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 L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)

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Ihriae
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Lun 18 Déc 2017 - 11:10

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 21.4


Suite du chapitre 21.3

Tandis que les trois Labirés quittaient la passerelle à toute vitesse, Baal manipula une trappe dans la paroi du vaisseau qui s'ouvrit sous la pression de ses doigts. Il en extirpa deux plaques de la taille de cartes de tarot, d'un blanc fluorescent et laiteux. Esmelia supposa qu'il s'agissait de cartes contenant des données qu'il ne souhaitait pas voir tomber entre les mains de l'ennemi.
— On y va ! lui cria-t-il à travers les grésillements des lumières et des ordinateurs, le bruit sourd des explosions et celui plus strident des sirènes d’alarme.

Il lui attrapa la main et l'entraîna à sa suite, dans les coursives du vaisseau. Malgré l'obscurité, il savait très bien par où il devait passer pour éviter les obstacles.

Les secousses se poursuivirent à un rythme régulier et rendirent leur progression chaotique. La lumière revint faiblement, mais elle montrait de sérieux signes de faiblesse. Plusieurs feux, à l'intérieur du vaisseau, envahissaient les coursives, se nourrissant de l’oxygène encore présent.

Toujours entraînée par Baal, arrivant à peine à voir devant elle tant ses yeux piquaient à cause de la fumée, elle arriva jusqu’à la salle dans laquelle ils avaient entreposé le téléporteur acquis sur Feloniacoupia. Il était en fonction. Les Labirés y faisaient passer aussi vite que possible tout le matériel nécessaire à leur survie quelle que soit la planète sur laquelle ils se réfugieraient.
— Encore combien de temps ? demanda Baal à Grama.
— La bouche restera encore ouverte dix warks, mais pas plus. Il faudra attendre cinq autres warks pour qu’elle puisse à nouveau être ouverte.

Will arriva à son tour suivi d’un groupe de Labirés. Il avait eu le temps de récupérer une trousse de secours, trois kits de survie, et son inséparable pad. Esmelia remarqua immédiatement son œil au beurre noir et les autres bleus sur son visage. Où qu’il soit allé avec Baal, les choses n’avaient pas dû très bien se passer…
— Qui a fini par nous retrouver en premier ? lui demanda Will en sanglant son sac à dos.

Sans attendre la réponse, il distribua les kits de survie, l'un pour Grama, le deuxième pour Esmelia. Quant au troisième, il le posa près de Baal. Il passa la sangle de sa trousse de secours sur son épaule droite. Visiblement, il avait trouvé le moyen de la solidariser avec celle de son sac à dos pour qu’elle ne le gêne pas au niveau du cou et finisse par lui irriter la peau.  Il fut un temps où cet exercice de harnachement ne lui était pas naturel. Depuis sa désertion de l’AMSEVE, c’était devenu aussi naturel qu’un réflexe. Parfois, elle se disait que ses anciens compagnons auraient sûrement du mal à reconnaître l’homme qu’il était devenu ces derniers mois.

— Jor POnyl, lui répondit-elle. Elle a retrouvé sa baleine blanche. Comme les autres, elle n’avait qu’une envie : le dépecer pour découvrir ses secrets les mieux cachés. Cela dit, étant donné le tact dont il fait preuve avec la plupart des femmes, elles n’ont pas besoin vraiment besoin de prétexte ou de prime pour essayer de lui faire la peau.

Le principal intéressé lui renvoya un regard torve qui disait clairement que si elle continuait, elle risquait de finir sa vie avec le vaisseau.

Will intervint :
— Il n’y a qu’une seule chose qui intéresse vraiment Jor, c’est le profit. Elle comme les pies : attirée par tout ce qui brille.
— Je vois… Et là, elle a vu un phare au milieu de l’océan… ou une soucoupe volante en argent.
— On peut dire cela, acquiesça Will.

Elle vit Baal esquisser un sourire, sans doute douloureux à cause de la coupure qu’il avait à la lèvre, et même s’il s'activait autant que les labirés, il n’avait rien perdu de leur courte conversation. Des marques de fatigue et de souffrance étaient visibles sur son visage, mais il ne lâchait rien. Grama avait même du mal à le suivre tant il déployait de l’énergie à aider les labirés afin d’évacuer un maximum de caisses tout en surveillant le temps qu’il leur restait. Esmelia remarqua aussi des taches de sang sur ses vêtements. Ceux-ci étaient déchirés par endroits. Qu’avaient-ils donc fait, William et lui, durant leur absence ? Dans quoi le dieu déchu avait-il entraîné le scientifique ?

— D’après ce que je sais d’elle, Jor POnyl est devenue chasseuse de primes, reprit Will.
— Voilà qui ne m’étonne guère, lâcha Baal en aidant l'un de ses Labirés à attacher une dernière caisse sur un chariot avant de le pousser vers la porte.
— Nous devrions nous presser, ajouta Will. Elle est loin d'être stupide. À mon avis, elle doit déjà avoir compris que nous évacuions le vaisseau.

Dans sa voix, perçait une once d'admiration qui n'échappa pas à l'ancien dieu.
— Vous avez envie de la rejoindre, MacAsgaill ?

La question était si inattendue de la part de Baal. Il semblait vraiment sérieux.
Will s’en trouva pris au dépourvu.
— Je… Enfin… Vous… Nous…
— Décidez-vous, MacAsgaill, le temps presse.
— Vous n’êtes pas sérieux, je suppose.
— Bien sûr que si.
Il l’était.
— Alors, c’est non.

Il n’y avait aucune hésitation dans sa voix. Au contraire, il semblait n’avoir jamais été aussi sûr de lui.
Baal s’arrêta net et le regarda. Pour la première fois, il avait l’air sincèrement surpris. Le chariot qu'il poussait redescendit la légère pente de la passerelle qui lui permettait d'entrer dans le passage, entraînant le labiré qui le tirait avec lui. Il peinait à la retenir tant bien que mal et étouffa quelques jurons. Dès qu’il s’en aperçut, Grama vint à son secours.

Baal semblait les avoir totalement oubliés pour se concentrer sur Will.
— Cette fois, c’est à moi de vous demander si vous êtes sérieux ?
— Disons que depuis peu, je me sens … plus utile et plus en sécurité... loin de l’AMSEVE.
— Plus en sécurité ?  s’étonna Grama en faisant passer la caisse dans la bouche.

Pour lui, les paroles de Will relevaient le plus souvent de la plaisanterie idiote. Puis comprenant qu’il était intervenu en lieu et place de son maître, il baissa aussitôt la tête.  

Baal ne releva pas l’offense. Il s’approcha de Will.
— Tant mieux, dit-il simplement. J’en suis heureux. Cela m’aurait ennuyé de perdre le seul médecin de ce vaisseau.
— Je ne suis pas médecin, protesta Will dans un faible soupir comme s’il avait renoncé à ce que l’ancien dieu comprenne la différence entre un médecin et un exo-archéologue, ou un historien.
— Chirurgien alors…
— Et je ne suis pas chirurgien non plus.
— En tous les cas, faute de mieux dans ce vaisseau, vous êtes MON médecin et MON chirurgien.
— Sauf qu’il n’en reste plus grand-chose de votre vaisseau, osa Will. Ce n’est plus qu’une question de temps pour qu’il soit atomisé, et nous avec si nous n’évacuons pas rapidement.

Esmelia ne quittait pas Will des yeux depuis qu'il avait refusé l'offre de Baal. Elle ne parvint pas une seule fois à croiser son regard. Combien de fois l’avait-elle entendu dire qu’il aurait préféré être ailleurs que dans le vaisseau de Baal ? N’importe où, même sur la Terre s’il n’avait pas d’autres choix. Elle se demandait ce qui l'avait fait changer d'avis. Et depuis combien de temps ? Parce que cela, elle non plus, pas plus que Baal, ne l’avait vu venir. Avait-il vu, entendu, fait ou compris quelque chose pendant son expédition avec l’ancien dieu phénicien ? Ou bien était-il parasité, lui aussi, par un drægan ? À moins que ce soit à cause d’elle…


Dernière édition par Ihriae le Mer 20 Déc 2017 - 18:51, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 20 Déc 2017 - 11:17

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 22.1


XXIème siècle. 23 novembre. Paris, France.

— Si tu aimes seulement ceux qui t'aiment, peux-tu vraiment dire que tu es quelqu’un de bien ?
Le bon sens de Martha.

Martha, son havre de paix depuis trente ans. Trente ans d’un mariage sans faille aux yeux de leurs amis, de leurs enfants, et de leurs petits-enfants, bien que ces derniers ne soient même pas encore en âge de connaître la notion même de mariage.

Cassius Jameson observait sa femme avec la même tendresse, le même amour qu’au premier jour de leur rencontre. Elle avait ce charme indéfinissable qui lui avait plu dès qu’il l’avait vue sur la scène avec son violon, cette façon d’occuper l’espace lorsqu’elle jouait de son instrument alors même qu’elle restait au même endroit, et sa peau diaphane, et surtout sa longue chevelure blonde, presque blanche, qui prenaient la lumière de telle manière que celle-ci leur conférait une aura presque magique.  

À la fin du concert, il était allé la voir pour la féliciter. Il n’avait jamais fait ce genre de chose auparavant, mais là, il avait senti qu’il devait le faire.

Le coup de foudre avait été réciproque. Ils s’étaient donc revus plusieurs fois, mais ils avaient attendu une année entière avant d’annoncer leurs fiançailles à leurs familles et proches respectifs. Six mois plus tard, ils se mariaient.

Elle lui avait donné cinq enfants. Quatre filles et un garçon. Tous étaient beaux comme des dieux et en parfaite santé. Il remerciait Dieu de lui avoir permis ce bonheur chacun des dimanches où il pouvait les accompagner à la messe. Ensuite, il y avait le repas de famille, toujours bruyant, toujours gai où ils parleraient de tout et de rien. Il évoquerait bien sûr son travail pour une grosse boite d’import-export de matériel destiné aux programmes spatiaux entre différents pays européens, asiatiques et américains. Les difficultés de trouver du personnel compétent pour mener à bien certaines négociations compliquées, ou bien les obstacles administratifs liés à l’importation ou l’exportation de tel ou tel produit, ou encore de la durée trop limitée de certains brevets d’exploitation. Mais ce qui l’intéresserait le plus, c’était lorsque sa fille aînée Mera lui parlait des recherches qu’elle faisait sur une maladie dégénérative de l’oreille et les manières d’y remédier, lorsque la seconde Maline évoquait les difficultés de certains scolaires des enfants qu’elle avait dans sa classe de primaire, lorsque la troisième, Miranda, lui montrait les robes qu’elle concevait pour la maison de couture dans laquelle elle travaillait, lorsque Merry, son unique fils, évoquait avec passion les compositeurs qu’il jouait au violoncelle dans le même orchestre prestigieux que sa mère, et son désir d’en devenir le chef d’orchestre principal, lorsque Maya, la petite dernière, encore en études pour devenir vétérinaire lui posait des questions sur certaines espèces qu’elle connaissait moins bien que d’autres car il était incollable sur la plupart de celles qui existait sur la Terre. Comme le reste de la famille, elle ignorait que ses connaissances en espèces animales allaient bien au-delà de ce qui vivait sur la Terre.

Trois de ses cinq enfants étaient déjà mariés et avaient déjà leurs propres enfants. Mera avait épousé l’un de ses collègues, Paolo, un vénézuélien venu étudier à Paris, et qui était resté en France pour devenir chercheur dans un prestigieux institut. Il avait obtenu la nationalité néo-africaine juste avant d’épouser Mera. Ils avaient déjà trois enfants, des triplés, deux garçons et une fille, âgés de huit ans. Le quatrième était en route et ils songeaient déjà à un cinquième pour que celui-ci ne grandisse pas seul car la différence d’âge avec les aînés était déjà conséquente. Maline avait épousé un camerounais, Diomède. Ils avaient trois petites filles de six, quatre ans et deux ans. Maya n’avait pas attendu d’épouser Justin, un martiniquais, pour avoir deux enfants, un garçon et une fille de six et quatre ans eux aussi. Lorsque Martha et lui leur demandaient quand ils comptaient organiser leur mariage, les deux jeunes gens se montraient toujours évasifs. Leur situation leur convenait plutôt bien telle qu’elle était, même si aux yeux de certains religieux, ils passaient pour des mécréants.

Cassius avait beau être profondément religieux, il n’était pas de cet avis. Si sa fille et son compagnon avaient choisi ce mode de vie, cela signifiait qu’il leur convenait. Il n’avait rien à y redire. Il avait bien fait la paix entre ses croyances religieuse et son travail scientifique. Après tout, pourquoi l’existence de différentes formes de vies extraterrestres dans l’univers serait-elle incompatibles avec celle de Dieu ? Au contraire sa foi n’en était que plus renforcée : Dieu était bien plus grand qu’on ne l’imaginait, et plus complexe.

Martha, quant à elle, se consolait en se disant qu’elle avait encore deux enfants à marier, et donc deux cérémonies à organiser. C’était l’un de ses grands plaisirs dans la vie. Merry, après avoir bien papillonné de petites amies en petites amies depuis qu’il avait découvert qu’il avait un pouvoir de séduction certain sur les filles avait enfin décidé de se poser auprès de Charline, une très jolie métisse aux yeux vert amande. Personne ne savait combien de temps cela durerait, mais en tous les cas, c’était, de loin, la relation la plus longue qu’il avait eue avec une fille.

Tout ce petit monde vivait à Paris ou à moins de deux heures de la capitale française, et même les dimanches où il était absent, il y avait toujours du monde autour de Martha.

La maison dans laquelle ils habitaient à Saint-Germain-en-Laye était suffisamment grande pour accueillir toute la famille. C’était une jolie maison avec un jardin qu’ils avaient choisie et achetée ensemble au début de leur mariage. Lorsqu’il était absent, Martha était rarement seule. Elle recevait souvent la visite de ses sœurs, sans compter que Maya vivait encore sous leur toit, et Merry y venait encore régulièrement, accompagné ou pas.

En trente ans, ils avaient déménagé sept fois, dans sept pays différents. C’était en France que sa famille avait vécu le plus longtemps. Comme pour chacune des maisons qu’ils avaient habitées avant, Martha avait entièrement décoré celle-ci et en avait fait un véritable modèle pour catalogue. Toute en couleurs pastel et crème, des meubles clairs, et des tissus moelleux, doux au toucher, reposant au regard, leur maison était un cocon, un domaine protégé et personnel, à l’opposé de sa cellule austère et sans âme au Fort, ou dans les autres bases du CENKT où il avait séjourné. Martha le savait inconsciemment. Elle ignorait tout du Fort, même son existence. Pour elle, lorsqu’il travaillait, il passait ses soirées et ses nuits soit à l’hôtel, soit à son bureau, ou encore dans un train, dans un avion, à consulter des dossiers, à prévoir de nouveaux marchés, à organiser des réunions et des voyages d’affaires. Il en était, en partie, vraiment ainsi. Il restait sagement dans sa chambre d’hôtel ou dans sa cellule alors que d’autres de ses collègues profitaient de ces moments de liberté familiales pour écumer les bars ou prendre du bon temps avec des call-girls essentiellement. Lui, il passait ses soirées à planifier les prochaines interventions et à étudier les espèces extraterrestres qu’ils devraient cibler afin de ne pas avoir de mauvaises surprises. Il avait toujours l’échec avec Curtis en tête. Il n’avait pas su trouver le bon levier pour le retourner contre ceux qui le missionnaient.

Jamais il n’avait trompé Martha. Il l’aimait beaucoup trop pour la trahir ainsi, ou même autrement. Il ne tenait pas en grande estime ceux qui menaient une double vie sans se préoccuper des dégâts qui pouvaient en résulter. On pouvait dire beaucoup de choses de lui, mais pas qu’il était un homme dont la morale était à géométrie variable, un homme sans honneur.

Avec ses subordonnés, il pouvait se montrer dur, mais il veillait à être toujours juste. Il se montrait encore plus exigent avec lui-même. Mais grâce à cela, il arrivait toujours à ses fins. Depuis qu’il avait pris la direction des opérations spéciales du CENKT, il n’avait jamais manqué aucun de ses objectifs, même si certains s’étaient révélés moins réussis que d’autres.

Le prochain serait, de loin, le plus ambitieux...  

— Si tu aimes seulement ceux qui t'aiment, peux-tu vraiment dire que tu es quelqu’un de bien ?

Cela ressemblait à une phrase des évangiles… Peut-être celui de Matthieu. Oui, cela devait être ça. Il ne se souvenait plus très bien.

En cet instant, c’était surtout une question que Martha venait de poser à Julius, l’aîné de leurs petits enfants qui venait de faire savoir qu’il y avait, dans sa classe d’autres enfants qu’il n’aimait pas parce qu’ils s’étaient moqués de sa chevelure sombre indomptable et toute hérissée, et de sa couleur de peau, ni complètement blanche, ni complètement noire. Il avait cassé la figure à deux d’entre eux sans autre forme de procès. Il avait les moyens physiques de le faire, car pour son âge, Julius était aussi costaud et vif que malin.

Il croisa le regard doux de Martha. Elle lui sourit. Un sourire de connivence. Un sourire de confiance.
Il lui répondit par ce même sourire.

Il essaya, et il espéra que cela passerait pour tel.

Il ne pouvait pas lui dire que cela n’avait aucun sens pour lui. Il ne pouvait pas aimer ceux qui ne l’aimaient pas. Au mieux, ils le laissaient indifférent. Au pire, il les haïssait jusqu’à les tuer. Pas parce qu’ils ne l’aimaient pas, lui, en tant qu’homme, soldat, serviteur de son pays, et bon père de famille, tout autant bon grand-père. Parce qu’ils ne l’aimaient en tant qu’Être Humain.

(Suite Chapitre 21.2)


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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 20 Déc 2017 - 11:19

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 22.2


Suite du chapitre 22.1

Martha, comme le reste de la famille, comme 99,9 % des êtres humains de cette planète ignorait que l’espèce humaine était en danger et que, sans des hommes comme lui qui avaient accepté de salir leurs mains et leurs âmes durant les siècles passés, elle ne serait sans doute plus au sommet de la chaîne alimentaire.

Combien d’actes condamnables aux yeux de l’Humanité avait-il commis tout au long de sa vie ? Si Martha le savait, ou si elle en connaissait la nature, ou même si elle apprenait que toutes ces années de vie commune, depuis l’instant de leur rencontre, il lui avait menti sur ce qu’il faisait, que penserait-elle de lui ? L’aimerait-elle encore comme au premier jour ? Ses enfants continueraient-ils à voir en lui un homme bon, un homme de bien ?

Malgré toutes les horreurs qu’il avait commises, et cela impliquait celles qu’il n’avait fait qu’ordonner, et celles dont il avait seulement contresigné l’autorisation, il continuait à penser qu’il était un homme bien parce que ce qu’il faisait, il le faisait pour protéger sa famille, et l’Humanité toute entière.
Personne, en dehors de ses hommes et lui, n’avait vu les horreurs commises par les envahisseurs. Personne ne pouvait les imaginer.

La moitié de ces créatures n’était rien de plus que des bêtes sauvages, des prédateurs ou des parasites au sens propre qui essayaient de trouver leur place dans la chaîne alimentaire du vivant terrestre. Ils ignoraient qu’en faisant cela, ils la bouleversaient totalement. Combien d’affaires relatant des attaques de créatures extraterrestres sur des êtres humains avait-il dû transformer en attaque de chiens, d’ours ou de requins, et même de taureaux furieux ou d’accident de cheval ? Combien de forêts avait-il dû faire incendier pour exterminer une espèce végétale ou animale extraterrestre endémique en faisant passer cela pour une catastrophe naturelle ? Durant cinq ans, il avait fallu vendre un produit de traitement particulièrement nocif pour ses utilisateurs humains pour éradiquer une sorte de sauterelle qui prenait un malin plaisir à secréter une substance encore plus nocive qui attaquait les reins et l’appareil digestif des animaux sauvages quelle que soit leur espèce. Il y avait eu deux cas de décès que le CENKT suspectait aussi en être une conséquence.
Le CENKT ne parvenait pas toujours à découvrir ces espèces, nocives ou non, le premier. Parfois, des scientifiques, ou même des explorateurs du dimanche, tombaient dessus par hasard. S’ils en sortaient vivants et en bonne santé, et s’ils en parlaient à la communauté scientifiques ou à la presse, alors il était trop tard pour une action radicale de la part du CENKT. Ne restait alors seulement qu’à faire croire qu’une nouvelle espèce venait s’être découverte, sans doute déplacée de son milieu naturel par l’homme et ses activités, ou bien à un cas exceptionnel d’hybridation, lorsque c’était possible.
Ça, ça marchait bien pour les plantes et les animaux extraterrestres.

Pour les vaisseaux s’écrasant sur la Terre, la solution venait d’elle-même : un tremblement de terre, un tsunami, un ouragan, une éruption volcanique, ou l’explosion d’un dépôt de bombes datant de la Seconde Guerre Mondiale. C’était cette histoire que ses prédécesseurs avaient utilisée pour l’accident, en Belgique, dans les années 50.

Pour les êtres dits intelligents, cela s’avérait nettement plus compliqué. Il les classait déjà en deux catégories : ceux qui ne demandaient rien à personne et essayaient de se dissimuler parmi les humains lorsque leur physiologie le leur permettait, ou dans le cas contraire, dans des sanctuaires, sortes de ghettos clandestins pour extraterrestres. Et les autres, ceux qui avaient des velléités de pouvoir sur l’être humain et entendaient prendre possession de sa planète, la Terre. Eux aussi essayaient de se dissimuler parmi les humains, ou dans les sanctuaires pour extraterrestres.
Il considérait les deux catégories comme aussi dangereuses l’une que l’autre. La seconde, pour des raisons évidentes, et la première parce qu’elle était porteuse d’un virus : son génome. Certaines espèces étaient compatibles avec l’être humain et leurs individus pouvaient donner naissance à des êtres hybrides. D’autres pouvaient modifier la structure de leur ADN, ou celui de l’être humain par simple contact et le modeler selon ses besoins reproductifs.

Bref, ils pouvaient sembler aussi inoffensifs ou pacifiques que des gremlins avec lesquels on aurait respecté les trois règles. Mais un accident pouvait facilement arriver, et la catastrophe suivait immédiatement… La vision d’une multitude de gremlins mutants se multipliant de façon exponentielle s’imposa à son esprit.

Même s’il savait que c’était une vision simpliste, même s’il était conscient que pour survivre l’Homme devait évoluer, comme l’avaient fait les hommes préhistoriques. Il y avait eu de nombreux départs, des espèces différentes, mais une seule les avait tous supplantés pour devenir l’Homme moderne.
Il n’était pas contre l’évolution, mais il voulait être certain du choix. Un choix qui anéantissait toute autre possibilité. Un choix qui n’exterminerait pas la quasi-totalité de la population humaine actuelle. L’Homo Sapiens avait passé la ligne d’arrivée le premier. Mais que se serait-il passé si cela avait été l’Homme de Neandertal ou l’Homme de Denisova ? Peut-être seraient-ils aussi évolués que l’était l’Homme Moderne aujourd’hui… Ou bien serait-il dominé, mis en esclavage par des êtres venus d’ailleurs ?

Il n’était pas non plus fondamentalement eugéniste. Pas à la façon des nazis, vers le milieu du XXe siècle qui voulaient créer une espèce humaine supérieure pour dominer toute l’espèce humaines. Ce qu’il souhaitait, c’était que l’espèce humaine toute entière reste suffisamment forte pour avoir sa place à la table des négociations lorsque le jour viendrait. Et il viendrait, il le pressentait. Il s’en sentait comme le garant. Il voulait même en être l’artisan, et pour cela, il avait besoin de prendre le contrôle de l’AMSEVE dont il ferait une arme, et non plus un jouet pour scientifiques en mal de découvertes.

Il respectait profondément le général Doherty et le travail qu’il avait accompli dans le domaine de l’exploration spatiale, sans parler des sacrifices. Mais il était temps de passer à l’étape supérieure. Doherty appartenait aux défricheurs, aux explorateurs, lui aux conquérants et aux bâtisseurs. De plus, la vision de Doherty de l’exploration extraterrestre et des rencontres du troisième type était beaucoup trop pacifiste à ses yeux. Ni lui, ni ses explorateurs, et encore moins ceux qui finançaient le programme d’exploration ne se rendaient compte qu’ils donnaient bien plus d’informations sur l’espèce humaine aux extraterrestres qu’ils n’en récoltaient sans doute sur eux.

En son sein, l’AMSEVE en avait accueilli quelques-uns. Une fois leur contrat terminé, deux d’entre eux étaient restés à la base. Qu’avaient-ils à y gagner à part en apprendre le plus possible sur l’avancée des découvertes scientifiques humaines et les communiquer à ceux de leur espèce en cas d’invasion ? Un troisième s’était enfui avec des documents importants qui auraient pu être autant de découvertes, et le quatrième s’était purement et simplement volatilisé. Qui savait ce qu’il avait emporté avec lui ? S’il avait dirigé l’AMSEEVE, jamais cela ne serait arrivé. Jamais il ne l’aurait toléré.
Dans moins de deux jours, il prendrait le contrôle de l’AMSEVE, et l’une des premières mesures qu’il prendrait, ce serait de renvoyer les deux extraterrestres là où était leur place, et il mettrait Doherty et tous ceux qui étaient responsables du programme face à leurs responsabilités.

Il sentit la main apaisante de Martha sur son épaule. Perdu dans ses pensées, il ne l’avait pas vue venir à lui. Il avait même totalement perdu la notion de ce qui se passait autour de lui. Ses filles qui pépiaient comme une volée de moineaux un soir d’automne, ses beaux-fils et son fils qui joutaient les uns contre les autres par écrans interposés avec un vieux jeu qui avait eu son temps de gloire quelques années plus tôt, et les enfants qui se coursaient autour des meubles d’une pièce à l’autre en criant.

— Tout va bien, Cassius ?

Il lui sourit. Un sourire qui se voulait apaisé mais qui ne la trompa pas.

— Je n’aime pas quand tu disparais dans tes pensées, mon chéri. Ton employeur te demande beaucoup trop, et tu t’investis tout autant pour lui. Vivement la retraite.
— Il est encore beaucoup trop tôt, fit Merry qui l’avait entendue.

Il n’avait pas été le seul.
— Papa est encore beaucoup trop jeune… enfin c’est ce qu’il croit, plaisanta Maline avec son sourire malicieux.

Il y eut un éclat de rire général auquel il s’associa de bon cœur, même s’il savait très bien que les hommes comme lui n’arrivaient jamais jusqu’à la retraite.

Il n’en laissa rien paraître.

— Allez viens, lui conseilla Martha de sa voix douce et apaisante, passons à table avant notre armée de petits démons n’ait tout saccagé sur son passage.


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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 20 Déc 2017 - 19:09

L’ORIGINE DE NOS PEURS


Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 23.1


XXIème siècle. 25 novembre – Calendrier grégorien.

Les Labirés emportèrent tout ce qu’ils purent, en nourriture, en armes et autres.

Il ne leur restait que très peu de temps avant que la bouche ne se referme. Baal leur ordonna de laisser les dernières caisses et de franchir la bouche. Le tunnel devait les envoyer dans une autre galaxie, sur une petite planète viable et, d’après ce qu’il avait expliqué à Grama, assez tranquille côté visites extraterrestres. Ils pourraient y rester plusieurs semaines pour y reprendre des forces. À charge pour Grama de faire passer aux autres labirés deux autres tunnels qui les reconduiraient tous chez eux, dans leurs galaxies respectives, et dans leurs foyers. Ils ne devraient plus en bouger tant qu’il ne viendrait pas les chercher en personne, et surtout garder profil bas pour ne pas se faire remarquer. En tant qu’anciens labiré d’un dieu recherché et dont la tête était mise à prix, on ne leur pardonnera pas la moindre incartade.

De tous, Grama serait sûrement le plus exposé, mais elle devinait qu’il saurait rester aussi discret qu’il l’avait toujours été et se fondrait dans la masse, avec sa famille s’il en avait une.

Malgré cette mission importante qui lui avait été confiée, Grama avait émis quelques protestations. Il ne comprenait pourquoi Baal avait choisi de se séparer de lui plutôt que des deux terriens. Il ne les détestait pas pour autant, même si, au début, leur présence sur le vaisseau l’avait quelque peu dérouté.

Il y avait chez la femme quelque chose qui lui faisait peur. Il ignorait quoi et pourquoi. Mais, parfois, il sentait qu’il valait mieux ne pas chercher à discuter avec elle. C’était comme si une autre personne avait pris les commandes. Il semblait être le seul à bord à s’en rendre compte. Aussi n’en avait-il parlé à personne, pas même à son maître. L’homme, Will, avait toujours été égal à lui-même. Il avait sympathisé avec lui au bout de quelques semaines. Mais il ne comprenait toujours pas la nécessité de les avoir sur le vaisseau, ni pourquoi son maître les tolérait alors qu’il n’aimait pas les étrangers, pas même ceux de sa propre espèce.

Avait-il commis une faute grave envers son Maître ? Il pensait que ce départ était un aller simple, une séparation définitive.

Baal avait remis à Will une série de codes, et lui avait demandé de les entrer sur sa tablette afin d’établir deux routes distinctes, dont l’une serait plus longue et plus complexe que l’autre. Les deux voies ne devaient se croiser à aucun moment et avoir un point d’arrivée commun sur la Terre. Ensuite, sans s’occuper des soubresauts du vaisseau, et des multiples alertes qui résonnaient dans les couloirs, il s’était éloigné avec son Second pour une petite discussion qui avait duré quelques secondes.

Esmelia n’avait pas pu s’empêcher de tendre l’oreille, et elle s’était retrouvée directement dans la tête de Grama. À peine quelques secondes mais ce fut suffisant pour entendre ses pensées.

Baal avait mis des années à recruter son équipage dont la majorité étaient des drægans de castes mineures, d’autres des sans castes appartenant à des espèces différentes les unes des autres. Ce n’était pas le cas sur les autres vaisseaux drægans où aucun labiré n’était un drægan, mais les rejetons de riches familles vivant sur les planètes encore sous domination des anciens dieux. Et leurs officiers supérieurs, plus drægans que les drægans, le leur rappelait sans cesse.

Jamais Baal ne s’était mal comporté avec ses hommes. Au contraire, il avait toujours veillé à leur bien-être et à celui de leur famille. Les membres de son équipage le respectaient. Tous lui étaient, et lui seraient toujours, fidèles jusqu’à leur mort. En serait-il de même pour les deux terriens. Elle perçut une autre information…

Elle se retira aussitôt de l’esprit de Grama.

Esmelia regarda Will en clignant des yeux. Il était concentré sur ses calculs et n’avait rien remarqué. Elle se demanda si la proximité de la porte avait encore modifié ses capacités ou celles de Mead’. À moins que cette faculté à lire les esprits soit déjà l’une de celles que Mead’ possédait.  
Elle était aussi très étonnée de ce qu’elle venait de lire… Grama n’était pas un drægan, mais un terrien comme Will et elle...

L’ordinateur de bord annonçait de nombreuses zones de dépressurisation, et cela empestait de plus en plus la fumée et les matières fondues dans la salle  lorsque le Grama accepta enfin de franchir la bouche en laissant son maître derrière lui. Celle-ci se referma aussitôt après son passage. Esmelia ignorait ce que Baal lui avait dit, mais en tous les cas, cela l’avait convaincu.

Will avait eu le temps d’établir les deux chemins qu’il espérait moins chaotiques que les conditions dans lesquelles il avait dû les échafauder. N’ayant aucune information sur les planètes, les galaxies ou les univers sur lesquels déboucheraient les tunnels avec les codes que lui avait fournis Baal, il avait établi les deux parcours de façon très arbitraire.

Esmelia avait plus ou moins compris le principe des passages. D’abord ils semblaient exister depuis toujours au point qu’il semblait impossible qu’ils aient été inventés par qui que ce soit. Nombre de documents qu’elle avait pu lire et évoquant les Portails tenaient pour acquis qu’ils étaient des phénomènes naturels. Certains parlaient même d’entités vivantes reliées en elles en une sorte de réseau. Cette hypothèse laissait à penser que tout voyageur se trouvait à l’intérieur de l’entité en question. À priori, ce « voyageur » pouvait être tout ce qui pouvait exister dans l’univers, à la condition de pouvoir physiquement supporter le voyage. Ce qui était sujet à caution étant donné qu’un humain normal ne pouvait pas faire beaucoup de voyages sans en subir les conséquences physiques ou psychiques. Et si les drægans avaient inventé une sorte de vaccin contre ces effets, cela signifiait que d’autres espèces en subissaient aussi les conséquences. À moins que cela soit une pathologie uniquement due à la physiologie humanoïde. Cela, ni Will, ni elle n’en avaient eu la confirmation.

Le temps d’ouverture des portails était variable et allait de cinq minutes à plusieurs heures. Ceux qui ouvraient de longs temps pouvaient ensuite rester inutilisables durant des mois voire des années, contrairement à ceux dont le temps d’ouverture était plus court. Ceux-là pouvaient être réactivés quatre à cinq fois dans l’heure suivant leur première utilisation. Les formes et les dimensions des portails étaient variables. Ils pouvaient se présenter comme une simple singularité suspendue dans l’espace comme un trou de ver, ou bien comme des sortes de fenêtres, de portes ou de trappes. La surface des portes revêtait elle aussi des états, liquide grès divers allant du gazeux au semi-solide, ou autre, des textures et des couleurs toutes aussi variées. Cela ne dépendait pas de la porte de la porte elle-même, mais du lieu de destination ou de provenance, sans que cela ait pourtant quoi que ce soit à voir avec l’état réel de ce lieu. Ce qui pouvait être trompeur lorsqu’une surface se présentait comme brumeuse, et que l’autre côté, le passage débouchait au beau milieu d’un lac en fusion. Du moins pouvait-elle le supposer. Les découvertes les plus avancées de l’AMSEVE étaient loin de ce que Will et elle savaient des portes.

Une fois encore, Esmelia ne pouvait se fier qu’aux écrits qu’elle avait pu lire les soirs de lectures dans les appartements de Baal, et aux quelques conversations qu’elle avait eues sur le sujet avec Will. Même Mead’ ne semblait pas en savoir beaucoup plus sur le sujet, et encore moins s’en préoccuper.

Enfin, si tout un chacun pouvait les emprunter, il n’en était pas de même pour les activer. Apparemment rares étaient ceux qui le pouvaient sans posséder des codes d’ouverture et les moyens de les utiliser. Les connaissances de Baal à ce sujet étaient pour elle un véritable mystère. En tous les cas, il avait trouvé non seulement le moyen de posséder ces fameux codes, mais aussi d’en décrypter d’autres, et de les utiliser pour aller où bon lui semblait, notamment sur la Terre.

Il était clair que L’AMSEVE, ou des individus comme Jor POnyl avaient tout intérêt à mettre la main sur lui, et vivant si possible. En ce qui concernait POnyl, elle imaginait qu’elle ne s’embarrasserait pas de paperasse administrative contrairement à l’AMSEVE qui avait à subir le poids de sa très lourde bureaucratie. Et même si les équipes d’exploration de l’AMSEVE avaient un jour la possibilité de voyager aussi facilement que l’ancien dieu, elles ne le feraient sans doute pas, faute de moyens financiers. Et, qui savait, faute de cadres juridiques et éthiques.

Le vaisseau sans personne aux commandes résistait autant qu’il le pouvait, mais il ne tiendrait plus très longtemps. Esmelia sentait que Baal avait laissé partir ses Labirés et devait maintenant abandonner son vaisseau la mort dans l’âme. Le vaisseau et les quelques hommes qu’il commandait étaient les derniers vestiges de sa grandeur passée. Pourtant, il n’en laissait rien paraître. Il vérifia les deux chemins que Will avait composés, lui fit opérer quelques modifications directement sur sa tablette, avant de la lui prendre des mains. Il prit les deux cartes phosphorescentes qu’il avait sorties de la passerelle, posa la première sur l’écran qui affichait la première série de codes. Il demanda ensuite à Will de lui afficher la seconde, et il posa l’autre carte de la même manière, avant de rendre la tablette à son propriétaire.


(Suite Chapitre 23.2)


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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 20 Déc 2017 - 19:14

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 23.2


Suite du chapitre 23.1

Esmelia comprit que chacune des cartes avait enregistré les données de l’un des deux chemins par simple contact avec l’écran de la tablette de Will. Ces cartes devaient être très pratiques pour les piratages de données...  

Baal tendit ensuite l’une des cartes à Will :
— À chaque étape, elle vous donnera les coordonnées à entrer pour actionner le passage suivant, lui expliqua-t-il.

Will allait la prendre, mais Baal le prit de vitesse en lui attrapant le pouce. Il le colla sur la carte. Will voulut le retirer mais le drægan le força à ne pas le bouger.
— Vous y perdrez votre doigt si vous le retirez maintenant, le prévint-il.

Esmelia vit une expression douloureuse passer sur le visage du scientifique, et les larmes lui monter aux yeux. Sa mâchoire se contracta. Il serrait aussi les dents, devina-t-elle.

Lorsqu’il put retirer son pouce, celui-ci était aussi rouge que s’il venait de le passer sur une flamme. Il jeta un regard mauvais au drægan qui ne sembla pas s’en offusquer.

Baal lui tendit la carte, pour de bon cette fois.
— Maintenant, vous pourrez la lire, et personne d’autre que vous. Les codes apparaîtront à chaque fois que vous vous passerez votre doigt dessus. Rassurez-vous, elle ne vous brûlera plus, et un conseil, ne la perdez pas. Une fois le code activé, passez-là devant l’entrée du passage… ou la serrure du portail si vous la trouvez facilement. Cela activera le tunnel.

Puis il se retourna vers elle :
— Et vous ne perdez pas MacAsgaill ! Sinon, je pense que je reviendrai très facilement sur ma décision de ne pas suivre le plan de votre doppelgänger à la lettre.

Un mot qu’il avait sûrement appris sur la terre, supposa-t-elle et qui illustrait assez bien ce qu’elle ressentait vis-à-vis de Mead’.

Will et elle avaient fui en prenant le chemin le plus court. Baal devait prendre l’autre, quelques minutes plus tard, après avoir enclenché l’autodestruction de son vaisseau. Non seulement, en prenant deux routes, ils tromperaient leurs éventuels poursuivants, mais la destruction du vaisseau empêcherait ces derniers de retrouver leurs traces trop vite. Restait à espérer que Baal avait réussi à s’échapper avant la destruction du vaisseau, ou avant d’être capturé si jamais POnyl décidait d’aborder son vaisseau.

D’après l’ancien dieu, les planètes par lesquelles passait leur route étaient calmes, et les portails facilement et rapidement accessibles. Il ne leur avait pas menti sur ce point. Le plus difficile avait été de repérer les passages et d’en trouver les serrures permettant de les activer. Moins les fuyards laisseraient passer de temps entre deux franchissements, plus il serait difficile aux chasseurs de les suivre, même s’ils étaient dépendants des temps d’ouverture des bouches. Ils n’eurent aucune difficulté de ce côté-ci. Personne ne semblait les avoir utilisés avant eux.

Will en avait déduit que les signatures énergétiques des bonds successifs s’entremêleraient suffisamment pour perturber tous les systèmes de pistage de leurs poursuivants. Avec de la chance, ils finiraient même par perdre leurs traces.  

D’un autre côté, il faudrait aussi que ces poursuivants soient vaccinés contre les effets des bouches, et qu’ils en possèdent les codes. Autrement dit, il y avait peu de chances qu’ils soient poursuivis à travers les tunnels. Sauf si leurs poursuivants possédaient une autre façon de voyager. Et il supposait qu’il en existait quelques-uns. Après tout, sur la Terre, pour aller d’un endroit à un autre, on pouvait utiliser toutes sortes de moyens de transport. Après, c’était juste une question de temps entre le départ et l’arrivée. Pourquoi certaines civilisations extraterrestres n’auraient-elles pas mis au point leurs propres moyens de transport à l’échelle de l’univers ? Qui savait s’il n’y en avait pas un plus rapide que les bouches ?

Ils avaient franchi presque toutes les portes en quelques jours. Il y en avait eu juste deux dont la serrure, ou plus exactement le lecteur de cartes avait été plus difficile à trouver. Ils en avaient découvert une sous l’eau, à quelques mètres de profondeur. Ce qu’elle avait détesté, car elle n’aimait pas du tout plonger sous l’eau. En fait, elle en avait une peur bleue. Mais pour rien au monde, elle n’aurait laissé le contrôle à Mead’. Elle avait donc pris sur elle.

L’autre s’était trouvé dans une grotte obscure dont ils ignoraient ce qui s’y trouvait, en dehors du portail. Cependant, d’après les grognements et les sifflements qu’ils y avaient entendus, ni l’un ni l’autre n’avait eu envie de le savoir. Ils avaient donc fait aussi vite que possible, malgré la peur qui leur tenaillait le ventre et leur donnait des sueurs froides dans le dos, pour trouver ce lecteur de carte qui tenait lieu de serrure.

Si la théorie de Will était exacte, les Chasseurs de Primes ne devaient plus être sur leurs traces. Avec un peu de chance, ils n’étaient plus sur celles de Baal non plus. Will lui avait concocté un joyeux melting-doors, plus long et plus complexe que le leur car il avait toutes les chances d’être poursuivis par les chasseurs de primes. Sa tête valait plus chère que les deux leur réunies. Donc, autant ne pas leur rendre la tâche facile, surtout si l’un d’entre eux avait la faculté d’utiliser les passages encore plus facilement que Baal. Par ailleurs, Will et elle ne représentaient pas une menace officielle pour l’univers. Tout au plus étaient-ils des appâts permettant de piéger l’ancien dieu phénicien.

Will comme elle avait été surpris, pour ne pas dire choqués, d’apprendre que Baal se rendait régulièrement sur la Terre. Aujourd’hui, ils ne s’étonnaient plus guère d’arriver dans un entrepôt rempli d’objets d’arts semblant tout droit venir du pillage de vaisseaux anglais et français sillonnant les mers au cours des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. En ce qui la concernait, elle imaginait très bien l’ancien dieu en pirate des mers.

Ils étaient arrivés par une gigantesque porte faite d’étain, de bronze et de cuivre, peut-être aussi d’or dont les motifs n’étaient pas sans évoquer la Porte de l’enfer de Rodin. Elle se trouvait dans une caisse ouverte sur un côté. Une fois sortis, ou peut-être désolidarisés d’un passage aussi noir que l’onyx qui leur avait laissé la désagréablement impression d’avoir été récurés de l’intérieur comme de l’extérieur avec un abrasif, ils s’étaient retrouvés dans une pièce sombre, mais plutôt agréablement chauffée.

Will avait sorti des lampes torches de son sac à dos. Tout autour d’eux, ils avaient pu constater la présence de vitrines contenant de nombreux objets précieux. Ils s’étaient d’abord dit qu’ils étaient arrivés dans un musée, et avaient craint de déclencher une alarme silencieuse. Il leur serait effectivement difficile d’expliquer qu’ils étaient arrivés par La Porte de l’Enfer, ou sa version la plus proche. Ne voyant aucun gardien venir les arrêter, ils décidèrent de bouger.

Ils longèrent les vitrines en évitant soigneusement de les toucher. Will balayait les murs avec sa lampe torche à la recherche d’une sortie. L’endroit n’avait rien d’une grotte au trésor. L’air y était sec, sans doute contrôlé, et il n’y avait pas la moindre once de poussière sur le sol dallé ou sur les vitrines, comme si quelqu’un venait y faire le ménage tous les jours.

Ils avaient fait le tour des lieux en suivant les murs. Ils n’y trouvèrent aucune fenêtre. Il y avait bien une porte, mais elle était fermée à clé et trop lourde pour être bougée. Ils découvrirent ensuite un compteur électrique que Will se décida à remettre en route malgré le risque d’attirer l’attention sur leur présence. Cela leur permit d’avoir plus de lumière pour appréhender leur nouvel environnement.
— Oui, il n’y a pas de doute, fit Will en embrassant la pièce du regard. On est bien chez un collectionneur d’œuvres d’art.
— Ou d’un pilleur d’épaves, ironisa Esmelia qui en était toujours à sa première idée.
— je pense que nous savons tous les deux de qui il s’agit.

Esmelia s’était rapprochée du portail par lequel ils étaient arrivés et qui dominait le centre de la pièce.
Cette porte massive, faite d’un alliage d’étain et de bronze, avec ses dragons et ses chimères de toutes sortes, et ses créatures dont certaines, vaguement humanoïdes semblaient souffrir atrocement, était digne d’un écrit de Lovecraft. En tous les cas, elle ne semblait pas avoir été créée par un terrien.

Will fut le premier à remarquer l’escalier. Il appela Esmelia qui cessa aussitôt son étude de la porte et le rejoignit.

L’escalier menait à un étage supérieur. Qu’allaient-ils trouver plus haut ? Elle sentit l’appréhension de Will. Instinctivement, elle lui prit la main. C’était la première fois qu’elle se le permettait depuis qu’ils avaient quitté le vaisseau en perdition. Elle savait que, plus d’une fois, Will avait essayé de lui parler de l’évolution de leur relation, mais elle avait toujours pris soin d’éviter cette conversation. Il avait eu aussi quelques gestes tendres envers elle auxquels elle avait choisi de ne pas répondre. Will n’avait jamais insisté. Plus tard, elle lui avait expliqué qu’elle ne se sentait pas suffisamment en sécurité pour se laisser aller, même avec lui. Il y avait du vrai dans cette affirmation, mais comment lui expliquer que Mead’ lui prenait une partie de son énergie et de son attention en essayant de reprendre le contrôle ? Depuis leur dernière traversée, Mead’ ne s’était plus manifestée.


(Suite Chapitre 23.3)


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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 20 Déc 2017 - 19:30

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 23.3


Suite du chapitre 23.2

En haut de l’escalier, ils trouvèrent une grande pièce qui devait être un hall d’accueil. Et d’autres pièces, avec des meubles rares et très anciens, tous recouverts d’un drap blanc. Au moins, il y avait des fenêtres. Elle y jeta un coup d’œil, tandis que Will continuait à explorer ce qui devait être une maison. Elle aperçut, au-delà des arbres, une grande étendue d’eau, et un ponton...

Elle s’était alors demandée sur quelle planète Will et elle avaient atterri, et quels pouvaient en être les habitants. Elle s’était à peine posée la question qu’elle en eut la réponse dans les secondes suivantes en se retrouvant au bord du même ponton de bois, prête à faire le plongeon dans une eau qui n’avait rien de tropical. Elle recula vivement, le cœur battant la chamade. Du moins, elle l’imaginait comme tel. Elle se retourna et vit des maisons en bois, dont les couleurs vives, parfois criardes, comme on pouvait en trouver dans certaines régions sur la Terre, contrastaient avec la forêt de conifères qui s’étendait à perte de vue sur la montagne au-delà de la ville. L’air était frais, et la lumière était grise et triste comme au sortir de l’hiver. Un groupe d’enfants, parfaitement humains apparemment, avec des cartables à la main ou accrochés dans le dos passa en courant et criant à côté d’elle et grimpèrent dans un bateau amarré au bout du ponton. Elle remarqua que l’un d’entre eux avait un masque d’extraterrestre assez réaliste et s’amusait à effrayer ses petits camarades.

À quelques mètres d’elle, sur la rive qui bordait l’étendue d’eau, probablement la mer, elle aperçut des hommes et des femmes qui discutaient, chaudement vêtus, à la terrasse d’un bar, le Ketchikan Creek’Bar. Elle vit d’autres personnes dans la rue. Étaient-ils enfin arrivés à destination ? Il y avait des chances que ce soit le cas. Will le savait-il ? Baal ne leur avait pas dit combien d’étapes comporterait leur voyage. Will en avait sans doute une vague idée, mais avec les modifications que Baal avait opérées après qu’il ait programmé les deux routes, il ne pouvait en être certain.
Personne ne semblait l’avoir remarquée. Elle décida de se rendre au bar. Elle devait encore avoir dix dollars dans la poche de sa veste. Cela faisait bien trop longtemps qu’elle avait envie de dépenser ce billet chiffonné qui, bientôt, finirait en miettes.

Tous ces gens avaient l’air vraiment serein. Ce monde avait l’air tranquille. Les vêtements, plutôt décontractés et chauds étaient bien terrestres et confirmèrent son hypothèse. Enfin à la maison... Elle avait alors pensé à Will. Il fallait qu’il voie cela. Mais comment retourner à la maison-musée ? Était-elle située dans Ketchikan, ou dans ses environs ?

Elle s’y retrouva aussitôt, à côté de Will qui fit un bon en arrière et tomba sur le derrière. Dans le même temps, elle sentit soudain son estomac protester, mais comme elle n’avait rien mangé depuis un moment…

Il lui fallut un moment pour se remettre de ce qui venait de lui arriver. Elle avait l’impression d’avoir les poumons et la gorge en feu… Toutefois, elle n’en dit rien à Will qui s’était relevé et ne cachait ni sa surprise, ni son inquiétude. Ainsi, il lui avait suffi de penser à un endroit pour s’y retrouver. Ce n’était pas très agréable, mais il fallait qu’elle comprenne, et malgré les protestations de Will, elle recommença aussitôt. D’autant que la sensation de nausée se transforma rapidement en sensation de faim. Puis elle revint dans la maison, auprès de Will qui, cette fois, se contenta de sursauter.
Entre le point de départ et le point d’arrivée, il y avait une zone tampon, grise et gélatineuse, sans repère, un no man’s land, qu’elle devait traverser, c’était cela qui l’avait rendue malade, la première fois. Elle avait vu aussi ces volutes de fumée noires comme de l’encre envelopper son corps avant que celui-ci ne passe d’un état solide à un état gazeux… Non… autre chose… C’était comme sortir de son corps… Non plus… Ce n’était pas son corps mais autre chose… C’était aussi comme si elle n’était pas seule. Il y en avait d’autres… comme elle… Comme Mead’. Étaient-ils si près pour qu’elle les sente ? Qu’est-ce que cela impliquait ?

Cela ne l’empêcha pas de repartir et de se retrouver sur le ponton, cette fois, avec Will qui n’en revint pas de s’être trouvé téléporté. Contrairement à elle, il ne se sentait pas nauséeux. Elle s’en étonna. Will compara sa réaction au mal de l’air qu’éprouvaient certains pilotes lorsqu'ils commençaient leur formation. En revanche, il fut surpris de découvrir qu’ils se trouvaient à Ketchikan, en Alaska. Son père y venait fréquemment pour y faire du négoce lorsque Will était enfant. Il se souvenait des trappeurs, vendeurs de peaux, marins, chasseurs d’ours, et toute une foule de personnages qui n’avaient rien à voir avec celles qu’elle avait aperçus, plus citadines. Il se souvenait aussi d’une ville touristique dans le port de laquelle venait s’amarrer de gigantesques bateaux de croisière. Était-ce une coïncidence que Baal ait programmé leur arrivée dans cette ville ? Il se posait sérieusement la question allant même jusqu’à chercher dans sa mémoire s’il ne l’y avait pas croisé dans son enfance. Aucun souvenir de cette sorte ne lui revint.

Ils décidèrent de se rendre au Ketchikan Creek’Bar afin d’y déjeuner.

Ils n’eurent aucun mal à se mêler aux personnes qui s’y trouvaient déjà. La moitié d’entre elle étaient des touristes de passage dans la région, l’autre moitié était des autochtones. Ils allaient enfin pouvoir se sustenter avec de la nourriture terrienne. Ils commandèrent l’un et l’autre le plat du jour à base de poisson et de pommes de terre et s’en délectèrent autant qu’ils apprécièrent l’ambiance du Ketchikan Creek’Bar. Toutefois, à la fin du repas, Will se rendit compte qu’il avait laissé son argent dans son portefeuille, son portefeuille dans son sac de voyage, et son sac de voyage dans le hall de la maison-musée. Les dix pauvres dollars qu’elle avait ne suffiraient pas à payer leurs deux repas.

— Je pense que je vais devoir faire la plonge durant quelques temps, plaisant-t-il.

Autrefois, ce genre de situation l’aurait sûrement paniqué, tandis qu’elle aurait cherché le moyen de filer en douce.

Au lieu de cela, elle se contenta de lui répondre :
— Et moi, je crois que je vais aller faire un tour chez les dames.

Puis elle se leva et se dirigea vers les toilettes pour femmes. Elle y entra, se trouva une cabine qu’elle referma à double tour. Elle sourit en voyant un journal, posé sur le réservoir d’eau. Il était daté du jour où elle avait décidé de rejoindre l’AMSEVE, il y avait plus d’un an de cela, maintenant, même si elle n’avait aucune idée du jour exact dans lequel elle se trouvait maintenant. Elle s’en informerait plus tard. Elle songea au hall de la maison. Elle s’y retrouva instantanément. Elle n’eut aucun mal à trouver le sac de Will. Elle s’agenouilla pour le fouiller et elle finit par trouver le portefeuille, et, lorsqu’elle releva la tête, elle faillit avoir la peur de sa vie…
— Grama...

Sans le vouloir, elle repensa à son précédent point de départ et se retrouva à nouveau dans la cabine de toilettes. Elle eut à peine le temps de penser à son estomac, chargé cette fois-ci, qui se soulevait à nouveau, et à Grama qui se tenait devant elle avec la tête de celui qui vient de voir un fantôme. Un miroir qu’elle n’avait pas remarqué avant lui faisait face et lui renvoyait sa propre image.

Non pas un miroir…

Elle-même… Une autre version d’elle… qui n’avait pas voyagé, comme elle, dans l’espace… avec Will, mais qui avait vécu sur la Terre… Une Terre dont les événements récents, disons des cents dernières années, étaient assez différents de ceux qu’elle avait connu… C’était comme un flot d’informations qui se déversait en elle…

L’Autre la regardait comme si elle lisait ses pensées, alors qu’en réalité, c’était tout le contraire. C’était elle qui lui envoyait ces nouvelles informations. Qui était-elle ? Une autre version, oui... Une autre d’elle-même dominée par Mead’. Comment était-ce possible ? La réponse fusa dans son esprit. Nouvelles informations… Le journal… Il ne datait pas de plus d’un an… Il était du jour… Elle n’eut pas besoin de L’Autre pour comprendre… Will et elle étaient remontés dans le temps d’un peu plus d’une année. Elle aurait pu sans douter après ce que lui avait expliqué Baal lors de leur retour de la galaxie de Tur’in… ce séjour qui avait duré plus de jours pour elle que son absence pour Will resté dans le vaisseau… Les bouches… En permettant de voyager plus rapidement que la lumière… C’était à cause d’elles… Forcément, s’ils avaient voyagé plus vite que la lumière, il y avait des chances qu’ils soient revenus sur la Terre avant même d’en être partis...

— Nous ne pouvons pas nous trouver ensemble dans le même espace… commença-telle.

C’était tout ce qu’elle trouvait à dire…

— Faux… Ce n’est pas impossible… Du moins si nous ne nous rencontrons pas. Mais je savais exactement où te trouver, et je suis plus forte que toi.

Avant qu’elle ait pu revenir de sa surprise et esquisser le moindre geste, son double posa sa main sur sa joue, avec douceur, et toujours cette expression interrogative sur son visage.

Soudain le flux d’information s’inversa à une vitesse exponentielle. Ce n’était plus elle qui les recevait mais L’ Autre qui absorbait ses souvenirs. Et pas seulement... Ce qui arriva ensuite la paniqua littéralement. Elle vit son corps se dissoudre lentement en fines particules dorées et argentées et rejoindre le corps de L’Autre, fusionner avec elle. Bientôt, elle fut L’Autre et elle tout en même temps. Elle pensa à Will. Elle se sentit bombardée par un nouveau flux d’informations. Will était mort… Non, c’était impossible. Will se trouvait dans la salle du restaurant, juste à côté… Elle comprit… Au moins, son Will...Non…  Will seulement. Will n’aurait pas à rencontrer son double dans cette réalité… Mais comment lui expliquer qu’il était à la fois vivant et mort ? Mort pour sa famille et pour ses amis surtout… Comment lui expliquer la nature du paradoxe ? De ce qui lui arrivait à elle.

Et Baal ? Elle n’avait aucune information à son sujet. Tout ce qu’elle savait, c’était que s’il devait rencontrer son double, des deux le plus fort l’emporterait… Restait à savoir ce que cela changerait… Elle regarda ses mains dont l’une tenait encore le portefeuille de Will. Il était temps de se secouer et de le rejoindre. Elle regarda autour d’elle. Elle était seule. Peut-être que tout ceci n’avait été qu’une illusion… Un effet secondaire de ses passages dans les bouches, ou bien de ses petites téléportations. Elle sentait bien que non.


(Suite Chapitre 23.4)


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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Mer 20 Déc 2017 - 19:47

Tome 1 : Esmelia



CHAPITRE 23.4


Suite du chapitre 23.3

Elle sortit de la cabine, se lava les mains en essayant d’oublier ce curieux fourmillement qu’elle ressentait dans tout son corps, puis elle sortit des toilettes pour rejoindre Will qui l’attendait devant un thé. Elle lui tendit son portefeuille.

— Ça va ?

Il semblait sincèrement inquiet.

Quel comportement devait-elle avoir avec lui ? À cet instant, il lui sembla être un étranger alors que c’était loin d’être le cas.
— Je vais bien, tenta-t-elle de le rassurer en esquissant un sourire. Dans la maison, je suis tombée sur Grama.
— Grama ? Mais qu’est-ce qu’il fait là ? Cela veut dire…
— Je n’en sais rien… Grama est un humain, un terrien… et Baal a dit qu’il renvoyait tous ses hommes chez eux.

Elle s’abstint de lui dire qu’elle était peut-être tombé sur celui qui n’avait jamais voyagé dans l’espace, ni été le Second de Baal. Chaque chose en son temps. Mais cela ne pouvait pas être une coïncidence qu’elle le retrouve dans la maison dans laquelle ils étaient arrivés, Will et elle, au bout de leur périple.
— Tu es sûre que ça va ? insista Will. Je m’inquiétais… Ces téléportations… Même sur de courtes distances, ce n’est peut-être pas bon pour l’organisme humain.
— Je vais bien, lui répéta-t-elle d’une voix plus ferme qu’elle ne l’aurait souhaité.

Il ne sembla pas convaincu, mais il n’en dit rien.
— On va peut-être devoir rester ici un moment, finit-il par dire. Alors on devrait en profiter pour visiter les lieux. Un peu de marche ne nous fera pas de mal après ce que l’on vient de manger. C’est un changement de régime radical.

— Will…
Elle ne savait pas quoi lui dire… et ce qu’elle aurait souhaité lui dire, elle ne savait pas comment le faire.
C’est moi et ce n’est plus moi… Mead’ a repris le contrôle, et je me sens tellement bien… Mieux… Cela a été tellement violent que c’est moi qui aie lâché prise… Et puis, tu es mort…
Bien sûr que non, elle ne pouvait pas lui dire tout ça. Pas tout de suite. Pas comme ça.

— Eh… Après ce qu’on a vécu… commença-t-il.
Will tendit la main vers son visage. Elle recula vivement. Trop vivement…

— Et tu sais ce que je ressens pour toi.

Il lui prit la main. Elle dût faire un effort pour ne pas la retirer. Oui, elle savait combien il l’aimait. Elle le savait mais ce n’était pas elle, pas entièrement. Elle n’était plus totalement celle qui avait voyagé avec lui, celle qui avait partagé des moments intimes avec lui. Ces souvenirs n’étaient pas les siens. Pas totalement. Ils s’étaient dilués dans sa mémoire comme l’enveloppe charnelle de L’Autre s’était diluée dans la sienne. Elle était Elle, mais elle était aussi L’Autre sans réellement l’être. Deux cellules imbriquées, scellées L’Une dans L’Autre. Il y avait eu comme une sorte de Reboot. Cela avait permis à Mead’ de reprendre le contrôle car elle était bien plus forte chez L’Une qu’elle ne l’avait jamais été dans L’Autre. Même si, pour l’instant, elle restait encore en retrait.

— Will… recommença-t-elle. Sais-tu quel jour nous sommes ?

Il jeta un coup d’œil autour de lui.
— À en juger par les décorations, on n’est sûrement pas loin de Noël.
— Nous sommes le vingt-sept novembre.
— Dire qu’il y a un an, je venais d’arriver sur Felloniacoupia. J’avais déserté l’AMSEVE quelques jours avant. Je ne t’en ai jamais parlé mais, au cours de la mission précédente, j’avais failli être tué… et je ne voulais pas mourir avant d’avoir accompli certaines choses… C’est, en partie, pour cela que j’ai déserté.
— Will, nous sommes le vingt-sept novembre de l’année dernière… Enfin pour nous… Les Bouches… Les tunnels… Ils nous ont fait remonter le temps.

Will ouvrit la bouche, sans doute pour contester cette affirmation, mais il la referma aussitôt en comprenant que c’était effectivement plus qu’une possibilité.

Il y avait des tas de petits détails différents qu’il avait remarqué sans vraiment y prêter attention depuis leur arrivée au Ketchikan Creek’Bar. A commencer par ce panneau, à l’entrée, qui disait « Entrée autorisée aux animaux et aux extraterrestres ». Il avait d’abord cru à une plaisanterie de la part du propriétaire du bar.  

Esmelia lui fit signe de se retourner.

Au fond de la salle, quelqu’un venait d’allumer l’écran géant accroché au mur. Il n’y avait pas de son, juste des sous-titres, mais les images étaient assez éloquentes. Il montra d’abord les images de manifestations pro ou anti extraterrestres qui se déroulant dans diverses capitales. Il y eut ensuite un volcan en éruption du côté de Bali dont la fumée menaçait de gagner la stratosphère, et de puissants tremblements de terre en Australie. Un encart sous les images demandait aux extraterrestres ne l’ayant pas encore fait de se signaler aux ambassades des différents pays…

— Ils ne le feront pas.

Will se retourna vers Esmelia en réalisant que cette voix était trop masculine pour être la sienne, tandis qu’elle relevait la tête.

Grama les avait retrouvés. Apparemment, il n’avait pas eu beaucoup de mal.

Il répondit à leur interrogation avant même qu’ils ne l’énoncent :
— Lorsque je suis revenu sur la Terre, il y a huit ans, par la même porte que vous, la première chose que j’ai eue envie de faire, c’était de manger quelque chose de vraiment terrien. Je me suis dit que vous alliez faire la même chose.

— Il y a huit ans ? redemanda Will.

Grama acquiesça. C’est vrai qu’il avait avait un peu vieilli. Il avait même quelques poils plus clairs qui apparaissaient dans sa barbe de trois jours et dans ses cheveux coupés courts. C’était même assez bizarre de le voir en jean, manteau et écharpe croisée, même s’il était d’origine terrienne.

— Nous, cela fait seulement deux heures, environ. Pourquoi avez-vous dit Ils ne le feront pas ?

Il attrapa une chaise non loin de lui et ôta son manteau avant de s’asseoir. Après avoir vérifié que personne ne faisait attention à eux, il releva discrètement la manche droite de son pull, et leur montra un tatouage à l’intérieur de son avant-bras : Une estampille à l’encre noire avec en son centre une tête d’alien Stylisée, et une série de chiffres.
— Ils n’ont aucune envie d’être marqués de leur plein gré.
— Une minute… s’emporta Will tout en se retenant de parler tout haut. Il n’y a pas eu de Seconde Guerre Mondiale ? De nazis… et d’épuration ?
— Et de camps de concentration ? Bien que oui, mais lorsqu’il n’y a plus aucun témoin pour en parler, cela devient complètement abstrait.
— Mais vous, Grama, vous êtes un terrien, d’après ce qu’Esmelia m’a dit.

Grama jeta un coup d’œil furtif à la jeune femme.
— Je venais d’arriver sur Terre, et j’avais repris mon ancienne identité. Le problème, c’est que mon autre moi a eu des problèmes avec la justice, en France… Il s’est fait tuer lors d’un braquage… Alors, quand mon nom a commencé à réapparaître… En général, les morts ne reviennent pas à la vie, on suppose que c’est l’œuvre d’extraterrestre qui cherche à se fondre dans la masse, et c’est le genre d’affaire que l’on confie au CENKT. Je me suis battu pour prouver que j’étais aussi humains qu’eux…ou la plupart d’entre eux, mais ils n’ont rien voulu savoir. Et comme, mon double l’était aussi et qu’officiellement, il n’a jamais eu de jumeau… Dans le doute, ils ont préféré me marquer.
— Le CENKT n’est pas connu pour relâcher ses proies, fit remarquer Esmelia, soudain suspicieuse.
— Ils ne m’ont pas relâché, c’est vrai, admit Grama. Je me suis échappé… et je pense qu’on m’y a aidé.
— Et vous ne pensez pas qu’ils vous ont mis sous surveillance ?
— J’ai changé d’identité trois fois en huit ans. Pas parce qu’ils m’ont retrouvé, ou étaient sur le point de le faire, mais pour leur compliquer la tâche au cas où ils seraient sur mes traces. Et je me suis fait enlever les deux émetteurs qu’ils m’avaient posés.
— Lorsque je travaillais pour l’AMSEVE, le CENKT opérait secrètement pour le compte du gouvernement américain qui souhaitait mettre la main sur nos recherches et reprendre le programme d’exploration. Son existence n’était même pas connue des citoyens américains, encore moins de ceux des autres pays.
— Le CENKT est tout ce qu’il y a de plus officiel depuis la fin du XXème siècle, le corrigea Grama. Et leur mission dépasse largement les frontières des États-Unis, et personne n’aime voir leurs agents débarquer dans son jardin ou dans le hall de son immeuble.

Will soupira. La mise en avant du CENKT était quelque chose qu’il admettait difficilement.
— Je me demande quelles sont les autres choses qui ont changé, et quand et pourquoi ces changements ont eu lieu.
— Et Baal ? Interrogea Esmelia.
— Cela fait huit ans que je l’attends, lui répondit Grama sans la regarder. Soit il est remonté plus loin que nous dans le temps, soit il n’est pas encore arrivé.
— Il existe une troisième possibilité, avança Esmelia. D’une manière ou d’une autre, il n’a pas pu s’échapper de son vaisseau ou à Jor POnyl.
— Je ne peux y croire, objecta Grama.
— Moi, non plus, le conforta Will. Je pense que votre première suggestion est la bonne… que tous ces changements par rapport à ce que nous avons connu sont peut-être dus à son retour sur la Terre.
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   Jeu 21 Déc 2017 - 12:01

Vingt-trois chapitres terminés (même s'il me faut encore effectuer une dernière relecture afin de pourchasser les dernières fautes, et quelques petites incohérences). Je souhaite que ce texte vous ait donné du plaisir à la lecture et fait du bien à l'imagination.

Spoiler:
 

Il reste encore deux chapitres à publier pour terminer ce premier tome, et son épilogue aussi. Ce sera pour l'année prochaine !

Alors d'ici là, je vous souhaite à tous de très bonnes fêtes de fin d'année avec  plein de cadeaux et de bons moments passés en famille et entre amis, ainsi que de super lectures, et de l'inspiration à tous ceux qui écrivent !   very happy  cool  
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MessageSujet: Re: L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)   

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L'Origine de nos peurs / OdP (Tome 1)
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