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 L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)

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Ihriae
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mar 19 Sep 2017 - 9:51

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 16.7


Suite du chapitre 16.6


Il n’était revenu à Londres que lors d’une permission, à Noël. Le seul moment où la quasi-totalité du personnel administratif de l’AMSEVE pouvait quitter la base afin de retrouver leur famille. Ses retrouvailles avec Rose avaient été particulièrement fraîches. Il avait d’abord que cela venait de lui, qu’il aurait dû au moins rentrer un jour ou deux à Londres avant de retourner à l’AMSEVE. Il s’en était excusé et avait tenté de la convaincre qu’il avait dû retourner à la base en urgence. Pour se faire pardonner, il lui avait préparé une surprise en l’emmenant en Suisse afin de passer Noël avec sa famille qu’elle n’avait pas revue depuis trois années au moins. Elle avait toujours dit que son travail l’en avait trop longtemps tenue éloignée. Pourtant, elle n’avait pas apprécié l’attention.

Le séjour avait été désastreux. Même sa propre famille ne l’avait pas reconnue. Ses parents n’en avaient tenu aucun grief à Ciaran car il était évident qu’il faisait de son mieux. Le père de Rose s’était même ouvert à lui en expliquant qu’à une époque sa fille avait subi les mauvaises influences de certaines relations dans le milieu de la mode. Il craignait que cela soit de nouveau le cas. Il en avait parlé à Rose le soir même. Elle avait contre-attaqué en l’accusant d’avoir une maîtresse. Il avait nié. Techniquement, ce n’était pas un mensonge. Ils avaient passé une partie de la nuit à se disputer. Le lendemain, ils rentraient à Londres.

Dans l’avion qui les ramenait chez eux, il avait pensé que sa vie avait pris un curieux cours, un cours qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Il était loin d’imaginer à quel point. Il avait à peine franchi le seuil de leur maison et refermé la porte derrière lui qu’il s’était retrouvé face à une Rose braquant un pistolet sur lui. Il n’avait dû qu’à ses réflexes, et à une bonne configuration de l’intérieur de la maison, d’avoir la vie sauve. Il s’en était suivi une longue bagarre durant laquelle il avait failli passer de vie à trépas plusieurs fois. Il apprit alors qui elle était vraiment devenue. Cette nouvelle personnalité n’avait pas échappée à ses parents alors qu’ils ne l’avaient pas revue depuis des années.

Tout naturellement, elle avait pensé que Ciaran l’avait lui aussi compris. Il avait été abasourdi d’apprendre qu’elle était un tisseur, et qu’elle se nommait Sid’. Elle était chargée de l’espionner et de le neutraliser, lui. Tandis que son compagnon ‘Jiva pourchassait Rheya. Grâce à Ciaran, elle avait pu aider ‘Jiva à la retrouver. Ciaran avait alors compris qu’il était en partie responsable de l’attaque de la librairie. ‘Jiva était mort sans avoir pu accomplir sa mission. C’était à son tour de reprendre le flambeau et, toujours grâce à Ciaran, elle savait maintenant où se trouvait exactement Rheya.

Ces révélations avaient décuplé la colère de Ciaran. Il puisa dans ses ressources et parvint tant bien que mal à avoir le dessus sur Sid’. Après une heure de lutte acharnée, il était parvenu à la mettre chaos. Il l’avait solidement attachée à un radiateur en fonte en attendant de trouver le moyen de se débarrasser d’elle d’une manière définitive et suffisamment discrète pour ne jamais être soupçonné de sa mort. Mais puisque ses parents supposaient qu’elle subissait à nouveau de mauvaises influences, il allait leur donner raison. Entre temps, il avait des questions à lui poser, et il entendait bien obtenir des réponses. Pour cela, il était prêt à employer les moyens les plus extrêmes.

Officiellement, Rose et lui s’étaient séparés à leur retour en Angleterre. Elle avait pris toutes ses affaires et avait quitté leur maison. Pour faire plus vrai, il avait vidé leur compte commun. Il avait même été jusqu’à se déguiser en femme, vêtu à la manière de Rose, aux yeux de leurs voisins qui manquaient jamais de surveiller ce qui se passait chez les autres. L’illusion était parfaite tant qu’ils se tenaient à distance. Ils pourraient témoigner avoir vu Rose quitter le domicile avec sa voiture et toutes ses affaires.

Ils ignoraient que dans le coffre de la dite voiture reposait le corps de Rose. Il avait été l’enterrer au plus profond d’une forêt. Il y avait peu de chance qu’elle soit retrouvée avant très longtemps. Puis, il avait brûlé tout ce qui lui avait appartenu bien loin de la forêt. Enfin, il avait été jusqu’en Écosse pour déposer sa voiture dans une casse, parmi d’autres véhicules sur le point d’être détruits. Il était rentré à Londres sous le déguisement de Rose.

Après ce qui s’était passé en Suisse, il n’aurait plus qu’à dire qu’ils s’étaient séparés et qu’elle avait pris ses affaires alors qu’il se trouvait à Londres. Rien de plus. Il avait pris soin de laisser son téléphone dans une chambre d’hôtel qu’il avait louée durant deux jours. Si quelqu’un cherchait à retracer son parcours durant ces deux jours, il verrait qu’il n’avait quasiment pas bougé. Mais nul n’aurait de raison d’imaginer qu’il avait tué Rose. D’autant qu’il avait pris le plus grand soin à nettoyer la pièce où ils s’étaient battus avec le plus grand soin. Quant à l’endroit dans lequel il l’avait torturée et achevée, il n’en existait plus la moindre particule. Tout avait été réduit en morceau et brûlé dans la cheminée de leur maison…

Il était ensuite retourné à l’AMSEVE. Il n’y avait jamais évoqué Rose. Il n’y évoqua pas non plus sa prétendue rupture. Il essayait d’oublier qu’à cause de lui, Rheya aurait pu mourir. Il essayait surtout d’oublier ces nuits qu’il avait passé avec elle, et son désir toujours présent de tout quitter pour aller la retrouver en se plongeant dans le travail sans compter ses heures.  

Quelques semaines après, Rheya quittait la France pour le Canada. Il s’était senti quelque peu soulagé. Il n’avait pas réussi à savoir si d’autres Tisseurs se trouvaient sur Terre, et si Sid’ leur avait dit où trouver Rheya. De son côté, il avait vendu la maison anglaise, et s’était trouvé un petit appartement à Montréal, pas très loin de l’endroit où Rheya avait emménagé. Plus occupé à surveiller la jeune femme lors de ses rares visites, il y vivait finalement assez peu.

Il n'avait cessé de la surveiller, car depuis Rose, il craignait plus que jamais pour sa vie. Il avait même truffé son appartement de micros et de caméras. Son dispositif était tel que même lorsqu’il se trouvait à l’AMSEVE, il pouvait savoir ce qu’elle faisait à chaque instant de sa vie. Mais comment aurait-il fait s’il avait été à l’autre bout du monde lors de cette soirée fatale... Sans lui, elle serait morte. Elle ne devait pas mourir. Pas seulement parce qu’il ne pourrait pas vivre sans elle, il en était persuadé... Il ne pouvait plus la laisser seule.  
— Ciaran, tu as entendu ce que je viens de te dire ?

Retour à la réalité, au présent… La chambre d’hôpital… Martin…
Non, il n’avait pas écouté ce qu’il venait de dire.

Celui-ci l’avait bien remarqué.
— Ce n’est pas l’objet qui t’intéresse, sauf si cela a des conséquences sur sa vie, ça je l’ai bien compris. Qu’est-ce que tu ne me dis pas ? Y-a-t-il quelque chose que je devrais savoir et qui m’aiderait à la sortir de l’état dans lequel elle se trouve ?

Ciaran le regarda, perdu. Il avait beau chercher, il ne voyait pas comment il pourrait la faire revenir à la vie… à part attendre. Attendre que l’onde passe et fasse son œuvre.

Devant son silence, son ami en arriva à une toute autre conclusion
— C’est bien ce que je te disais. Il va falloir que tu réfléchisses à ce que tu dois faire de ta vie. Elle ne te laisse pas indifférent. Sans quoi, tu ne te serais pas donné la peine de lui rendre visite à chaque que ton travail t’en laisse l’occasion. Tu as le droit d’être heureux. Tu le mérites, et elle aussi, je pense. L’un et l’autre vous êtes deux adultes, et vous avez déjà perdu trop de temps.
— C’est vrai… Elle me…

Il ne savait comment le dire. Peut-être de la manière la plus simple.
— Je l’aime, avoua-t-il. Mais c’est compliqué. Elle ne sait rien de moi… Elle m’a oublié.
— En amour, rien n’est simple, Ciaran. Si cette femme se réveille un jour, je te conseille de lui dire ce que tu ressens pour elle. J’ai peut-être une âme de romantique, mais je suis certain qu’elle et toi, ça pourrait le faire. Je ne cesserai de te le répéter mais, tu as toi aussi le droit au bonheur.

Ciaran aurait voulu en être aussi certain que Martin qui ne connaissait qu’une partie de sa personnalité. Qu’aurait pensé le médecin s’il avait vu, ou même su, ce qu’il avait fait à Sid’ ou Rose ? Ce qu’il était désormais prêt à faire à tous ceux qui oseraient faire du mal à Rheya, ou le tenterait seulement… Même lui, il avait été surpris de ce qu’il était capable de faire, que ce soit par amour comme il l’espérait tellement, ou inscrit dans ses gènes, peut-être par la volonté de Mead’, afin de protéger Rheya.


Dernière édition par Ihriae le Mer 27 Sep 2017 - 9:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 27 Sep 2017 - 9:26

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 17.1


XXIème siècle. Du 10 au 15 mai – Calendrier grégorien, Terre.

— Nombre de nos semblables sont déjà morts sous les tortures de Gambre, intervint Shamash. Nous sommes pourchassés par nos anciens labirés et leurs alliés, et par des mercenaires venus de tous les horizons. Même nos alliés sont prêts à nous trahir.
— Lequel de nos ennemis inconnus, ou de nos ennemis connus, nous portera le coup de grâce en premier ? interrogea Ésus.
— Sans doute celui qui aura le plus à gagner, répondit Boann.

Métis eut un rire sec.
— Le savoir des drægans n’a rien d’un fabuleux trésor. Tout ce que nous possédons ou connaissons, nous l’avons pris à d’autres civilisations, évidemment sans leur consentement. Pourtant, ce savoir est un fardeau pour nous dans la mesure où nous devons prendre garde à ne pas en être dépossédés à notre tour. Toutes ces connaissances que nous avons acquises au cours des temps n’ont jamais été réunies entre les mains d’un seul et unique drægan parce que nous n’avons jamais été faits pour nous entendre. Dans beaucoup de civilisations, on dit quelque chose de similaire à ceci : "Celui qui possède des pouvoirs incommensurables possède aussi des responsabilités et des devoirs qui le sont encore plus". Sommes-nous faits pour les responsabilités ? J’en doute parce que nous ne sommes pas des êtres de devoirs. Nous ne sommes que des créatures parmi d’autres dans cet univers. Nos anciens asservis l’ont découvert avant nous et ils se sont montrés plus avisés que nous. Il est peut-être temps de le reconnaître… de LES reconnaître.
— Tu songes à laisser une partie ou la totalité de nos pouvoirs et notre savoir entre les mains de nos anciens esclaves ? cracha soudain Frey. Personne ne sera assez stupide ou fou pour l’accepter.

Il y eut un mouvement de protestation évidente parmi les drægans qui se trouvaient à ses côtés, mais de part et d’autres, les réactions même les plus discrètes allaient dans son sens.

Métis n’en prit aucunement ombrage.
— Ce n’était qu’une suggestion. On est bien là pour discuter, d’une solution possible, non ?
— Bon, alors nous avons plus ou moins exclu la Nâgas et nos anciens labirés. Nous ne pouvons faire entièrement confiance à ceux qui nous restent. Il est possible qu’il y ait quelques traîtres parmi eux attendant l’heure de nous achever. Les alphas, les iverns, les tôs, les wampas, les kumis, les dyones, les swaxkarghettis, les keynaanides, les Toucqs, les nedelegs, les satiniens, les nordhales, les patricientes, et quelques autres ne valent pas mieux. Certains d’entre eux sont même pires.
— Il reste encore les seïntokaes, les muggies, le peuple de Danann, ou encore la Confédération des Oubliés, suggéra Enki qui n’avait pas encore parlé jusqu’alors.

Des rires fusèrent dans le groupe adverse, mais un regard de concert de la part d’Horus et d’Apollon les calma aussitôt.
— Nous ne pouvons pas plus faire confiance à la Confédération ou aux Adooris, fit remarquer Boann. Nous ne savons même pas s’ils existent encore. Il y a quelques temps, les Toucqs étaient persuadés qu’il existait des vaisseaux errants appartenant à l’Isseï Baca, c’est comme ça qu’ils surnomment la Confédération des Oubliés, vides de toute vie. Jamais les membres de la confédération n’abandonneraient leurs vaisseaux. Ces derniers sont leur planète, leurs domiciles et leurs outils de travail comme de guerre. Leurs seuls biens. Quant aux seïntokaes, ils ont désertés leurs planètes. On ne sait ni quand, ni comment, et encore moins pour où. Quant aux Adooris, ou ce qu’il en reste, aux muggies, et au peuple de Danann, ils brillent par leur silence.

Apollon hocha la tête.
— Constat identique du côté des keynaanides et des nordhals, dit-il. Même les wampas ou ce qu’il en reste se posent des questions à leur sujet. Mes labirés en ont capturé, il y a quelques semaines, sur un cargo forestier quasiment désert. La résistance y a été tellement faible que nous avons pu vaincre ceux qui s’y trouvaient encore avec une facilité déconcertante. Ils étaient affamés, même après s’être nourris de tout ce qui pouvait courir, ramper, nager ou voler dans leurs vaisseaux, ainsi que de leurs blessés et de leurs malades. Ils se sont pourtant battus jusqu’à la mort. Nous avons néanmoins pu récupérer deux survivants. Selon les informations que nous avons obtenues d’eux, ils ont tous fui leur planète. Ils disent que certains d’entre eux ont trouvé une planète qui pouvait les accueillir, quelque part dans la Voie Blanche.
— La voix blanche est une légende, fit remarquer Enki.
— Ils disent que leurs reines en ont rêvé, poursuivit Apollon.
— Leurs reines sont de vieilles folles, fit Lara.

Plus d’un drægan songea qu’elle était en terrain connu dans ce domaine, et aucun d’entre eux ne mit en question son jugement.

— Peut-on savoir ce qui leur est arrivé ? demanda Rhadamanthe. Mettre la main sur un vaisseau wampas n’est pas si aisé.
— Exact, répondit Apollon. S’il n’avait pas subi une attaque et dérivé dans l’espace durant un long moment, nous ne l’aurions sans doute jamais découvert. Avant que leur vaisseau soit attaqué, les wampas avaient fui leur galaxie précipitamment. Ceux qui nous avons trouvés s’étaient cachés dans un champ d’astéroïdes jusqu’à ce que le manque de nourriture et d’eau se fasse éprouver au-delà du supportable. Ils en sont sortis en pensant qu’avec le temps, l’ennemi les avait oubliés, mais c’est là que leur vaisseau été attaqué. Même si la faim et la faiblesse de leurs effectifs ne les avaient pas totalement désorganisés, ils n’auraient pas pu résister. Après avoir quasiment détruit leur vaisseau, l’ennemi ne s’est même pas donné la peine de vérifier s’il restait encore des survivants à l’intérieur. Ce qui, fort heureusement pour nous, aura été le cas.
— Quelqu’un a vérifié leur histoire ? demanda Moccus, le drægan à la face reptilienne. Il s’agit peut-être de renégats qui ont été pourchassés par les leurs.

Sa voix avait une sonorité pierreuse.
— C’est possible. Nous ne pouvons négliger ces hypothèses. Il est difficile de le savoir. Leurs territoires sont en quarantaine depuis des milliers d’années, expliqua Rhadamanthe. Ceux qui ont eu la témérité de s’y aventurer ont très certainement servi de repas aux wampas.
— Oui, mais on devrait peut-être aller voir par nous-même, insista Moccus. Si notre ennemi a envahi le territoire des wampas, cela signifie qu’il est bien plus proche que nous le supposons.
— Les wampas n’ont pas de planète. Ils sont comme les membres de l’Isseï Baca, ajouta Rhadamanthe. Ce sont des nomades qui vivent sur leurs vaisseaux. Dans leurs territoires, ils peuvent vous trouver comme ils le souhaitent, mais si eux ne veulent pas qu’on les trouve…
— Et s’ils ont déjà été trouvés et anéantis, cela n’augure rien de bon pour nous.
— Il serait effectivement inconscient de franchir les filets de protection, déclara Apollon. Pas seulement parce que c’est le territoire des wampas.
— Où veux-tu en venir, mon cœur ? minauda Boann.

Personne ne sembla surpris par sa manière de s’adresser à lui.  
— Nous ne connaissons rien de cette partie de l’espace, ni de ce qu’il y a au-delà du territoire des wampas. Toutes les formes de vie intelligentes sentent que quelque chose de dangereux et d’inéluctable approche, lui répondit Horus. Mais elles ignorent ce dont il s’agit. En savoir un peu plus sur le sujet…
— Certes, le coupa Apollon. Mais pour nous y rendre, il faudrait franchir les filets et ouvrir une brèche à travers le labyrinthe. Cette même voie pourrait servir de porte d’entrée à nos ennemis.
— Un vaisseau wampas y est bien parvenu. Cela ne pose-t-il pas un problème ? s’inquiéta Priape.
— Si, admit Apollon. Et il va falloir nous en occuper. Cela ne doit pas se reproduire.
— Nous ne possédons que des informations parcellaires, mais pas l’essentiel, dit Rhadamanthe.
— Ce que les autres ignorent, nous l’ignorons, déclara Shamash.
— Possible que les autres peuples possèdent des informations différentes, suggéra Perséphone.
— Peut-être qu’il faudrait leur dire le peu que nous savons, suggéra Dercéto. De cette manière, nous montrerions notre bonne foi et nous pourrions créer des alliances… Au moins seront-ils peut-être disposés à partager leurs informations.
— Ils pourraient aussi nous demander bien plus, la contra Lara.
— Pas question de leur dévoiler nos secrets ! s’emporta Amaterasu. Il me semblait que c’était clair, il y a à peine quelques minutes.
— Effectivement, la question a déjà été discutée, et nous sommes d’accord sur ce point, admit Rhadamanthe. Mais on peut se permettre d’en discuter la pertinence.
— Pourquoi ne pas plutôt faire alliance avec les espèces de nos univers respectifs, et uniquement avec elles, sans leur confier nos secrets ?


(Suite Chapitre 17.2)


Dernière édition par Ihriae le Mar 14 Nov 2017 - 9:15, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 27 Sep 2017 - 9:32

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 17.2


Suite du chapitre 17.1

Toutes les têtes se tournèrent en direction de Circé. Il y eut un moment de silence, celui de la réflexion.

Erra fut le premier à le rompre.
— C’est une bonne idée, certes, admit-il. Mais pour en revenir aux wampas, et à leur vaisseau en perdition, il y a peut-être une autre possibilité à envisager.
— Nous t’écoutons, dit Horus.
— C’est peut-être une feinte de la part des wampas. Nous avons installé les filets de quarantaine parce que nous connaissons leurs désirs d’expansion et nous savions que tôt ou tard, ils auraient besoin de nourriture et que, par conséquent, ils s’attaqueraient aux galaxies voisines de la leur. Il se peut qu’ils aient trouvé le moyen de franchir les filets depuis un moment, et qu’ils nous observent depuis tout ce temps. Ils savent peut-être que nous ne sommes plus aussi forts qu’autrefois. D’abord, ils attendent que nous venions voir ce qui se passe chez eux. Nous tombons dans leurs pièges. La perte de certains d’entre nous nous affaiblira inéluctablement. C’est pourquoi ils décideront ensuite de nous attaquer.
— Nous avons donc deux options, résuma Teutatès. Soit nous fonçons têtes baissées dans un possible piège mortel, soit nous attendons que le mort vienne jusqu’à nous.

Il eut un rire court et acerbe.

L’idée de Circé était simple et loin d’être stupide. Cela avait au moins l’avantage de ne pas les forcer à quitter leurs territoires ou leurs refuges respectifs. Mais s’il s’agissait d’un piège… Mieux valait ne pas engager des forces importantes. Les uns et les autres avaient passé des siècles, voire des millénaires sans sortir de leurs univers. De manière générale, ils les connaissaient parfaitement et s’y sentait en sécurité. Au cours des trois derniers millénaires, Il n’y avait pas eu de guerre entre drægans. Chaque galaxie dans lesquelles s’en trouvait un avait toujours vécu en parfaite autonomie dans l’ignorance feinte des autres. En fait, il n’était pas certain que le nombre de drægans soit uniquement réduit à ceux qui se trouvaient à ce conseil. Certains se cachaient si bien des autres que même leurs comparses les supposaient morts depuis longtemps.  

Esmelia aimait imaginer les univers, les galaxies, les planètes comme un ensemble de particules flottantes et dansantes dans les rayons du soleil, derrière les carreaux, dans les pièces sombres. Certains pouvaient se toucher, se rejoindre, se fondre les uns aux autres. D’autres étaient isolés par les murs de la pièce. Le seul moyen d’en voir de nouveaux était d’en sortir pour entrer dans une autre pièce.

Anat interrompit sa rêverie finalement un peu trop romantique par rapport à la réalité.
— Ceux qui ont survécu au Mal Sombre, comme nous le surnommons chez nous ne sont pas faciles à convaincre. Ce n’est certainement pas parce qu’ils sont potentiellement en état de faiblesse que les wampas, par exemple, seront faciles à convaincre. Je suis même prête à parier qu’ils refuseront toute forme d’alliance. Contrairement à nous, ils n’ont rien à perdre, et surtout rien à gagner.
— Les Wampas sont difficiles à comprendre. Ils sont trop différents de nous, confirma Apollon. Nous pouvons cependant tenir pour acquis le fait qu’ils nous considèrent comme inutiles, mais dangereux. En nous alliant à eux, nous représenterions une force non négligeable, et une menace évidente pour nos ennemis. Même en nombre réduit, les wampas peuvent être redoutables tout comme nous. Et qui sait si d’autres peuples ne nous rallieraient pas alors ?
— N’est-ce pas, justement, ce que nous souhaitons ? s’exclama Shamash.
— Bien sûr, sauf que nous pouvons aussi craindre que cet ennemi se contente d’éliminer systématiquement les espèces dominantes telle que la nôtre, celles qui lui sont inutiles, et laisser vivre en paix toutes les autres.
— Peut-être, grommela Erra. Peut-être pas. Peut-être allons-nous devoir redouter plus d’une seule menace.
— Pourquoi s’inquiéter alors ? Attendons que la mort vienne nous surprendre !

Shamash n’était pas du genre à se laisser démoraliser ou à s’avouer facilement vaincu.

— Sait-on ce qu’il advient vraiment de ceux qui ne sont pas exterminés ? interrogea d’une voix douce et musicale la frêle Damona. Les wampas que vous avez capturés, Chancelier Apollon, vous l’ont-ils dit ?
— Nous l’ignorons, avoua-t-il. Peut-être sont-ils réduits en esclavage, ou en deviennent-ils des objets de torture, ou encore une forme de nourriture. Nous ne savons rien de la partie de l’univers d’où ils viennent. Alors ils peuvent tout aussi bien les vendre comme esclaves à des civilisations dont nous ignorons tout.
— Par tous les dieux ! tonna soudain Divona. Nous ne connaissons même pas leurs motivations. Savons-nous au moins à quoi ils ressemblent ?
— Cela aussi nous l’ignorons, avoua Apollon.
— Bref, nous allons nous faire décimer en beauté sans savoir par qui, quand et comment.
— Quelqu’un pourrait le savoir. Mais il sera extrêmement difficile à convaincre.
— Ne me dites pas qu’il va encore être question de… LUI.
— Moi, ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment il a pu disparaître aussi longtemps, en se faisant passer pour mort en plus.

Tous les regards convergèrent sur Erra qui ajouta :
— Ça, au moins, cela pourrait nous servir contre nos ennemis.
— Il est hors de question que nous nous terrions comme des scrudges, ces horribles petits insectes informes et visqueux, s’affola Metis.

Elle semblait à la limite de l’apoplexie.

Sa remarque fit sourire quelques drægans de part et d’autre.
— Croyez-moi, assura Teutatès. Lorsqu’on veut échapper à Cottos… et à la recherche de la Perfection Absolue, on est prêt à se cacher n’importe où et aussi longtemps qu’il le faut.

Cottos...

Ce nom fit frémir la plupart des drægans présents. Aucun n’avait eu à le rencontrer jusqu’alors, et pas un ne le souhaitait. La réputation de ce drægan était telle qu’elle justifiait que son nom ne soit pas prononcé à la légère. De lui, ils ne savaient que peu de choses. Il vivait sur une planète nommée Tartar où il entretenait de vastes prisons. Il ne vouait sa vie qu’à la recherche de deux choses : la perfection de l’espèce dræganne et les façons tantôt les plus expéditives, tantôt les plus raffinées, de supprimer ses ennemis. Nul ne doutait que ses axes de recherches étaient entremêlés de manière inextricable.

En tous les cas, nul n’ignorait, dans l’assemblée de drægans présents que Baal avait été condamné par deux fois. L’une par Héra, mais ils en ignoraient les raison, l’autre par eux tous ou consentement commun pour planéticide.

Par deux fois, il s’en était sorti vivant. Deux personnes, seulement savaient ce qu’il avait pu subir dans cet enfer, et durant combien de temps : Cottos et Baal.  

— Une perfection totalement pervertie au-delà de tout ce que la plupart d’entre nous peuvent imaginer, fit remarquer Teutatès devinant les dernières pensées de ses pairs.
— Peut-on supposer que Cottos se soit allié avec cet ennemi ? interrogea Apollon.
— Ce serait impensable ! protesta Priape.
Certains étaient d’accord avec lui, mais d’autres évaluèrent cette possibilité.
— Depuis quelques temps, une rumeur dit qu’il a un assistant… ou un élève, rapporta Anat.
— Je l’ai aussi entendue, confirma Teutatès. Cottos a toujours été un peu… particulier. Ses expériences, on dit qu’il a commencé par les faire sur lui et cela l’a rendu… disons très différent de ce qu’il était ou de ce qu’il aurait dû être.
— Et fou, aussi, ajouta Tsukuyomi.
— Et fou, acquiesça Teutatès.
— Et donc difficilement manipulable, renchérit Horus.
— Il a toujours été loyal envers nous… le défendit Erra.
— En tous les cas, il l’a toujours été envers les Primordiaux, et les Aînés, dit Esus.

(Suite Chapitre 17.3)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 27 Sep 2017 - 9:36

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 17.3


Suite du chapitre 17.2

Teutatès se leva soudain de son siège et fit quelques pas en direction d’Erra et d’Esus, plus pour se détendre ses articulations qui le faisaient souffrir lorsqu’il restait trop longtemps inactif et que pour leur montrer qu’il ne les craignait en aucune manière. Quoique...
— Oui, bien sûr. Tant que nous lui fournissions de quoi assouvir ses penchants pour sa … recherche de la Perfection Absolue. Son royaume est une petite planète marécageuse, couverte de ruines d’anciennes civilisations éteintes depuis des milliers d’années. Il accepterait n’importe quoi sans doute pour étendre ses perspectives. De ce point de vue, il te surpasse de très loin, Erra. Il n’est pas impossible qu’on lui a proposé de passer à l’étape supérieure, voire d’en sauter quelques-unes.
— S’il nous a trahis, il faudra qu’il le paie de sa vie, prévint Enki.
— Nous connaissons tous le lien de parenté qui te lie à Baal, Enki. J’ignore pourquoi vous tenez tellement à le reconnaître, mais la loi est la même pour tout le monde. Si Cottos nous a trahis, alors il le paiera.
— Ah, oui ? Si c’est le cas, alors il est trop tard, les avertit Horus. Ne commettons pas l’erreur de le sous-estimer. Il est plus puissant qu’il en a l’air. Nous l’avons toujours supposé, et nous aurions pu en avoir la certitude lorsqu’il a prêté main forte aux Primordiaux lors de notre dernière guerre si ces derniers n’avaient pas fini par se retirer soudainement en nous laissant seuls sur le champ de bataille. Seuls Cottos et quelques autres sont restés. Nous ne savions pas alors de quel côté ils étaient vraiment, et nous avions trop à panser nos plaies et à mettre fin à nos désaccords internes plutôt qu’à nous occuper d’eux.
— S’il s’est allié à notre ennemi, alors nos chances de survie sont encore plus réduites, résuma Damona. Cependant…
— Cottos passe son temps à torturer et à tuer tout ce qui lui tombe sous la main… la coupa Priape. Alors ne nous faisons pas d’illusion sur le sort de ceux qui viendraient toquer à sa porte. Il les désosserait, les écharperait ou les écorcherait vivants juste pour connaître leur seuil de résistance… ou peut-être seulement pour son plaisir.
— Cependant ? releva Apollon à l’intention de Damona.

Chaque fois qu’il posait ses yeux sur elle, il sentait son cœur battre un plus vite. Pourtant, il la connaissait si peu. Il ne l’avait même que rarement rencontrée.

Le silence se fit de nouveau au sein du Conseil.

La jeune femme au regard d’un bleu presque transparent et à la fragile silhouette diaphane remercia Apollon d’un signe de tête. Elle aussi éprouvait quelque chose à son égard. Mead’ le ressentit. Mais leur amour ne pourrait être possible… Même en un monde meilleur… Mead’ ne souvenait plus comment elle le savait mais les drægans ne pouvaient aimer que sous certaines conditions. L’une était de pouvoir procréer et assurer ainsi la survivance de l’espèce. Une autre était qu’ils appartiennent à la même espèce. Ce qui n’était pas le cas de Divona et d’Apollon. Toutefois, en dehors de cela, rien n’empêchait qu’ils puissent lier un lien aussi fort que l’amour, tel que pouvaient le concevoir les humains. Ce n’était pas une chose si rare entre différentes espèces ou sous espèces, bien que peu mise en évidence chez les drægans. Pourtant, Apollon ne cachait pas son intérêt pour la dræganne aux yeux de ses pairs.

Quelque chose avait bien changé dans leur société hyper codifiée. La menace d’extinction de leur espèce les poussait-elle désormais à agir ouvertement lorsqu’il s’agissait de sexualité, ou même de famille. Mead’ ne savait trop que penser de cette possibilité. Elle n’y aurait sans doute jamais pensé de cette manière en tant que Tisseur. L’amour n’était pas une notion familière à ceux de son espèce. L’union de deux individus devait nécessairement se prêter aux impératifs de leur destinée, et plus largement de celle d’une espèce. Peu importait le nom qu’on pouvait lui donner ou le degré d’intensité de ce sentiment.

Mead’ se demanda si cela pouvait interférer dans ses plans, et jusqu’à quel point… Apollon n’était pas le seul à avoir l’esprit préoccupé par autre chose que la crainte d’un ennemi insaisissable. Teutatès avait toujours l’image d’Esmelia en tête, mais pour quelle raison ? Une rivalité avec Baal ? Le goût du jeu ? Ou autre chose de plus exotique, de plus drægannien ?

Elle en venait à penser exactement comme une humaine. Peut-être ses vies sur la Terre commençaient-elles à interférer avec sa véritable personnalité... Elle ressentait leur attirance comme une force grandissante mais moins avec son instinct qu’avec son sens de l’observation. Elle en éprouva une certaine crainte. Était-ce celle des changements à venir sur lesquels elle n’avait plus aucun contrôle ? Elle chassa à nouveau cette idée et essaya de reporter toute son attention sur la dræganne qu’Apollon ne quittait pas des yeux.

Damona avait peur de parler devant ses semblables, de les affronter. Pourtant, lorsqu’elle s’exprima, sa voix était forte et juste.
— Nous ne savons rien à propos de nos ennemis, et nous n’en savons guère plus sur Cottos qui est pourtant l’un des nôtres, parce que nous l’avons toujours tenu à l’écart. Nous ignorons ce qu’il a fait autrefois, et ce qu’il fait aujourd’hui… À quelles expériences il s’est adonné… À quels types de découvertes ces dernières ont abouti… Est-ce que cela sera à notre détriment ? Vers qui s’est-il tourné pour les mettre en pratique ? Qui sait s’il n’a pas fait de Baal une arme capable de vaincre nos ennemis… ou de tous nous exterminer ? S’il y a quelqu’un qui doit en avoir une idée, cela ne peut être que Baal… Peut-être même qu’il pourrait nous dire ce qui nous attend...
— À vous entendre, Baal aurait la réponse à toutes les questions que nous nous posons, maugréa Divona.
— Parce que toutes les conclusions auxquelles nous aboutissons convergent vers lui, d’une manière ou d’une autre, directement ou indirectement, très chère, lui répondit Boann sans cacher une certaine joie.
— D’accord, admit Erra. Supposons qu’IL connaisse d’autres choses en dehors des méthodes de torture de Cottos...
— Ça, pour les connaître, il les connaît probablement toutes, lui assura Taranis.
— Personne ne les connaît mieux que lui, confirma Circé.

Erra eut un sourire en coin. Il ne l’ignorait pas. Si Baal s’était retrouvé chez Cottos, c’est qu’il l’avait mérité. À lui tout seul, il cumulait plus d’heures de présence chez ce fou que tous les drægans qu’ils avaient pu lui envoyer, sans que ses pairs aient eu vent de ses relations avec Cottos, et qui, eux, en étaient morts ou devenus encore plus fous que Cottos lui-même. Nerus avait été l’un d’eux. Il ne s’en était ni vanté, ni remis. Sa faim inextinguible avait été l’une des conséquences de son séjour, pourtant assez bref, chez Cottos.
— Rien ne dit qu’il ait eu accès à des informations de premières mains lorsqu’il était prisonnier de Cottos.
— Tu ne le connais pas, Erra. Même des situations les plus désespérées, il est capable d’en extraire le moindre élément qui puisse lui être un jour utile.
Certes, Rhadamanthe, je ne le connais sûrement pas aussi bien que toi. Pour ma part, juge ou pas, je ne serai pas aussi clément que toi envers lui.

Venant d’Erra, cela n’étonna personne.

Mead’ perçut chez Enki et Anat une vague de compassion envers Baal les envahir, mais ni l’un ni l’autre ne le montra aux autres. Et puis, malgré leur sympathie à l’égard du Phénicien, ils préféraient de très loin que ce soit lui qui ait fait un séjour chez Cottos, plutôt qu’eux. Baal avait fait des choix qu’aucun d’entre eux n’aurait osé faire, pris des décisions qu’il n’aurait jamais dû prendre, et cela au mépris de leurs lois et de leurs coutumes. Il avait payé le prix de son indépendance. Ils l’avaient tous condamnés, directement ou indirectement, aux pires châtiments. Pas un seul d’entre eux ne ressentait le poids de la culpabilité. Du moins envers lui.

— Baal est un criminel, leur rappela une nouvelle fois Amaterasu, au cas où la mémoire leur ferait défaut. Après ce que nous lui avons tous fait, vous pensez vraiment qu’il va nous pardonner ? À sa place, j’en profiterai pour me venger. On ne peut lui faire confiance. Il n’a plus aucun pouvoir, et vous voudriez lui en redonner ? N’importe qui, ici ou dans les galaxies où il a mis les pieds, serait prêt à le vendre au plus offrant, pourvu qu’il en soit définitivement débarrassé.
— Et tu offrirais combien pour l’avoir… entier… ou juste la tête ?

Amaterasu posa un regard meurtrier sur Enki qui ne se départit pas.
— En commettant le crime dont il a été accusé, il savait à quoi il s’exposait.
— Tu as l’air de douter qu’il ait détruit ces deux planètes, s’étonna Horus.
— Il ne l’a pourtant jamais nié, le soutint Apollon. Même lorsque nous lui en avons donné la possibilité.

Enki haussa les épaules.
— Personne n’a jamais su dire de quelle planètes il s’agissait, ni dans quelles galaxies elles se trouvaient. Il a été accusé sur la foi de témoignages d’individus qui se sont empressés de disparaître avant la fin de son procès.
— Il a payé sa dette, attesta Rhadamanthe sur un ton conciliant.
— Il est dangereux, le contra la déesse asiatique. Si vous le pensez faible, alors vous êtes dans l’erreur. Il l’a prouvé en tuant notre frère.
— Il n’a fait que se défendre, le défendit Teutatès. Et ne nous dit pas le contraire car j’étais présent lorsque Susanoo, Ame-No-Uzume et Omoïkané l’ont provoqué et attaqué lorsqu’ils n’ont pu obtenir ce qu’ils convoitaient.

(Suite Chapitre 14.4)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 27 Sep 2017 - 9:44

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 17.4


Suite du chapitre 17.3

Elle sembla ne tenir aucun compte des paroles de Teutatès.
— Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas ses pouvoirs qu’il n’en a aucun…
— Vous en êtes toujours à ces rumeurs ? grommela Divona. Vous pensez encore qu’il a des bases secrètes et des ressources que nous ne connaissons pas ? À propos de dette, pourquoi ne pas lui faire payer la nôtre par anticipation ? On pourrait l’utiliser comme monnaie d’échange… Il y a bien un peuple ou une civilisation qui accepterait de s’allier à nous en échange de sa tête, ou même vivant pour avoir le plaisir de le juger et de l’exécuter ? On pourrait même faire la même chose avec Cottos. Deux pour le prix d’un traité d’union entre deux ou trois civilisations, cela me parait être un bon arrangement, non ? Je serais même curieuse de savoir lequel des deux ferait la meilleure monnaie d’échange
— Eh… moi, je ne marche pas là-dedans, protesta vivement Dercéto. Je ne veux rien avoir à faire avec Cottos, de près… ou de loin.
— Suffit ! On se sent déjà assez mal comme cela chaque fois que quelqu’un prononce son nom, dit Priape d’une voix grave et calme. S’il a conclu un pacte avec nos ennemis, je ne vois aucun problème à pactiser avec quelqu’un qui n’est pas son ami. Quitte à nous en débarrasser une fois qu’il ne nous sera plus utile.
— Pactiser avec Baal est sûrement moins pire que d’attraper le tem’pphus, fit remarquer Divona avec un sens de l’à-propos qui en surprit plus d’un.

À commencer par Apollon qui se retint d’éclater de rire. Que pouvait-elle savoir des maladies de créatures aussi débauchées que les keynaanides ?

— Nous n’attrapons pas le tem’pphus, lui fit remarquer Erra. Ni aucune autre maladie qu’elle se situe au siège ou ailleurs.
— C’est certain. On le saurait forcément parce que tu ne serais sûrement pas le dernier à en être atteint, lâcha Divona.
— Nous non, mais certains de nos alliés... renchérit Dercéto.

Horus les rappela à l’ordre dans un soupir mêlé de lassitude.
— Dercéto, Divona, Erra… et Damona, ce n’est pas le sujet de ce conseil.

Ils se conduisaient tous parfois comme des enfants. Des enfants assez mal éduqués.

— Cela ne peut pas être pire que ceux sur lesquels nous dissertons depuis bien trop longtemps, s’emporta Amaterasu. Vous craignez un ennemi plus puissant que nous tous réunis ? Et vous êtes tous prêts à remettre nos pouvoirs entre les mains de Baal… parce que vous pensez qu’il est le seul à pouvoir nous sauver sans en avoir la certitude, et tout en sachant qu’il peut tous nous trahir à la première occasion. Et pour aboutir à tout ça, vous vous basez sur quoi ? Des hypothèses ? Des possibilités ? Des rumeurs ? Du vent ! Autant le dire : DU VENT !!

Plus bas, pour elle-même :
— Je comprends mieux votre réticence à ma demande.

— Je ne l’aurais pas formulé ainsi, mais cela me semble bien résumé, l’interrompit Teutatès sur un ton ironique. Mais je vois les choses de manière légèrement différentes. Nous ne lui donnerons rien. Nous ne lui apporterons aucune aide. Nous aurons assez affaire à nous sauver nous-mêmes. Baal ne devra compter que sur lui…
— Enfin… Mais soyez réalistes, les adjura Amaterasu.
— Et sur ceux qui accepteront de l’aider, ajouta Circé. Je ne m’inquiète pas pour lui. Il trouvera des alliés, j’en suis certaine, quelle que soit la situation actuelle ou celle dans laquelle il se trouvera à l’avenir. Il est capable de se sortir de n’importe quelle situation, et d’en retirer quelque chose. Il est comme un mgi’au … Il retombe toujours sur ses pattes.
— Je serais plutôt de l’avis d’Amaterasu, fit Frey.
— Quelqu’un te l’a demandé ton avis ? Lâcha Divona.

Ainsi donc, c’était toi…

Mead' sut immédiatement que cette pensée venait d’Erra qui fixait Circé comme un chat fixerait la souris sur le point de sortir de son terrier.

Toutes ces discussions pour en arriver là, parce que la petite sorcière avait sûrement eu une vision, songeait Erra sans se départir de son habituel sourire, un rien carnassier.

— Un quoi ? demanda Ishkur qui ne savait comment le consigner, et s’il le devait.
— Un tigre à dents de sabre, si tu préfères. En plus petit mais aussi teigneux, voire plus, lui fit savoir Erra.

Mead’ sentit qu’il était plus inquiet qu’il ne le montrait. Les paroles de Circé restaient gravées dans sa mémoire. Il avait négligé l’influence de la magicienne sur les Chanceliers Suprêmes, ou au moins sur l’un d’entre eux.

Teutatès poursuivit.
— De plus, lorsqu’il se bat, ce n’est pas uniquement la victoire qui l’intéresse, c’est la manière avec laquelle il parvient à vaincre son ennemi, et qu’il y ait des témoins pour le raconter.

Ishkur mit quelques secondes à réaliser que ses congénères ne parlaient plus du mgi’au.

— C’est vrai qu’il s’y entend pour ça, fit Bacchus. Qui ignore qu’il a tenu tête à Héra, il y a deux millénaires, et qu’il l’a battue sur son propre terrain ? Cela lui a d’ailleurs valu son premier et séjour chez qui nous savons.

Teutatès secoua la tête.
— Héra ? Elle ne faisait rien sans passer par Chronos, certes, mais on ne pouvait pas dire que c’était réciproque. Croyez-moi, à l’époque, elle avait bien autre chose à faire qu’à se venger de Baal. Les Primordiaux et les Seconds avaient des problèmes plus importants à régler à cette époque. Certains d’entre nous s’en souviennent encore.
— Si elle n’y était pour rien dans la première condamnation de Baal et dans l’exécution de sa peine chez Cottos, pourquoi n’est-elle pas intervenue à son égard ? demanda Métis. Baal l’Ancien et elle entretenaient des liens très étroits, d’après ce que j’ai entendu dire.
— Si les morts pouvaient agir, peut-être l’aurait-elle fait, ou pas car le fils n’est pas le père après tout.
— Tu as l’air d’en savoir beaucoup au sujet d’Héra, Teutatès, fit Metis, maligne.
— Héra est morte ? s’étonna Boann. Quand est-elle morte ?

Ce fut Horus qui répondit.
— Avant le retrait des Aînés, et des drægans ‘Elt, leurs alliés, Boann. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles ils se sont retirés alors que la bataille aurait tout aussi bien pu tourner en leur faveur qu’en la nôtre. Nous ne savons rien de plus sur son décès. Les derniers Aînés avec lesquels nous avons eu des contacts se sont toujours montrés discrets sur le sujet.
— Est-on certain qu’elle soit morte ? insista Boann. Peut-être était-ce le cas de son hôte, mais elle ? Qui te l’a dit ?
— Quelqu’un qui l’a su de la bouche de Chronos, répondit Teutatès avant que Horus ait à répondre lui-même.
— Chronos ou Cronos ? voulut savoir Ishkur.
— Inutile de le consigner, lui répondit Rhadamanthe. C’est juste une parenthèse.

(Suite Chapitre 17.5)


Dernière édition par Ihriae le Mer 27 Sep 2017 - 14:51, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 27 Sep 2017 - 9:52

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 17.5


Suite du chapitre 17.4


Ishkur soupira en songeant qu’il y en avait eu beaucoup des parenthèses dans son rapport, et qu’il s’était donné beaucoup de peine pour les retranscrire au mot près.
— Et tu l’as cru ? demanda Erra.
— Quelle raison aurait-il eu de mentir ?

La réponse apparut clairement dans leurs esprits. Chronos n’était pas un drægan des plus fiables.
— Cette histoire est arrivée, il y a plus de deux millénaires, maugréa Divona. Elle peut bien encore attendre quelques années de plus pour qu’on essaie de résoudre cette énigme. Il me semble que nous avons d’autres urgences à gérer dans l’immédiat.  

Amaterasu se forçait à rester calme. En son for intérieur, elle se disait que ces histoires vieilles de plusieurs millénaires, ou même seulement de quelques siècles auraient dû être réglées depuis longtemps, et définitivement. Il ne devrait plus du tout en être question. En plus de cela, on parlait de survivre tant bien que mal, voire de se sacrifier en attendant patiemment l’ennemi, pourvu qu’un seul d’entre eux, un banni, un exilé, un déporté, survive à l’anéantissement total. On lui prévoyait même des alliés sur lesquels il pouvait compter, d’après ce qu’elle avait pu comprendre même si cela n’avait pas été formellement dit. Pourquoi ? Pourquoi lui, précisément ? Et surtout, comment aurait-il plus de chance de survie que les autres… ou elle-même surtout ?
— Pourquoi, n’aurions-nous pas les mêmes chances de survie que lui ? demanda soudain Ishkur dans le silence qui venait de s’installer.

Amaterasu se demanda s’il n’avait pas lu dans ses pensées. Non, c’était impossible. Aucun drægan ne possédait un tel pouvoir. Pas même Circé. Toutefois, elle ne put s’empêcher d’être suspicieuse à l’égard d’Ishkur. D’un autre côté, n’importe qui pouvait en arriver à ce raisonnement. Mais, à part lui et elle, qui d’autre dans cette assemblée avait pu avoir le même cheminement de pensée ?
Ishkur donnait néanmoins l’impression d’avoir émis une réflexion très personnelle.

Personne ne lui donna suite.

Erra émit son opinion :
— Pour ma part, je refuse de me soumettre à une décision arbitraire alors qu’il serait tellement plus simple de faire avouer à Baal tout ce que nous avons besoin de savoir par n’importe quel moyen. Nous pourrons alors nous rendre compte, par nous-mêmes, de l’utilité de ces informations et organiser notre protection. Vous n’avez aucune idée de l’ennemi contre lequel nous allons devoir lutter. Mais si, lui, il le sait, je vous jure que je le lui arracherai de la gorge de mes propres mains.

Horus éclata de rire. Un rire qui n'avait rien de joyeux. Il était même plutôt du genre à les glacer sur place...
— Même sous la torture, il ne dira rien. Il préférera mourir, j’en suis certain. Crois-tu pouvoir faire mieux que Cottos en son temps ? Je pensais, Erra, que tu étais un quelqu’un d’intelligent.
— Je me plais effectivement à le penser.
— Et tu es persuadé que la vérité naît de la torture ? s’étonna Damona.

Erra n’apprécia pas la claque. Il aurait pu riposter, il s’en garda bien. Il avait bien remarqué l’intérêt d’Apollon à l’encontre de la douce déesse.

Mead’ fut saisie d’un vertige. Sa vision se troubla. Elle avait soudain beaucoup de mal à se concentrer.
— Nous pourrions porter la question au vote, suggéra Amaterasu.

Évidemment, tout le clan d’Erra fit bloc derrière elle.

Mead’ eut l’impression d’entendre les dernières paroles d’Amaterasu se répéter à l’infini dans son esprit. Elle chercha à reprendre le fil de son rêve mais celui-ci se dérobait, se délitait... Elle sentait plus qu’elle ne la voyait l’obscurité autour d’elle, silencieuse, dangereuse et surtout attirante comme un appel. ILS la cherchaient par-delà cette obscurité… ILS étaient à la fois si proches et si loin… ILS étaient ses semblables, autrefois. ILS étaient passés de la lumière à l’obscurité. ILS l’appelaient, l’attiraient dans leurs ténèbres. Bientôt, elle LES rejoindrait. Le temps pressait.

Esmelia reprit conscience, debout, dans le vaisseau de Baal en pleine traversée du portail. Elle remarqua immédiatement qu’elle ne portait plus les mêmes vêtements que lorsqu’à leur départ. Baal non plus. Tout son corps la faisait souffrir. En plus d’avoir un mal de crâne du tonnerre, elle avait des écorchures aux mains, aux bras et aux jambes, ainsi que ce qu’elle supposait être des bleus, et quelques entailles plus profondes dans des endroits qu’elle ne pouvait voir sans avoir à faire preuve de la plus totale indécence dans un cockpit qu’elle partageait avec un ancien dieu. Elle avait l’impression d’avoir participé à une formidable bataille, d’où les armes contondantes n’étaient pas absentes.

Elle comprit qu’elle avait, une fois encore, laissé la place. Quelque chose d’autre, ou quelqu’un d’autre, avait pris le relais dans son esprit et pris le contrôle de son corps, de tout ce qui faisait d’elle ce qu’elle était. Elle se éprouvait un indicible trouble, et presque du regret d’être redevenue Esmelia. Cela, elle ne pouvait pas l’expliquer et cela l’effrayait plus encore que ses absences. Comment sa propre personne disparaissant au profit d’une autre entité pouvait-elle lui sembler de moindre importance ? Elle ou l’autre… Deux âmes pour un même corps, c’était inconcevable. Elle ne pouvait être qu’une seule et même personne. Mais si les deux personnalités cohabitaient, alors elle devrait faire le nécessaire afin de les rassembler. Elle ne pourrait que s’en sentir mieux.

Une autre secousse manqua de la faire tomber lorsque le vaisseau sortit de la bouche. Par le pare-brise de la cabine de pilotage, elle vit plusieurs appareils qui leur faisaient face. Ce n’était pas vraiment une vitre, mais plutôt un écran qui reproduisait exactement ce qu’il y avait à l’extérieur, aux bonnes distances et à la bonne échelle. Sans quoi, elle n’aurait pas pu voir que les vaisseaux leur tiraient dessus. Dans l’espace, ce genre de chose ne pouvait pas se voir, ni s’entendre d’ailleurs.

Sans savoir pourquoi, elle pensa immédiatement à la déesse Amaterasu et à ses forces armées. D’après ses souvenirs, dont elle ne parvenait à connaître l’origine. Elle en voulait à Baal. Officiellement pour la mort de son frère Susanoo. Esmelia se souvenait du drægan et de ses deux acolytes. Si Amaterasu était du même sang que Susanoo, alors elle se battrait jusqu’à la mort contre le dieu phénicien.

Le vaisseau de Baal venait à peine de franchir une première porte. Il leur en restait une seconde à franchir pour retourner dans leur galaxie et retrouver le vaisseau et Will. Surtout Will. Will… Elle allait devoir lui parler. Cette fois, elle ne devrait pas reculer…

Baal avait pris les commandes manuelles et louvoyait tant bien que mal entre les tirs.


Dernière édition par Ihriae le Ven 6 Oct 2017 - 11:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Ven 6 Oct 2017 - 11:26

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.1


XXIème siècle. 26 septembre.


Cette fois, c’était bien un bruit inhabituel qui l’avait alerté… Le cauchemar n’était pas encore terminé…

Reiyloo essaya de sonder son environnement immédiat tout en régulant sa respiration. Il ne devait pas donner l’impression à l’intrus d’être réveillé. Sa main commença une progression aussi lente que silencieuse en direction de l’oreiller voisin. Elle y trouva un pistolet chargé.

De vieux souvenirs remontaient à la surface de sa conscience. Encore qu’ils ne lui paraissaient pas si anciens, puisqu’ils revenaient chaque nuit le hanter. Au moins, il s’y était habitué plus ou moins et cela n’enlevait rien à ses capacités de raisonnement.

Comment pouvaient-ils l’avoir retrouvé ? Il était chez lui, dans son appartement, mais il n’avait pas signé le bail sous son nom. Il n’avait même pas rencontré le propriétaire lors de la location. Tout s’était fait par Internet. Il avait prétexté être à l’étranger. Il avait même loué deux mois avant un prétendu retour retardé. Il se doutait bien qu’il verrait le propriétaire, et pour cela, il avait modifié son aspect physique en se laissant pousser la barbe et les cheveux. Comme cela lui donnait l’air d’un motard, il avait ajouté une douzaine de faux tatouages, et la tenue vestimentaire adéquate. À un moment, il s’était dit que cela effraierait peut-être le bailleur, mais il était trop tard pour reculer alors que celui-ci l’attendait sur le seuil de la porte. En fait, il s’était vite rendu compte qu’il avait affaire à un intermédiaire, le genre golden boy après la chute qui lui avait donné l’impression que lui ou un autre, cela revenait au même du moment que l’appartement était loué et qu’il touchait sa commission.

Après quelques bonnes mise en garde contre d’éventuels écarts, il était reparti Dieu seul savait où. Reiyloo se doutait bien qu’il serait sous la surveillance des voisins durant un temps. Lesquels sauteraient sur le téléphone pour appeler la police au premier faux pas de sa part. Mais tant qu’ils s’attendaient à voir débarquer d’autres types dans son genre, des drogués, des alcooliques, des trafiquants d’armes ou de drogues, quelques prostituées de passage, ou même des membres d'un gang de motards, ou n’importe quoi d’autres dans la gamme, il considérait qu’il s’agissait d’un moindre mal. Personne n’irait appeler le CENKT.

Il ne fit aucun écart. Avec le temps, il améliora même son apparence physique. Tant et si bien qu’avec ses cheveux courts, sa barbe de trois jours, et son costume cravate et chemise blanche, certains de ses voisins en étaient venus à penser qu’il travaillait pour la police, peut-être le FBI, et que son apparence, ou toute autre qu’il pouvait désormais avoir pouvait faire partie d’une couverture. Bref, il était plutôt bien intégré maintenant, et il n’y avait aucune raison pour que le CENKT vienne le chercher ici, au cœur de la Nouvelle-Orléans.

Un cliquetis provint du salon. Une arme ? Ou l’un des petits pièges au sol… des pièces de dominos… destiné à le prévenir en cas d’intrusion.

Le doute n’était plus permis.

Avec la souplesse d’un chat, et aussi silencieux, il bondit hors de son lit, arme au poing, pointée vers le sol, par prudence car il ne tenait pas à tuer un innocent. L’était-on vraiment lorsqu’on s’introduisait en douce chez quelqu’un ? Surtout quand il s’agissait de le cambrioler, ou pire encore…

Il se dirigea avec prudence vers le salon et s’arrêta sur le seuil en essayant de distinguer une ombre qui bougerait. Quelqu’un alluma la lumière… Son point faible car il lui fallait toujours deux ou trois seconde pour s’habituer au changement brutal de luminosité. Dans le même temps, il sentit quelque chose de froid dans son cou, simultanément suivit d’une décharge électrique. Son agresseur n’eut aucun mal à le désarmer d’une simple prise de judo. Il se retrouva au sol, visé par sa propre arme, tenue par une ombre.

Son agresseur avait été rapide et précis. Reiyloo leva les mains en signe de soumission, s’attendant à ce que l’autre l’exécute dans les prochaines secondes, comme l’aurait fait tout agent du CENKT.

Au lieu de cela, d’un geste vif, l’autre retourna l’arme et lui présenta la crosse. Il lui rendait son arme…

L’homme ôta le passe-montagne qui lui cachait le visage. Un visage osseux avec des yeux bleu gris enfoncés dans leurs orbites.
— Bon sang ! Quand apprendras-tu donc à anticiper ? Tu dois transformer tes handicapes en atout !

Reiyloo se releva encore estourbi par la décharge électrique. Il dut s’appuyer contre le dossier du canapé. Immédiatement, il posa son arme sur le guéridon, à côté de lui. Il ne tenait pas à blesser son ami. Celui-ci ne connaissait que trop bien les effets d’une arme à feu pour les avoir testé personnellement.  
— Jordan…

Pour toute réponse, il reçut une chaleureuse accolade de la part de Jordan Teller.
— Toujours à fuir le CENKT, j’imagine ? fit celui-ci.

Il s’agissait moins d’une question que d’une assertion.

Sa vue s’était habituée à la lumière. Il observa son ami. Sans lui, il serait mort…
Sans compter la période où ils s’étaient soignés mutuellement des traitements et des blessures infligés par les hommes du CENKT, il ne l’avait revu que deux fois au cours de ces quinze dernière années, mais ils se donnaient de leurs nouvelles un ou deux fois par an, à tour de rôle, via un réseau sécurisé. Jordan était l’une des rares personnes, dans ce monde, à savoir qui il était vraiment et à savoir où le trouver en cas de besoin. Reiyloo l’invita à s’asseoir dans le confortable fauteuil qui faisant face à son vieux canapé.

Jordan accepta avec un soulagement certain comme si ce court exercice sportif l’avait littéralement épuisé.

Reiyloo ne mit pas longtemps à comprendre que c’était le cas. Jordan avait l’air complètement épuisé. Son regard bleu, toujours aussi clair était pourtant plus vif que jamais, mais il semblait avoir du mal à se poser quelque part. Il n’était plus aussi maigre qu’avant. Il avait même pris un peu de ventre, mais difficile d’en être certain avec son imper. Sa peau était pâle, comme toujours, et ses lèvres légèrement bleuies. Sur son visage, au coin des lèvres et des yeux, et sur son front haut, Reiyloo vit des rides qu’il ne connaissait pas. Ses cheveux blonds filasse étaient parcourus de fils blancs. Lorsqu’il se débarrassa de son imper, à la propreté douteuse, comme s’il l’avait traîné dans la boue avant de venir, le jeune homme vit qu’il portait un costume sombre et défraîchi. Il le portait depuis au moins deux jours, peut-être trois…  
— On dirait que le temps t’a finalement rattrapé, fit Jordan.

Pour une raison qu’il n’expliquait pas, son horloge biologique avait pris le même rythme que celle des humains depuis qu’il avait échappé au CENKT. Pour combien de temps avant qu’elle s’accélère, il l’ignorait. Était-ce dû à quelque chose que lui avaient fait les scientifiques, au camp ? Il ne le savait pas non plus. Il vieillissait comme tout le monde, ou presque, sur cette planète.
— On vieillit tous d’une manière ou d’une autre, répondit-il, faussement philosophe.    
— À qui le dis-tu…
— Tu fonctionnes à quoi ces derniers temps ?

Sa question n’offusqua pas Jordan. Les deux hommes se connaissaient suffisamment pour se parler sans détour.
Néanmoins, Jordan eut un sourire crispé.
— À l’adrénaline. Juste à l’adrénaline.
Cela n’avait pas toujours été le cas…
Puis il ajouta :
— Tu sais, je n’ai plus à fuir le CENKT.

Reiyloo sentit un frisson glacial monter le long de sa colonne vertébrale. Si Jordan ne fuyait plus le CENKT, cela ne pouvait signifier qu’une chose. Celui-ci l’avait rattrapé, et il travaillait à nouveau pour Jameson…
— J’ai un employeur qui m’en protège.

Celle-là, il ne s’y attendait pas…
— Un employeur qui te protège du CENKT ? répéta-t-il.
Jordan acquiesça :
— Il est au moins aussi puissant que le CENKT, si ce n’est plus.
Soit.
— Il a intérêt à l’être, admit Reiyloo.
— Je suis autorisé à te proposer leur protection.
— Je m’en sors bien tout seul.
       — Pour combien de temps encore ? Avoue que tu ne t’es pas fait très discret, ces derniers temps, en interviewant, Halley Larson, l’un des hommes les plus riches et les plus secrets de cette planète. Sans compter que son père participait au financement du CENKT.


(Suite Chapitre 18.2)


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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Ven 6 Oct 2017 - 11:34

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.2


Suite du chapitre 18.1


— Qui te l’a dit ?
— Tom.

Thomas Black, un bien étrange personnage qu’ils avaient rencontré dans des circonstances qui l’étaient tout autant. Le genre d’homme qui se méfiait autant d’une parole anodine que d’une main tendue sans jamais donner l’impression qu’il était complètement parano. Reiyloo était même persuadé que Thomas Black n’était pas son véritable nom.

— Alors, tu l’as revu ?
— C’est lui qui m’a parlé de ton dernier fait d’arme… Tu commences à te faire un peu trop connaître sur le réseau… et tôt ou tard, quelqu’un au CENKT s’intéressera à toi. C’est peut-être même déjà le cas. Avant de te choisir comme journaliste attitré, Larson a certainement fait une enquête à ton sujet…
— Et Rheya ?
L’autre rencontre intéressante de leur malencontreuse aventure...

Jordan observa son ami. Il était vraiment mordu. Tout comme lui-même l’avait aussi été à l’instant où il l’avait rencontrée. Ils avaient eu l’un et l’autre un coup de foudre pour cette femme. Elle avait même été l’enjeu d’une compétition amicale entre eux. En vain. Elle ne s’était intéressée ni à l’un, ni à l’autre. Jordan était passé à autre chose, mais visiblement, pas Reiyloo.
— Il l’a recrutée ? A-t-elle accepté sa proposition ?
— Pas que je sache, répondit Jordan aussi franchement que possible.

En fait, il l’ignorait. Tom ne lui avait pas parlé de Rheya. À dire vrai, il ne lui était même pas venu à l’idée de lui poser des questions à son sujet.
— Je préfère cela. Son idée de lui faire infiltrer le CENKT…
— Rheya est bien plus forte et maligne que tu ne sembles le supposer, mon ami.
— Elle est bien trop vulnérable pour le CENKT, trop douce et incapable de tuer pour eux… Toi et elle, vous vous ressemblez sur ce point.
— Et toi, j’ai l’impression que tu en es bien plus amoureux que tu ne le laissais paraître, même devant elle.

La remarque fit rougir le jeune homme. Ce qui n’était pas dans ses habitudes. Pourtant, à chaque fois qu’il pensait à elle, son cœur s’accélérait et une douce chaleur envahissait son corps.

— J’ai raison, alors, souligna Jordan. Tu en pinces vraiment pour elle.
— Toi aussi, non ?
— J’en ai fait mon deuil. On ne tombe pas amoureux juste en une soirée. Et je te dirai bien d’en faire autant, mais j’ai bien l’impression que ce serait en pure perte.

À l’expression de son ami, Jordan comprit qu’il avait visé juste.
— Tu n’es jamais tombé amoureux ?
— Je te rappelle que je ne suis pas humain… et que je suis peut-être le seul spécimen dans mon genre...
— Et alors, c’est ça qui t’arrête ? Tu as parfaitement le droit de tomber amoureux, ou de penser l’être, et de le vivre pleinement.
— Qu’est-ce qui ressortirait d’une relation comme celle-ci ?
— Tu ne peux pas savoir tant que tu n’as pas essayé.
— C’est profond ça, ironisa Reiyloo.
— Alors qu’est-ce qui t’empêche de te lancer ?
— Elle est humaine… et pas moi. Je ne pourrai pas lui cacher ce que je suis… et une humaine ne pourrait m’accepter sans en subir les conséquences.
— Ce n’est pas parce que tu sors avec une fille que tu vas obligatoirement l’épouser. C’est même assez rare quand c’est la première.
— Mais cela arrive ? demanda naïvement Reiyloo.
— Je ne peux pas te dire le contraire, mais ça reste très rare.
— Rare, c’est mieux que pas du tout, non ?
— Aurais-tu au moins essayé de la revoir si elle t’avait laissé une chance ?

Reiyloo acquiesça, avant d’ajouter :
— Elle n’a pas remis les pieds à son appartement ni à son travail.
— Quand même…

Il s’était renseigné sur elle certainement dans l’idée de la revoir. Peut-être avait-il espéré provoquer une rencontre fortuitement.  

— C’est pour cela que je pensais que Tom avait réussi à la recruter. En même temps, j’espérais bien que non. Le CENKT n’en aurait fait qu’une bouchée.
— Comment peux-tu en être aussi certain ? Tu ne la connais pas suff…
— Détrompe toi, le coupa Reiyloo. Quand j’étais près elle, c’était comme si tout le reste n’avait pas d’importance. Je me sentais bien. Vraiment bien. J’aurais pu tout lui dire sur moi, sur mon passé. J’’étais à deux doigts de le faire… J’avais confiance en elle… Je crois que j’aurais pu lui confier ma vie. C’était comme si je la connaissais déjà, comme si nous avions déjà vécu une vie ensemble…
— Un extraterrestre mystique, sourit Jordan. Et amoureux fou.

Curieusement, son sourire avait quelque chose de pénible. Reiyloo remarqua soudain que les mains de Jordan tremblaient anormalement. Il était à bout de nerfs… ou bien il y avait autre chose dont il ne parlait pas.
— Si tu souhaites dormir chez moi, cela ne me pose aucun problème. J’ai une chambre d’ami.

À cause de sa nervosité qu’il ne cachait plus, il voulait juste être certain que son ami n’avait pas été suivi.
— Tu es venu en taxi ?
— À pieds. Un hélico m’a déposé à une trentaine de kilomètres à l’ouest, et j’ai marché jusqu’ici. On ne m’a pas suivi. J’en suis certain. Je suis revenu plusieurs fois sur mes pas, j’ai pris de fausses directions… J’ai créé des fausses pistes au cas où.

Voilà qui donnait une bonne explication à son état physique. Les rouages de son esprit fonctionnaient à plein régime.
— Ton employeur, ce ne serait pas l’ATIDC ?

Jordan se figea. Puis, il se détendit lentement, très lentement.

Sans doute avait-il compris que Reiyloo n’avait aucune intention de lui faire un procès pour ses nouvelles affiliations. Il y avait bien pire que l’ATIDC comme employeur.
— Non, enfin pas directement, répondit Jordan.

Reiyloo n’était pas surpris. Même si, l’ATIDC ne figurait pas franchement au palmarès des sociétés dans lesquelles ils se seraient vus travailler un jour.

En fait, c’était un peu grâce à l’ATIDC qu’ils avaient fait la connaissance de Thomas Black, de Rheya et des autres. À ce moment-là, sans le savoir, Reiyloo et lui enquêtaient chacun de leur côté sur le personnel de l’ATIDC et sur les objectifs à plus ou moins long terme du conglomérat. Reiyloo avait accepté cette mission à la demande d’Eitùr Solpi’ã, un chef de résistance extraterrestre. Il n’appréciait pas particulièrement celui-ci, mais il avait l’occasion d’en savoir un peu plus sur l’ATIDC.

Il n’avait rien pu découvrir d’illicite sur l’ATIDC. Sauf un lien entre eux et les Larson. Les Larson qui étaient justement liés au CENKT. Cela avait suffi à Reiyloo pour mettre fin à son enquête. Il ne voulait pas avoir affaire de près ou de loin au CENKT.

De son côté, Jordan voulait, au contraire, approfondir le sujet. Il avait compris que quelqu’un d’autre que lui enquêtait aussi sur l’ATIDC lorsque les personnes qu’il interrogeait lui expliquaient systématiquement avoir répondu à peu près aux mêmes questions. À la description qu’ils donnaient, et surtout lorsqu’ils indiquaient que l’homme était un journaliste du réseau, il avait compris qu’il s’agissait de Reiyloo. Il l’avait alors contacté pour obtenir ses informations, et lui proposer de poursuivre leur enquête ensemble.

Reiyloo s’était laissé convaincre sans gros effort de la part de son ami, et comme deux idiots, malgré toutes les précautions qu’ils avaient pu prendre, au bout de deux jours de recherche, ils avaient été habilement piégés par Tom et sa petite équipe.

Contre toute attente, Tom ne travaillait ni pour l’ATIDC, ni pour le CENKT, ni pour Larson. Encore moins pour Eitùr Solpi’ã dont les objectifs étaient peut-être moins louables qu’ils ne le paraissaient. Une autre raison pour laquelle Reiyloo avait stoppé son enquête initiale.

Tom ne leur cacha pas que ses intentions à lui ne l’étaient guère plus. Il travaillait pour son propre compte. N’importe qui pouvait faire appel à ses services. Son job, disait-il consistait à nettoyer tout ce qui pouvait l’être pour ceux qui ne souhaitaient pas se salir les mains. Il pouvait aussi bien se charger du licenciement d’une centaine d’employés dans une entreprise que du lancement de fausses rumeurs envers un concurrent de son employeur. Il était maître dans l’art de l’espionnage industriel. Il pouvait discréditer ou réduire au silence n’importe qui. Bref, lui et son équipe, sous des apparences de Monsieur ou Madame Tout-le-monde n’étaient pas forcément des gens très recommandables.
— Finalement, ce sont les leçons de Tom sur la psychologie humaine qui t’ont le plus profité.
Reiyloo eut un sourire franc.
       — Et je ne peux pas dire que je déteste ça. Mais je ne suis pas très fort pour deviner les secrets ou les pensées de mes interlocuteurs.


(Suite Chapitre 18.3)


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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Ven 6 Oct 2017 - 11:39

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.3


Suite du chapitre 18.2


Il marqua un temps d’arrêt avant de reprendre :
— Pour en revenir… Disons que lorsque tu m’as parlé d’un employeur suffisamment puissant pour tenir tête au CENKT, j’ai pensé à l’ATIDC. Il paraît qu’ils travaillent avec les entreprises Larson depuis quelques mois.
— Pas vraiment… Le patriarche est décédé, il y a presque six mois. D’ailleurs, j’imagine que ton interview de l’héritier n’était pas si désintéressée, n’est-ce pas ? J’espère au moins que tu n’avais pas dans l’idée de l’assassiner.
— Ce n’est pas l’envie qui m’a manqué. Ce type est d’une prétention sans limite.
— Alors tiens-toi bien, il est descendu de son trône le mois dernier quand il a découvert que son père a vendu tous ses biens pour une somme symbolique à Etsuko Wong, la matriarche de l’ATIDC. Cela avec la bénédiction, peut-être même sur les conseils de son cher oncle, Lee Brennan. Légalement, il ne possède plus que ses propres biens, et une partie très substantielle de l’héritage paternel. Contrairement à ce que tout le monde supposait, il ne sera pas l’un des hommes les plus riches de notre planète… Du moins pas dans l’immédiat.
— Et c’est ce qui va empêcher l’ATIDC de financer le CENKT ?
— L’ATIDC ne finance pas du tout le CENKT, mais La GSAEEL, ou si tu préfères l’Agence Mondiale de Surveillance des Environnements et de la Vie Extraterrestres. Les francophones la connaissent sous le nom de l’AMSEVE et tous ceux qui s’intéressent au sujet.
— Attends… L’AMSEVE est sous la tutelle des Nations-Unies…

Comment cela avait-il pu lui échapper ? Cela faisait un moment qu’il cherchait à en savoir plus sur l’AMSEVE. Le gouvernement américain cherchait à en prendre le contrôle aux dépens des Nations Unies arguant du fait que ses moyens financiers et humains, ainsi que les bénéfices obtenus, quelles que soient leurs natures, seraient mieux répartis et utilisés sous son commandement. À part, cela, Reiyloo ignorait ce qu’était exactement l’AMSEVE et quelles étaient ses missions exactes en dehors de surveiller la fonte des glaces en Antarctique.  

Les renseignements sur cet organisme étaient rares, voire inexistants. Il avait néanmoins pu apprendre, officieusement, que les personnes qui y travaillaient avaient mis au point un programme secret de coopération entre humains et extraterrestres, et mieux encore, ils étaient potentiellement capable de voyager plus loin que l’être humain ne pouvait l’imaginer. Tout cela ne lui avait jamais été confirmé de manière officielle. S’il n’avait pas été lui-même un extraterrestre, il n’aurait porté aucun crédit à ces hypothétiques avancées scientifiques. Il s’était même demandé si ce n’était pas un canular du CENKT destiné à piéger des extraterrestres comme Eitùr Solpi’ã. Mais avec l’ATIDC dans la partie, c’était trop gros. Toutefois, il restait méfiant sur le sujet.

Même si…

Il se leva du canapé et alla s’asseoir sur la table basse, immédiatement face à Jordan.

Il commença à parler à voix basse, fébrile, comme si ce qu’il racontait était trop incroyable pour être énoncé à voix haute.
— Il y a deux mois, j’étais encore au Texas, sur le point de déménager… Un type nommé Paul Ryan m’a contacté sur le réseau… Je n’ai pas répondu. J’ai fermé le réseau, changé les routeurs… et loué un nouveau canal. Le soir même, dans le snack où je dînais, un type est venu me remettre une enveloppe… Il s’est présenté comme étant Paul Ryan… Je crois que j’ai eu l’une des plus grosses peurs de ma vie après le CENKT, cela va de soi… J’ai évidemment pensé que le CENKT m’avait retrouvé… et si ce n’était pas le cas, cela n’allait pas tarder puisqu’un type comme Ryan y était parvenu facilement… Mais je n’ai pas pu m’empêcher d’ouvrir l’enveloppe…
— Ta curiosité habituelle. Je te rappelle que la curiosité finit toujours par tuer le chat, ironisa Jordan
— Sauf que là, le type, Paul Ryan, il a découvert que le CENKT a commis un assassinat, en France, en Corse pour être exact… Plusieurs peut-être… en avril de cette année. En fait, la police française n’a pas cherché à faire le lien entre l’homme qu’ils ont retrouvé, assassiné de plusieurs balles dans un immeuble en construction, et la présence des hommes du CENKT sur l’île. Ils ne l’ont même pas identifié.

Avec le passage en force récent d’une tranche politique plus radicale que les autres à la tête du pays, les autorités avaient d’autres préoccupations, surtout si on leur demandait de leur donner la priorité plutôt que de s’occuper du CENKT ou d’un ressortissant américain. Ils étaient plutôt du genre à laisser les américains s’occuper de leurs affaires entre eux.

Jordan se garda bien d’interrompre son ami.

Celui-ci poursuivait :
— Alors Ryan est parti là-bas, en Corse, et il a mené sa propre enquête. Il n’a eu aucun mal à retrouver des gens qui le connaissaient, même si ces gens-là ne sont pas vraiment du genre à parler, encore moins dans les conditions actuelles… Le type qui avait été assassiné s’appelait Eric Curtis. Il était australien, mais avait pas mal vécu au Canada et aux États-Unis. Apparemment, d’après ce que Ryan a réussi à savoir, il y a eu une altercation entre les forces de l’ordre françaises et un groupe de mercenaires américains… Probablement des hommes de la branche nord-américaine du CENKT. Eric Curtis était sur les lieux… et quelques temps plus tard, on le retrouve assassiné. D’après Ryan, Curtis vivait en Corse depuis quelques années. Les gens du coin l’appréciaient. En dehors de leur donner quelques coups de mains de temps à autre, il ne travaillait pas… Pourtant, il percevait régulièrement une somme d’argent, un salaire. Ryan a donc naturellement suivi la piste de l’argent. J’ai vérifié de mon côté… et il s’avère qu’une partie de ses fonds financiers provenaient de l’ATIDC et…
— Et de multiples sociétés dont on n’a jamais entendu parler, acheva Jordan. Et tu n’es toujours pas intéressé par ma proposition ?

Reiyloo secoua la tête.
— Pas tant que je ne saurais pas pourquoi l’ATIDC participe au financement de gens comme Curtis ou des organismes comme l’AMSEVE, et ce qu’ils sont et font.
— Ils essaient chacun à leur manière de sauver des êtres comme toi, Reiyloo… des gens qui n’ont pas demandé à venir sur notre planète, mais qui y sont, et que l’on pourchasse comme de vulgaire animaux pour leur faire ce qu’ils t’ont fait… Ce qu’ils m’ont fait faire…

Le regard de Reiyloo se fit lointain. Il réfléchissait à cette possibilité. Jordan le connaissait. Il ne serait pas facile à convaincre, et cela se confirma :
— On croirait entendre Eitùr. Quelle preuve t’ont-ils donné pour que tu les croies et pour que tu essaies de me persuader à mon tour.  
— Et si je te disais qu’ils peuvent te fournir le moyen de rentrer chez toi…

Chez lui ? Jordan ne parlait évidemment pas de l'un de ses anciens appartements… Ou de quoi que ce soit sur la Terre. Même si l’idée de retrouver sa famille, et la maison de son enfance était plus que tentante.
— Je n’ai plus de chez moi… Je ne sais même pas ce que je suis… À quelle espèce d’extraterrestre j’appartiens.
— Peut-être qu’ils pourraient le savoir… L’ATIDC ou l’AMSEVE…
— Je n’ai aucune envie de confier ma vie à des gens que je ne connais pas.
— Je comprends, acquiesça Jordan.
— Ce que son ami avait subi au camp lui avait ôté toute confiance envers les humains, fussent-ils des médecins, des chercheurs et autres scientifiques. Peut-être encore plus en ce qui concernait les médecins, les chercheurs et autres scientifiques.
— Tu dis qu’ils ont vraiment trouvé un moyen de voyager dans l’espace ?
— Il semblerait, oui.
— Cela va faire du bruit quand cela va se savoir, mais ce n’est certainement pas moi qui annoncerais la nouvelle.

Jordan eut un petit rire.
— On sait trop bien ce qui arrive aux messagers.

Reiyloo se contenta d’acquiescer, sans le moindre sourire.
— Ce genre de nouvelle serait pire pour nous que tout ce que nous avons pu vivre à l’ATIDC.


(Suite Chapitre 18.4)


Dernière édition par Ihriae le Mar 14 Nov 2017 - 9:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Ven 6 Oct 2017 - 11:52

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.4

Suite du chapitre 18.3


Encore une fois, Jordan ne pouvait pas lui en vouloir de n’avoir aucune confiance dans le genre humain, surtout après ce qu’il avait vu ces derniers jours.
— Et ton travail ? l’interrogea Reiyloo. Tu ne m’as toujours rien dit à ce sujet.

Jordan sentit son degré de nervosité remonter plusieurs crans d’un coup.
— C’est si grave que ça ? s’inquiéta Reiyloo en le voyant blêmir.

Jordan haussa les épaules.
— Comme je te l’ai dit, je ne travaille pas directement pour l’ATIDC, mais pour un procureur du Tribunal Pénal International. J’enquête pour lui… Mon boulot est de rassembler des preuves, des témoins…ou de faire la liaison entre mon patron et ceux qui pourraient lui donner des preuves d’une atteinte à la vie et à la dignité humaine… ou de tout être possédant une intelligence, une âme, une culture et des croyances. Je dois aussi m’assurer du bien-être d’individus appartenant à des populations sensibles. Il y a certaines personnes, sûrement pas nombreuses, à la Haye, qui connaissent votre existence, Reiyloo. Mon patron en fait partie.
— C’est loin de la biologie… En même temps, je comprends pourquoi tu as accepté ce travail.
— À part le salaire, je n’ai rien accepté du tout. J’ai été le chercher ce travail… En quelques sortes… J’ai dit à ce procureur ce que j’avais fait… et ce que le CENKT faisait.

Reiyloo ouvrit de grands yeux. Jusqu’où serait capable d’aller Jordan pour s’absoudre de ses crimes, ou de ce qu’il considérait comme tels ?
Oui, il avait bel et bien été complice au début, et Reiyloo n’avait jamais su jusqu’à quel point, ni ce qui l’avait fait changer de camp. Il avait toujours refusé d’en parler. Mais, depuis, Jordan l’avait sauvé, ainsi que quelques autres… Cela devait forcément compter. De plus Reiyloo le connaissait suffisamment, ne serait-ce que pour lui pardonner… et se demander ce qu’il aurait fait si les rôles étaient inversés.

— Je pensais que je serais arrêté, jugé et condamné, poursuivit Jordan… et qu’il en serait de même pour les membres du CENKT. Au lieu de cela, ils m’ont convaincu de travailler pour eux afin d’accumuler des preuves contre le CENKT.
— Convaincu ?

Reiyloo sentait que son ami ne lui racontait pas toute l’histoire.
— Ils ne pourront jamais dissoudre le CENKT. Comme tu dois t’en douter, le CENKT a ses propres alliés politiques, notamment du côté des gouvernements américain, russes, chinois, français et italien. Pour l’instant, on en peut rien contre eux. Il faut des preuves. Beaucoup de preuves, pour espérer limiter leurs actions. Seulement les limiter.

Cette explication ne satisfaisait pas entièrement Reiyloo. Il ne sentait pas le mensonge dans les paroles de Jordan, mais l’impression que celui-ci continuait à lui cacher quelque chose persistait.

Les deux hommes restèrent silencieux un moment.

Reiyloo finit par rompre ce silence le premier.
— Il y a autre chose, n’est-ce pas ?

Jordan ne répondit pas immédiatement. Il se contentait de regarder son ami droit dans les yeux comme s’il cherchait à le jauger. Quoi que fut cette chose, elle devait être grave.
— On a trouvé quelque chose, finit-il par dire.

« On » ?
Reiyloo décida de laisser cette question de côté et attendit la suite.

— En Inde. C’est… C’est…
Il cherchait ses mots. Un seul sembla lui venir à l’esprit.
— … insupportable. Même toi, qui a vu tellement… Tellement… je ne sais pas si…
— Si quoi ? demanda-t-il doucement.
— Un charnier…

Des larmes trop longtemps contenues commencèrent à glisser le long des joues creuses de Jordan.

Reiyloo se trouva soudain désemparé. Des horreurs, il en avait vues et subies. Il sentit la colère monter en lui. Pas contre Jordan, mais contre le genre humain… ou une partie… Il ne savait que trop bien que ceux qui avaient fait cela se cachaient du commun des mortels par crainte d’être haïs. Pas pour ce qu’ils avaient fait, non. Mais pour ce qu’ils étaient. C’était sûrement ce qui leur serait le plus insupportable. Ça, et les conséquences… Comme cela l’avait été pour Jordan.

À la colère, se mêlait aussi une peur sans nom et la tristesse si profonde qu’il avait peine à la contenir.

Dans un geste de compassion, il passa ses bras autour des épaules de son ami. Il sentit son corps secoué par les sanglots, et l’humidité des larmes dans son cou. Cela dura quelques minutes avant que Jordan puisse enfin se calmer. Puis il se leva. Un verre d’eau fraîche ne leur ferait pas de mal à l’un et à l’autre, à défaut d’autres choses. Il n’avait aucun alcool chez lui. Il ne supportait pas d’en boire, et par ailleurs, Jordan était normalement abstinent.

Dans la cuisine, il sortit une bouteille d’eau du frigidaire. Puis, il attrapa deux grands verres dans un placard, juste à côté d’une boite de somnifères. Il hésita un moment à la prendre. Plus tard peut-être. Ce n’était pas ce dont ils avaient besoin dans l’immédiat. Il la sortit tout de même et la posa sur la table.

Il prit la bouteille d’une main et les deux verres de l’autre et revint dans le salon. Jordan s’était levé et faisait les cents pas. Il avait la tête d’un homme qui avait pleuré.
— Je dois y retourner et… et j’aimerais que tu viennes avec moi, dit-il d’une voix lasse. Un hélico nous attend au stade.  

Reiyloo aurait préféré que son ami ne lui fasse pas cette demande. Pour rien au monde, il ne souhaitait replonger dans ce cauchemar. Le sien lui suffisait.
— C’est à l’ami autant qu’au journaliste que je le demande, ajouta Jordan.

Reiyloo prit le temps de remplir les deux verres d’eau et en tendit un à Jordan avant de boire le sien. Il évita de croiser son regard. Il sentait maintenant combien cela avait été difficile à Jordan de lui demander cela… C’était même le but de sa visite. Il aurait voulu refuser, mais c’était impossible.

Les mots sortirent de sa bouche sans qu’il puisse les contrôler.
— D’accord, finit-il par dire. Je m’habille et je prends mon sac.


Le voyage en hélicoptère dura deux heures environ. C’était un de ces nouveaux appareils mis au point par l’ATIDC pour le compte de L’AMSEVE. Il filait dans les airs silencieux. Ceux qui le lui avaient mis à disposition devaient avoir une haute opinion de Jordan. Une fois à l’intérieur, Reiyloo sortit la boite de somnifère qu’il n’avait pas oublié d'emporter dans son sac de voyage. Il en sortit deux et les avala d'un coup. Cela lui permit de dormir un peu. Jordan le secoua lorsque l’appareil amorça sa descente. Il fut à peine surpris de se réveiller au-dessus d’une plate-forme pétrolière en pleine mer, au large des Petites Antilles. Son esprit était encore trop embrumé par les narcotiques pour se poser la question. Néanmoins, il reprit rapidement ses esprits lorsqu’il vit l’avion dans lequel ils allaient poursuivre leur voyage. On aurait dit la navette spatiale de 2001 L’Odyssée de L’espace version un demi-siècle plus tard. Elle explosait de blancheur pure sous la lumière des projecteurs du tarmac.

Les avions ne les avaient jamais passionnés ni l’un ni l’autre, mais ça…
— Encore un prêt de l’ATIDC, j’imagine ? demanda Reiyloo.
— Tout droit sorti de leur hangar de conception.
— Je n’ose même pas imaginer comment doit être l’intérieur.
— Bizarrement, assez commun.

Sur ce point, Jordan avait raison. L’intérieur était assez commun à celui d’un avion de ligne privé, mais il restait néanmoins assez somptueux.

Les sièges étaient confortables, par deux d’un côté de l’allée, ou seul de l’autre. Tous pivotants. Munis d’un casque visuel 3D à placer sur le visage au niveau des yeux, et des bouchons d’oreille sans fils afin d'écouter le film ou la musique que l’on souhaitait. Une tablette était aussi à la disposition des voyageurs. Elle fonctionnait avec le casque. Tout était en Réalité Virtuelle Augmentée. Il se sentirait complètement immergé, lui expliqua Jordan.

Pour la RVA, il la remettait à plus tard… ou à jamais. Il n’en avait pas vraiment le cœur. Tout ce qu’il souhaitait, c’était dormir. Il s’installa sur à un siège unique, juste derrière Jordan.

La première chose qu’il fit, fut de reprendre un nouveau cachet. Jordan l'avait prévenu que le voyage serait plus long cette fois.


(Suite Chapitre 18.5)


Dernière édition par Ihriae le Mar 14 Nov 2017 - 9:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 11 Oct 2017 - 10:16

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.5

Suite du chapitre 18.4


Avant de s’installer à son siège pour la durée du voyage, Jordan lui tendit un dossier.
Reiyloo devina qu’il contenait les premières observations sur ce qui avait été découvert en Inde. Sans doute des photos aussi. Aurait-il le temps de l’étudier ? Combien lui restait-il de temps avant de sombrer dans les bras de Morphée ? Il aurait sûrement les idées plus claires après l’atterrissage.

Il se rendit compte que Jordan regardait la boite de somnifères.
— Je crois que je vais en avoir besoin aussi, dit-il d’une voix sombre. Ce sera toujours un peu de sommeil de pris. Après ce que nous allons voir, je doute que nous puissions retrouver le sommeil avant un moment.
— On va où exactement ? lui demanda Reiyloo en lui tendant la boite.
— Shahgarth, c’est à la frontière de l’Inde et du Pakistan
— Pas très accueillant comme endroit.

Jordan lui fit un signe discret en direction des trois hommes et de la femme qui s’étaient installés au fond de l’appareil. Jordan avait pris soin de prendre leurs places suffisamment éloignées d’eux.
Reiyloo n'avait pas manqué de les remarquer dès l'instant où ils avaient mis les pieds dans l'avion.
— L’équipe de gros bras, c’est pour nous protéger ou pour nous surveiller ? marmonna Reiyloo dont l’aversion pour les militaires était une évidence.

Même si ceux-ci avaient pris soin de s’habiller en civil tout en eux respirait l’armée. Il les avait vus charger d’énormes caisses dans les soutes de l’avion, dont certaines étaient marquées d’une croix rouge, d’autres d’un nom. Monsouba, Duklian, Flint et Adams-MacAsgaill. Il supposa que le premier était celui de la femme d’origines africaines. Pour le deuxième, il aurait parié qu’il s’agissait de l’homme chauve. Il avait une attitude et un physique plus européen que les deux autres. Peut-être venait-il d’un pays d’Europe Centrale. Lui ou ses plus proches ancêtres car il parlait un anglais sans le moindre accent lorsqu’il s’adressait à ses compagnons. Difficile de dire qui était Flint et Adams-MacAsgaill entre les deux autres. L’un était blond aux yeux bleus. Il avait un sourire franc, et c’était lui qui donnait les ordres aux trois autres. L’autre avait aussi des yeux bleus, mais il était brun. Plus timide et un peu plus jeune que les trois autres, de toute évidence, il était le petit nouveau de l’équipe.
— Un peu des deux, sûrement, fit Jordan après avoir organisé son espace de voyage et y avoir trouvé suffisamment de confort pour enfin s’asseoir.

Néanmoins, à peine assis, il fit pivoter son fauteuil pour faire face à Reiyloo qui s’autorisa à quitter les militaires du regard. Ceux-ci avaient bien évidemment été conscients de la façon dont il les avait observés, mais ils avaient eu la décence de ne pas le remarquer.
— Aucun d’entre eux… enfin de ces quatre-là ne vient de l’armée à l’origine, tenta de le rassurer Jordan. Ce sont des réservistes, pour certains. Ils viennent de la société civile. D’autres ont été transférés du FBI, d’Interpol, des forces de police ou d’intervention de leurs différents pays dans cette unité. Ils ont tous suivi un entraînement spécial et sont sûrement les meilleurs dans ce domaine.
— C’est supposé me rassurer ?
— Crois-moi, là où nous allons et avec les… personnes avec lesquelles nous allons devoir collaborer, ils seront nos meilleurs amis. Et si cela peut vraiment te rassurer, ils ne travaillent pas pour l’ATIDC, mais pour les Nations Unies.

Reiyloo émit quelques mots incompréhensibles et ferma les yeux. Il semblait s’être assoupi. Les cachets faisaient leur effet. Jordan décida d’en faire de même. Il avala un cachet à son tour. Il avait vraiment besoin de dormir. Ce qui les attendait à leur arrivée ne serait pas une partie de plaisir.  


À Jaïpur, ils passèrent d’un avion tout confort à une vieille camionnette qui devait dater du siècle précédent. Ils prirent la direction de la frontière indo-pakistanaise sur une mauvaise route. Avec toutes les difficultés que cela comportait, ils mirent le restant de la nuit et toute la journée du lendemain pour y parvenir. Reiyloo en profita pour étudier le dossier que Jordan lui avait remis dans l’avion. Ils durent franchir de nombreux postes de sécurité. Le pays était au bord du gouffre. Une guerre avec son voisin pakistanais se profilait depuis des années et elle semblait sur le point d’éclater. Le pays était à bout de force économiquement. Les autorités étaient désemparées depuis l’afflux massif de réfugiés depuis une trentaine d’années. Les choses n’avaient pas cessé d’empirer. Pire encore : refusant d’accueillir sa part d’immigrants, l’Inde expédiait les indésirables au Pakistan. Malheureuse solution de la dernière chance aux yeux des autochtones, si les négociations menées par les Occidentaux qui n’avaient pourtant qu’une vision étriquée du problème échouaient, la guerre.

De leur côté, les chinois commençaient aussi à s’agiter, menaçant le gouvernement indien de représailles s’il ne mettait pas fin à la crise de lui-même. Du coup, le gouvernement indien avait ordonné à l’armée, à la police, et à des milices privées de renforcer la sécurité aux frontières. Bien sûr, cela ne protégerait en rien le pays en cas d’attaque, mais cela avait au moins le mérite de rassurer une partie de la population.

Des observateurs anglais et italiens avaient informé l’ONU de l’existence du charnier, mais faute de sécurité adéquate, ils n’avaient pu le vérifier. Une équipe des Nations-Unies avait aussitôt été dépêchée sur les lieux, mais elle ne fut pas la première. Les autorités indiennes étaient déjà naturellement sur place. Ce qui n’était au départ qu’une rumeur était devenu une réalité. Il y avait aussi une ONG américaine qui œuvrait pour l’éducation des enfants dans cette partie de l’Inde : Education For All Children.

Depuis leur descente d’avion, Jordan n’avait pas dit un mot. Leurs gardes du corps non plus. Ce qui convenait parfaitement à Reiyloo. Il n’en revenait pas d’avoir accepté d’aider Jordan, mais après ce qu’il avait lu, après avoir vu les photographies qui accompagnaient le dossier, il le regrettait profondément.

Arrivés à destination, à l’entrée d’une sorte de camp retranché autour duquel on avait tendu des bâches blanches, ils furent accueillis par une femme dont l’aspect mit immédiatement Reiyloo sur ses gardes. Elle portait un tee-shirt bleu marine, avec le logo blanc et orange de l’EFAC, dans le dos, mais ce fut son aspect physique qui retint son attention.

Grande et charpentée, toute en muscles, un visage acéré, des yeux bruns dans lesquels semblaient couver un brasier, une épaisse chevelure couleur miel, nattée d’une manière qu’il avait rarement vue… sauf chez les rares nordhales qu’il avait pu croiser au camp…

Elle le regarda comme s’il avait été une sorte de virus ambulant.
— Qui c’est lui ? leur cracha-t-elle quasiment au visage.
De toute évidence, sa présence lui déplaisait grandement.

Reiyloo sentit imperceptiblement les gardes derrière lui se rapprocher. Tous les quatre avaient revêtu leurs uniformes dans la camionnette. La raison de leur présence ne pouvait désormais échapper à personne. Elle le remarqua aussi leur mouvement et fit un pas en arrière sans le quitter du regard.
— Orso est dans le coin ? demanda Jordan d’une voix calme.
— Orso n’est jamais loin. Comme nous tous, il espérait que vous ne reviendriez pas.

Reiyloo jeta un coup d’œil à Jordan qui ne se démonta pas à son grand étonnement. La faiblesse, parfaitement humaine, dont il avait fait état la veille dans son appartement, avait totalement disparu. Même la fatigue semblait absente de son visage déterminé.
— Je vous rappelle que tous ceux qui se trouvent ici sont sous l’autorité des Nations Unies. Nous avons accepté votre présence par pure courtoisie. Si cela ne vous plaît pas, vous faites vos bagages.

Le ton de son ami était ferme et inhabituel.

La femme les fusilla du regard. Reiyloo vit un homme sortir du camp. Il portait une combinaison étanche et blanche qui lui donnait l’air d’un géant. Il s’en dépara rapidement et vint à leur rencontre. Il avait le même tee-shirt que la femme.

Leur interlocutrice se retira lorsqu’il fut assez près d’eux.

L’homme était plutôt grand et large d’épaule, un visage poupon malgré son âge. Ses cheveux sombres grisonnant au niveau des tempes et les quelques rides qui apparaissaient autour de ses yeux indiquaient qu’il devait avoir une cinquantaine d’années. La pupille de ses yeux était d’un noir profond. Malgré lui, Reiyloo fit un pas en arrière. Même s’il en avait l’apparence, bien qu’il ait aussi un côté un peu ours, cet Orso n’était pas plus terrien que la fille qui venait de leur parler. Reiyloo supposa qu’il devait s’agir d’un Seïntokae.  
— Reiyloo, voici Orso Siponi. C’est lui qui dirige la mission humanitaire Education For All Children. Orso, voici Reiyloo Guurdwaaldotir, le photographe envoyé par l’ATIDC.

(Suite Chapitre 18.6)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 11 Oct 2017 - 10:31

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.6

Suite du chapitre 18.5



Reiyloo fit un gros effort pour ne pas tiquer devant ce mensonge. Il tendit la main en guise de salutation. Siponi ne se donna pas la peine de la serrer, ni même de le regarder. Le jeune homme remarqua une veine qui tressauta dans le cou du géant.
— Suivez-moi, dit-il à Jordan.
Puis il ajouta :
— Pas vous.

Cela s’adressait autant à lui qu’aux militaires de l’ONU. Quoi qu’en dise Jordan, pour Reiyloo, ils étaient des militaires.

Malgré la demande, ou plutôt l’ordre de Siponi, le chef du groupe, que Reiyloo savait maintenant se nommer Virgile Flint suivit Jordan.
— ONG mon cul ! marmona Reiyloo pour lui-même en donnant un coup de pied aux pierres qui jonchaient le sol sableux.

Une main, apparemment amicale, mais ferme se posa sur son épaule. Il sursauta. La femme en uniforme, Adélaïde Monsouba, se cala devant lui.
— On se calme, lui ordonna-t-elle d’une voix basse à l'accent français prononcé, presque en chuchotant. D’accord ?

Elle prenait soin de cacher sa bouche dans le foulard qu’elle portait autour du cou.
— Jusqu’à maintenant, nous n’étions pas certains de savoir à qui nous avions affaire. Grâce à vous, ou plutôt à leur réactions face à vous, nous le savons maintenant.

Reiyloo ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais l’un des deux autres, Faust Duklian lui fit comprendre d’un coup d’œil qu’il ne devait pas parler.

Il comprit qu’ils étaient sans doute observés.

La jeune femme prit un appareil photo que lui tendit Keanan Adams-MacAsgaill, et fit mine de l’observer en détail.
— Ces gens ne sont pas originaires de la Terre, n’est-ce pas ? Prenez cet appareil si nous sommes dans le vrai.

Ce qu’il fit sans hésitation. Jordan lui avait dit qu’il pouvait leur faire confiance. Il n’y parvenait pas, mais il avait confiance en Jordan.

Monsouba poursuivit de la même manière.
— Monsieur Teller ne risque rien tant que notre capitaine l’accompagne. Et vous non plus, tant que vous vous conformez à ce qu’il vous dira. Compris ?
Il cligna des yeux.

— Nous avons laissé une dizaine de nos collègues sur place, ainsi que des émissaires des Nations Unies et de l’ATIDC. Monsieur Teller doit d’abord essayer de savoir s’ils sont sains et saufs et si nous sommes tous en sécurité. Pour une raison que nous ignorons, ils ont confiance en lui, et nous voulons que cela continue. Alors, je vous le répète, pas d’initiative personnelle.

Bon sang, dans quel guêpier, ils s’étaient encore fourrés, Jordan et lui ? Un jour, ils ne s’en sortiraient pas vivants, c’était certain.

Jordan et le capitaine revinrent sans Orso quelques minutes plus tard. Flint échangea quelques mots avec ses hommes, de la même manière que Monsouba l’avait fait avec lui. Puis il leur distribua la même combinaison étanche que portait Orso Siponi. Mais elles provenaient de leur camionnette et non des réserves du champ de fouilles.
— Apparemment, nos amis sont à l’intérieur, en repos forcé depuis deux jours, expliqua Jordan. À part une espèce de grippe intestinale qui les a tous plus ou moins assommés, tout va bien pour eux. Les hélicos de l’ATIDC devraient arriver dans moins d’une heure pour les évacuer.  
— O.K, alors on fait ce pourquoi on est venu, prévint Flint. On constate, on ramasse les preuves et on se tire tous d’ici avec notre part du contrat.
— Reiyloo, tu photographies, comme prévu, ajouta Jordan. J’aurais aussi besoin de ton expertise. Et si quelque chose te semble hors contexte, tu m’en fais part, d’accord.

En Guise de réponse, Reiyloo le fusilla du regard. Il avait l’impression de s’être fait piéger dans le trou du diable. Il aurait pu sourire de cette réflexion : un extraterrestre qui croyait au diable… Mais les lieux comme la situation ne se prêtaient pas à l’ironie, encore moins aux sourires apparemment sans fondement.

Les cinq hommes et la femme enfilèrent leur tenue.

Jordan avait remarqué que son ami ne gouttait guère la situation. Il aurait dû lui donner plus de détails et ne pas se contenter de ce qui figurait dans le dossier. Bien sûr, il n’aurait pas pu en parler à l’appartement. Autrement, Reiyloo ne l’aurait jamais suivi jusqu’ici. Mais il aurait au moins pu le faire dans la camionnette alors qu’il prenait connaissance du dossier. La mine sombre de son ami l’en avait dissuadé. Il sentait maintenant que Reiyloo lui en voulait, mais il ne pouvait plus rien y faire à part essayer de le rassurer au mieux. Et pour l’autre chose qu’il avait remarquée, et qu’il n’expliquait pas encore, mieux valait être franc avec lui.
— Reï, on en a vu d’autres, et tout va bien se passer je te le promets, tenta-t-il de le rassurer en le gratifiant d’une tape amicale sur l’épaule. Par contre, j’ignore ce que Siponi a contre toi, mais il est clair qu’il ne t’apprécie pas. Il m’a fait comprendre que les autres non plus…
— Peut-être parce que nous partageons une chose en commun.
— Je n’ai pas ton instinct, mais j’ai le sentiment qu’il n’y a pas que vos… origines.
— Il va falloir que je surveille mes arrières ?
— On doit tous surveiller nos arrières, lui fit remarquer le capitaine Flint qui les avait écoutés en silence jusqu’ici. Mais si cela peut vous permettre de travailler plus efficacement, Duklian et Monsouba surveilleront les vôtres, en plus des leurs.

Reiyloo comprit que c’était leur manière de s’assurer sa confiance. En vain. Il lui faudrait très longtemps avant qu’il fasse confiance à un type en uniforme armé d’un fusil mitrailleur. Bon sang ! Et dire que six mois plus tôt, il se trouvait dans une demeure cossue à interviewer un riche héritier…
— À part ça, il y a vraiment un risque de contamination ? demanda-t-il.

Tout en pénétrant dans le sas de décontamination, Jordan lui répondit :
— Pour ce qui est de la petite indisposition générale dont seuls ceux qui n’appartiennent pas à l’EFAC ont été les victimes, je ne vous fais pas de dessin… Mais pour les malheureux qui sont enterrés dans cette boue, tout dépend de la manière dont ils ont été supprimés… Il y a deux groupes distincts. L’un ne serait composé que d’êtres humains. C’est celui-ci que les autorités locales ont étudié avant que leurs hommes tombent malades. L’autre est composé de créatures diverses. À part les membres de l’EFAC, personne ne les a encore vus.
— Justement, que fait… l’EFAC, ici ? demanda Reiyloo. Ils sont supposés être une organisation « humanitaire », pas des scientifiques ou des observateurs.

Ce fut Adelaïde Monsouba qui répondit à sa question en aspergeant leurs combinaisons d’un liquide sous forme de bruine :
— La plupart des organisations humanitaires sont bien ce qu’elles disent être. Mais il arrive que l’une d’entre elles soit tout autre chose. C’est le cas de l’EFAC. Cela fait un petit moment qu’on les surveille, mais jusqu’ici, ils se sont toujours contentés de jouer leur rôle, au point qu'on ne leur voyait rien de réellement inhumain, même si on a commencé à en douter il y a peu. Là, ils ont sorti le grand jeu et se sont mis à découvert en pensant qu’ils pourraient facilement remporter la partie.
— Jusqu’à ces derniers jours, poursuivit Jordan. En plus, ton arrivée a semble-t-il provoqué un petit électrochoc sur Siponi. Tout à l’heure sous la tente, ce n’est pas avec moi ou le capitaine qu’il a dû négocier, mais avec Helen Redfield, la codirigeante de l’ATIDC.

Et facultativement, l’épouse de l’ancien premier ministre anglais, Stephen Perry, compléta mentalement Reiyloo, sans être certain que cela ait vraiment eu un rôle dans les négociations.  
— Je me suis contenté de jouer les intermédiaires, ajout Jordan. Et bien sûr de lui confirmer ce que l’ATIDC supposait depuis longtemps quant à la nature des membres de l’EFAC.
— Quelles étaient les demandes de Siponi ?

Jordan haussa les épaules, indiquant par là qu’il ne pouvait en être certain.
— Il voulait qu’on leur laisse le champ libre. Autrement dit, qu’on quitte les lieux. Mais il s’est bien gardé de nous dire pourquoi. Évidemment, Redfield a refusé. Elle leur a laissé le choix : partir ou nous aider à identifier l’origine des victimes. Dans le second cas, elle leur a promis que s’il se trouvait un proche de l’un des membres de l’EFAC, alors elle le leur remettrait une fois que les scientifiques de l’ATIDC l’auraient étudié afin qu’il puisse avoir les obsèques conformes à sa culture. Elle lui a laissé dix minutes pour en discuter avec ses supérieurs ou les membres de son équipe. Il n’en a pas eu besoin. Il a immédiatement accepté.
— Il a accepté ? s’étonna Reiyloo.
— Ils ont eu deux jours pour prendre tout ce qu’ils ne voulaient pas que nous trouvions. Je ne vois que cette explication pour qu’il ait accepté sans même en parler à qui que ce soit.

(Suite Chapitre 18.7)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 11 Oct 2017 - 10:43

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.7

Suite du chapitre 18.6


Orso Siponi les attendait à la sortie du sas. Sans un mot, il les conduisit jusqu’à une tente située à la imite d’une aire de fouilles creusées dans la terre et fortement éclairée. Des combinaisons blanches étaient agenouillées dans le vaste trou, auprès de sacs mortuaires. D’autres remontaient ces mêmes sacs et les alignaient à même le sol.

Reiyloo suivit Jordan à l’intérieur de la tente. Monsouba et Duklian fermaient la marche. Le capitaine, qui venait d’être rejoint par deux de ses hommes, visiblement pas au mieux de leur forme, resta à l’entrée de la tente.

L’intérieur de la tente était très fortement éclairé. Une fois encore, Reiyloo dû prendre un peu de temps pour s’habituer à cette lumière. Ce qu’il vit ensuite lui glaça le sang : une trentaine de tables d’autopsie alignées sur trois rangées. Sur chacune d’elle reposait un corps momifié. Le plus proche de lui était si petit qu’il semblait être celui d’un enfant. Peut-être en était-ce un… Reiyloo sentit la nausée monter. Il ressortit en courant. Il ne put aller bien loin. Il n’avait plus le contrôle de son estomac. Il ne put s’éloigner que de quelques mètres avant de vomir tout ce qu’il avait dans l’estomac. Autrement dit, quasiment rien à part de la bile qui lui brûla la gorge, car il n’avait pas pu manger depuis qu’il avait ouvert le dossier.
— On a tous eu cette réaction, entendit-il le capitaine derrière lui.

Il ne répondit rien, s’essuya la bouche et se força à retourner à l’intérieur de la tente. Une douzaine de regard convergèrent aussitôt sur lui. Pour autant qu’il puisse en juger à cause des combinaisons protectrices, certains lui étaient clairement hostiles, d’autres dubitatifs, mais aucun ne devait être amical en dehors de celui de Jordan. Il s’efforça de conserver une attitude sereine et sans la moindre agressivité. Ce qu’il était loin de ressentir vraiment.

Il rejoignit Jordan qui observait l’une des momies.
Un seul regard sur elle…
— Un gobelem, parvint-il à articuler.
Jordan acquiesça :
— La peau est noircie, mais il subsiste encore par endroit des tâches de couleur bleue. La couleur de peau des gobelems, confirma Jordan. Le visage légèrement disproportionné, selon nos critères, par rapport au corps, et très allongé, le front et le menton proéminents, le nez large, les oreilles en pointes, le cou long et large et ce qui reste de deux appendices à la base de la nuque le confirment.

Une combinaison blanche se rapprocha d’eux, presque timidement. Son propriétaire toussota et attira l’attention des deux hommes. Avant qu’ils aient pu lui demander quoi que ce soit, il fit ce que personne n’aurait sûrement osé faire ici avant lui. Il ôta son heaume et ses gants.

Les autres combinaisons blanches s’entre-regardèrent, visiblement choquées par son geste.

L’homme dont l’apparence était humaine semblait originaire du Moyen-Orient. Âgés d’une cinquantaine d’années, peut-être un peu plus, il donnait l’impression de ne pas être tout à fait à sa place dans cet endroit.
— Que la paix soit sur vous, Jordan Teller, ainsi que sur votre ami. Je suis Janus Oldman, et je mandaté par l’ATIDC pour autopsier les... victimes.

Reiyloo fut surpris par les paroles de l’homme ― une bénédiction était toujours une bonne démarche dans l’établissement de relations amicales ―   autant que le fait que l’homme venait de lui prendre la main et la lui serrait avec enthousiasme. Il ne put s’empêcher de se demander si cet enthousiasme n’était pas un peu forcé.
— Euh… Monsieur, vous venez de compromettre l’étanchéité de votre combinaison, ne put-il que répondre.

L’homme éclata de rire.
— C’est une évidence, mais à moins qu’un revolver ou un pistolet soient des vecteurs de contagion, je ne crains rien. Vérifiez… À la base de la nuque…

Ce que Jordan fit sur un premier cadavre, puis un deuxième, un troisième et un quatrième.

Reiyloo en fit autant de son côté.

— Ils ont tous été exécutés d’une balle dans la tête, poursuivit l’homme. Il y a peut-être une trentaine d’années de cela.
— Trente ans, répéta Reiyloo.

Jordan retira le haut de sa tenue protectrice à son tour. Imité par toutes les combinaisons blanches présentes.
— Pourquoi ne découvrons-nous ce… ça… que maintenant, docteur Oldman ? demanda Jordan.
— L’endroit est considéré comme maudit par les locaux. Il fallait tout simplement que des étrangers n’ayant aucune foi dans les croyances locales s’y aventurent. Ah oui… J’oubliais… Avant que vous me le demandiez : non, je n’ai pas été malade, comme tous les membres de mon équipe, et comme les autres êtres humains de la mission. Avec l’âge que j’ai, je suis sûrement immunisé contre la saloperie que l’un de nos amis de l’EFAC ici présents a sûrement injectée dans notre nourriture ou dans notre eau.

Il avait parlé suffisamment fort pour être entendu de tous.

Aucun d’entre eux n’eut une réaction qui aurait pu le trahir, ou trahir l’un d’entre eux.
— Une bande de lâches qui n’ont pas le courage de leurs actes.
— Docteur, on va éviter de les fâcher pour l’instant, le prévint Monsouba.  

Reiyloo eut un élan de sympathie pour ce docteur qui ne craignait pas les extraterrestres présents.
— A-t-on retrouvé des documents… sur ce qui s’est passé ici avant les exécutions ? demanda Jordan. Ou quelque chose qui implique le CENKT.
— En ce qui nous concerne, rien du tout. Maintenant, il se peut que l’équipe de ce cher Orso Siponi ait déjà sorti des éléments d’enquête sans nous en faire part. J’avoue qu’en l’absence de mes assistants, j’étais un peu occupé ces derniers temps.
— Je comprends, admit Jordan.

Les deux hommes discutèrent un long moment.

Reiyloo s’était écarté et avait commencé le travail que Jordan lui avait demandé d’effectuer. Surmontant le malaise qu’il ressentait toujours, il prit des photos de chacun des corps présents sous la tente. Les membres de l’EFAC en apportèrent dix de plus qu’ils déposèrent à même le sol. Chaque fois qu’il s’approchait de l’un des faux humanitaires, ils s’écartaient de lui comme s’il avait la peste. Plus d’une fois, il croisa ce même regard haineux. Monsouba ne le lâchait pas d’un pouce et, aussi surprenant que cela lui paraissait, il se sentait un petit peu plus rassuré. Il aurait néanmoins aimé comprendre ce qu’il avait fait aux extraterrestres pour mériter une telle animosité de leur part. Il n’était pourtant pas si différent de certains d’entre eux.

— Vous êtes l’un d’eux, n’est-ce pas ?
Reiyloo faillit sursauter. Il se retourna, essayant de cacher son trouble du mieux qu'il pouvait.
— Doc ?

Le docteur Oldman l’observa un moment.
— J’ai posé la question à votre ami. Il m’a dit de vous poser la question directement.
— Je n’ai pas l’impression qu’ils me considèrent comme l’un d’entre d’eux, répondit Reiyloo, sans même réfléchir à la réponse qu’il devait donner pour une fois. Il supposait seulement qu’il parlait des membres de l’équipe de Siponi, pas des victimes.

Il ne voyait aucune raison de lui mentir à son sujet.
— Vous n’avez jamais senti l’irrépressible besoin de tuer quelqu’un ?
Drôle de question de la part d'un médecin.
— Sans doute plus d’une fois, répondit Reiyloo qui ne voyait pas où il voulait en venir. Comme tout le monde, je pense.
— Oui, mais plus encore ?

Il garda le silence un court instant. Son regard passa d’un cadavre à l’autre.
— Ce que ces gens ont vécu… avant de mourir, je l’ai vécu moi aussi. Si Jordan ne m’avait pas sorti de… d’un camp comme celui-ci, nous n’aurions pas cette conversation aujourd’hui. Je serais probablement parmi d’autres… venus d’ailleurs… enterré quelque part.
— Savez-vous au moins ce que vous êtes ?
— Je n’ai jamais rencontré quelqu’un de mon espèce, si c’est ce que vous voulez dire. Ou quelqu’un qui aurait pu me dire d’où je viens.

Le docteur Oldman le regarda pensivement, puis il haussa les épaules.
— L’important n’est pas toujours de savoir quelles sont nos origines, mais ce que l’on est à un instant X et de se souvenir de tout ce qui nous y a amené. Je pense que vous êtes quelqu’un de bien, et que vous le resterez si vous ne vous laissez pas abuser par ce sentiment de vengeance qui couve tout au fond de vous. Ne lui cédez jamais, car tant que vous n’aurez pas trouvé votre point d’ancrage, cela restera votre point faible. Et si vous ne résistez pas, vous ne pourrez plus faire machine arrière.
— D’accord… fit Reiyloo dubitatif. Et d’après vous, c’est quoi mon point d’ancrage ?

Le docteur répondit sans la moindre hésitation.
— Une femme, ou un homme, en qui vous auriez plus confiance qu’en vous-même.


(Suite Chapitre 18.8)


Dernière édition par Ihriae le Mar 14 Nov 2017 - 9:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 11 Oct 2017 - 10:47

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 18.8

Suite du chapitre 18.7


Son regard changea soudain et se fit plus sombre.
— Pourquoi je vous dis cela d’ailleurs ?

Il appela Jordan.
— Il faut que je vous montre quelque chose, annonça-t-il. N’oubliez pas votre appareil photos, Reiyloo. Ne perdons pas de temps voulez-vous ?

Reiyloo secoua la tête. Il ne comprenait rien à ce que lui avait dit le médecin. Probable qu’avec toute la fatigue qu’il avait accumulée, il ait un peu perdu la tête. Cela expliquerait sa fébrilité et cette manière qu’il avait de passer à un autre sujet comme si le précédent n’avait pas existé. Ou peut-être que ce qu’il avait vu ces derniers jours finissait par être plus que ce qu’il pouvait supporter…

Ils suivirent le docteur Oldman à l’extérieur de la tente. Il les conduisit jusqu’au champ de fouille. Ensemble, ils firent le tour du trou béant où reposaient encore plusieurs dizaines de sac mortuaire.

Il le les conduisit dans une partie plus sombre. Ils n’y découvrirent aucun sac mortuaire, mais des corps encore alignés dans leur fosse commune. Reiyloo se détourna immédiatement. Ce n’était pas l’envie de partir en courant qui lui manquait. Mais il ne pouvait pas faire cela. Ne serait-ce que par respect pour les victimes.

Les membres de l’EFAC ne s’en étaient pas encore occupés. Ou bien ils n’avaient pas eu le cœur à le faire.

Ceux qui ont fait ça sont complètement détraqués, songea-t-il désespéré.

Le docteur leur tendit une torche électrique.
— Allez donc voir de plus près.

Reiyloo ne réagit pas.

Ce fut Jordan qui la prit et descendit dans la fosse avec précaution. De sa torche, il balaya la rangée de corps. Combien y en avait-il ? Dix ? Vingt ? Plus. C’était la première fois qu’il voyait cette partie de la fosse. Autrefois, les corps avaient été couverts d’une bâche en toile claire devenue couleur terre et qui partait en lambeaux. Sûrement par ceux qui les avaient exécutés. Sûrement pas un geste de mansuétude de la part de ceux qui avaient fait ça.

Le docteur Oldman descendit à son tour. Ensemble, ils soulevèrent les lambeaux de la bâche avec précaution. Ils découvrirent des humains, reconnaissables à leurs cheveux encore bien conservés. Tous étaient des femmes. Toutes avaient été… enceintes. Elles se trouvaient à différentes périodes de gestation lorsqu’elles avaient été exécutées.

Que faisaient des femmes enceintes dans un pareil endroit ? Et pourquoi avaient-elles été assassinées ?

Jordan et Reiyloo le devinèrent au même instant.

Le docteur Oldman exprima leur pensée à haute voix :
— Ils ont tenté des croisements génétiques, des manipulations ou je ne sais quoi d’autre…

C’était une chose lorsqu’une pensée vous effleurait l’esprit et que vous faisiez tout pour ne pas la retenir. Cela en était une autre de l’entendre confirmée.

Reiyloo sentit à nouveau la nausée monter dans sa gorge. Mais son estomac avait encore moins à rendre que la première fois. Il s’agenouilla sur le sol, au bord de la fosse. Ses jambes ne pouvaient plus le soutenir plus longtemps.
— Pourquoi ? demanda-t-il d’une voix qui ne lui parut pas être la sienne.
— Peut-être qu’ils voulaient savoir comment les extraterrestres ou l’espèce humaine pouvaient évoluer au contact des uns et des autres, avança le docteur Oldman.
— Où peut-être seulement de la curiosité malsaine, fit la voix d’Orso Siponi derrière Reiyloo. Parce qu’ils pouvaient le faire.

Il se releva, toujours étourdi par son malaise, et fit face à Siponi. Se faisant, ayant trop présumé de ses forces, il bascula en arrière. Aidé de Duklian, Orso Siponi le rattrapa de justesse par le bras, lui évitant de tomber dans la fosse. Il le relâcha aussitôt qu’il fut rétabli comme si son simple contact lui avait brûlé la main.

Reiyloo les remercia poliment et se laissa choir sur le sol. Il avait besoin de rester assis un moment, de ne plus bouger pour se reprendre.

Orso ne répondit pas. Il se contenta de poser la pile de sac mortuaire qu’il avait apporté avec lui à côté de Reiyloo. Puis il s’adressa à Jordan.
— Vos amis de l’ATIDC et des… Nations Unies…

Il avait prononcé ces deux mots comme si cela n’avait aucun sens pour lui.
— … sont arrivés. Nous allons partir. J’espère qu’Helen Redfield sera fidèle aux termes de notre marché.
— Elle le sera, lui assura Jordan.

Le docteur Oldman eut un large sourire.
— Oui, vous pouvez le croire, confirma-t-il comme si c’était nécessaire. Elle le sera.

Siponi planta son regard dans celui du médecin qui le soutint sans faillir, sans se déparer de son sourire qui lui donnait un air un peu idiot.
— Elle a intérêt, finit-il par dire avant de les quitter.

Les trois hommes restèrent silencieux quelques secondes, sans même songer à bouger.

Jordan rompit le silence en premier.
— Doc, pourquoi pensez-vous qu’ils souhaitaient connaître l’évolution des humains à leur contact… ou celle des extraterrestres à notre contact ?
— La curiosité.

Jordan hocha la tête. Il ne pouvait pas nier qu’il n’y avait pas déjà pensé. Ne serait-ce qu’en se demandant quel couple feraient Reiyloo et une humaine, Rheya ou une autre, et comment serait leur descendance. Selon toutes les probabilités, Reiyloo étant humanoïde, les différences avec un autre enfant, totalement humain, ne seraient pas visibles à l’œil nu. Mais ne verrait-on pas avec cet enfant l’apparition d’une nouvelle espèce humanoïde ? Et si plusieurs espèces apparaissaient simultanément et entamaient une compétition les unes contre les autres ? Une compétition à laquelle participerait évidemment le bon vieil homo sapiens. Aurait-il une chance de la gagner ou en viendrait-il finalement à s’éteindre petit à petit comme les néandertaliens ?
— La pureté de l’espèce, ça vous parle ? demanda soudain le docteur.

Avant qu’il ait pu répondre, Oldman poursuivit :
— Un vieux concept qui revient régulièrement sur le devant de la scène.
— Ce n’est pas en mélangeant des espèces que cela fonctionne, intervint Reiyloo. Au contraire… À moins de chercher le meilleur des deux espèces, ce dont je doute de la part des monstres qui...

Le médecin l’arrêta d’un geste. Il eut à nouveau son drôle de sourire.
— Oh, il ne s’agit pas de créer de nouvelles espèces. Seulement de trouver le moyen de les supprimer en cas d’apparition, sans que cela cause la disparition de l’être humain.

Reiyloo sentit un frisson glacial lui parcourir l’échine. Il ignorait que Jordan ressentait exactement la même chose que lui à cet instant.
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mar 14 Nov 2017 - 9:14

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 19.1


XXIème siècle. 15 et 14 mai – Calendrier grégorien, Terre.

Le premier coup de semonce avait touché la frégate de part et d’autre, mais pas assez pour l’empêcher de se mouvoir ou de procéder à son occultation, mais suffisamment pour l’empêcher de passer en hyperespace. L’étanchéité n’avait pas été atteinte. Aussi fragile que le vaisseau en avait l’air, il tenait pourtant bon. Les attaquants en étaient pour leurs frais. Ils avaient sans doute pensé qu’il serait facile à abattre. Le vaisseau, vaisseau d’apparat et non de guerre, ne possédait aucune arme. Il ne pouvait pas leur répondre et leur rendre coup pour coup. Esmelia devinait la frustration de Baal. Il s’efforçait de n’en rien dire, mais elle ressentait la tension qui tenait son corps et son esprit attentifs à toutes les variations des instruments de navigation, à tous les mouvements des vaisseaux ennemis reportés sur le pare-brise avant ou sur les vitres bâbord et tribord du vaisseau. Elle savait que sans eux, et en l’absence de toute lumière extérieure, il était impossible de voir les vaisseaux ennemis dans l’espace. Les écrans donnaient l’impression du contraire et fonctionnaient, fort heureusement, en temps réel. Elle aurait parié que les attaquants bénéficiaient d’un système de vision similaire.
         
Le passage s’était refermé. Baal allait devoir composer un nouveau code et repasser par l’anneau. À la façon dont les attaquants convergèrent soudainement en direction de la frégate, Esmelia comprit que Baal avait coupé le système d’occultation. Par un miracle qui devait tout à sa dextérité de pilote, et plus encore à son désir tenace de vivre, il parvint à glisser le vaisseau entre ceux de leurs ennemis. Il filait à travers la nuée, en évitant la plupart des tirs et, à mesure qu’il avançait, les vaisseaux qui se retrouvaient derrière lui manœuvraient tant bien que mal pour virer de bord et le poursuivre. Une quinzaine d’entre eux, dont les pilotes étaient sans doute moins réactifs ou expérimentés se percutèrent. Leurs vaisseaux semblèrent se vaporiser dans l’obscurité spatiale. Était-ce vraiment le cas, ou une traduction imagée de la réalité reproduite sur les écrans ? Elle ne pouvait pas le savoir.

Elle s’accrochait tant bien que mal à tout ce qu’elle pouvait tandis que la frégate poursuivait sa course en louvoyant. Elle eut un haut-le-cœur et faillit vomir mais elle retint, en évitant de trop y penser, ce qui montait dans sa gorge et menaçait d’atteindre sa bouche. L’ancien dieu n’apprécierait sûrement pas qu’elle macule les beaux fauteuils de sa frégate avec un concentré de leur dernier repas, quel qu’il fut car elle ne se souvenait même pas de quoi celui-ci avait été fait. Au moins, elle ne s’était pas encore retrouvée la tête en bas. Dans un lieu sans haut ni bas, où les repères spatiaux, pour le moins virtuels, n’étaient indiqués que sur les instruments de navigation, qu’elle essayait de ne pas trop regarder, cela relevait quasiment de l’exploit. Elle ne put cependant échapper à la vision qui s’affichait sur les écrans latéraux. Tel un essaim de guêpes pourchassant celui qui aurait piétiné leur nid, la quarantaine de vaisseaux ennemis avaient continué de les poursuivre, malgré la perte de certains d’entre eux. Ils étaient bien plus mortels que ces insectes. Ils se livrèrent à un ballet dont la chorégraphie ne devait rien au hasard sans pour autant avoir été préparée.

Baal fit décrire un immense arc de cercle à son vaisseau. Malgré le brouillard psychologique dont elle essayait désespérément de s’extraire, Esmelia comprit sa manœuvre. Il les avait appâtés, et maintenant, il voulait les entraîner aussi loin que possible de la bouche. Il entra ensuite les coordonnées d’ouverture. Il fallut à peine trois secondes pour que les trois côtés d’un triangle s’illuminent sur l’écran qui lui faisait face. Elle ne put le fixer longtemps sans avoir mal aux yeux tant l’intensité lumineuse était puissante. Sa lumière baignait maintenant tout l’intérieur du vaisseau. Baal ordonna d’une voix calme à l’ordinateur de bord d’atténuer la luminosité. Ce fut du moins ce qu’elle supposa car il utilisa un langage qui lui était étranger, ou presque… En tous les cas, le résultat fut que la lumière devint nettement plus supportable.

— Il doit faire très chaud à l’une des sorties, dit-il sans se déparer du calme dont il faisait preuve depuis qu’ils étaient poursuivis. Il arrive que des bouches se déplacent et que leurs tunnels débouchent trop près d’une étoile. Espérons que la proximité d’une étoile ne perturbera pas l’ensemble des tunnels, et que nous arriverons bien à notre destination.

Esmelia se demanda si les portails tournaient autour des soleils, comme les planètes, ou même autour des planètes, ou bien s’ils étaient des points fixes dans l’espace. Elle n’aurait sûrement pas la réponse dans l’heure. Par contre, elle se rendit compte que ce n’était pas un triangle mais une pyramide qui offrait trois possibilités de passage. Cela avait-il une incidence sur leur destination ? Possible car Baal n’essaya même pas de pénétrer la face qui s’offrait à la frégate de la manière la plus évidente alors qu’il formait une cible privilégiée. Elle fixait toujours l’écran lorsque le signal de la frégate qui précédait ceux de tous les autres vaisseaux disparu durant quelques secondes, puis réapparut, avant de disparaître à nouveau. Elle comprit que Baal venait d’occulter son vaisseau deux fois de suite espérant faire croire à leurs poursuivants que son vaisseau avait été plus atteint qu’il ne le paraissait. Apparemment, sa manœuvre fonctionnait. Leurs poursuivants restèrent un moment indécis. Aucun ne songea à se diriger vers la pyramide. Comme eux, Esmelia devinait que tant que son vaisseau restait occulté, Baal ne la franchirait pas. Sans doute à cause d’une quelconque loi physique, cela s’avérerait dangereux. Par ailleurs, s’il le franchissait trop tôt, tous les vaisseaux ennemis se lanceraient à sa poursuite à travers le passage. Au moins, ils auraient pu se placer en défense devant les faces de la pyramide. Ils n’étaient cependant pas assez nombreux pour la couvrir entièrement.

La frégate contourna le gros de l’essaim. Simultanément à cette manœuvre, son pilote était toujours à la recherche du bon point d’entrée.

— Les soldats d’Amaterasu ne sont pas connus pour être les plus rapides de l’univers. En tous les cas, pas autant que moi.

Elle imagina que celui, ou celle, qui donnait les ordres à l’escadron échafaudait toutes les possibilités d’entrée lui, ou elle, aussi. Elle réalisa qu’Amaterasu était tout à fait capable de conduire elle-même ses troupes à la bataille. Son désir d’éliminer Baal était tel qu’elle ne laisserait personne d’autre s’en octroyer la jouissance.  

— Je serais curieuse de savoir qui est connu pour être plus rapide que vous.
— Personne, l’entendit-elle répondre.

Toujours aussi modeste.

— C’est bon. On y va, souffla-t-il visiblement tendu.

Il baissa le harnais de sécurité de son siège.
— Attachez-vous, lui ordonna-t-il.

Elle s’exécuta en silence en prenant place dans le siège qui se trouvait juste derrière le pilote. Elle baissa aussitôt le harnais qui la compressa immédiatement au fond de son fauteuil qui s’avéra relativement confortable, mais sûrement moins que les banquettes à l’arrière. Mais de là où elle se trouvait, elle pouvait voir les trois écrans qui les entouraient et les manœuvres de Baal.  Elle sentit ses pieds s’aimanter au plancher du vaisseau. Seuls ses bras restèrent libres de tous mouvements.
Sur l’écran, à sa droite, elle vit l’essaim se remettre en mouvement. Leur chef avait sans doute compris la tactique de Baal, et avait donné l’ordre de se placer en un point précis de la pyramide. Mais il était déjà trop tard. Lorsque la frégate réapparut sur l’écran, elle se trouvait à mi-distance entre les vaisseaux ennemis et la pyramide. Aucun d’entre eux ne pouvait les rattraper. Elle sentit le petit vaisseau accélérer. Ils entrèrent dans le passage sur le point de se refermer. Esmelia sentit la frégate frémir un peu plus. Immédiatement, son environnement immédiat s’étira, se distendit, se disloqua en une multitude de rayons lumineux de couleurs différentes. La nausée la gagna à nouveau. Elle chercha vaguement autour d’elle un récipient, un sac… Quelque chose comme dans les avions… Sa vue se troubla. Même pas possible d’appeler l’hôtesse de l’air… Elle avait des difficultés à respirer. Elle avait des difficultés à respirer. Elle luttait pour rester consciente, essayant de se raccrocher à la vague silhouette de l’ancien dieu, devant elle…

Sans trop savoir comment, elle se retrouva soudain baignée de lumière. Une lumière d’un jaune si vif qu’il lui écorchait presque la vue. Il lui fallut un moment pour s’habituer. Elle bascula en arrière et se retrouva assise, estourbie au milieu d’un champ de colza en fleurs… Elle le sut à cause de l’odeur forte et enivrante. Contrairement à beaucoup de personne sur Terre, elle aimait cette flagrance. Cela avait sans doute à voir avec quelques-uns de ses meilleurs souvenirs de son enfance passée avec son père... Le temps de l’insouciance. Elle se raccrocha à cette odeur pour reprendre pleinement conscience et se releva.

En baissant les yeux sur elle, elle vit qu’elle portait une petite robe verte à fines bretelles qui laissaient ses bras et les trois quarts de ses jambes nues. Elle n’avait jamais porté de robe d’aussi loin qu’elle se souvienne. Cela ne lui parut pourtant pas si désagréable… Ses longs cheveux blonds aux reflets roux étaient nattés sur sa nuque. Elle regarda autour d’elle. Du jaune à perte de vue sous un ciel d’un bleu azur sans le moindre nuage, et rien d’autre. Pas même un chant d’oiseau, pas même un souffle de vent. Juste le soleil qui réchauffait sa peau qu’elle sentait glacée sous le contact de ses doigts. Pourtant, elle n’avait pas froid. Elle était seule au milieu de nulle part… Non… Elle s’était trompée… Un mouvement dans l’air… Un souffle sur sa nuque… Non… Une présence…


(Suite Chapitre 19.2)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mar 14 Nov 2017 - 9:27

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 19.2


Suite du chapitre 19.1

Elle se retourna vivement et faillit tomber à la renverse en découvrant l’hôtesse de l’air à quelques centimètres d’elle. Elle recula prudemment d’un pas.  La femme, parfaitement humaine, portait un uniforme d’hôtesse couleur prune, une jupe, une veste sur un chemisier blanc, un foulard aussi jaune que les fleurs de colzas noué autour du cou… Esmelia se demanda pour quelle compagnie travaillait cette hôtesse… En fait, non. Rien de tout cela n’avait vraiment de sens. Il ne pouvait pas y avoir de champ de colza en fleurs, encore moins d’hôtesse de l’air. Elle s’avisa alors d’une chose qu’elle aurait dû remarquer immédiatement : Elles avaient cette même blondeur avec ces mêmes ces reflets roux. La femme lui ressemblait trait pour trait. Elle avait la même taille qu’elle, la même peau très claire avec ses mêmes tâches de rousseurs, ses mêmes yeux marrons presque, noirs et en amandes. Si elle avait été brune, elles auraient l’une et l’autre… Elle corrigea mentalement : Elle aurait pu passer facilement pour une japonaise.

Esmelia se rendit compte qu’elle se sentait plus légère qu’elle ne l’avait jamais été. Ce poids en elle, cette rage, cette bête qui menaçait à tout moment de se libérer de sa cage thoracique n’était plus en elle. Elle était devant elle.

Son double lui sourit. SON sourire lorsqu’elle se voulait bienveillante et rassurante.

— Je m’appelle Mead’, dit-elle simplement d’une voix douce et apaisante.

Même sa voix devait être la même. Pourtant, il n’avait pas semblé ouvrir la bouche. Pas un de ses traits sur son visage ne semblait avoir remué le temps de prononcer ces mots.

Esmelia s’abstint de répondre à celle qui lui faisait face car elle n’oubliait la bête qui n’avait cessé de gronder en elle durant ces dernières semaines, ni les souvenir manquants des dernières heures, peut-être des derniers jours. Elle l’observa encore et encore, à la recherche de la moindre différence entre la créature et elle, à la recherche de quelque chose qui trahirait le monstre, ou de quelque chose qui la rassurerait, elle.

— Tu dois me laisser prendre le relais maintenant.
— Je pense que tu l’as assez eu ces derniers temps, répondit-elle d’une voix aussi assurée que possible.
Ce qui était loin d’être le cas.

— Tu as toujours su que j’étais là, n’est-ce pas ? Tu as toujours su que je te remplacerai.
— Et pour cela, il me faudra mourir ? Comme les autres avant moi ?
— Pour mourir, il faudrait vivre.
— Je suis vivante. J’existe. Je pense. J’aime…

L’image d’un Will souriant, la couvant du regard alors qu’il pensait qu’elle ne le voyait pas, s’imposa dans son esprit. Il l’aimait, et elle l’aimait aussi en retour, même s’ils ne se l’étaient pas encore avoué l’un à l’autre.

— Tu n’es ni vivante, ni morte.
— Je suis quoi alors ?
— Mon vaisseau. Mon point d’encrage en ce …

Elle s’arrêta net. Son visage n’offrait aucune expression permettant de la lire. Esmelia n’arrivait pas à savoir ce qu’elle ressentait vraiment à son égard. Elle aurait pourtant voulu la haïr, mais elle n’y parvenait pas.

— Depuis quand … commença Mead’.

Depuis quand quoi ? Qui ? Ou bien Comment ?
Esmelia ne répéta pas la question de Mead’. Elle en connaissait la suite. Comme des jumelles dont l’une finirait les phrases de l’autre.
Depuis quand se sentait-elle pleinement consciente ? Pleinement elle-même ?
Elle ne se souvenait pas de chaque instant de sa vie, mais de toutes les étapes importantes qui lui avaient permises de se construire jusqu’à ce jour. Elle avait des souvenirs éparses, désordonnés et flous comme devaient l’être tous les souvenirs, d’autres souvenirs, précis, de certains événements et de certaines personnes… Mais s’était-elle vraiment sentie vivre avant de rencontrer Will ? Qu’est-ce qui différenciait l’avant de leur rencontre de l’après ? Pourquoi n’en prenait-elle vraiment conscience que maintenant ?
Ni vivante, ni morte ? Alors quoi ? D’aussi loin qu’elle se souvenait, elle avait été préparée à une mission, mais laquelle ?

— Vous aviez TOUTES la même mission : trouver Baal, ou Adad Melqart, le nom que ses proches lui donnent.
— Je ne savais même pas qui il était avant… avant que Will me dise qui il était… Alors comment aurais-je su ou pu le trouver ?
— Je l’ai déjà rencontré, à plusieurs reprises. La dernière fois, c’était il y a plus d’un siècle terrien. J’ai gravé son souvenir dans la mémoire de tes ancêtres, et dans la tienne.

Cela expliquait pourquoi il avait immédiatement attiré son attention. Et sans doute pourquoi elle avait tout fait, malgré elle, pour attirer la sienne.

— Tu étais destinée à me permettre de le retrouver car le temps presse. Peut-être même est-il déjà trop tard. Je les sens si proches…
— Trop tard pourquoi ? Qui est proche ?

Elle ne répondit pas à sa question.

— De plus, c’est un miracle si tu as survécu aussi longtemps…
— Même s’ils n’enfantent pas, mes hôtes finissent toujours par dépérir bien avant la fin de leur cycle. Je ne suis jamais restée plus de trente années terrestres dans le même corps.

Elle en avait dix de plus…

— Pourquoi ?

Elle craignait la réponse, mais elle devait tout de même poser la question.

L’expression de Mead’ changea légèrement, comme si elle se souvenait de quelque chose qui avait auparavant échappé à sa mémoire.
— Avant la tienne, je suis restée plusieurs siècles dans une même lignée, passant de fille en fille dès qu’elles étaient en âge de procréer. À un moment, il s’est passé quelque chose que je n’ai pu contrôler… Un événement extérieur qui m’a isolée de toute interaction me permettant de passer d’une descendance à une autre… Mon hôte a commencé à dépérir… J’ai dû faire un choix… M’éteindre avec elle ou trouver un autre porteur avant qu’elle se soit entièrement consumée. J’ignore combien de temps j’ai cherché… Longtemps, je présume… Lorsque j’ai trouvé une… repris conscience, j’étais dans le corps d’une enfant déjà plus âgée que les êtres que j’avais investis jusqu’alors. Son cœur battait encore, mais son âme n’était déjà plus là. Cela n’a pas été difficile de m’y ancrer. Mais quelques secondes de plus, et je serais passée à côté d’elle sans même la sentir… J’aurais peut-être fini par trouver un autre porteur pour m’accueillir. Je n’ai mis que quelques heures à coloniser chaque parcelle de son corps. Il aurait été impossible de la sortir de son tombeau de pierres. J’ai utilisé mes pouvoirs et mes dernières forces pour la ramener sur les lieux de son dernier souvenir heureux… La chambre de l’hôtel dans laquelle ses parents et elle séjournaient. Personne n’a su comment elle avait pu revenir saine et sauve jusque-là… Pour tout le monde, cela relevait du miracle, mais toi et moi savons ce que je suis capable de faire…

Elle n’en était pas forcément certaine, mais elle pensait le deviner. Mead’ n’était pas humaine. Elle était capable de faire des choses qu’aucun humain ne savait faire, comme se téléporter.

— C’est un pouvoir que vous avez toutes, mais aucune avant toi n’en a eu la confirmation.
— J’imagine pourtant qu’il aurait été bien utile à certaines.

En même temps, elle se disait que sans Mead’, elle ne serait même pas là. Ni elle, ni celles qui l’avaient précédée. Cela devait-il signifier quelque chose ? Quel avait été son impact, ou celui de ses ancêtres sur le cours de l’histoire, par exemple ?

— Avant ma lignée, il n’y en a eu qu’une seule autre ? s’entendit-elle demander.
— Une seule, oui… sur cette planète. Mais bien d’autres avant elle. Je ne viens pas seulement de très loin dans le temps.

Esmelia soupira.
— En gros, si vous n’étiez pas intervenue pour sauver mon ancêtre, je n’existerai pas.
— D’une certaine manière, tu n’es pas supposée exister.
— Je suis donc condamnée quoi que je décide de faire, résuma Esmelia.

Mead’ se contenta de hocher la tête.

— Génial. Au moment où ma vie commence à devenir intéressante, soupira Esmelia.

Elle se tut un court instant, essayant de mettre un peu d’ordre dans ses idées, avant de reprendre :
— Quelle mission vaut donc plus qu’une vie… ou une impression de vie ?
— Celle qui peut en sauver des millions… et permettre à cette vie de poursuivre son chemin, ici ou ailleurs dans l’univers.

Que répondre à cela ? Que ceux qui avaient un semblant de vie n’en demandaient sûrement pas autant ? Tant pis pour eux. Pouvait-elle refuser de mourir pour laisser vivre des millions ou des milliards d’individus ? Le plus tard possible, ce serait le mieux. Elle ne les connaissait pas après tout. Les êtres humains ? Elle n’avait jamais vraiment eu d’interaction avec eux, à part son père, Kolya, et Will. Les drægans ? Le peu qu’elle en avait vu ne lui laissait pas une impression mirobolante.

Son père n’était plus de ce monde. Kolya avait pris le relais, mais il s’en sortirait tout aussi bien sans elle. Le seul être vivant qui lui importait vraiment, c’était Will. Mais aux yeux de Will, chaque être vivant était important, et elle aimait Will de toute son âme, ou de ce qu’elle pensait être son âme… . L’aimerait-il en retour si elle refusait de se sacrifier pour sauver une once de cette précieuse vie ?


(Suite Chapitre 19.3)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mar 14 Nov 2017 - 9:38

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 19.3


Suite du chapitre 19.2

Mead’ l’observait avec une expression étrange, mélange d’interrogation et de perplexité.

— Il mourra lui aussi si tu refuses d’accomplir notre destin…

Elle n’en démordait pas avec son histoire de fin du monde… ou plutôt de l’univers.
Esmelia hocha la tête. Ok. La fin du monde, c’était l’obsession de Mead’.  Pas la sienne. Pour l’instant, il avait plutôt des interrogations plus terre à terre.
— Tu les as aimés ? interrogea Esmelia.

Elle faisait référence à son père, son grand-père, son arrière-grand-père, et aux enfants que Mead’ avait eus avec eux d’une certaine façon.
— Est-ce que tu nous as aimés ? corrigea-t-elle aussitôt.
— Je vous ai tous aimés. Mais s’il avait fallu vous détruire pour accomplir ma mission, je l’aurais fait…
— Ça, ce n’est pas de l’amour… C’est… C’est de l’indifférence. Tu prétends que tu agis pour le bien de l’humanité alors que tu es incapable d’aimer le moindre être humain.
— Pas seulement l’humanité, la reprit Mead’ d’une voix toujours aussi neutre. J’aime tout ce qui vit dans tous les univers existants, et je m’efforce de sauver tout ce qui peut l’être car viendra le jour où je ne pourrai plus le faire. C’est dans l’ordre des choses. Il en a toujours été ainsi. Cependant… je comprends ta frustration…
— J’en doute.

Elle eut une esquisse de sourire avant de poursuivre :
— Will a aussi un rôle à jouer… Il est nécessaire qu’il soit aux côtés de Baal. Seuls, ils ne pourront survivre ni l’un ni l’autre… Je te conseille d’utiliser le peu de temps qu’il te reste à le préparer à ce qui l’attend. Nous le lui devons bien.
— Et après ? Qu’adviendra-t-il de nous ?

Une nouvelle fois, Mead’ changea furtivement d’expression.

Esmelia crut comprendre. Mead’ ignorait de quoi serait fait cet après.

Cette dernière la détrompa immédiatement.
— En d’autres temps, je serais seulement partie… et ton enveloppe se serait consumée. Mais il semble que nous soyons plus liées que je ne l’imaginais… J’ignore ce qui arrivera vraiment… Mais les moissonneurs sont si proches… et je ressens de plus en plus l’appel de la horde.

Elle tendit ses bras parcourus de fines touches irisées frémissantes devant elle comme si elle les voyait pour la première fois… ou la dernière. Elle poursuivit l’examen jusqu’à ses mains, puis ses doigts. Chacun de ses mouvements étaient emprunts de grâce.

Esmelia ne pouvait détacher son regard de tant de beauté. Elle était fascinée par cet être qui lui ressemblait tant tout en lui étant étranger.
— Tu n’es pas la seule à être condamnée. Telle que tu me voies… c’est la dernière fois… avant que je devienne autre chose.

La première et la dernière fois, avait eu envie de corriger Esmelia.
— Autre chose ? demanda-t-elle finalement.
— Je sens l’appel de la horde, de la nuée.

Esmelia blêmit.

— Les miens ont déjà rejoint les Moissonneurs, poursuivit Mead’. Ils sont la nuée qui les précède et fait place nette pour eux… pour leurs maîtres. Je pourrais résister autant que je le pourrais et le voudrais, mais je finirais par les rejoindre…
— À deux, nous pourrions peut-être…

Elle ne termina pas sa phrase. C’était inutile.

Mead’ posa une main douce et caressante sur son visage.
Esmelia ferma les yeux pour mieux en éprouver le contact apaisant.

Qui étaient les Moissonneurs ? Qu’était vraiment la nuée ? Avait-elle vraiment ressenti leur appel elle aussi ?

Elle rouvrit les yeux et se trouvait à nouveau dans le cockpit de la frégate.  Elle y était revenue aussi soudainement qu’elle en était partie. Elle ressentait une forte douleur au niveau des épaules, sûrement à cause du harnais de sécurité. Tout semblait normal autour d’elle. Sauf la présence du visage de Baal face au sien. Jamais il n’avait été aussi près d’elle. L’espace d’un instant, elle le vit franchement inquiet, mais il avait aussitôt repris cette expression narquoise qu’elle lui connaissait le plus souvent.

— Enfin revenue du pays des songes, fit-il sur un ton qui se voulait sarcastique, où pointait encore une légère anxiété néanmoins.
— Je vais mourir, articula-t-elle encore abasourdie.
— Pas dans l’immédiat. Vos signes vitaux sont corrects et stables. Même si les moniteurs de mon vaisseau vous ont donnée pour morte durant la traversée de la bouche. Comme vous et moi, ils n’aiment pas beaucoup les traversées.
— Je suis restée inconsciente pendant combien de temps ?

Elle ne voulait surtout pas dire morte.
Ni vivante ni morte.

— Quelques secondes. Le temps de la traversée, lui répondit Baal en se détournant d’elle pour reprendre les commandes de son vaisseau. L’un des tirs a probablement touché le système de surveillance organique de ma frégate. Je le ferai vérifier à notre retour sur mon vaisseau amiral.
Elle entendait à peine ce que disait l’ancien dieu. La traversée n’avait duré que quelques secondes, et pourtant elle avait l’impression d’avoir passé au moins une heure avec Mead’.

Elle sentait son cœur battre anormalement vite. Ce n’était pas le moment de faire une crise cardiaque. Mead’ lui avait promis qu’elle aurait du temps avec Will… Et puis, était-ce vraiment son cœur ou celui de Mead’, ou encore celui d’une morte ambulante ? Battait-il vraiment ou n’était-ce qu’une mécanique apparente destinée à tromper les moniteurs et à faire croire qu’elle était humaine ?

— Depuis combien de temps avons-nous quitté votre vaisseau amiral ? demanda-t-elle
— Pardon ?

Elle répéta sa question.

— Six jours, finit par répondre Baal. Ne vous inquiétez pas pour MacAsgaill. Pour lui, cela ne fait que quatre jours que nous sommes partis. Il les aura sans doute passés à éplucher les livres de la bibliothèque ou à fouiner dans tous les recoins du vaisseau. Il n’aura sûrement pas vu le temps passer.

Il se méprenait sur le sens de sa question. Elle voulait simplement savoir s’il était en sécurité
— Vous oubliez que vous l’avez consigné dans ses quartiers, lui rappela-elle.
— Et j’ai demandé à mes gardes de le laisser sortir dès qu’il en ferait la demande.
— Vous n’êtes pas si détestable que vous le laissez paraître finalement.
— Je ne vous conseille pas de me tester sur ce terrain.

Elle décida de changer de sujet :
— Amaterasu et son armée peuvent-ils nous retrouver ?

Il mit un moment avant de lui répondre. Le temps de vérifier si des morceaux de son vaisseau étaient restés dans le vortex, ou ailleurs.
— Ils le pourront, certainement, finit-il par répondre en se tournant vers elle. Mais pas avant un long moment. À ma connaissance, je suis le seul drægan à posséder les codes d’ouverture des portails.
— Le seul Drægan, répéta-t-elle.

Cela ne signifiait pas qu’il était le seul extraterrestre à les posséder dans tous les univers connus.

— J’espère que nous aurons quitté les lieux avant…
— Si nous avons été absents durant six jours, et que pour Will cela ne fait que quatre…
— Cela signifie que le temps passe différemment dans les portails, dans un sens ou dans un autre.
— Ils pourraient être ici avant nous ?
— C’est une possibilité, mais elle est infime. Ils doivent d’abord localiser la position de mon vaisseau, ensuite parcourir toute la distance qui les en sépare sans avoir recours aux portails. Si jamais ils y parvenaient, avec un peu de chance, nous serons très loin de ce système solaire.
— Il faudrait que nous parlions d’une chose très imp…
— Il y a sans doute deux ou trois choses importantes dont nous devrions parler, la coupa-t-il sans se retourner. Notamment sur le fait que, même inconsciente, vous n’avez pas cessé de débiter un charabia inintelligible. Mais ce n’est ni le lieu, ni le moment. Si vous essayez de me prouver le contraire, je n’hésiterai pas à ouvrir le sas derrière nous. J’y survivrai, mais pas vous, et pas seulement parce que je suis à nouveau attaché à mon siège.

Elle n’était pas certaine que cela soit exact, mais elle préféra ne pas le tenter et, à l’avenir, d’éviter toute forme d’invitation à s’asseoir dans les confortables sièges de l’espace VIP du sas. Avec l’ancien dieu, difficile de savoir comment cela pouvait finir.

Elle baissa précipitamment son harnais qu’il avait dû relever pour tester ses signes vitaux une fois le vaisseau sorti de la bouche. Elle lui parlerait de sa conversation avec Mead’ plus tard.

Ils passèrent les deux heures suivantes dans le silence. Elle eut la preuve, si elle en avait eu besoin, que les voyages de l’espace étaient du plus grand ennui, que ce soit à plus cinq cents personnes dans un vaisseau amiral, ou à deux dans une frégate.

Au détour de la toute petite planète morte où il l’avait laissé, son vaisseau amiral apparut. Baal dirigea la frégate vers l’une des aires d’appontage. Il ne s’était plus préoccupé d’elle depuis qu’il avait renvoyé leur conversation aux calendes grecques. Elle comprenait parfaitement qu’il ait à faire face à d’autres obligations dans l’immédiat. Il devait éloigner son vaisseau le plus rapidement possible de cette zone spatiale.


(Suite Chapitre 19.4)


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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mar 14 Nov 2017 - 9:54

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 19.4


Suite du chapitre 19.3

Elle était restée à méditer là-dessus, et sur d’autres choses comme le Conseil Drægan auquel elle ne se souvenait pas d’avoir assisté et dont elle se souvenait pourtant jusqu’au moindre détail. Jusqu’à ce que Will vienne la chercher dans le cockpit. Il était sincèrement inquiet à son sujet. Il hésitait à la toucher, la prendre dans ses bras, ou simplement lui tenir la main. Il était resté assis dans le siège du pilote, lui faisant face, dans la semi-obscurité du vaisseau, sans rien dire, un très long moment… Jusqu’à ce qu’elle décide lui parler de l’attaque.

— Amaterasu ? Je croyais qu’elle avait été tuée… par les Gobelems…Des créatures biomécaniques… très dangereuses.
— Soit c’est encore un exemple de résurrection dræganne, soit c’est quelqu’un qui se fait passer pour elle, mais je peux vous certifier que ce sont ses vaisseaux qui nous ont attaqués. C'était des guêpes, et nous nous en sommes sortis de justesse.
— Des guêpes ?
— À cause des guêpes asiatiques. Je trouve que cela convient bien à cette furie d’Amaterasu et ses guerriers.
— Il y en avait beaucoup ?
— Assez pour nous tendre une embuscade à l’entrée du portail. Même si d’après Baal, elle n’avait pas la possibilité de l’ouvrir, elle savait exactement où il se trouvait. Amaterasu veut sa mort. Elle est prête à tout pour cela. Les autres drægans ne lèveront pas le petit doigt pour le protéger.
— Le contraire aurait été étonnant.  
— D'autant qu'ils ont d'autres préoccupations. Apparemment, il y a des ennemi qu'ils craignent plus que tous les autres, et que nous aurions, nous aussi, des raisons de craindre. Ils anéantissent les univers qu’ils traversent. On dit qu’après leur passage, il n’en reste rien. Ils se font appeler les Moissonneurs. Ils sont précédés de la nuée. Il n’y a que Baal pour les arrêter… et il ne peut le faire seul. Le problème, c’est qu’il ne semble pas s’en préoccuper. Chaque fois que je veux lui en parler, il trouve le moyen d’éviter le sujet, mais le temps presse, Will. Le temps presse. Les Moissonneurs arrivent. De nombreux extraterrestres ont déjà fui leur planète et ont trouvé refuge sur la Terre. Comprends-tu ce que cela signifie ? Si d’autres y sont parvenus, pourquoi pas les Moissonneurs ?

Will n’avait rien répondu. Il était resté assis sur la banquette à côté d'elle, silencieux et immobile. Soudain, il se redressa comme s’il venait de comprendre quelque chose.
— Les cartes, murmura-t-il. Les cartes ne montraient pas quelque chose qu’il fallait voir, mais quelque chose qui n'était plus là.
— Quelles cartes ?

Il lui avait expliqué comment il avait découvert les cartes de Tatniusu, une sorte de philosophe qui s’était réfugié durant un temps sur la planète Féloniacoupia, et dont le passe-temps principal était de cartographier l’univers connu par son peuple. Will ne savait pas à quel peuple appartenait ce Tatniusu, mais son savoir en matière d’astronomie était inestimable. Sauf que le bonhomme semblait avoir disparu depuis plusieurs années. Tout ce que l’on savait, c’était qu’il avait caché de précieuses cartes quelque part sur la dernière planète où il avait été aperçu. Depuis qu’il avait eu vent de l’existence de ces cartes, elles avaient été pour lui une véritable obsession. Elles étaient l’une des principales raisons de sa désertion de l’AMSEEVE.

Elle n’osa pas lui demander quelles étaient les autres, ni lui dire que son obsession pour les cartes de Tatniusu n’était sans doute pas due au hasard.

Au bout de plusieurs mois sur la planète, il avait fini par trouver la trace des cartes. Il ignorait alors qu’il n’était pas le seul à les rechercher. Son concurrent n’était autre qu’un ancien dieu supposé mort et enterré depuis longtemps. Il avait appris à ses dépens qu’il n’en était rien. L’ancien dieu avait attendu qu’il découvre les cartes pour lui mettre la main dessus. Il n’avait cependant toujours pas compris pourquoi Baal ne s’était pas contenté de prendre les cartes et de le laisser sur la planète, ou au pire de le tuer. Peut-être que d’une certaine manière, elle y était pour quelque chose.

Elle en doutait. Mead’, par contre...

Ils étaient là, et ce n’était pas un hasard. Mead’ disait vrai. Ils avaient un rôle à jouer. C'était une certitude qui n'avait cessé de grandir en elle. Leur rencontre... Ce n'était pas seulement parce qu'elle recherchait Baal, ou même L’Occulteur de Mondes. D'ailleurs, celui-ci existait-il vraiment ? Baal n’en avait jamais parlé… L’image d’un objet en étain, parfaitement rond, pas plus gros et aussi lourd qu'une boule de pétanque apparut dans son esprit. Mead’… ou plutôt Anna-Louise l'avait tenu entre ses mains. Esmelia sentit la froideur surnaturelle de l’objet. Elle essaya de comprendre comment cela pouvait être possible, mais elle dût y renoncer. Cet objet n’était-il réellement rien de plus ou de moins que ce dont il avait l'air : une boule de pétanque ? Peut-être n’était-il qu'une idée ? Celle de l'espoir ?

Rien jusqu’ici n’était arrivé par hasard. Aucune rencontre n'avait été fortuite. Elle en prenait clairement conscience maintenant.

— Nous devons nous préparer, affirma Will.

Sa voix avait retrouvé un semblant de vigueur. Un peu forcée, néanmoins.

Elle eut un léger rire nerveux, puis demanda :
— Que proposes-tu ? Pour l’instant, je ne vois pas ce que nous pouvons faire à part attendre.
— Nous avons les cartes… Je pourrais les étudier et essayer de déterminer d’où viendra l’attaque.
— Préparer notre défense. Bonne idée. Il nous faudrait aussi L'Occulteur de Mondes.
L'Occulteur de Mondes ?
— Ne me demande pas ce que c’est ou à quoi cela sert exactement à part à nous protéger. On ne me l’a pas dit. Je sais seulement à quoi cela pourrait ressembler, si cela existe vraiment. Il n’y a que Baal qui pourrait répondre à ces questions.
— Je peux essayer de voir dans les ouvrages qui se trouvent dans la bibliothèque s’il est fait mention des Moissonneurs ou de la nuée… Mais d’après ce que j’ai pu comprendre, les ouvrages les plus anciens se trouvent dans les appartements de Baal. Je ne pourrai pas y avoir accès… et je doute qu’il accepte de me les prêter de bonne grâce.
— Tu peux quand même essayer de les lui demander. Au passage, tu pourrais lui demander d’améliorer nos conditions de vie à bord. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que si cela vient de toi plutôt que de moi, il sera plus enclin à accepter.

Le lendemain de sa discussion avec Esmelia, dans la frégate, Will avait demandé à rencontrer Baal. Elle l'avait accompagné mais était restée en retrait, silencieuse. Baal avait froidement ignoré sa présence.

Will avait d’abord fait remarquer à l’ancien Chancelier Divin qu’Esmelia et lui portaient les mêmes vêtements depuis leur arrivée et qu’à force d’être lavés et relavés, son uniforme de l’AMSEVE et leurs vêtements civils seraient bientôt aussi ajourés que de la dentelle. D’autre part, la nourriture des labirés lui donnait des aigreurs d’estomac et, surtout, il avait envie de savoir ce qu’il mangeait. Son hygiène lui semblait aussi limitée. Non que celle du maître des lieux, ou celle des labirés, le fussent aussi, mais il avait ses habitudes, notamment en matière de mousse à raser, de bain-douche et shampoing, même s’il ne voyait pas encore trop comment il pourrait les utiliser avec le système de douche à vapeur en usage dans le vaisseau. Enfin, après quelques autres demandes, il en vint aux cartes. Il demanda à Baal l’autorisation de les récupérer afin de les étudier. Il lui fit part de sa théorie que Baal écouta sans mot dire. Il ajouta qu’il souhaitait aussi avoir accès aux ouvrages anciens que Baal possédait.  

Baal n’avait fait aucun commentaire sur les revendications du terrien.
Elle était persuadée, qu’il avait fait mine d’écouter, et que la tentative de Will avait été une perte de temps. Pourtant, l’après-midi même, l’un des gardes rapprochés de Baal, le costaud qui l’avait enlevée de l’estrade, au Marché aux Esclaves, était venu les voir chacun leur tour et leur avait demandé d’établir une liste de ce dont ils avaient besoin.

Ils avaient passé le reste de la journée à compléter leur liste. Autant profiter des bonnes dispositions du Capitaine en complétant leurs demandes.

Deux jours plus tard, une grande partie de ce qu'ils avaient listé avait été déposé dans leur cabine. Will avait demandé à l’un des gardes qui les avait apportés comment ils avaient pu faire aussi vite pour trouver des marchandises terriennes. On ne trouvait pourtant de base avancée terrienne à tous les carrefours spatiaux. D’ailleurs, pour autant qu’il le sache, le seul poste avancé dans l’espace était encore la Station Spatiale Internationale qui se contentait de tourner autour de la Terre.
Le garde lui avait alors répondu que tous ces objets se trouvaient déjà dans un entrepôt du vaisseau, certains depuis des années, d’autres depuis quelques mois seulement.

— Là, vous êtes en train de me dire que vous vous êtes ravitaillé sur la Terre ? en avait déduit Will.

Le labiré l’avait regardé dubitatif.

— La planète bleue, avait alors tenté Will sans trop y croire.

Le visage du garde afficha alors une mine épanouie que Will et elle n'avaient encore jamais vue chez un labiré.
— Notre dieu apprécie beaucoup cette planète, expliqua-t-il. Il lui arrive d’y rester de longues périodes. En général, dans ces moments-là, il nous permet de rentrer chez nous, auprès de nos familles.

(Suite Chapitre 19.5)


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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mar 14 Nov 2017 - 10:13

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 19.5


Suite du chapitre 19.4

Pour un peu, Will s’en serait décroché la mâchoire. Un extraterrestre qui n’était pas un réfugié, qui était considéré comme un dieu dans certaines galaxies, même si c’était un dieu mort, considérait la Terre comme sa résidence secondaire. En plus, il y effectuait une partie de son ravitaillement.  

Will n’avait pas mis plus de deux jours à trouver le fameux entrepôt. Le vaisseau qu’il connaissait maintenant par cœur en comportait près d’une trentaine. Il n’avait jamais eu la curiosité de regarder ce qu’il y avait dans les caisses qui y étaient entreposées. En fouillant un peu plus en profondeur, il s’était rendu compte que les habitants du vaisseau amiral avaient un sens profond de l’ordre. Il y avait même des entrepôts uniquement réservés aux objets relevant des différents pillages. C’était du moins ce qu’il en avait déduit compte tenu de la nature des objets. Le contenu d’un seul de ces entrepôts aurait pu rembourser la dette financière de n’importe quel pays européen.

De son côté, Esmelia essayer de tuer le temps comme elle le pouvait. Elle avait raconté une bonne partie de tout ce que lui avait appris Mead’ à Will, mais elle s’était abstenue de lui dire que ses jours étaient comptés. En fait, elle n’avait même pas mentionné Mead’ dans ses récits. Will avait compris qu’elle ne lui disait pas tout, et lorsqu’il lui arrivait de poser une question qui risquait de la mener sur un terrain glissant, elle se contentait de ne pas lui répondre. Il n’insistait jamais.

Elle aurait aussi aimé lui dire combien elle appréciait sa présence, et plus encore, mais elle n’y parvenait jamais. Tantôt parce qu’elle trouvait que ce n’était pas le bon moment. Tantôt, il trouvait le moyen d’éviter le sujet en la conduisant sur un autre chemin. Pourtant, aux regards qu’elle surprenait, parfois, elle savait que ses sentiments étaient réciproques. Si au moins il se décidait à faire le premier pas, ce serait encourageant, et surtout plus facile pour elle.

Quinze jours après leur retour de la galaxie Tur’in, Baal se décida enfin à lui adresser la parole. Avant cela, même durant les rares repas qu’ils prenaient ensemble, il évitait sentencieusement de lui parler, ne s’adressant qu’à Will. Esmelia considérait ces moments comme de véritables calvaires.

Au cours de ses visites clandestines dans les entrepôts du vaisseau, Will avait déniché un instrument qui ressemblait à un violoncelle. Il savait qu’elle avait appris à jouer de cet instrument, et qu’elle le pratiquait encore avant de quitter la Terre.

Avant d’y toucher, elle avait préféré demander au maître des lieux s’il ne voyait pas d’inconvénient à ce qu’elle joue de la musique à bord de son vaisseau. Le Drægan s’était contenté de hausser les épaules.

Elle avait consacré plusieurs jours à essayer de comprendre son fonctionnement et était parvenue à jouer de mémoire un morceau de Bach. Le son de l’instrument n’était pas loin de celui du violoncelle, effectivement, mais elle devait admettre que « pas loin de » était plus proche de « beaucoup moins harmonieux que ».

Une semaine plus tard, au cours d’un déjeuner, Will avait demandé à Baal quand il pourrait étudier les livres qu’il avait en sa possession.

— Je ne vous ai rien promis à ce sujet, lui répondit l’ancien dieu.
— J’avais pensé que…
— Je les étudierai personnellement, le coupa sèchement Baal.
— Mais vous n’avez aucune idée de ce que vous devez chercher…

Baal eut un vague sourire avant de se décider à répondre.
— Des informations sur les Moissonneurs et sur la nuée, pour commencer.

Surpris, Will n’avait su que répondre.

Esmelia le fut encore plus lorsque Baal lui adressa la parole pour la première fois depuis des jours.
— Je suis parvenue à déchiffrer votre petite conversation.

Quelle conversation ?
Will et elle se regardèrent en se demandant s’il avait surpris quelque chose d’intime entre eux. Ils s’étaient pourtant bien gardés de dire ou de faire quoi que ce soit…

Puis elle comprit soudain que cela n’avait rien à voir. La seule conversation qu’il aurait eu besoin de déchiffrer était celle qu’elle avait eue avec Mead’… Il lui avait dit qu’elle n’avait pas cessé de parler alors qu’elle était inconsciente… Alors que son cœur avait même cessé de battre.
Ni morte, ni vivante.

— Vous m’avez enregistrée ?
— Tout ce qui se passe dans mes vaisseaux est enregistré, souligna Baal. Mais je ne suis pas du genre à espionner chacune de vos conversations. Seulement, celles où certains mots apparaissent… Et ils se trouvent que les mots « moissonneurs », « nuée », « horde » sont apparus dans deux conversations, le même jour. Celle où vous parliez durant votre inconscience… et celle que vous avez eue avec MacAsgaill à votre retour. Vous avez aussi parlé de L’Occulteur de mondes

— Il existe ? demanda Will.

Baal ignora sa question, et continua à s’adresser à Esmelia.
— Je souhaite que vous me fassiez la lecture, dans mes appartements, chaque soir. J’ai besoin de quelqu’un qui sache lire et parler le grec ancien, le latin et quelques autres langues anciennes que vous semblez très bien maîtriser.

Elle connaissait effectivement plusieurs autres langues, dont le français et l’anglais, ancien ou moderne, l’italien, l’espagnol, l’allemand et une langue elfique, mais rien d’aussi ancien que ce qu’il devait sans doute attendre.

Les jours avaient passé sans que rien de véritablement notable ne vienne troubler la tranquillité de l’équipage, et sans véritables découvertes pour leurs recherches. Le vaisseau amiral poursuivait sa route à travers l’espace vers une destination qui leur était inconnue à Will et à elle.

Certaines habitudes s’étaient instaurées entre Baal, Will et elle. Chaque matin, ils partageaient désormais le déjeuner. L’ancien dieu tenait à ce qu’ils soient l’un et l’autre ponctuels. Durant la journée, le maître des lieux ne leur apparaissait qu’en de rares occasions. Elle aidait Will dans ses recherches. Le plus souvent lorsqu’il ne dînait pas avec eux, elle ne revoyait l’ancien dieu que le soir, lorsqu’elle se rendait à ses appartements pour lui faire la lecture comme il le souhaitait.

Cela n’avait rien de désagréable. Les textes qu’il lui demandait de lire étaient plutôt intéressants, et vraiment très anciens. Plus d’un archéologue aurait été heureux de les avoir sous les yeux. Pendant qu’elle faisait la lecture, il écrivait toujours et encore. Prenait-il des notes de ce qu’elle lisait ? Retranscrivait-il le fruit de ses réflexions ? Will disait que les drægans avaient une conception des choses différente de celle des êtres humains, et une intelligence beaucoup plus développée.

Lorsqu’il écrivait, ou encore lorsqu’il lui arrivait de lire quelque chose qu’elle n’arrivait pas à déchiffrer, il utilisait toujours une grosse loupe fixée au bout d’un bras amovible.
— Lorsque vous retournerez sur la Terre, vous devriez prendre rendez-vous chez un ophtalmologiste pour faire vérifier votre vue, lui avait-t-elle conseillé au troisième soir de leurs lectures.

Comme souvent, voire toujours, lorsqu’elle lui conseillait quelque chose qui le concernait directement, il ne répondait pas.

— Sur Terre ou ailleurs. Les lunettes vous iront sûrement très bien, avait-elle cru bon d’ajouter en essayant d’adopter le ton sarcastique qu’il utilisait toujours avec Will ou elle.

Il l’avait aussitôt congédiée en lui conseillant d’être à l’heure le lendemain.

Même s’il ne tenait pas compte de ses avis le concernant, il lui arrivait parfois de lui demander son point de vue sur le texte qu’elle venait de lire. Elle supposait que c’était purement formel. Comme un maître faisant la leçon à son élève pour voir s’il avait bien compris ce qu’il venait de lire. Aussi n’y mettait-elle jamais cette passion qui animait les discussions qu’elle avait avec son père, autrefois, ou avec Will aujourd’hui. Elle s’en était à peu près bien sortie avec les traductions. Seul, un texte en vieil irlandais lui avait posé des problèmes de lecture et de compréhension. Il avait fini par le lui lire et lui en expliquer le sens général. Elle en était venue à admirer son intérêt pour les civilisations qui n’étaient pas la sienne et ne comprenait pas qu’il ait pu en assouvir ou en anéantir certaines. Peut-être que son appétit de connaissance cachait-il plutôt un désir de conquête. Peut-être appliquait-il à la lettre cet adage : "Pour le vaincre, apprends à bien connaître ton ennemi".

Certains soirs, elle se demandait si ses lectures avaient une utilité parce qu’ils n’avaient toujours rien trouvé sur les Moissonneurs ou la Nuée, ou des civilisations qui auraient pu se comporter comme ces derniers. Tandis qu’elle lisait, il continuait à écrire installé à son bureau.

Après une quinzaine de jours, les séances se prolongèrent. Cela pouvait durer si tard dans la nuit, ou le semblant de nuit que l’intelligence artificielle de bord avait instauré dans le vaisseau, qu’elle avait peine à garder les yeux ouverts jusqu’au bout. Il ne la congédiait désormais que lorsque lui-même avait terminé son travail.

Les très rares soirs où elle ne lui faisait pas la lecture, elle jouait de cet instrument qui ressemblait à un violoncelle, sans en être un. Durant quelques heures, la musique envahissait les coursives du vaisseau. Elle ignorait que l’instrument avait les mêmes effets que la cornemuse : il fallait avoir au moins un peu de sang écossais pour la supporter.
Quelle que soit son origine, celle de l’instrument n’était sûrement pas dræganne.


Dernière édition par Ihriae le Ven 8 Déc 2017 - 9:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Ven 8 Déc 2017 - 9:05

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 20.1


XXIème siècle. 05 novembre. Montréal.

Le ciel devait être d’un bleu éclatant, quasiment estival, à trois semaines à peine avant la date officielle de l’hiver. La lumière donnait sûrement aux dernières feuilles des arbres des éclats colorés violemment contrastés, jaune vif, rouge sang, brun fauve… Habituellement, à cette époque de l’année, il n’y avait plus de feuilles dans les arbres et la température ambiante comme ressentie passait rarement au-dessus de zéro… Il n’y avait pas un souffle de vent, justement des craquements sonores. L’air lui-même n’exprimait rien, pas même les odeurs de la pourriture des feuilles ou de l’humus détrempé par les pluies automnales. Peut-être était-ce à cause de la cagoule.

En d’autres occasions, Paul Ryan se serait fichu de ces banalités. Il n’était pas du genre à s’émouvoir du réchauffement climatique. Surtout depuis ces dernières semaines où il s’était découvert, bien malgré lui, d’autres centres d’intérêt.

Mais là, précisément, il aurait voulu sentir la chaleur de ce soleil de fin d’automne sur son visage. Il aurait aimé voir les arbres, le ciel de ce pays si éloigné d’Hawaii. Pourquoi n’y était-il pas reparti avec Leo ? Il y avait songé ces derniers jours, et il était furieux contre lui de n’avoir fait qu’y penser.

Leo n’aurait jamais dû se retrouver mêlé à ses affaires, à celles de Max et d’Henri. Il maudissait son père. À cause de lui, son fils allait sans doute… Non, il refusait de penser à cette éventualité… Pas encore.

Leo… Il donnerait tout pour son fils. Tout ce que pouvait contenir ce container enterré dans ce parc naturel, et même sa propre liberté si cela lui était possible. Il le sentait marcher à ses côtés. Il respirait difficilement. Sans doute à cause du sac noir qu’on leur avait mis sur la tête, et de la peur… ou bien à cause des hommes qui les maintenaient prisonnier et les faisaient marcher à pas rapides. Paul l’avait entendu trébucher à plusieurs reprises. L’un des hommes avait juré dans une langue qu’il ne connaissait pas...

Paul avait beau essayer de raisonner dans tous les sens, il ne voyait aucune issue à ce qui leur arrivait.

— Ça va aller Leo, ça va aller…

Non, ça n’allait pas aller… Parce que Leo ne pouvait pas entendre ce qu’il lui disait, parce qu’on les baladait dans une forêt avec un sac sur la tête. Ce n’était pas pour les envoyer sur le départ d’une course d’orientation. À moins que leurs ravisseurs poussent le sadisme jusqu’à les pourchasser avant de leur tirer une balle dans la tête.

Il essayait de mettre de l’ordre dans ses idées, mais la seule chose à laquelle il ne pouvait cesser de penser était : pourquoi ce jour-là ? Pourquoi justement ce jour où Leo n’avait pas pu sortir de la maison pour aller chercher des livres à la bibliothèque ? C’était le seul endroit où il souhaitait encore aller depuis que sa petite amie était partie, et depuis qu’il n’avait plus de travail. Pourquoi sa petite copine avait-elle subitement quitté Montréal pour une durée indéterminée ? Pourquoi le patient dont il s’occupait était retourné vivre, tout aussi soudainement, chez sa sœur à Toronto ? Pourquoi la femme qui les hébergeait tous n’avait plus donné signe de vie depuis plusieurs semaines ? Elle ne logeait pas seulement Louise, mais aussi son père adoptif et son autre père, biologique. Lorsque Leo lui avait expliqué cela en lui précisant que les deux hommes n’entretenaient aucune liaison de nature amoureuse entre eux, Paul avait trouvé la situation curieuse.

Le père adoptif de Louise avait décidé de retourner à Boston. Son père biologique ne s’y était nullement opposé. D’après ce que Leo lui avait expliqué l’homme avait su tardivement qu’il était le père de Louise. Il aurait pu la récupérer et l’élever mais il avait choisi pour le bien être de la jeune fille de la laisser avec ceux qui l’avaient toujours élevée, tout en faisant partie de sa vie. Paul s’était renseigné. La réalité avait été un peu maquillée. La vie du père biologique de Louise n’était pas particulièrement stable. Il était en délicatesse avec la justice pour des affaires financières et était constamment en mouvement. Louise et sa famille adoptive n’était pas en reste. En enquêtant sur eux, Paul avait découvert qu’ils avaient déménagé plus d’une vingtaine de fois. Depuis quelques temps, le père et la mère s’étaient séparés, sans pour autant avoir divorcé. La mère était restée à Boston avec les frères de Louise, et le père était venu s’installer à Montréal avec sa fille. C’était d’ailleurs là que son père biologique les avait rejoints.

Leo s’était toujours montré évasif à propos de la jeune fille. Tout ce que Paul avait pu en tirer, c’était qu’il en était véritablement amoureux. Il avait rencontré Louise une seule fois. Il avait pu constater que ses sentiments étaient partagés. À cette occasion, il avait aussi pu remarquer que la jeune fille était assez différente des filles de son âge. Elle était plutôt posée et réfléchie, assez peu intéressée par la mode flush, les stars de la highpop, des virtual Saloons et du shugaï-hao ou encore les écrans et les réseaux sociaux augmentés. Elle partageait avec Leo son goût pour la lecture de livres-papier, pour l’art et pour la nature. S’il n’avait pas senti quelque chose chez elle de plus que différent des autres adolescentes, Paul n’aurait pas pu rêver meilleure petite copine pour Leo.

Maintenant, il ne parvenait plus à voir d’avenir pour Leo. Aucune issue.

Comme tout le monde dans pareille situation, il s’était demandé ce qui leur arrivait ? Que s’était-il passé ? Pourquoi ces hommes avaient-ils débarqué en force dans leur maison alors que Leo et lui étaient en pleine dispute ? Une dispute que n’importe qui aurait trouvée curieuse car silencieuse...
Tout s’était passé tellement vite.

Leo était descendu deux heures plus tôt en se tenant fermement à la rampe de l’escalier. Paul avait immédiatement compris. Le sens qui avait lâché son fils, ce matin-là était la vue. Ce qui était assez rare. Jusqu’à présent, la vue avait toujours été le sens que Leo perdait le moins souvent. Il pouvait perdre l’audition, le goût, l’odorat, le toucher plusieurs fois dans l’année. Il était rare qu’il perde la vue plus d’une fois. Or, cela lui était déjà arrivé quelques semaines plus tôt.
 
Depuis l’âge de onze ans, Leo s’était trouvé atteint d’une maladie sans nom qui le handicapait de manière plus ou moins profonde. Au début, les crises ne duraient qu’une journée, une à deux fois par mois. Elles ne touchaient qu’un seul de ses cinq sens à la fois. Puis les crises ont commencé à durer plus longtemps. Vers l’âge de quatorze ans, les crises sont aussi devenues plus fréquentes, et vers l’âge de quinze ans, ce n’était plus un sens, mais deux que Leo perdait en même temps.


(Suite Chapitre 20.2)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Ven 8 Déc 2017 - 9:09

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 20.2


Suite du chapitre 20.1

Paul était inquiet pour son fils et l’avenir de celui-ci. Ils avaient écumé les cabinets médicaux et les cliniques pour comprendre la pathologie de Leo. Il se doutait que la maladie ne serait ni passagère, ni bénigne, au contraire. Ce qui l’inquiétait le plus, c’était ce que deviendrait Leo si, lui, il n’était plus là. Jusqu’à présent, il avait toujours veillé sur son fils. Il y songeait d’autant plus que lui-même avait grandi sans son père, Max. Il n’avait même pas connu son grand-père, Henri. Maintenant qu’il savait à quoi les deux hommes avaient consacré une partie de leur vie, il pouvait supposer que leur disparition prématurée y était liée. Il lui était par contre difficile d’admettre que Max ait trouvé la mort d’une manière ou d’une autre. Il avait l’impression que si cela avait été le cas, et ce même si Max avait déserté sa vie depuis longtemps, il l’aurait ressenti dans sa chair. Cette possibilité avait quelque chose d’effrayant qui avait réveillé en lui ce désir de préparer l’avenir de Leo. D’autant plus si le jeune homme en perdait la capacité...

Toujours était-il que s’il disparaissait lui aussi, et il y avait beaucoup pensé ces derniers temps, il fallait que Leo soit à l’abri du besoin et de tout danger. Il ne comprenait pas comment son père, en lui léguant son « secret », et cette espèce de container, n’avait pas pensé à son petit-fils Leo. Dès l’instant où il avait mis le nez dans les dossiers, Paul avait su qu’ils couraient un danger, qu’ils allaient désormais devoir être toujours sur le qui-vive. Mais il n’avait jamais pu trouver le moment pour en parler à Leo.

Max, lui, n’avait eu que sa petite personne à s’occuper après avoir abandonné sa femme et son fils. Mais lui, il avait Leo, et il ne voulait surtout pas reproduire ce que Max lui avait fait, et ce que la mère de Leo avait, elle aussi, fait…

Pour l’instant, Leo était autonome. Sans doute plus que la plupart des personnes dans son cas. Quoique Paul n’en eut jamais rencontré. Mais que se passerait-il lorsque la maladie s’aggraverait encore. Lorsque trois, quatre ou la totalité des sens disparaîtront d’un coup, que ce soit sur de courtes, ou plus sûrement, sur de longues périodes ? Paul ne se voyait pas abandonner son fils dans un institut spécialisé. Même pour le protéger du danger. Leo ne le lui pardonnerait jamais.

Dès les premières crises, Leo avait toujours fait front contre sa maladie. Il avait même fait preuve de la plus grande indépendance vis-à-vis d’elle. Il n’avait pas pu faire les études de médecine qu’il avait toujours souhaité faire. Au moins avait-il pu suivre une formation d’aide malade et il avait obtenu son diplôme haut la main. Depuis quelques mois, il avait même trouvé un travail en tant qu’assistant de Neil Doyle, un ancien savant affligé d’un profond handicap mental. Pourquoi Mareaid Fry, la sœur de ce dernier, avait-elle choisi Leo parmi la quinzaine de candidats qui s’étaient présentés pour s’occuper de lui ? Paul l’ignorait, mais quelque chose dans la volonté de Leo d’aider son prochain avait sans doute dû la convaincre de lui donner sa chance. Il devinait que Leo ne lui avait sûrement rien caché de sa maladie. Il connaissait aussi le pouvoir de persuasion de son fils lorsque celui-ci voulait quelque chose. Et ce poste, il le voulait avant même de savoir qu’il y rencontrerait Louise.

Leo lui avait raconté qu’il ne voyait quasiment jamais Mareaid. Neil Doyle ne vivait pas chez elle. Elle avait déjà trois enfants à charge, dont un bébé. Elle ne pouvait assumer la charge d’un quatrième. Selon Leo, c’était exactement ce qu’était Neil Doyle. Il avait été un grand scientifique avant que quelque chose lui détraque le cerveau. Paul avait recherché des infos à propos du scientifique sur les réseaux. Il avait trouvé un nombre incommensurable de biographies qui correspondaient à ce que Leo lui avait raconté à son sujet, mais toutes manquaient cruellement de détails sur les quinze dernières années.

Neil Doyle n’était pas un patient difficile. Leo s’occupait de lui huit à dix heures par jour. En fait, la plus part du temps il devait lui tenir compagnie et l’occuper à différentes activités. Son comportement était désormais celui d’un enfant de cinq ou six ans, de même que son attention, ce qui demandait une présence constante. Apparemment assignée à résidence puis qu’elle suivait des cours par correspondance, Louise l’aidait parfois dans cette tâche.

Paul se souvenait de la seule fois où il avait rencontré la jeune fille. Elle était venue chez eux avec son père adoptif et avait proposé à Leo de le conduire chez eux, où les attendait, sans doute avec impatience, Neil Doyle. Tous deux, père et fille, revenaient de l’hôpital où elle avait passé un examen médical.

Paul avait trouvé la jeune fille plutôt jolie. Elle était petite et menue, la peau très clair, le teint quasiment maladif à cause de sa santé fragile, des traits fin, des yeux sombres, comme ses cheveux, coupés courts. L’un de ses yeux avait une particularité, une tache d’or dans un iris plus dilaté que celui de son autre œil. Ce jour-là, elle avait eu besoin de lunettes noires pour supporter la lumière extérieure. Paul avait supposé que c’était pour cela qu’elle était médicalement suivie, mais il n’avait pas osé lui en demander la confirmation. Il avait ensuite oublié ce détail, et lorsqu’il y avait à nouveau repensé, il s’était dit que Leo lui en parlerait de lui-même…

Ça et bien d’autres choses sur la longue liste des futurs hypothétiques, des « on verra plus tard », des « on a le temps »... Sauf que parfois, le temps vous prend par surprise, et c’est dans ces moments-là qu’on regrette de ne pas avoir fait ou dit ce qu’il fallait.

Sans pouvoir voir et entendre, Leo était prisonnier de son propre corps. La seule chose que Paul pouvait faire, c’était le toucher. Par le contact de ses mains, de son visage, il avait essayé de rassurer son fils. Mais Leo était en colère… À cause du départ de Louise, à cause de la perte de son emploi, à cause de cette maladie sournoise… Il était en colère contre lui-même et contre son père aussi. Paul essayait, du bout de ses doigts comme sur un fragile instrument, avec douceur, avec patience, de le ramener au calme… Lorsqu’il y avait repensé, une fois descendu du véhicule de leurs kidnappeurs, Paul s’était rendu compte que Leo n’avait pas ouvert la bouche, et pourtant sa colère n’en avait été que plus présente et violente... Lui-même avait instinctivement réagi de la même manière. Il avait seulement pensé sans l’exprimer que les crises ne duraient pas éternellement. Celle-ci durerait peut-être un jour ou deux. Il fallait que Leo soit patient. C’était ce qu’il essayait de lui expliquer lorsque les six hommes avaient fait irruption dans leur maison. Paul n’avait pas eu le temps de réagir. Combien l’aurait-il pu...

(Suite Chapitre 20.3)
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Ven 8 Déc 2017 - 9:14

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 20.3


Suite du chapitre 20.2

Ces hommes, vêtus comme les membres d’une force d’intervention et tout autant armés avaient investis les lieux rapidement, sans actions inutiles. S’il avait eu la moindre chance, ce n’aurait pas été sans risquer de blesser Leo, ou l’un des passants dans la rue. Il ne connaissait aucune maison dont les murs étaient à l’épreuve des balles… Pourtant, maintenant qu’il se trouvait prisonnier de ces hommes dont les intentions ne laissaient aucun doute, il se disait qu’il aurait dû tenter quelque chose. Il aurait pu pousser Leo au sol et attaquer les hommes de front. Lui, il n’aurait sans doute eu aucune chance de survie. Celles de Leo auraient été minces, mais les tirs de fusils d’assaut auraient alerté les passants. Au moins l’un d’entre eux les aurait signalés à la police, et cela aurait rendu la fuite de leurs assaillants plus compliquée. Au lieu de cela, il était resté sans rien faire, sans réagir…

Paul avait été menotté le premier. Curieusement, ils avaient eu plus de mal avec Leo. Dès le premier contact physique Leo avait senti quelque chose d’anormal et s’était débattu. Pour le coup, ils avaient dû s’y mettre à deux pour le menotter. Paul avait beau leur crier de toutes ses forces que Leo ne les voyait pas plus qu’il ne les entendait, qu’ils n’avaient pas besoin de lui parce qu’il ne pourrait ni leur dire quoi que soit, si les accuser de s’être introduits dans leur maison et de les avoir agressés et encore moins les identifier. Aucun des hommes ne semblait vouloir l’entendre ou l’écouter. Quant à Leo, il était en proie à la panique. Il appelait son père. Il avait fallu quelques minutes pour que Paul puisse l’approcher. Il avait pu approcher son visage de celui de son fils et l’embrasser une dernière fois. Il avait pu sentir les larmes de Leo. Ses lèvres en avaient même gardé le goût… Leo ne se faisait aucune illusion sur ce qui les attendait…

Qui étaient ces hommes ? Des hommes du CENKT ? Une autre faction ? Max comme Henri faisaient allusion au CENKT à plusieurs reprises dans leurs rapports. Cette organisation avait existé durant des siècles en Europe avant de s’éteindre, puis de renaître aux États-Unis. Le CENKT pourchassait les Extraterrestres. D’après les documents qu’il avait pu lire, ils agissaient parfois pour de bonnes raisons. Notamment lorsque certaines espèces extraterrestres étaient endémiques et menaçaient la faune ou la flore autochtone, ou lorsque des espèces douées d’une certaine intelligence, voire d’une intelligence supérieure à celle de l’Homme se révélaient belliqueuses envers celui-ci. Mais les documents montraient aussi que, d’autres fois, surtout depuis sa renaissance au milieu du vingtième siècle, le CENKT ne s’embarrassait pas à faire la différence parmi les différentes espèces extraterrestres. Et si des humains se mêlaient de leurs affaires, alors ces derniers devaient s’attendre à subir le même sort. Marie-Louise Dickson et bien d’autres après elle en avaient fait les frais, et Leo et lui ne seraient sûrement pas les derniers de la liste.

Paul et Leo furent ensuite emmenés à l’arrière de la maison. Trois grosses voitures noires les attendaient. Père et fils allaient être séparés… Peut-être qu’ils emmèneraient Leo ailleurs et le libéreraient.

Alors qu’on emmenait Leo vers un autre véhicule, une femme interpella les deux hommes qui l’emmenaient et leur ordonna, en allemand, de le mettre dans la même voiture que son père. La femme devait avoir une quarantaine d’années. Cela ne se voyait pas sur son visage, probablement grâce à la chirurgie esthétique, mais sur ses mains, oui. En d’autres circonstances, Paul l’aurait trouvée plutôt jolie, notamment à cause des traits fins de son visage finement sculpté aux maxillaires saillants, et ses yeux d’un bleu gris lumineux, mais il y avait quelque chose dans ce regard qu’il détesta immédiatement… Quelque chose qui indiquait clairement qu’ils ne seraient jamais du même monde, et que leur existence, à lui et Leo, était une anomalie à corriger aux yeux de cette femme. Paul comprit que c’était elle et personne d’autre qui dirigeait l’opération. Il décida de retenter sa chance, et la supplia, dans la langue qu’elle avait utilisée pour parler à ses hommes de laisser Leo en dehors de tout cela.

Elle eut un vague sourire qui ne cachait rien du dégoût qu’il lui inspirait avant de s’adresser à l’un des hommes, toujours en allemand.

— Emmenez-moi ça.

Puis elle se détourna d’eux pour monter dans la dernière voiture, mais Paul l’entendit quand même ajouter :
— Et enterrez les corps profondément. Personne ne doit les retrouver.

Le savoir était une chose. L’entendre dire en était une autre. Paul sentit le monde tourner autour de lui.

On leur enfila un sac noir sur la tête. Il fut poussé le premier à l’arrière du deuxième véhicule, puis Leo. Son fils resta collé à lui durant l’heure que dura le trajet. Rien ne pourrait rassurer Leo. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était profiter de leurs derniers instants l’un contre l’autre. Pour l’un et l’autre, leur chaleur et leur présence seraient sûrement les dernières sensations réconfortantes dont ils voudraient se souvenir.

La dernière partie du voyage lui sembla chaotique. Ils avaient quitté la route pour un chemin de campagne. Lorsque le véhicule s’arrêta et qu’on l’en tira, il sentit ses pieds s’enfoncer dans la terre meuble. Des craquements secs lui indiquèrent qu’ils devaient se trouver dans un bois, ou une forêt.

Il sentait et entendait marcher Leo à ses côté. Il respirait difficilement. Sans doute à cause du sac noir qu’on leur avait mis sur la tête, et de la peur… ou bien à cause des hommes qui les maintenaient prisonniers et les faisaient marcher à pas rapides. Paul l’avait entendu trébucher à plusieurs reprises. L’un des hommes avait juré dans une langue qu’il ne connaissait pas...

— Ça va aller Leo, ça va aller mon fils… Je t'aime...
Au moins, on est ensemble, et là, maintenant, c’est tout ce qui compte.
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