé. Je ne m’inquiète pas pour lui. Il trouvera des alliés, j’en suis certaine, quelle que soit la situation actuelle ou celle dans laquelle il se trouvera à l’avenir. Il est capable de se sortir de n’importe quelle situation, et d’en retirer quelque chose. Il est comme un mgi’au … Il retombe toujours sur ses pattes.
— Je serais plutôt de l’avis d’Amaterasu, fit Frey.
— Quelqu’un te l’a demandé ton avis ? Lâcha Divona.

Ainsi donc, c’était toi…

Mead' sut immédiatement que cette pensée venait d’Erra qui fixait Circé comme un chat fixerait la souris sur le point de sortir de son terrier.

Toutes ces discussions pour en arriver là, parce que la petite sorcière avait sûrement eu une vision, songeait Erra sans se départir de son habituel sourire, un rien carnassier.

— Un quoi ? demanda Ishkur qui ne savait comment le consigner, et s’il le devait.
— Un tigre à dents de sabre, si tu préfères. En plus petit mais aussi teigneux, voire plus, lui fit savoir Erra.

Mead’ sentit qu’il était plus inquiet qu’il ne le montrait. Les paroles de Circé restaient gravées dans sa mémoire. Il avait négligé l’influence de la magicienne sur les Chanceliers Suprêmes, ou au moins sur l’un d’entre eux.

Teutatès poursuivit.
— De plus, lorsqu’il se bat, ce n’est pas uniquement la victoire qui l’intéresse, c’est la manière avec laquelle il parvient à vaincre son ennemi, et qu’il y ait des témoins pour le raconter.

Ishkur mit quelques secondes à réaliser que ses congénères ne parlaient plus du mgi’au.

— C’est vrai qu’il s’y entend pour ça, fit Bacchus. Qui ignore qu’il a tenu tête à Héra, il y a deux millénaires, et qu’il l’a battue sur son propre terrain ? Cela lui a d’ailleurs valu son premier et séjour chez qui nous savons.

Teutatès secoua la tête.
— Héra ? Elle ne faisait rien sans passer par Chronos, certes, mais on ne pouvait pas dire que c’était réciproque. Croyez-moi, à l’époque, elle avait bien autre chose à faire qu’à se venger de Baal. Les Primordiaux et les Seconds avaient des problèmes plus importants à régler à cette époque. Certains d’entre nous s’en souviennent encore.
— Si elle n’y était pour rien dans la première condamnation de Baal et dans l’exécution de sa peine chez Cottos, pourquoi n’est-elle pas intervenue à son égard ? demanda Métis. Baal l’Ancien et elle entretenaient des liens très étroits, d’après ce que j’ai entendu dire.
— Si les morts pouvaient agir, peut-être l’aurait-elle fait, ou pas car le fils n’est pas le père après tout.
— Tu as l’air d’en savoir beaucoup au sujet d’Héra, Teutatès, fit Metis, maligne.
— Héra est morte ? s’étonna Boann. Quand est-elle morte ?

Ce fut Horus qui répondit.
— Avant le retrait des Aînés, et des drægans ‘Elt, leurs alliés, Boann. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles ils se sont retirés alors que la bataille aurait tout aussi bien pu tourner en leur faveur qu’en la nôtre. Nous ne savons rien de plus sur son décès. Les derniers Aînés avec lesquels nous avons eu des contacts se sont toujours montrés discrets sur le sujet.
— Est-on certain qu’elle soit morte ? insista Boann. Peut-être était-ce le cas de son hôte, mais elle ? Qui te l’a dit ?
— Quelqu’un qui l’a su de la bouche de Chronos, répondit Teutatès avant que Horus ait à répondre lui-même.
— Chronos ou Cronos ? voulut savoir Ishkur.
— Inutile de le consigner, lui répondit Rhadamanthe. C’est juste une parenthèse.

(Suite Chapitre 17.5)


Dernière édition par Ihriae le Mer 27 Sep 2017 - 14:51, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 27 Sep 2017 - 9:52

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 17.5


Suite du chapitre 17.4


Ishkur soupira en songeant qu’il y en avait eu beaucoup des parenthèses dans son rapport, et qu’il s’était donné beaucoup de peine pour les retranscrire au mot près.
— Et tu l’as cru ? demanda Erra.
— Quelle raison aurait-il eu de mentir ?

La réponse apparut clairement dans leurs esprits. Chronos n’était pas un drægan des plus fiables.
— Cette histoire est arrivée, il y a plus de deux millénaires, maugréa Divona. Elle peut bien encore attendre quelques années de plus pour qu’on essaie de résoudre cette énigme. Il me semble que nous avons d’autres urgences à gérer dans l’immédiat.  

Amaterasu se forçait à rester calme. En son for intérieur, elle se disait que ces histoires vieilles de plusieurs millénaires, ou même seulement de quelques siècles auraient dû être réglées depuis longtemps, et définitivement. Il ne devrait plus du tout en être question. En plus de cela, on parlait de survivre tant bien que mal, voire de se sacrifier en attendant patiemment l’ennemi, pourvu qu’un seul d’entre eux, un banni, un exilé, un déporté, survive à l’anéantissement total. On lui prévoyait même des alliés sur lesquels il pouvait compter, d’après ce qu’elle avait pu comprendre même si cela n’avait pas été formellement dit. Pourquoi ? Pourquoi lui, précisément ? Et surtout, comment aurait-il plus de chance de survie que les autres… ou elle-même surtout ?
— Pourquoi, n’aurions-nous pas les mêmes chances de survie que lui ? demanda soudain Ishkur dans le silence qui venait de s’installer.

Amaterasu se demanda s’il n’avait pas lu dans ses pensées. Non, c’était impossible. Aucun drægan ne possédait un tel pouvoir. Pas même Circé. Toutefois, elle ne put s’empêcher d’être suspicieuse à l’égard d’Ishkur. D’un autre côté, n’importe qui pouvait en arriver à ce raisonnement. Mais, à part lui et elle, qui d’autre dans cette assemblée avait pu avoir le même cheminement de pensée ?
Ishkur donnait néanmoins l’impression d’avoir émis une réflexion très personnelle.

Personne ne lui donna suite.

Erra émit son opinion :
— Pour ma part, je refuse de me soumettre à une décision arbitraire alors qu’il serait tellement plus simple de faire avouer à Baal tout ce que nous avons besoin de savoir par n’importe quel moyen. Nous pourrons alors nous rendre compte, par nous-mêmes, de l’utilité de ces informations et organiser notre protection. Vous n’avez aucune idée de l’ennemi contre lequel nous allons devoir lutter. Mais si, lui, il le sait, je vous jure que je le lui arracherai de la gorge de mes propres mains.

Horus éclata de rire. Un rire qui n'avait rien de joyeux. Il était même plutôt du genre à les glacer sur place...
— Même sous la torture, il ne dira rien. Il préférera mourir, j’en suis certain. Crois-tu pouvoir faire mieux que Cottos en son temps ? Je pensais, Erra, que tu étais un quelqu’un d’intelligent.
— Je me plais effectivement à le penser.
— Et tu es persuadé que la vérité naît de la torture ? s’étonna Damona.

Erra n’apprécia pas la claque. Il aurait pu riposter, il s’en garda bien. Il avait bien remarqué l’intérêt d’Apollon à l’encontre de la douce déesse.

Mead’ fut saisie d’un vertige. Sa vision se troubla. Elle avait soudain beaucoup de mal à se concentrer.
— Nous pourrions porter la question au vote, suggéra Amaterasu.

Évidemment, tout le clan d’Erra fit bloc derrière elle.

Mead’ eut l’impression d’entendre les dernières paroles d’Amaterasu se répéter à l’infini dans son esprit. Elle chercha à reprendre le fil de son rêve mais celui-ci se dérobait, se délitait... Elle sentait plus qu’elle ne la voyait l’obscurité autour d’elle, silencieuse, dangereuse et surtout attirante comme un appel. ILS la cherchaient par-delà cette obscurité… ILS étaient à la fois si proches et si loin… ILS étaient ses semblables, autrefois. ILS étaient passés de la lumière à l’obscurité. ILS l’appelaient, l’attiraient dans leurs ténèbres. Bientôt, elle LES rejoindrait. Le temps pressait.

Esmelia reprit conscience, debout, dans le vaisseau de Baal en pleine traversée du portail. Elle remarqua immédiatement qu’elle ne portait plus les mêmes vêtements que lorsqu’à leur départ. Baal non plus. Tout son corps la faisait souffrir. En plus d’avoir un mal de crâne du tonnerre, elle avait des écorchures aux mains, aux bras et aux jambes, ainsi que ce qu’elle supposait être des bleus, et quelques entailles plus profondes dans des endroits qu’elle ne pouvait voir sans avoir à faire preuve de la plus totale indécence dans un cockpit qu’elle partageait avec un ancien dieu. Elle avait l’impression d’avoir participé à une formidable bataille, d’où les armes contondantes n’étaient pas absentes.

Elle comprit qu’elle avait, une fois encore, laissé la place. Quelque chose d’autre, ou quelqu’un d’autre, avait pris le relais dans son esprit et pris le contrôle de son corps, de tout ce qui faisait d’elle ce qu’elle était. Elle se éprouvait un indicible trouble, et presque du regret d’être redevenue Esmelia. Cela, elle ne pouvait pas l’expliquer et cela l’effrayait plus encore que ses absences. Comment sa propre personne disparaissant au profit d’une autre entité pouvait-elle lui sembler de moindre importance ? Elle ou l’autre… Deux âmes pour un même corps, c’était inconcevable. Elle ne pouvait être qu’une seule et même personne. Mais si les deux personnalités cohabitaient, alors elle devrait faire le nécessaire afin de les rassembler. Elle ne pourrait que s’en sentir mieux.

Une autre secousse manqua de la faire tomber lorsque le vaisseau sortit de la bouche. Par le pare-brise de la cabine de pilotage, elle vit plusieurs appareils qui leur faisaient face. Ce n’était pas vraiment une vitre, mais plutôt un écran qui reproduisait exactement ce qu’il y avait à l’extérieur, aux bonnes distances et à la bonne échelle. Sans quoi, elle n’aurait pas pu voir que les vaisseaux leur tiraient dessus. Dans l’espace, ce genre de chose ne pouvait pas se voir, ni s’entendre d’ailleurs.

Sans savoir pourquoi, elle pensa immédiatement à la déesse Amaterasu et à ses forces armées. D’après ses souvenirs, dont elle ne parvenait à connaître l’origine. Elle en voulait à Baal. Officiellement pour la mort de son frère Susanoo. Esmelia se souvenait du drægan et de ses deux acolytes. Si Amaterasu était du même sang que Susanoo, alors elle se battrait jusqu’à la mort contre le dieu phénicien.

Le vaisseau de Baal venait à peine de franchir une première porte. Il leur en restait une seconde à franchir pour retourner dans leur galaxie et retrouver le vaisseau et Will. Surtout Will. Will… Elle allait devoir lui parler. Cette fois, elle ne devrait pas reculer…

Baal avait pris les commandes manuelles et louvoyait tant bien que mal entre les tirs.


Dernière édition par Ihriae le Ven 6 Oct 2017 - 11:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Ven 6 Oct 2017 - 11:26

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.1


XXIème siècle. 26 septembre.


Cette fois, c’était bien un bruit inhabituel qui l’avait alerté… Le cauchemar n’était pas encore terminé…

Reiyloo essaya de sonder son environnement immédiat tout en régulant sa respiration. Il ne devait pas donner l’impression à l’intrus d’être réveillé. Sa main commença une progression aussi lente que silencieuse en direction de l’oreiller voisin. Elle y trouva un pistolet chargé.

De vieux souvenirs remontaient à la surface de sa conscience. Encore qu’ils ne lui paraissaient pas si anciens, puisqu’ils revenaient chaque nuit le hanter. Au moins, il s’y était habitué plus ou moins et cela n’enlevait rien à ses capacités de raisonnement.

Comment pouvaient-ils l’avoir retrouvé ? Il était chez lui, dans son appartement, mais il n’avait pas signé le bail sous son nom. Il n’avait même pas rencontré le propriétaire lors de la location. Tout s’était fait par Internet. Il avait prétexté être à l’étranger. Il avait même loué deux mois avant un prétendu retour retardé. Il se doutait bien qu’il verrait le propriétaire, et pour cela, il avait modifié son aspect physique en se laissant pousser la barbe et les cheveux. Comme cela lui donnait l’air d’un motard, il avait ajouté une douzaine de faux tatouages, et la tenue vestimentaire adéquate. À un moment, il s’était dit que cela effraierait peut-être le bailleur, mais il était trop tard pour reculer alors que celui-ci l’attendait sur le seuil de la porte. En fait, il s’était vite rendu compte qu’il avait affaire à un intermédiaire, le genre golden boy après la chute qui lui avait donné l’impression que lui ou un autre, cela revenait au même du moment que l’appartement était loué et qu’il touchait sa commission.

Après quelques bonnes mise en garde contre d’éventuels écarts, il était reparti Dieu seul savait où. Reiyloo se doutait bien qu’il serait sous la surveillance des voisins durant un temps. Lesquels sauteraient sur le téléphone pour appeler la police au premier faux pas de sa part. Mais tant qu’ils s’attendaient à voir débarquer d’autres types dans son genre, des drogués, des alcooliques, des trafiquants d’armes ou de drogues, quelques prostituées de passage, ou même des membres d'un gang de motards, ou n’importe quoi d’autres dans la gamme, il considérait qu’il s’agissait d’un moindre mal. Personne n’irait appeler le CENKT.

Il ne fit aucun écart. Avec le temps, il améliora même son apparence physique. Tant et si bien qu’avec ses cheveux courts, sa barbe de trois jours, et son costume cravate et chemise blanche, certains de ses voisins en étaient venus à penser qu’il travaillait pour la police, peut-être le FBI, et que son apparence, ou toute autre qu’il pouvait désormais avoir pouvait faire partie d’une couverture. Bref, il était plutôt bien intégré maintenant, et il n’y avait aucune raison pour que le CENKT vienne le chercher ici, au cœur de la Nouvelle-Orléans.

Un cliquetis provint du salon. Une arme ? Ou l’un des petits pièges au sol… des pièces de dominos… destiné à le prévenir en cas d’intrusion.

Le doute n’était plus permis.

Avec la souplesse d’un chat, et aussi silencieux, il bondit hors de son lit, arme au poing, pointée vers le sol, par prudence car il ne tenait pas à tuer un innocent. L’était-on vraiment lorsqu’on s’introduisait en douce chez quelqu’un ? Surtout quand il s’agissait de le cambrioler, ou pire encore…

Il se dirigea avec prudence vers le salon et s’arrêta sur le seuil en essayant de distinguer une ombre qui bougerait. Quelqu’un alluma la lumière… Son point faible car il lui fallait toujours deux ou trois seconde pour s’habituer au changement brutal de luminosité. Dans le même temps, il sentit quelque chose de froid dans son cou, simultanément suivit d’une décharge électrique. Son agresseur n’eut aucun mal à le désarmer d’une simple prise de judo. Il se retrouva au sol, visé par sa propre arme, tenue par une ombre.

Son agresseur avait été rapide et précis. Reiyloo leva les mains en signe de soumission, s’attendant à ce que l’autre l’exécute dans les prochaines secondes, comme l’aurait fait tout agent du CENKT.

Au lieu de cela, d’un geste vif, l’autre retourna l’arme et lui présenta la crosse. Il lui rendait son arme…

L’homme ôta le passe-montagne qui lui cachait le visage. Un visage osseux avec des yeux bleu gris enfoncés dans leurs orbites.
— Bon sang ! Quand apprendras-tu donc à anticiper ? Tu dois transformer tes handicapes en atout !

Reiyloo se releva encore estourbi par la décharge électrique. Il dut s’appuyer contre le dossier du canapé. Immédiatement, il posa son arme sur le guéridon, à côté de lui. Il ne tenait pas à blesser son ami. Celui-ci ne connaissait que trop bien les effets d’une arme à feu pour les avoir testé personnellement.  
— Jordan…

Pour toute réponse, il reçut une chaleureuse accolade de la part de Jordan Teller.
— Toujours à fuir le CENKT, j’imagine ? fit celui-ci.

Il s’agissait moins d’une question que d’une assertion.

Sa vue s’était habituée à la lumière. Il observa son ami. Sans lui, il serait mort…
Sans compter la période où ils s’étaient soignés mutuellement des traitements et des blessures infligés par les hommes du CENKT, il ne l’avait revu que deux fois au cours de ces quinze dernière années, mais ils se donnaient de leurs nouvelles un ou deux fois par an, à tour de rôle, via un réseau sécurisé. Jordan était l’une des rares personnes, dans ce monde, à savoir qui il était vraiment et à savoir où le trouver en cas de besoin. Reiyloo l’invita à s’asseoir dans le confortable fauteuil qui faisant face à son vieux canapé.

Jordan accepta avec un soulagement certain comme si ce court exercice sportif l’avait littéralement épuisé.

Reiyloo ne mit pas longtemps à comprendre que c’était le cas. Jordan avait l’air complètement épuisé. Son regard bleu, toujours aussi clair était pourtant plus vif que jamais, mais il semblait avoir du mal à se poser quelque part. Il n’était plus aussi maigre qu’avant. Il avait même pris un peu de ventre, mais difficile d’en être certain avec son imper. Sa peau était pâle, comme toujours, et ses lèvres légèrement bleuies. Sur son visage, au coin des lèvres et des yeux, et sur son front haut, Reiyloo vit des rides qu’il ne connaissait pas. Ses cheveux blonds filasse étaient parcourus de fils blancs. Lorsqu’il se débarrassa de son imper, à la propreté douteuse, comme s’il l’avait traîné dans la boue avant de venir, le jeune homme vit qu’il portait un costume sombre et défraîchi. Il le portait depuis au moins deux jours, peut-être trois…  
— On dirait que le temps t’a finalement rattrapé, fit Jordan.

Pour une raison qu’il n’expliquait pas, son horloge biologique avait pris le même rythme que celle des humains depuis qu’il avait échappé au CENKT. Pour combien de temps avant qu’elle s’accélère, il l’ignorait. Était-ce dû à quelque chose que lui avaient fait les scientifiques, au camp ? Il ne le savait pas non plus. Il vieillissait comme tout le monde, ou presque, sur cette planète.
— On vieillit tous d’une manière ou d’une autre, répondit-il, faussement philosophe.    
— À qui le dis-tu…
— Tu fonctionnes à quoi ces derniers temps ?

Sa question n’offusqua pas Jordan. Les deux hommes se connaissaient suffisamment pour se parler sans détour.
Néanmoins, Jordan eut un sourire crispé.
— À l’adrénaline. Juste à l’adrénaline.
Cela n’avait pas toujours été le cas…
Puis il ajouta :
— Tu sais, je n’ai plus à fuir le CENKT.

Reiyloo sentit un frisson glacial monter le long de sa colonne vertébrale. Si Jordan ne fuyait plus le CENKT, cela ne pouvait signifier qu’une chose. Celui-ci l’avait rattrapé, et il travaillait à nouveau pour Jameson…
— J’ai un employeur qui m’en protège.

Celle-là, il ne s’y attendait pas…
— Un employeur qui te protège du CENKT ? répéta-t-il.
Jordan acquiesça :
— Il est au moins aussi puissant que le CENKT, si ce n’est plus.
Soit.
— Il a intérêt à l’être, admit Reiyloo.
— Je suis autorisé à te proposer leur protection.
— Je m’en sors bien tout seul.
       — Pour combien de temps encore ? Avoue que tu ne t’es pas fait très discret, ces derniers temps, en interviewant, Halley Larson, l’un des hommes les plus riches et les plus secrets de cette planète. Sans compter que son père participait au financement du CENKT.

(Suite Chapitre 18.2)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Ven 6 Oct 2017 - 11:34

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.2


Suite du chapitre 18.1


— Qui te l’a dit ?
— Tom.

Thomas Black, un bien étrange personnage qu’ils avaient rencontré dans des circonstances qui l’étaient tout autant. Le genre d’homme qui se méfiait autant d’une parole anodine que d’une main tendue sans jamais donner l’impression qu’il était complètement parano. Reiyloo était même persuadé que Thomas Black n’était pas son véritable nom.

— Alors, tu l’as revu ?
— C’est lui qui m’a parlé de ton dernier fait d’arme… Tu commences à te faire un peu trop connaître sur le réseau… et tôt ou tard, quelqu’un au CENKT s’intéressera à toi. C’est peut-être même déjà le cas. Avant de te choisir comme journaliste attitré, Larson a certainement fait une enquête à ton sujet…
— Et Rheya ?
L’autre rencontre intéressante de leur malencontreuse aventure...

Jordan observa son ami. Il était vraiment mordu. Tout comme lui-même l’avait aussi été à l’instant où il l’avait rencontrée. Ils avaient eu l’un et l’autre un coup de foudre pour cette femme. Elle avait même été l’enjeu d’une compétition amicale entre eux. En vain. Elle ne s’était intéressée ni à l’un, ni à l’autre. Jordan était passé à autre chose, mais visiblement, pas Reiyloo.
— Il l’a recrutée ? A-t-elle accepté sa proposition ?
— Pas que je sache, répondit Jordan aussi franchement que possible.

En fait, il l’ignorait. Tom ne lui avait pas parlé de Rheya. À dire vrai, il ne lui était même pas venu à l’idée de lui poser des questions à son sujet.
— Je préfère cela. Son idée de lui faire infiltrer le CENKT…
— Rheya est bien plus forte et maligne que tu ne sembles le supposer, mon ami.
— Elle est bien trop vulnérable pour le CENKT, trop douce et incapable de tuer pour eux… Toi et elle, vous vous ressemblez sur ce point.
— Et toi, j’ai l’impression que tu en es bien plus amoureux que tu ne le laissais paraître, même devant elle.

La remarque fit rougir le jeune homme. Ce qui n’était pas dans ses habitudes. Pourtant, à chaque fois qu’il pensait à elle, son cœur s’accélérait et une douce chaleur envahissait son corps.

— J’ai raison, alors, souligna Jordan. Tu en pinces vraiment pour elle.
— Toi aussi, non ?
— J’en ai fait mon deuil. On ne tombe pas amoureux juste en une soirée. Et je te dirai bien d’en faire autant, mais j’ai bien l’impression que ce serait en pure perte.

À l’expression de son ami, Jordan comprit qu’il avait visé juste.
— Tu n’es jamais tombé amoureux ?
— Je te rappelle que je ne suis pas humain… et que je suis peut-être le seul spécimen dans mon genre...
— Et alors, c’est ça qui t’arrête ? Tu as parfaitement le droit de tomber amoureux, ou de penser l’être, et de le vivre pleinement.
— Qu’est-ce qui ressortirait d’une relation comme celle-ci ?
— Tu ne peux pas savoir tant que tu n’as pas essayé.
— C’est profond ça, ironisa Reiyloo.
— Alors qu’est-ce qui t’empêche de te lancer ?
— Elle est humaine… et pas moi. Je ne pourrai pas lui cacher ce que je suis… et une humaine ne pourrait m’accepter sans en subir les conséquences.
— Ce n’est pas parce que tu sors avec une fille que tu vas obligatoirement l’épouser. C’est même assez rare quand c’est la première.
— Mais cela arrive ? demanda naïvement Reiyloo.
— Je ne peux pas te dire le contraire, mais ça reste très rare.
— Rare, c’est mieux que pas du tout, non ?
— Aurais-tu au moins essayé de la revoir si elle t’avait laissé une chance ?

Reiyloo acquiesça, avant d’ajouter :
— Elle n’a pas remis les pieds à son appartement ni à son travail.
— Quand même…

Il s’était renseigné sur elle certainement dans l’idée de la revoir. Peut-être avait-il espéré provoquer une rencontre fortuitement.  

— C’est pour cela que je pensais que Tom avait réussi à la recruter. En même temps, j’espérais bien que non. Le CENKT n’en aurait fait qu’une bouchée.
— Comment peux-tu en être aussi certain ? Tu ne la connais pas suff…
— Détrompe toi, le coupa Reiyloo. Quand j’étais près elle, c’était comme si tout le reste n’avait pas d’importance. Je me sentais bien. Vraiment bien. J’aurais pu tout lui dire sur moi, sur mon passé. J’’étais à deux doigts de le faire… J’avais confiance en elle… Je crois que j’aurais pu lui confier ma vie. C’était comme si je la connaissais déjà, comme si nous avions déjà vécu une vie ensemble…
— Un extraterrestre mystique, sourit Jordan. Et amoureux fou.

Curieusement, son sourire avait quelque chose de pénible. Reiyloo remarqua soudain que les mains de Jordan tremblaient anormalement. Il était à bout de nerfs… ou bien il y avait autre chose dont il ne parlait pas.
— Si tu souhaites dormir chez moi, cela ne me pose aucun problème. J’ai une chambre d’ami.

À cause de sa nervosité qu’il ne cachait plus, il voulait juste être certain que son ami n’avait pas été suivi.
— Tu es venu en taxi ?
— À pieds. Un hélico m’a déposé à une trentaine de kilomètres à l’ouest, et j’ai marché jusqu’ici. On ne m’a pas suivi. J’en suis certain. Je suis revenu plusieurs fois sur mes pas, j’ai pris de fausses directions… J’ai créé des fausses pistes au cas où.

Voilà qui donnait une bonne explication à son état physique. Les rouages de son esprit fonctionnaient à plein régime.
— Ton employeur, ce ne serait pas l’ATIDC ?

Jordan se figea. Puis, il se détendit lentement, très lentement.

Sans doute avait-il compris que Reiyloo n’avait aucune intention de lui faire un procès pour ses nouvelles affiliations. Il y avait bien pire que l’ATIDC comme employeur.
— Non, enfin pas directement, répondit Jordan.

Reiyloo n’était pas surpris. Même si, l’ATIDC ne figurait pas franchement au palmarès des sociétés dans lesquelles ils se seraient vus travailler un jour.

En fait, c’était un peu grâce à l’ATIDC qu’ils avaient fait la connaissance de Thomas Black, de Rheya et des autres. À ce moment-là, sans le savoir, Reiyloo et lui enquêtaient chacun de leur côté sur le personnel de l’ATIDC et sur les objectifs à plus ou moins long terme du conglomérat. Reiyloo avait accepté cette mission à la demande d’Eitùr Solpi’ã, un chef de résistance extraterrestre. Il n’appréciait pas particulièrement celui-ci, mais il avait l’occasion d’en savoir un peu plus sur l’ATIDC.

Il n’avait rien pu découvrir d’illicite sur l’ATIDC. Sauf un lien entre eux et les Larson. Les Larson qui étaient justement liés au CENKT. Cela avait suffi à Reiyloo pour mettre fin à son enquête. Il ne voulait pas avoir affaire de près ou de loin au CENKT.

De son côté, Jordan voulait, au contraire, approfondir le sujet. Il avait compris que quelqu’un d’autre que lui enquêtait aussi sur l’ATIDC lorsque les personnes qu’il interrogeait lui expliquaient systématiquement avoir répondu à peu près aux mêmes questions. À la description qu’ils donnaient, et surtout lorsqu’ils indiquaient que l’homme était un journaliste du réseau, il avait compris qu’il s’agissait de Reiyloo. Il l’avait alors contacté pour obtenir ses informations, et lui proposer de poursuivre leur enquête ensemble.

Reiyloo s’était laissé convaincre sans gros effort de la part de son ami, et comme deux idiots, malgré toutes les précautions qu’ils avaient pu prendre, au bout de deux jours de recherche, ils avaient été habilement piégés par Tom et sa petite équipe.

Contre toute attente, Tom ne travaillait ni pour l’ATIDC, ni pour le CENKT, ni pour Larson. Encore moins pour Eitùr Solpi’ã dont les objectifs étaient peut-être moins louables qu’ils ne le paraissaient. Une autre raison pour laquelle Reiyloo avait stoppé son enquête initiale.

Tom ne leur cacha pas que ses intentions à lui ne l’étaient guère plus. Il travaillait pour son propre compte. N’importe qui pouvait faire appel à ses services. Son job, disait-il consistait à nettoyer tout ce qui pouvait l’être pour ceux qui ne souhaitaient pas se salir les mains. Il pouvait aussi bien se charger du licenciement d’une centaine d’employés dans une entreprise que du lancement de fausses rumeurs envers un concurrent de son employeur. Il était maître dans l’art de l’espionnage industriel. Il pouvait discréditer ou réduire au silence n’importe qui. Bref, lui et son équipe, sous des apparences de Monsieur ou Madame Tout-le-monde n’étaient pas forcément des gens très recommandables.
— Finalement, ce sont les leçons de Tom sur la psychologie humaine qui t’ont le plus profité.
Reiyloo eut un sourire franc.
       — Et je ne peux pas dire que je déteste ça. Mais je ne suis pas très fort pour deviner les secrets ou les pensées de mes interlocuteurs.
(Suite Chapitre 18.3)


Dernière édition par Ihriae le Ven 6 Oct 2017 - 11:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Ven 6 Oct 2017 - 11:39

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.3


Suite du chapitre 18.2


Il marqua un temps d’arrêt avant de reprendre :
— Pour en revenir… Disons que lorsque tu m’as parlé d’un employeur suffisamment puissant pour tenir tête au CENKT, j’ai pensé à l’ATIDC. Il paraît qu’ils travaillent avec les entreprises Larson depuis quelques mois.
— Pas vraiment… Le patriarche est décédé, il y a presque six mois. D’ailleurs, j’imagine que ton interview de l’héritier n’était pas si désintéressée, n’est-ce pas ? J’espère au moins que tu n’avais pas dans l’idée de l’assassiner.
— Ce n’est pas l’envie qui m’a manqué. Ce type est d’une prétention sans limite.
— Alors tiens-toi bien, il est descendu de son trône le mois dernier quand il a découvert que son père a vendu tous ses biens pour une somme symbolique à Etsuko Wong, la matriarche de l’ATIDC. Cela avec la bénédiction, peut-être même sur les conseils de son cher oncle, Lee Brennan. Légalement, il ne possède plus que ses propres biens, et une partie très substantielle de l’héritage paternel. Contrairement à ce que tout le monde supposait, il ne sera pas l’un des hommes les plus riches de notre planète… Du moins pas dans l’immédiat.
— Et c’est ce qui va empêcher l’ATIDC de financer le CENKT ?
— L’ATIDC ne finance pas du tout le CENKT, mais La GSAEEL, ou si tu préfères l’Agence Mondiale de Surveillance des Environnements et de la Vie Extraterrestres. Les francophones la connaissent sous le nom de l’AMSEVE et tous ceux qui s’intéressent au sujet.
— Attends… L’AMSEVE est sous la tutelle des Nations-Unies…

Comment cela avait-il pu lui échapper ? Cela faisait un moment qu’il cherchait à en savoir plus sur l’AMSEVE. Le gouvernement américain cherchait à en prendre le contrôle aux dépens des Nations Unies arguant du fait que ses moyens financiers et humains, ainsi que les bénéfices obtenus, quelles que soient leurs natures, seraient mieux répartis et utilisés sous son commandement. À part, cela, Reiyloo ignorait ce qu’était exactement l’AMSEVE et quelles étaient ses missions exactes en dehors de surveiller la fonte des glaces en Antarctique.  

Les renseignements sur cet organisme étaient rares, voire inexistants. Il avait néanmoins pu apprendre, officieusement, que les personnes qui y travaillaient avaient mis au point un programme secret de coopération entre humains et extraterrestres, et mieux encore, ils étaient potentiellement capable de voyager plus loin que l’être humain ne pouvait l’imaginer. Tout cela ne lui avait jamais été confirmé de manière officielle. S’il n’avait pas été lui-même un extraterrestre, il n’aurait porté aucun crédit à ces hypothétiques avancées scientifiques. Il s’était même demandé si ce n’était pas un canular du CENKT destiné à piéger des extraterrestres comme Eitùr Solpi’ã. Mais avec l’ATIDC dans la partie, c’était trop gros. Toutefois, il restait méfiant sur le sujet.

Même si…

Il se leva du canapé et alla s’asseoir sur la table basse, immédiatement face à Jordan.

Il commença à parler à voix basse, fébrile, comme si ce qu’il racontait était trop incroyable pour être énoncé à voix haute.
— Il y a deux mois, j’étais encore au Texas, sur le point de déménager… Un type nommé Paul Ryan m’a contacté sur le réseau… Je n’ai pas répondu. J’ai fermé le réseau, changé les routeurs… et loué un nouveau canal. Le soir même, dans le snack où je dînais, un type est venu me remettre une enveloppe… Il s’est présenté comme étant Paul Ryan… Je crois que j’ai eu l’une des plus grosses peurs de ma vie après le CENKT, cela va de soi… J’ai évidemment pensé que le CENKT m’avait retrouvé… et si ce n’était pas le cas, cela n’allait pas tarder puisqu’un type comme Ryan y était parvenu facilement… Mais je n’ai pas pu m’empêcher d’ouvrir l’enveloppe…
— Ta curiosité habituelle. Je te rappelle que la curiosité finit toujours par tuer le chat, ironisa Jordan
— Sauf que là, le type, Paul Ryan, il a découvert que le CENKT a commis un assassinat, en France, en Corse pour être exact… Plusieurs peut-être… en avril de cette année. En fait, la police française n’a pas cherché à faire le lien entre l’homme qu’ils ont retrouvé, assassiné de plusieurs balles dans un immeuble en construction, et la présence des hommes du CENKT sur l’île. Ils ne l’ont même pas identifié.

Avec le passage en force récent d’une tranche politique plus radicale que les autres à la tête du pays, les autorités avaient d’autres préoccupations, surtout si on leur demandait de leur donner la priorité plutôt que de s’occuper du CENKT ou d’un ressortissant américain. Ils étaient plutôt du genre à laisser les américains s’occuper de leurs affaires entre eux.

Jordan se garda bien d’interrompre son ami.

Celui-ci poursuivait :
— Alors Ryan est parti là-bas, en Corse, et il a mené sa propre enquête. Il n’a eu aucun mal à retrouver des gens qui le connaissaient, même si ces gens-là ne sont pas vraiment du genre à parler, encore moins dans les conditions actuelles… Le type qui avait été assassiné s’appelait Eric Curtis. Il était australien, mais avait pas mal vécu au Canada et aux États-Unis. Apparemment, d’après ce que Ryan a réussi à savoir, il y a eu une altercation entre les forces de l’ordre françaises et un groupe de mercenaires américains… Probablement des hommes de la branche nord-américaine du CENKT. Eric Curtis était sur les lieux… et quelques temps plus tard, on le retrouve assassiné. D’après Ryan, Curtis vivait en Corse depuis quelques années. Les gens du coin l’appréciaient. En dehors de leur donner quelques coups de mains de temps à autre, il ne travaillait pas… Pourtant, il percevait régulièrement une somme d’argent, un salaire. Ryan a donc naturellement suivi la piste de l’argent. J’ai vérifié de mon côté… et il s’avère qu’une partie de ses fonds financiers provenaient de l’ATIDC et…
— Et de multiples sociétés dont on n’a jamais entendu parler, acheva Jordan. Et tu n’es toujours pas intéressé par ma proposition ?

Reiyloo secoua la tête.
— Pas tant que je ne saurais pas pourquoi l’ATIDC participe au financement de gens comme Curtis ou des organismes comme l’AMSEVE, et ce qu’ils sont et font.
— Ils essaient chacun à leur manière de sauver des êtres comme toi, Reiyloo… des gens qui n’ont pas demandé à venir sur notre planète, mais qui y sont, et que l’on pourchasse comme de vulgaire animaux pour leur faire ce qu’ils t’ont fait… Ce qu’ils m’ont fait faire…

Le regard de Reiyloo se fit lointain. Il réfléchissait à cette possibilité. Jordan le connaissait. Il ne serait pas facile à convaincre, et cela se confirma :
— On croirait entendre Eitùr. Quelle preuve t’ont-ils donné pour que tu les croies et pour que tu essaies de me persuader à mon tour.  
— Et si je te disais qu’ils peuvent te fournir le moyen de rentrer chez toi…

Chez lui ? Jordan ne parlait évidemment pas de l'un de ses anciens appartements… Ou de quoi que ce soit sur la Terre. Même si l’idée de retrouver sa famille, et la maison de son enfance était plus que tentante.
— Je n’ai plus de chez moi… Je ne sais même pas ce que je suis… À quelle espèce d’extraterrestre j’appartiens.
— Peut-être qu’ils pourraient le savoir… L’ATIDC ou l’AMSEVE…
— Je n’ai aucune envie de confier ma vie à des gens que je ne connais pas.
— Je comprends, acquiesça Jordan.
— Ce que son ami avait subi au camp lui avait ôté toute confiance envers les humains, fussent-ils des médecins, des chercheurs et autres scientifiques. Peut-être encore plus en ce qui concernait les médecins, les chercheurs et autres scientifiques.
— Tu dis qu’ils ont vraiment trouvé un moyen de voyager dans l’espace ?
— Il semblerait, oui.
— Cela va faire du bruit quand cela va se savoir, mais ce n’est certainement pas moi qui annoncerais la nouvelle.

Jordan eut un petit rire.
— On sait trop bien ce qui arrive aux messagers.

Reiyloo se contenta d’acquiescer, sans le moindre sourire.
— Ce genre de nouvelle serait pire pour nous que tout ce que nous avons pu vivre à l’ATIDC.
(Suite Chapitre 18.4)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Ven 6 Oct 2017 - 11:52

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.4

Suite du chapitre 18.3


Encore une fois, Jordan ne pouvait pas lui en vouloir de n’avoir aucune confiance dans le genre humain, surtout après ce qu’il avait vu ces derniers jours.
— Et ton travail ? l’interrogea Reiyloo. Tu ne m’as toujours rien dit à ce sujet.

Jordan sentit son degré de nervosité remonter plusieurs crans d’un coup.
— C’est si grave que ça ? s’inquiéta Reiyloo en le voyant blêmir.

Jordan haussa les épaules.
— Comme je te l’ai dit, je ne travaille pas directement pour l’ATIDC, mais pour un procureur du Tribunal Pénal International. J’enquête pour lui… Mon boulot est de rassembler des preuves, des témoins…ou de faire la liaison entre mon patron et ceux qui pourraient lui donner des preuves d’une atteinte à la vie et à la dignité humaine… ou de tout être possédant une intelligence, une âme, une culture et des croyances. Je dois aussi m’assurer du bien-être d’individus appartenant à des populations sensibles. Il y a certaines personnes, sûrement pas nombreuses, à la Haye, qui connaissent votre existence, Reiyloo. Mon patron en fait partie.
— C’est loin de la biologie… En même temps, je comprends pourquoi tu as accepté ce travail.
— À part le salaire, je n’ai rien accepté du tout. J’ai été le chercher ce travail… En quelques sortes… J’ai dit à ce procureur ce que j’avais fait… et ce que le CENKT faisait.

Reiyloo ouvrit de grands yeux. Jusqu’où serait capable d’aller Jordan pour s’absoudre de ses crimes, ou de ce qu’il considérait comme tels ?
Oui, il avait bel et bien été complice au début, et Reiyloo n’avait jamais su jusqu’à quel point, ni ce qui l’avait fait changer de camp. Il avait toujours refusé d’en parler. Mais, depuis, Jordan l’avait sauvé, ainsi que quelques autres… Cela devait forcément compter. De plus Reiyloo le connaissait suffisamment, ne serait-ce que pour lui pardonner… et se demander ce qu’il aurait fait si les rôles étaient inversés.

— Je pensais que je serais arrêté, jugé et condamné, poursuivit Jordan… et qu’il en serait de même pour les membres du CENKT. Au lieu de cela, ils m’ont convaincu de travailler pour eux afin d’accumuler des preuves contre le CENKT.
— Convaincu ?

Reiyloo sentait que son ami ne lui racontait pas toute l’histoire.
— Ils ne pourront jamais dissoudre le CENKT. Comme tu dois t’en douter, le CENKT a ses propres alliés politiques, notamment du côté des gouvernements américain, russes, chinois, français et italien. Pour l’instant, on en peut rien contre eux. Il faut des preuves. Beaucoup de preuves, pour espérer limiter leurs actions. Seulement les limiter.

Cette explication ne satisfaisait pas entièrement Reiyloo. Il ne sentait pas le mensonge dans les paroles de Jordan, mais l’impression que celui-ci continuait à lui cacher quelque chose persistait.

Les deux hommes restèrent silencieux un moment.

Reiyloo finit par rompre ce silence le premier.
— Il y a autre chose, n’est-ce pas ?

Jordan ne répondit pas immédiatement. Il se contentait de regarder son ami droit dans les yeux comme s’il cherchait à le jauger. Quoi que fut cette chose, elle devait être grave.
— On a trouvé quelque chose, finit-il par dire.

« On » ?
Reiyloo décida de laisser cette question de côté et attendit la suite.

— En Inde. C’est… C’est…
Il cherchait ses mots. Un seul sembla lui venir à l’esprit.
— … insupportable. Même toi, qui a vu tellement… Tellement… je ne sais pas si…
— Si quoi ? demanda-t-il doucement.
— Un charnier…

Des larmes trop longtemps contenues commencèrent à glisser le long des joues creuses de Jordan.

Reiyloo se trouva soudain désemparé. Des horreurs, il en avait vues et subies. Il sentit la colère monter en lui. Pas contre Jordan, mais contre le genre humain… ou une partie… Il ne savait que trop bien que ceux qui avaient fait cela se cachaient du commun des mortels par crainte d’être haïs. Pas pour ce qu’ils avaient fait, non. Mais pour ce qu’ils étaient. C’était sûrement ce qui leur serait le plus insupportable. Ça, et les conséquences… Comme cela l’avait été pour Jordan.

À la colère, se mêlait aussi une peur sans nom et la tristesse si profonde qu’il avait peine à la contenir.

Dans un geste de compassion, il passa ses bras autour des épaules de son ami. Il sentit son corps secoué par les sanglots, et l’humidité des larmes dans son cou. Cela dura quelques minutes avant que Jordan puisse enfin se calmer. Puis il se leva. Un verre d’eau fraîche ne leur ferait pas de mal à l’un et à l’autre, à défaut d’autres choses. Il n’avait aucun alcool chez lui. Il ne supportait pas d’en boire, et par ailleurs, Jordan était normalement abstinent.

Dans la cuisine, il sortit une bouteille d’eau du frigidaire. Puis, il attrapa deux grands verres dans un placard, juste à côté d’une boite de somnifères. Il hésita un moment à la prendre. Plus tard peut-être. Ce n’était pas ce dont ils avaient besoin dans l’immédiat. Il la sortit tout de même et la posa sur la table.

Il prit la bouteille d’une main et les deux verres de l’autre et revint dans le salon. Jordan s’était levé et faisait les cents pas. Il avait la tête d’un homme qui avait pleuré.
— Je dois y retourner et… et j’aimerais que tu viennes avec moi, dit-il d’une voix lasse. Un hélico nous attend au stade.  

Reiyloo aurait préféré que son ami ne lui fasse pas cette demande. Pour rien au monde, il ne souhaitait replonger dans ce cauchemar. Le sien lui suffisait.
— C’est à l’ami autant qu’au journaliste que je le demande, ajouta Jordan.

Reiyloo prit le temps de remplir les deux verres d’eau et en tendit un à Jordan avant de boire le sien. Il évita de croiser son regard. Il sentait maintenant combien cela avait été difficile à Jordan de lui demander cela… C’était même le but de sa visite. Il aurait voulu refuser, mais c’était impossible.

Les mots sortirent de sa bouche sans qu’il puisse les contrôler.
— D’accord, finit-il par dire. Je m’habille et je prends mon sac.


Le voyage en hélicoptère dura deux heures environ. C’était un de ces nouveaux appareils mis au point par l’ATIDC pour le compte de L’AMSEVE. Il filait dans les airs silencieux. Ceux qui le lui avaient mis à disposition devaient avoir une haute opinion de Jordan. Une fois à l’intérieur, Reiyloo sortit la boite de somnifère qu’il n’avait pas oublié d'emporter dans son sac de voyage. Il en sortit deux et les avala d'un coup. Cela lui permit de dormir un peu. Jordan le secoua lorsque l’appareil amorça sa descente. Il fut à peine surpris de se réveiller au-dessus d’une plate-forme pétrolière en pleine mer, au large des Petites Antilles. Son esprit était encore trop embrumé par les narcotiques pour se poser la question. Néanmoins, il reprit rapidement ses esprits lorsqu’il vit l’avion dans lequel ils allaient poursuivre leur voyage. On aurait dit la navette spatiale de 2001 L’Odyssée de L’espace version un demi-siècle plus tard. Elle explosait de blancheur pure sous la lumière des projecteurs du tarmac.

Les avions ne les avaient jamais passionnés ni l’un ni l’autre, mais ça…
— Encore un prêt de l’ATIDC, j’imagine ? demanda Reiyloo.
— Tout droit sorti de leur hangar de conception.
— Je n’ose même pas imaginer comment doit être l’intérieur.
— Bizarrement, assez commun.

Sur ce point, Jordan avait raison. L’intérieur était assez commun à celui d’un avion de ligne privé, mais il restait néanmoins assez somptueux.

Les sièges étaient confortables, par deux d’un côté de l’allée, ou seul de l’autre. Tous pivotants. Munis d’un casque visuel 3D à placer sur le visage au niveau des yeux, et des bouchons d’oreille sans fils afin d'écouter le film ou la musique que l’on souhaitait. Une tablette était aussi à la disposition des voyageurs. Elle fonctionnait avec le casque. Tout était en Réalité Virtuelle Augmentée. Il se sentirait complètement immergé, lui expliqua Jordan.

Pour la RVA, il la remettait à plus tard… ou à jamais. Il n’en avait pas vraiment le cœur. Tout ce qu’il souhaitait, c’était dormir. Il s’installa sur à un siège unique, juste derrière Jordan.

La première chose qu’il fit, fut de reprendre un nouveau cachet. Jordan l'avait prévenu que le voyage serait plus long cette fois.
(Suite Chapitre 18.5... La semaine prochaine
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 11 Oct 2017 - 10:16

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.5

Suite du chapitre 18.4


Avant de s’installer à son siège pour la durée du voyage, Jordan lui tendit un dossier.
Reiyloo devina qu’il contenait les premières observations sur ce qui avait été découvert en Inde. Sans doute des photos aussi. Aurait-il le temps de l’étudier ? Combien lui restait-il de temps avant de sombrer dans les bras de Morphée ? Il aurait sûrement les idées plus claires après l’atterrissage.

Il se rendit compte que Jordan regardait la boite de somnifères.
— Je crois que je vais en avoir besoin aussi, dit-il d’une voix sombre. Ce sera toujours un peu de sommeil de pris. Après ce que nous allons voir, je doute que nous puissions retrouver le sommeil avant un moment.
— On va où exactement ? lui demanda Reiyloo en lui tendant la boite.
— Shahgarth, c’est à la frontière de l’Inde et du Pakistan
— Pas très accueillant comme endroit.

Jordan lui fit un signe discret en direction des trois hommes et de la femme qui s’étaient installés au fond de l’appareil. Jordan avait pris soin de prendre leurs places suffisamment éloignées d’eux.
Reiyloo n'avait pas manqué de les remarquer dès l'instant où ils avaient mis les pieds dans l'avion.
— L’équipe de gros bras, c’est pour nous protéger ou pour nous surveiller ? marmonna Reiyloo dont l’aversion pour les militaires était une évidence.

Même si ceux-ci avaient pris soin de s’habiller en civil tout en eux respirait l’armée. Il les avait vus charger d’énormes caisses dans les soutes de l’avion, dont certaines étaient marquées d’une croix rouge, d’autres d’un nom. Monsouba, Duklian, Flint et Adams-MacAsgaill. Il supposa que le premier était celui de la femme d’origines africaines. Pour le deuxième, il aurait parié qu’il s’agissait de l’homme chauve. Il avait une attitude et un physique plus européen que les deux autres. Peut-être venait-il d’un pays d’Europe Centrale. Lui ou ses plus proches ancêtres car il parlait un anglais sans le moindre accent lorsqu’il s’adressait à ses compagnons. Difficile de dire qui était Flint et Adams-MacAsgaill entre les deux autres. L’un était blond aux yeux bleus. Il avait un sourire franc, et c’était lui qui donnait les ordres aux trois autres. L’autre avait aussi des yeux bleus, mais il était brun. Plus timide et un peu plus jeune que les trois autres, de toute évidence, il était le petit nouveau de l’équipe.
— Un peu des deux, sûrement, fit Jordan après avoir organisé son espace de voyage et y avoir trouvé suffisamment de confort pour enfin s’asseoir.

Néanmoins, à peine assis, il fit pivoter son fauteuil pour faire face à Reiyloo qui s’autorisa à quitter les militaires du regard. Ceux-ci avaient bien évidemment été conscients de la façon dont il les avait observés, mais ils avaient eu la décence de ne pas le remarquer.
— Aucun d’entre eux… enfin de ces quatre-là ne vient de l’armée à l’origine, tenta de le rassurer Jordan. Ce sont des réservistes, pour certains. Ils viennent de la société civile. D’autres ont été transférés du FBI, d’Interpol, des forces de police ou d’intervention de leurs différents pays dans cette unité. Ils ont tous suivi un entraînement spécial et sont sûrement les meilleurs dans ce domaine.
— C’est supposé me rassurer ?
— Crois-moi, là où nous allons et avec les… personnes avec lesquelles nous allons devoir collaborer, ils seront nos meilleurs amis. Et si cela peut vraiment te rassurer, ils ne travaillent pas pour l’ATIDC, mais pour les Nations Unies.

Reiyloo émit quelques mots incompréhensibles et ferma les yeux. Il semblait s’être assoupi. Les cachets faisaient leur effet. Jordan décida d’en faire de même. Il avala un cachet à son tour. Il avait vraiment besoin de dormir. Ce qui les attendait à leur arrivée ne serait pas une partie de plaisir.  


À Jaïpur, ils passèrent d’un avion tout confort à une vieille camionnette qui devait dater du siècle précédent. Ils prirent la direction de la frontière indo-pakistanaise sur une mauvaise route. Avec toutes les difficultés que cela comportait, ils mirent le restant de la nuit et toute la journée du lendemain pour y parvenir. Reiyloo en profita pour étudier le dossier que Jordan lui avait remis dans l’avion. Ils durent franchir de nombreux postes de sécurité. Le pays était au bord du gouffre. Une guerre avec son voisin pakistanais se profilait depuis des années et elle semblait sur le point d’éclater. Le pays était à bout de force économiquement. Les autorités étaient désemparées depuis l’afflux massif de réfugiés depuis une trentaine d’années. Les choses n’avaient pas cessé d’empirer. Pire encore : refusant d’accueillir sa part d’immigrants, l’Inde expédiait les indésirables au Pakistan. Malheureuse solution de la dernière chance aux yeux des autochtones, si les négociations menées par les Occidentaux qui n’avaient pourtant qu’une vision étriquée du problème échouaient, la guerre.

De leur côté, les chinois commençaient aussi à s’agiter, menaçant le gouvernement indien de représailles s’il ne mettait pas fin à la crise de lui-même. Du coup, le gouvernement indien avait ordonné à l’armée, à la police, et à des milices privées de renforcer la sécurité aux frontières. Bien sûr, cela ne protégerait en rien le pays en cas d’attaque, mais cela avait au moins le mérite de rassurer une partie de la population.

Des observateurs anglais et italiens avaient informé l’ONU de l’existence du charnier, mais faute de sécurité adéquate, ils n’avaient pu le vérifier. Une équipe des Nations-Unies avait aussitôt été dépêchée sur les lieux, mais elle ne fut pas la première. Les autorités indiennes étaient déjà naturellement sur place. Ce qui n’était au départ qu’une rumeur était devenu une réalité. Il y avait aussi une ONG américaine qui œuvrait pour l’éducation des enfants dans cette partie de l’Inde : Education For All Children.

Depuis leur descente d’avion, Jordan n’avait pas dit un mot. Leurs gardes du corps non plus. Ce qui convenait parfaitement à Reiyloo. Il n’en revenait pas d’avoir accepté d’aider Jordan, mais après ce qu’il avait lu, après avoir vu les photographies qui accompagnaient le dossier, il le regrettait profondément.

Arrivés à destination, à l’entrée d’une sorte de camp retranché autour duquel on avait tendu des bâches blanches, ils furent accueillis par une femme dont l’aspect mit immédiatement Reiyloo sur ses gardes. Elle portait un tee-shirt bleu marine, avec le logo blanc et orange de l’EFAC, dans le dos, mais ce fut son aspect physique qui retint son attention.

Grande et charpentée, toute en muscles, un visage acéré, des yeux bruns dans lesquels semblaient couver un brasier, une épaisse chevelure couleur miel, nattée d’une manière qu’il avait rarement vue… sauf chez les rares nordhales qu’il avait pu croiser au camp…

Elle le regarda comme s’il avait été une sorte de virus ambulant.
— Qui c’est lui ? leur cracha-t-elle quasiment au visage.
De toute évidence, sa présence lui déplaisait grandement.

Reiyloo sentit imperceptiblement les gardes derrière lui se rapprocher. Tous les quatre avaient revêtu leurs uniformes dans la camionnette. La raison de leur présence ne pouvait désormais échapper à personne. Elle le remarqua aussi leur mouvement et fit un pas en arrière sans le quitter du regard.
— Orso est dans le coin ? demanda Jordan d’une voix calme.
— Orso n’est jamais loin. Comme nous tous, il espérait que vous ne reviendriez pas.

Reiyloo jeta un coup d’œil à Jordan qui ne se démonta pas à son grand étonnement. La faiblesse, parfaitement humaine, dont il avait fait état la veille dans son appartement, avait totalement disparu. Même la fatigue semblait absente de son visage déterminé.
— Je vous rappelle que tous ceux qui se trouvent ici sont sous l’autorité des Nations Unies. Nous avons accepté votre présence par pure courtoisie. Si cela ne vous plaît pas, vous faites vos bagages.

Le ton de son ami était ferme et inhabituel.

La femme les fusilla du regard. Reiyloo vit un homme sortir du camp. Il portait une combinaison étanche et blanche qui lui donnait l’air d’un géant. Il s’en dépara rapidement et vint à leur rencontre. Il avait le même tee-shirt que la femme.

Leur interlocutrice se retira lorsqu’il fut assez près d’eux.

L’homme était plutôt grand et large d’épaule, un visage poupon malgré son âge. Ses cheveux sombres grisonnant au niveau des tempes et les quelques rides qui apparaissaient autour de ses yeux indiquaient qu’il devait avoir une cinquantaine d’années. La pupille de ses yeux était d’un noir profond. Malgré lui, Reiyloo fit un pas en arrière. Même s’il en avait l’apparence, bien qu’il ait aussi un côté un peu ours, cet Orso n’était pas plus terrien que la fille qui venait de leur parler. Reiyloo supposa qu’il devait s’agir d’un Seïntokae.  
— Reiyloo, voici Orso Siponi. C’est lui qui dirige la mission humanitaire Education For All Children. Orso, voici Reiyloo Guurdwaaldotir, le photographe envoyé par l’ATIDC.

(Suite Chapitre 18.6)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 11 Oct 2017 - 10:31

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.6

Suite du chapitre 18.5



Reiyloo fit un gros effort pour ne pas tiquer devant ce mensonge. Il tendit la main en guise de salutation. Siponi ne se donna pas la peine de la serrer, ni même de le regarder. Le jeune homme remarqua une veine qui tressauta dans le cou du géant.
— Suivez-moi, dit-il à Jordan.
Puis il ajouta :
— Pas vous.

Cela s’adressait autant à lui qu’aux militaires de l’ONU. Quoi qu’en dise Jordan, pour Reiyloo, ils étaient des militaires.

Malgré la demande, ou plutôt l’ordre de Siponi, le chef du groupe, que Reiyloo savait maintenant se nommer Virgile Flint suivit Jordan.
— ONG mon cul ! marmona Reiyloo pour lui-même en donnant un coup de pied aux pierres qui jonchaient le sol sableux.

Une main, apparemment amicale, mais ferme se posa sur son épaule. Il sursauta. La femme en uniforme, Adélaïde Monsouba, se cala devant lui.
— On se calme, lui ordonna-t-elle d’une voix basse à l'accent français prononcé, presque en chuchotant. D’accord ?

Elle prenait soin de cacher sa bouche dans le foulard qu’elle portait autour du cou.
— Jusqu’à maintenant, nous n’étions pas certains de savoir à qui nous avions affaire. Grâce à vous, ou plutôt à leur réactions face à vous, nous le savons maintenant.

Reiyloo ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais l’un des deux autres, Faust Duklian lui fit comprendre d’un coup d’œil qu’il ne devait pas parler.

Il comprit qu’ils étaient sans doute observés.

La jeune femme prit un appareil photo que lui tendit Keanan Adams-MacAsgaill, et fit mine de l’observer en détail.
— Ces gens ne sont pas originaires de la Terre, n’est-ce pas ? Prenez cet appareil si nous sommes dans le vrai.

Ce qu’il fit sans hésitation. Jordan lui avait dit qu’il pouvait leur faire confiance. Il n’y parvenait pas, mais il avait confiance en Jordan.

Monsouba poursuivit de la même manière.
— Monsieur Teller ne risque rien tant que notre capitaine l’accompagne. Et vous non plus, tant que vous vous conformez à ce qu’il vous dira. Compris ?
Il cligna des yeux.

— Nous avons laissé une dizaine de nos collègues sur place, ainsi que des émissaires des Nations Unies et de l’ATIDC. Monsieur Teller doit d’abord essayer de savoir s’ils sont sains et saufs et si nous sommes tous en sécurité. Pour une raison que nous ignorons, ils ont confiance en lui, et nous voulons que cela continue. Alors, je vous le répète, pas d’initiative personnelle.

Bon sang, dans quel guêpier, ils s’étaient encore fourrés, Jordan et lui ? Un jour, ils ne s’en sortiraient pas vivants, c’était certain.

Jordan et le capitaine revinrent sans Orso quelques minutes plus tard. Flint échangea quelques mots avec ses hommes, de la même manière que Monsouba l’avait fait avec lui. Puis il leur distribua la même combinaison étanche que portait Orso Siponi. Mais elles provenaient de leur camionnette et non des réserves du champ de fouilles.
— Apparemment, nos amis sont à l’intérieur, en repos forcé depuis deux jours, expliqua Jordan. À part une espèce de grippe intestinale qui les a tous plus ou moins assommés, tout va bien pour eux. Les hélicos de l’ATIDC devraient arriver dans moins d’une heure pour les évacuer.  
— O.K, alors on fait ce pourquoi on est venu, prévint Flint. On constate, on ramasse les preuves et on se tire tous d’ici avec notre part du contrat.
— Reiyloo, tu photographies, comme prévu, ajouta Jordan. J’aurais aussi besoin de ton expertise. Et si quelque chose te semble hors contexte, tu m’en fais part, d’accord.

En Guise de réponse, Reiyloo le fusilla du regard. Il avait l’impression de s’être fait piéger dans le trou du diable. Il aurait pu sourire de cette réflexion : un extraterrestre qui croyait au diable… Mais les lieux comme la situation ne se prêtaient pas à l’ironie, encore moins aux sourires apparemment sans fondement.

Les cinq hommes et la femme enfilèrent leur tenue.

Jordan avait remarqué que son ami ne gouttait guère la situation. Il aurait dû lui donner plus de détails et ne pas se contenter de ce qui figurait dans le dossier. Bien sûr, il n’aurait pas pu en parler à l’appartement. Autrement, Reiyloo ne l’aurait jamais suivi jusqu’ici. Mais il aurait au moins pu le faire dans la camionnette alors qu’il prenait connaissance du dossier. La mine sombre de son ami l’en avait dissuadé. Il sentait maintenant que Reiyloo lui en voulait, mais il ne pouvait plus rien y faire à part essayer de le rassurer au mieux. Et pour l’autre chose qu’il avait remarquée, et qu’il n’expliquait pas encore, mieux valait être franc avec lui.
— Reï, on en a vu d’autres, et tout va bien se passer je te le promets, tenta-t-il de le rassurer en le gratifiant d’une tape amicale sur l’épaule. Par contre, j’ignore ce que Siponi a contre toi, mais il est clair qu’il ne t’apprécie pas. Il m’a fait comprendre que les autres non plus…
— Peut-être parce que nous partageons une chose en commun.
— Je n’ai pas ton instinct, mais j’ai le sentiment qu’il n’y a pas que vos… origines.
— Il va falloir que je surveille mes arrières ?
— On doit tous surveiller nos arrières, lui fit remarquer le capitaine Flint qui les avait écoutés en silence jusqu’ici. Mais si cela peut vous permettre de travailler plus efficacement, Duklian et Monsouba surveilleront les vôtres, en plus des leurs.

Reiyloo comprit que c’était leur manière de s’assurer sa confiance. En vain. Il lui faudrait très longtemps avant qu’il fasse confiance à un type en uniforme armé d’un fusil mitrailleur. Bon sang ! Et dire que six mois plus tôt, il se trouvait dans une demeure cossue à interviewer un riche héritier…
— À part ça, il y a vraiment un risque de contamination ? demanda-t-il.

Tout en pénétrant dans le sas de décontamination, Jordan lui répondit :
— Pour ce qui est de la petite indisposition générale dont seuls ceux qui n’appartiennent pas à l’EFAC ont été les victimes, je ne vous fais pas de dessin… Mais pour les malheureux qui sont enterrés dans cette boue, tout dépend de la manière dont ils ont été supprimés… Il y a deux groupes distincts. L’un ne serait composé que d’êtres humains. C’est celui-ci que les autorités locales ont étudié avant que leurs hommes tombent malades. L’autre est composé de créatures diverses. À part les membres de l’EFAC, personne ne les a encore vus.
— Justement, que fait… l’EFAC, ici ? demanda Reiyloo. Ils sont supposés être une organisation « humanitaire », pas des scientifiques ou des observateurs.

Ce fut Adelaïde Monsouba qui répondit à sa question en aspergeant leurs combinaisons d’un liquide sous forme de bruine :
— La plupart des organisations humanitaires sont bien ce qu’elles disent être. Mais il arrive que l’une d’entre elles soit tout autre chose. C’est le cas de l’EFAC. Cela fait un petit moment qu’on les surveille, mais jusqu’ici, ils se sont toujours contentés de jouer leur rôle, au point qu'on ne leur voyait rien de réellement inhumain, même si on a commencé à en douter il y a peu. Là, ils ont sorti le grand jeu et se sont mis à découvert en pensant qu’ils pourraient facilement remporter la partie.
— Jusqu’à ces derniers jours, poursuivit Jordan. En plus, ton arrivée a semble-t-il provoqué un petit électrochoc sur Siponi. Tout à l’heure sous la tente, ce n’est pas avec moi ou le capitaine qu’il a dû négocier, mais avec Helen Redfield, la codirigeante de l’ATIDC.

Et facultativement, l’épouse de l’ancien premier ministre anglais, Stephen Perry, compléta mentalement Reiyloo, sans être certain que cela ait vraiment eu un rôle dans les négociations.  
— Je me suis contenté de jouer les intermédiaires, ajout Jordan. Et bien sûr de lui confirmer ce que l’ATIDC supposait depuis longtemps quant à la nature des membres de l’EFAC.
— Quelles étaient les demandes de Siponi ?

Jordan haussa les épaules, indiquant par là qu’il ne pouvait en être certain.
— Il voulait qu’on leur laisse le champ libre. Autrement dit, qu’on quitte les lieux. Mais il s’est bien gardé de nous dire pourquoi. Évidemment, Redfield a refusé. Elle leur a laissé le choix : partir ou nous aider à identifier l’origine des victimes. Dans le second cas, elle leur a promis que s’il se trouvait un proche de l’un des membres de l’EFAC, alors elle le leur remettrait une fois que les scientifiques de l’ATIDC l’auraient étudié afin qu’il puisse avoir les obsèques conformes à sa culture. Elle lui a laissé dix minutes pour en discuter avec ses supérieurs ou les membres de son équipe. Il n’en a pas eu besoin. Il a immédiatement accepté.
— Il a accepté ? s’étonna Reiyloo.
— Ils ont eu deux jours pour prendre tout ce qu’ils ne voulaient pas que nous trouvions. Je ne vois que cette explication pour qu’il ait accepté sans même en parler à qui que ce soit.

(Suite Chapitre 18.7)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 11 Oct 2017 - 10:43

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.7

Suite du chapitre 18.6


Orso Siponi les attendait à la sortie du sas. Sans un mot, il les conduisit jusqu’à une tente située à la imite d’une aire de fouilles creusées dans la terre et fortement éclairée. Des combinaisons blanches étaient agenouillées dans le vaste trou, auprès de sacs mortuaires. D’autres remontaient ces mêmes sacs et les alignaient à même le sol.

Reiyloo suivit Jordan à l’intérieur de la tente. Monsouba et Duklian fermaient la marche. Le capitaine, qui venait d’être rejoint par deux de ses hommes, visiblement pas au mieux de leur forme, resta à l’entrée de la tente.

L’intérieur de la tente était très fortement éclairé. Une fois encore, Reiyloo dû prendre un peu de temps pour s’habituer à cette lumière. Ce qu’il vit ensuite lui glaça le sang : une trentaine de tables d’autopsie alignées sur trois rangées. Sur chacune d’elle reposait un corps momifié. Le plus proche de lui était si petit qu’il semblait être celui d’un enfant. Peut-être en était-ce un… Reiyloo sentit la nausée monter. Il ressortit en courant. Il ne put aller bien loin. Il n’avait plus le contrôle de son estomac. Il ne put s’éloigner que de quelques mètres avant de vomir tout ce qu’il avait dans l’estomac. Autrement dit, quasiment rien à part de la bile qui lui brûla la gorge, car il n’avait pas pu manger depuis qu’il avait ouvert le dossier.
— On a tous eu cette réaction, entendit-il le capitaine derrière lui.

Il ne répondit rien, s’essuya la bouche et se força à retourner à l’intérieur de la tente. Une douzaine de regard convergèrent aussitôt sur lui. Pour autant qu’il puisse en juger à cause des combinaisons protectrices, certains lui étaient clairement hostiles, d’autres dubitatifs, mais aucun ne devait être amical en dehors de celui de Jordan. Il s’efforça de conserver une attitude sereine et sans la moindre agressivité. Ce qu’il était loin de ressentir vraiment.

Il rejoignit Jordan qui observait l’une des momies.
Un seul regard sur elle…
— Un gobelem, parvint-il à articuler.
Jordan acquiesça :
— La peau est noircie, mais il subsiste encore par endroit des tâches de couleur bleue. La couleur de peau des gobelems, confirma Jordan. Le visage légèrement disproportionné, selon nos critères, par rapport au corps, et très allongé, le front et le menton proéminents, le nez large, les oreilles en pointes, le cou long et large et ce qui reste de deux appendices à la base de la nuque le confirment.

Une combinaison blanche se rapprocha d’eux, presque timidement. Son propriétaire toussota et attira l’attention des deux hommes. Avant qu’ils aient pu lui demander quoi que ce soit, il fit ce que personne n’aurait sûrement osé faire ici avant lui. Il ôta son heaume et ses gants.

Les autres combinaisons blanches s’entre-regardèrent, visiblement choquées par son geste.

L’homme dont l’apparence était humaine semblait originaire du Moyen-Orient. Âgés d’une cinquantaine d’années, peut-être un peu plus, il donnait l’impression de ne pas être tout à fait à sa place dans cet endroit.
— Que la paix soit sur vous, Jordan Teller, ainsi que sur votre ami. Je suis Janus Oldman, et je mandaté par l’ATIDC pour autopsier les... victimes.

Reiyloo fut surpris par les paroles de l’homme ― une bénédiction était toujours une bonne démarche dans l’établissement de relations amicales ―   autant que le fait que l’homme venait de lui prendre la main et la lui serrait avec enthousiasme. Il ne put s’empêcher de se demander si cet enthousiasme n’était pas un peu forcé.
— Euh… Monsieur, vous venez de compromettre l’étanchéité de votre combinaison, ne put-il que répondre.

L’homme éclata de rire.
— C’est une évidence, mais à moins qu’un revolver ou un pistolet soient des vecteurs de contagion, je ne crains rien. Vérifiez… À la base de la nuque…

Ce que Jordan fit sur un premier cadavre, puis un deuxième, un troisième et un quatrième.

Reiyloo en fit autant de son côté.

— Ils ont tous été exécutés d’une balle dans la tête, poursuivit l’homme. Il y a peut-être une trentaine d’années de cela.
— Trente ans, répéta Reiyloo.

Jordan retira le haut de sa tenue protectrice à son tour. Imité par toutes les combinaisons blanches présentes.
— Pourquoi ne découvrons-nous ce… ça… que maintenant, docteur Oldman ? demanda Jordan.
— L’endroit est considéré comme maudit par les locaux. Il fallait tout simplement que des étrangers n’ayant aucune foi dans les croyances locales s’y aventurent. Ah oui… J’oubliais… Avant que vous me le demandiez : non, je n’ai pas été malade, comme tous les membres de mon équipe, et comme les autres êtres humains de la mission. Avec l’âge que j’ai, je suis sûrement immunisé contre la saloperie que l’un de nos amis de l’EFAC ici présents a sûrement injectée dans notre nourriture ou dans notre eau.

Il avait parlé suffisamment fort pour être entendu de tous.

Aucun d’entre eux n’eut une réaction qui aurait pu le trahir, ou trahir l’un d’entre eux.
— Une bande de lâches qui n’ont pas le courage de leurs actes.
— Docteur, on va éviter de les fâcher pour l’instant, le prévint Monsouba.  

Reiyloo eut un élan de sympathie pour ce docteur qui ne craignait pas les extraterrestres présents.
— A-t-on retrouvé des documents… sur ce qui s’est passé ici avant les exécutions ? demanda Jordan. Ou quelque chose qui implique le CENKT.
— En ce qui nous concerne, rien du tout. Maintenant, il se peut que l’équipe de ce cher Orso Siponi ait déjà sorti des éléments d’enquête sans nous en faire part. J’avoue qu’en l’absence de mes assistants, j’étais un peu occupé ces derniers temps.
— Je comprends, admit Jordan.

Les deux hommes discutèrent un long moment.

Reiyloo s’était écarté et avait commencé le travail que Jordan lui avait demandé d’effectuer. Surmontant le malaise qu’il ressentait toujours, il prit des photos de chacun des corps présents sous la tente. Les membres de l’EFAC en apportèrent dix de plus qu’ils déposèrent à même le sol. Chaque fois qu’il s’approchait de l’un des faux humanitaires, ils s’écartaient de lui comme s’il avait la peste. Plus d’une fois, il croisa ce même regard haineux. Monsouba ne le lâchait pas d’un pouce et, aussi surprenant que cela lui paraissait, il se sentait un petit peu plus rassuré. Il aurait néanmoins aimé comprendre ce qu’il avait fait aux extraterrestres pour mériter une telle animosité de leur part. Il n’était pourtant pas si différent de certains d’entre eux.

— Vous êtes l’un d’eux, n’est-ce pas ?
Reiyloo faillit sursauter. Il se retourna, essayant de cacher son trouble du mieux qu'il pouvait.
— Doc ?

Le docteur Oldman l’observa un moment.
— J’ai posé la question à votre ami. Il m’a dit de vous poser la question directement.
— Je n’ai pas l’impression qu’ils me considèrent comme l’un d’entre d’eux, répondit Reiyloo, sans même réfléchir à la réponse qu’il devait donner pour une fois. Il supposait seulement qu’il parlait des membres de l’équipe de Siponi, pas des victimes.

Il ne voyait aucune raison de lui mentir à son sujet.
— Vous n’avez jamais senti l’irrépressible besoin de tuer quelqu’un ?
Drôle de question de la part d'un médecin.
— Sans doute plus d’une fois, répondit Reiyloo qui ne voyait pas où il voulait en venir. Comme tout le monde, je pense.
— Oui, mais plus encore ?

Il garda le silence un court instant. Son regard passa d’un cadavre à l’autre.
— Ce que ces gens ont vécu… avant de mourir, je l’ai vécu moi aussi. Si Jordan ne m’avait pas sorti de… d’un camp comme celui-ci, nous n’aurions pas cette conversation aujourd’hui. Je serais probablement parmi d’autres… venus d’ailleurs… enterré quelque part.
— Savez-vous au moins ce que vous êtes ?
— Je n’ai jamais rencontré quelqu’un de mon espèce, si c’est ce que vous voulez dire. Ou quelqu’un qui aurait pu me dire d’où je viens.

Le docteur Oldman le regarda pensivement, puis il haussa les épaules.
— L’important n’est pas toujours de savoir quelles sont nos origines, mais ce que l’on est à un instant X et de se souvenir de tout ce qui nous y a amené. Je pense que vous êtes quelqu’un de bien, et que vous le resterez si vous ne vous laissez pas abuser par ce sentiment de vengeance qui couve tout au fond de vous. Ne lui cédez jamais, car tant que vous n’aurez pas trouvé votre point d’ancrage, cela restera votre point faible. Et si vous ne résistez pas, vous ne pourrez plus faire machine arrière.
— D’accord… fit Reiyloo dubitatif. Et d’après vous, c’est quoi mon point d’ancrage ?

Le docteur répondit sans la moindre hésitation.
— Une femme, ou un homme, en qui vous auriez plus confiance qu’en vous-même.
(Suite Chapitre 18.8)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 11 Oct 2017 - 10:47

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.8

Suite du chapitre 18.7


Son regard changea soudain et se fit plus sombre.
— Pourquoi je vous dis cela d’ailleurs ?

Il appela Jordan.
— Il faut que je vous montre quelque chose, annonça-t-il. N’oubliez pas votre appareil photos, Reiyloo. Ne perdons pas de temps voulez-vous ?

Reiyloo secoua la tête. Il ne comprenait rien à ce que lui avait dit le médecin. Probable qu’avec toute la fatigue qu’il avait accumulée, il ait un peu perdu la tête. Cela expliquerait sa fébrilité et cette manière qu’il avait de passer à un autre sujet comme si le précédent n’avait pas existé. Ou peut-être que ce qu’il avait vu ces derniers jours finissait par être plus que ce qu’il pouvait supporter…

Ils suivirent le docteur Oldman à l’extérieur de la tente. Il les conduisit jusqu’au champ de fouille. Ensemble, ils firent le tour du trou béant où reposaient encore plusieurs dizaines de sac mortuaire.

Il le les conduisit dans une partie plus sombre. Ils n’y découvrirent aucun sac mortuaire, mais des corps encore alignés dans leur fosse commune. Reiyloo se détourna immédiatement. Ce n’était pas l’envie de partir en courant qui lui manquait. Mais il ne pouvait pas faire cela. Ne serait-ce que par respect pour les victimes.

Les membres de l’EFAC ne s’en étaient pas encore occupés. Ou bien ils n’avaient pas eu le cœur à le faire.

Ceux qui ont fait ça sont complètement détraqués, songea-t-il désespéré.

Le docteur leur tendit une torche électrique.
— Allez donc voir de plus près.

Reiyloo ne réagit pas.

Ce fut Jordan qui la prit et descendit dans la fosse avec précaution. De sa torche, il balaya la rangée de corps. Combien y en avait-il ? Dix ? Vingt ? Plus. C’était la première fois qu’il voyait cette partie de la fosse. Autrefois, les corps avaient été couverts d’une bâche en toile claire devenue couleur terre et qui partait en lambeaux. Sûrement par ceux qui les avaient exécutés. Sûrement pas un geste de mansuétude de la part de ceux qui avaient fait ça.

Le docteur Oldman descendit à son tour. Ensemble, ils soulevèrent les lambeaux de la bâche avec précaution. Ils découvrirent des humains, reconnaissables à leurs cheveux encore bien conservés. Tous étaient des femmes. Toutes avaient été… enceintes. Elles se trouvaient à différentes périodes de gestation lorsqu’elles avaient été exécutées.

Que faisaient des femmes enceintes dans un pareil endroit ? Et pourquoi avaient-elles été assassinées ?

Jordan et Reiyloo le devinèrent au même instant.

Le docteur Oldman exprima leur pensée à haute voix :
— Ils ont tenté des croisements génétiques, des manipulations ou je ne sais quoi d’autre…

C’était une chose lorsqu’une pensée vous effleurait l’esprit et que vous faisiez tout pour ne pas la retenir. Cela en était une autre de l’entendre confirmée.

Reiyloo sentit à nouveau la nausée monter dans sa gorge. Mais son estomac avait encore moins à rendre que la première fois. Il s’agenouilla sur le sol, au bord de la fosse. Ses jambes ne pouvaient plus le soutenir plus longtemps.
— Pourquoi ? demanda-t-il d’une voix qui ne lui parut pas être la sienne.
— Peut-être qu’ils voulaient savoir comment les extraterrestres ou l’espèce humaine pouvaient évoluer au contact des uns et des autres, avança le docteur Oldman.
— Où peut-être seulement de la curiosité malsaine, fit la voix d’Orso Siponi derrière Reiyloo. Parce qu’ils pouvaient le faire.

Il se releva, toujours étourdi par son malaise, et fit face à Siponi. Se faisant, ayant trop présumé de ses forces, il bascula en arrière. Aidé de Duklian, Orso Siponi le rattrapa de justesse par le bras, lui évitant de tomber dans la fosse. Il le relâcha aussitôt qu’il fut rétabli comme si son simple contact lui avait brûlé la main.

Reiyloo les remercia poliment et se laissa choir sur le sol. Il avait besoin de rester assis un moment, de ne plus bouger pour se reprendre.

Orso ne répondit pas. Il se contenta de poser la pile de sac mortuaire qu’il avait apporté avec lui à côté de Reiyloo. Puis il s’adressa à Jordan.
— Vos amis de l’ATIDC et des… Nations Unies…

Il avait prononcé ces deux mots comme si cela n’avait aucun sens pour lui.
— … sont arrivés. Nous allons partir. J’espère qu’Helen Redfield sera fidèle aux termes de notre marché.
— Elle le sera, lui assura Jordan.

Le docteur Oldman eut un large sourire.
— Oui, vous pouvez le croire, confirma-t-il comme si c’était nécessaire. Elle le sera.

Siponi planta son regard dans celui du médecin qui le soutint sans faillir, sans se déparer de son sourire qui lui donnait un air un peu idiot.
— Elle a intérêt, finit-il par dire avant de les quitter.

Les trois hommes restèrent silencieux quelques secondes, sans même songer à bouger.

Jordan rompit le silence en premier.
— Doc, pourquoi pensez-vous qu’ils souhaitaient connaître l’évolution des humains à leur contact… ou celle des extraterrestres à notre contact ?
— La curiosité.

Jordan hocha la tête. Il ne pouvait pas nier qu’il n’y avait pas déjà pensé. Ne serait-ce qu’en se demandant quel couple feraient Reiyloo et une humaine, Rheya ou une autre, et comment serait leur descendance. Selon toutes les probabilités, Reiyloo étant humanoïde, les différences avec un autre enfant, totalement humain, ne seraient pas visibles à l’œil nu. Mais ne verrait-on pas avec cet enfant l’apparition d’une nouvelle espèce humanoïde ? Et si plusieurs espèces apparaissaient simultanément et entamaient une compétition les unes contre les autres ? Une compétition à laquelle participerait évidemment le bon vieil homo sapiens. Aurait-il une chance de la gagner ou en viendrait-il finalement à s’éteindre petit à petit comme les néandertaliens ?
— La pureté de l’espèce, ça vous parle ? demanda soudain le docteur.

Avant qu’il ait pu répondre, Oldman poursuivit :
— Un vieux concept qui revient régulièrement sur le devant de la scène.
— Ce n’est pas en mélangeant des espèces que cela fonctionne, intervint Reiyloo. Au contraire… À moins de chercher le meilleur des deux espèces, ce dont je doute de la part des monstres qui...

Le médecin l’arrêta d’un geste. Il eut à nouveau son drôle de sourire.
— Oh, il ne s’agit pas de créer de nouvelles espèces. Seulement de trouver le moyen de les supprimer en cas d’apparition, sans que cela cause la disparition de l’être humain.

Reiyloo sentit un frisson glacial lui parcourir l’échine. Il ignorait que Jordan ressentait exactement la même chose que lui à cet instant.
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 11 Oct 2017 - 11:33

Bonjour à tous,

Un petit temps d’arrêt dans la publication des chapitres. Celle-ci devrait reprendre en novembre, et si tout va bien dans le meilleur des mondes, nous emmener à la fin du tome I, vers Noël.

Le twist final du Tome 1, qui n’existait pas dans la version initiale de l’OdP, mais qui a toujours été présent à mon esprit au cours de la rédaction de la seconde version, a apporté son lot de changements. Il y aura de profondes répercutions sur les personnages et sur le récit dans le Tome 2.

Il me faut donc préparer cette transition suffisamment en amont pour qu’elle n’apparaisse pas de manière inopinée.  Quelques petites touches interviennent déjà dans certains des derniers chapitres. Elles vont se faire plus prononcées dans les prochains. De même, nous commençons à voir les différentes relations qui lient les différents personnages. Ces relations seront conduites à évoluer de manière plus ou moins radicales pour certains.

J’ai donc besoin de quelques semaines afin de relire les derniers chapitres, voire en réécrire deux ou trois (concernant Paul Ryan et son fils, Halley Larson et ses déboires professionnels et personnels, et Cassius Jameson et ses ambitions, mais aussi ses motivations). Restent Esmelia et Will, toujours à la recherche de Baal… Peu de gros changements dans les chapitres qui leur sont dédiés, et pourtant combien majeurs… L’un et l’autre feront leurs propres découvertes communes et personnelles…

Bien à vous,

Ihriae
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L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)
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