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 Normandy

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Zarquon
Routard Interstellaire
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MessageSujet: Normandy   Dim 27 Nov 2011 - 19:10

Ca fait plusieurs semaines que je bosse sur un texte, pour ne pas perdre la main en attendant de reprendre Sidus un de ces jours, et Dominion quand il m'inspirera de nouveau.
Normandy sera en fait un recueil de quatre courtes nouvelles autour du même thème. J'ai posté ici la première, la plus longue, et la seule écrite pour le moment.
Je compte écrire les autres, ne vous inquiétez pas, même si ça prendra un certain temps, mais je tiens à poster au moins celle-ci pour avoir quelques conseils et, s'il le faut (et il le faudra surement), retravailler ce premier texte.

Alors pour Sidus je vous avais habitué à des titres en latin approximatif. Ici, ce sera des titres en anglais. Ah, et ces titres proviennent tous d'une chanson (différente). Comme ceux-ci peuvent encore être sujets à changement, je ne les mettrai qu'en même temps que la nouvelle correspondante.

Je suis comme d'habitude ouvert à toutes suggestions, corrections orthographo-syntaxiques etc...

NORMANDY

I. Wrong & Right

Les ténèbres avaient envahi Déméter depuis bien longtemps, et les pluies acides avaient commencé à ronger l’acier des bâtiments qui jonchaient chacune des côtes, autrefois paradisiaques. Les nuages noires, chargés de haine, traversaient le ciel dans un vacarme tonitruant, laissant derrière eux un sillage d’éclairs plus blanc les uns que les autres. La mer, déchainée comme jamais, avait maintenant repris ses droits sur le littoral, baignant les édifices dans une mixture foncée dont la couleur exacte était indescriptible.
Rien n’avait survécu. Ni les plantes, ni les animaux, ni les hommes. Personne n’était en mesure de décrire précisément ce qu’il s’était passé sur Déméter, et il en était peut être mieux ainsi.
Un sifflement assourdissant régna bientôt sur la ville, produit pas les rafales de vent qui remuaient l’air empoisonné et s’abattaient violemment contre les parois extérieures des immeubles. Au sol, quelques voitures magnétiques jonchaient les rues, souvent dans des positions fantaisistes, accompagnées de nombreux morceaux de verres et autres débris, ainsi que des traces d’explosions non identifiées. Rien ne pouvait témoigner d’une activité humaine récente.
Et pourtant.
Pourtant trois hommes étaient passés par là quelques minutes auparavant. Ils s’étaient rapidement réfugiés à l’intérieur de la Tour de Com. après s’être rendu compte de l’intensité de la tempête. Leurs combinaisons grisâtres paraissaient immanquablement lourdes au premier abord, mais il n’en était rien. Le matériau hybride utilisé permettait une isolation totale tout en conservant au porteur une mobilité presque parfaite. Seuls les mouvements de la tête étaient ralentis, à cause du casque, plus imposant.
Les trois individus se déplaçaient, deux d’entre eux torche à la main, l’autre portant une petite valise, dans le hall de la grande tour, à la recherche de la moindre interface tactile opérationnelle. Le marbre froid était recouvert d’une fine pellicule de poussière et chaque pas laissait sa trace, tout comme dans le sable mouillé. Les écrans derrière les bureaux de l’accueil semblaient éteints depuis la nuit des temps, ayant échangé leur noir mâte contre un gris cendré. De la paperasse, qui avait voltigé après l’ouverture de la porte, trainait au sol, témoignant des derniers actes des employés de la Tour de Com.
« Bon sang, tout est mort ici.
-C’est le moins qu’on puisse dire. Quoiqu’il se soit passé, ce fut bref et violent.
-Le Comité n’en a vraiment aucune idée ?
-Aucune. C’est ça qui est flippant, avec Déméter. »
Ils continuèrent douloureusement à avancer à l’intérieur du building, se dirigeant vers l’élévateur le plus proche. La machinerie n’avait visiblement pas servi depuis des années, et c’aurait été un risque inconscient d’avoir tenté de la remettre en fonction. Ils considérèrent quelques secondes les escaliers avant de grimper les marches une par une jusqu’au dixième étage. Une demi-heure avait passé depuis leur entrée dans le bâtiment.
Dehors, l’orage continuait de plus belle, redoublant ses efforts pour faire plier les derniers vestiges de civilisation qui témoignaient du passage de l’homme sur Déméter.
Les trois hommes s’arrêtèrent pour reprendre leur souffle, puis s’enfoncèrent plus profondément dans l’obscurité, avant de découvrir ce pourquoi ils étaient venus. L’un d’entre eux poussa la porte blanchâtre et leur regard se posa sur les différentes interfaces de la salle de contrôle de la Tour de Communication.
« Branchez le générateur et allumez-moi tout ça.
-Bien chef.
-Franchement chef, qu’est-ce qu’ils ont bien pu foutre sur Déméter ?
-On est là pour le découvrir. »
L’un des hommes s’exécuta, et bientôt, chacun des appareils reprit vie dans un chuintement presque inaudible.
« Vous aviez raison, chef ! Les radars fonctionnent toujours ! Il nous fallait juste une interface pour déchiffrer leurs données.
-Je vous l’avais dit, ces bêtes-là ont une longévité presque extravagante. Alors, qu’est-ce que ça donne ? »
Ils s’approchèrent de l’interface principale qui affichait une carte de la planète, entremêlée de divers chiffres dont la signification pouvait échapper au plus grand nombre.
« Ca y est, j’ai repéré leur signal… Ils étaient là il y a une semaine.
-Bien, rassemble toutes les données. On traitera ça sur le vaisseau. »
Deux des trois individus s’éloignèrent. L’un s’avança vers une fenêtre tandis que l’autre s’installa devant un second écran.
Le « chef » contemplait la vue que lui offrait la baie vitrée, partagée entre immeubles crasseux, éclairs lumineux et bourrasques incroyables.
« Dépêchez-vous, cet endroit me fiche les jetons. »
Ils firent comme si de rien était et continuèrent leur tâche. L’homme se retourna et s’attarda quelques instants sur l’intérieur de la pièce. Tasses de café, vêtement, sacs, tout indiquait que les employés étaient partis à toute vitesse, dans une évacuation d’urgence. Sauf que rien n’expliquait pourquoi. Pas un signal de détresse, radio ou vidéo, n’avait été envoyé. Soudain, le deuxième s’agita.
« Oh oh.
-Qu’y a-t-il ?
-Un vaisseau.
-Quel type ?
-Officiel.
-Eh merde…
-Qu’est-ce qu’il vient foutre là ?
-La même chose que nous, je suppose. Bon, faut pas perdre de temps. Zack, tu finis de prendre les données puis tu m’effaces tout ça de l’interface. Deck, tu prépares le générateur et tu le débranches dès qu’il a terminé.
-Bien chef.
-Oui chef. »
Il se dirigea vers le deuxième écran et s’intéressa à ce qu’il affichait. Un vaisseau officiel du Comité venait d’entrer dans l’atmosphère et descendait en trombe vers la ville. Cette ville. Encore quelques minutes, et il allait atterrir à quelques centaines de mètres de la Tour de Com. Encore quelques minutes, et ils risquaient leur vie.
Le stress commença à s’emparer de lui. Si le Comité le retrouvait là, il aurait un mal de chien à se justifier. Il jouait avec sa vie, et plus encore, avec celle de ses hommes.
« Bon, bougez-vous, on part.
-Chef, j’ai pas fini le téléchargement.
-Peu importe, on se débrouillera avec ce qu’on a. »
Les deux hommes s’activèrent, et quelques dizaines de secondes plus tard, ils étaient sur le qui-vive, prêts à faire demi-tour. Sans un mot, ils redescendirent les escaliers, un peu plus vite qu’à l’aller, mais pas assez rapidement pour prendre de l’avance sur le vaisseau du comité. Une fois en bas, l’un des hommes se précipita vers la porte principale, mais fut rapidement retenu par son supérieur.
« Nan, on peut pas prendre le risque de se faire repérer. On passe par la porte de derrière. »
Ils avancèrent dans la direction opposée à la grande porte vitrée et se dirigèrent vers l’arrière du bâtiment, aussi habilement que le permettait leurs étroites combinaisons. Il leur fallut peu de temps pour se retrouver à l’extérieur, toujours sur leurs gardes. Ils firent quelques pas et atteignirent le coin de la rue, qui suivait l’angle de la tour. L’un d’eux passa un regard bref de l’autre côté du mûr.
« Ils sont là, une demi-douzaine de patrouilleurs.
-Ce n’est qu’une avant-garde, ils seront très vite plus nombreux. Dès qu’ils sont hors de vue, tu files de l’autre côté de la rue.
-Bien chef. »
L’homme attendit quelques secondes puis se précipita pour rejoindre le coin d’un bâtiment adjacent. Le chef et l’autre type firent de même. Ils continuèrent leur chemin jusqu’à une nouvelle rue transversale.
« Le vaisseau est à deux pattés de maisons et demi sur notre droite. Il faut absolument qu’on traverse la rue de la Tour avant qu’une nouvelle patrouille se ramène. »
Ils tournèrent, avancèrent aussi rapidement que possible, tout en se cachant périodiquement à l’intérieur des halls d’immeubles pour s’assurer de la sûreté de leur parcours. Au bout de quelques secondes, ils avaient fait la moitié du chemin. Aucune patrouille n’était visible, de même pour le vaisseau officiel. Ils traversèrent, continuèrent, et firent bientôt face à un appareil de taille honorable, prévu pour accueillir une dizaine de personne, mais avec assez d’espace pour transporter du fret.
D’une forme globalement rectangulaire, il possédait également une roue en son centre, sur laquelle étaient greffés plusieurs petits ailerons. Le « chef » appuya sur quelques boutons sur sa combinaison, et une trappe s’ouvrit, leur permettant de rejoindre l’intérieur de leur vaisseau. Une fois celle-ci fermée, l’air fut purifié, ce qui déclencha l’ouverture d’une seconde porte, donnant sur la salle de chargement du petit appareil. Peu de temps après, chacun avait retiré sa combinaison et son casque proéminent.
« Bon, Deck, mets-toi aux commandes. Zack, va en salle des machines. Je m’occupe des données. »
Les deux hommes acquiescèrent, et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le vaisseau décolla, dans un vacarme détonnant qui n’avait certainement pas dû échapper aux officiels.
Après quelques minutes, ils quittèrent l’atmosphère infectée de Déméter et firent face à l’immensité spatiale. La petite carlingue faisait figure de poussière face à la planète, la quantité infinie d’étoiles et leur lumière aveuglante, perdues dans un noir ténébreux qui n’inspirait jamais rien de bon.
A l’intérieur, le chef entra dans la salle de contrôle, et s’installa au siège de copilote, près du dénommé Deck.
« Vous avez déjà terminé, chef ?
-Pour le moment, oui.
-Et alors ?
-Je vous le dirai plus tard. Encore combien de temps avant de pouvoir enclencher les moteurs intersystèmes ?
-Dix-huit minutes.
-C’est trop long…
-On a tout notre temps, chef, s’ils avaient fait décoller leur vaisseau, on l’aurait déjà remarqué.
-Ce n’est pas vraiment d’eux que j’ai peur.
-De qui alors ? »
Soudain, un grésillement résonna dans les haut-parleurs, puis il fit place à quelques secondes de l’Hymne Communautaire, suivi d’un léger raclement de gorge.
« Vaisseau non-identifié, ici le Commandant William Shirt, du CSB Tempest. Vous allez être inspecté. Préparez-vous à l’arrimage.
-De ça… Je me doutais bien qu’ils ne seraient pas venus seuls.
-Qu’est-ce qu’on fait ?
-Rien. Lâche les commandes, leur rayon tracteur va se débrouiller. Va chercher Zack, et rejoignez-moi près du sas.
-Bien chef. »
Le bruit du métal se contractant sous les changements de pression résonna à l’intérieur du vaisseau, lorsque le rayon tracteur du Tempest s’en empara. Deck et Zack étaient dans la salle de chargement, devant la porte du sas, armes à la main. Leur patron descendit un escalier et arriva derrière eux.
« Rangez-moi ça. On ne va attaquer personne.
-Mais chef, s’ils savent ce qu’on est venu foutre sur…
-Obéissez. Point final. »
Les deux individus posèrent leur arsenal sur une caisse et revinrent se positionner de part et d’autre du troisième homme. Après quelques secondes, les deux vaisseaux étaient enfin liés, et quelqu’un frappa contre la coque du plus petit.
« Ouvrez ! »
Le « chef » s’exécuta, et fit face à un officiel, et six hommes armés, portant un uniforme noir et un gilet pare-balle en métal hybride. Ils s’avancèrent vers les trois types qui n’avaient pas attendu l’ordre pour mettre les mains en l’air.
« Qui commande ce vaisseau ? »
L’homme du milieu remua sa main. Un signe de tête suffit à l’officiel pour que deux des soldats viennent l’attraper et le ramener sur l’autre bâtiment.
« Vous deux, restez ici. »
Il fit demi-tour, suivi le « chef » et les deux hommes qui l’escortait, et fut lui-même suivi de deux autres types, laissant les deux derniers avec l’équipage de la carlingue.
Il fut mené à une petite salle close aux mûrs blanc immaculé, installé sur une chaise étroite, devant un bureau noir mâte, derrière lequel était positionné un fauteuil qui semblait on ne peut plus confortable.
Les deux soldats le quittèrent, et il fut rejoint par un homme, presque chauve, l’air vicieux, des petites lunettes rondes sur le nez, mince comme un clou, en uniforme gris anthracite et aux bordures noires, au col relevé et avec un petit badge en forme de losange bleu qui indiquait sa position sociale. Le chef n’eut alors plus aucun mal à découvrir son identité.
« Commandant William Shirt, je suppose. Que pouvons-nous faire pour vous, moi et mon équipage ?
-Votre vaisseau s’est posé sur Déméter, je me trompe ? Vous savez pourtant que c’est une zone interdite, n’est-ce pas, Monsieur Sharps ? »
Il avait gagné. Sans le savoir, le Commandant Shirt venait de montrer toute son incompétence et celle de son service de renseignement. Une petite pirouette juridique, et ils allaient pouvoir repartir.
« Qu’avez-vous à dire pour votre défense ? Vous vous êtes trompé de route ? Vous avez du vous poser sous peine de voir votre rafiot exploser ?
-Pour affaires.
-Hum, vous avouez, donc ?
-Que devrais-je avouer ?
-Votre acte de piraterie. Vous avez dérobé des données au Comité, puis vous les avez effacées de la banque de mémoire. Nos agents fouillent actuellement votre vaisseau, avec l’aide, volontaire ou non, de vos deux comparses, pour retrouver ses informations. Une fois fait, votre vaisseau partira à la ferraille, et vous serez jeté en prison, pour une durée… indéterminée.
-Vous ne pouvez pas faire ça.
-Et pourquoi donc ?
-J’étais là pour affaires, je vous l’ai dit.
-Le Comité ne cautionne pas vos pirateries, Monsieur Sharps.
-C’est là que vous vous trompez, Commandant Shirt. Je suis le Corsaire Anton Eastwood, numéro d’identification 00087346CSB. Actuellement en mission pour le Comité, ordre n°5973. J’utilise le Yuren enregistré au nom de Monsieur Sharps comme couverture.
-Je vais aller vérifier cela.
-Mais je vous en prie. »
Le Commandant sortît de la petite salle d’interrogatoire et refit surface plusieurs dizaines de minutes après, un demi-sourire aux lèvres.
« Bien, Corsaire Eastwood, il semblerait que vous soyez en règle. A une exception près. Même si votre ordre de mission vous autorise à vous poser à peu près n’importe où, il n’implique pas pour autant la permission de voler des données officielles au Comité. Je vais me voir dans l’obligation de vous les reprendre.
-Qu’il en soit ainsi.
-Par ailleurs, votre ordre de mission semble n’avoir aucun lien avec Déméter. Alors, joueriez-vous un double jeu, Anton ?
-Qu’entendez-vous par là, William ?
-Ne jouez pas l’enfant. Vous savez aussi bien que moi quel vaisseau s’est posé ici il y a trois jours. Tout comme l’endroit vers lequel il est parti.
-Je…
-Attention à ce que vous allez dire.
-Je suppose que vous avez retrouvé le périphérique de stockage. Vous en savez donc autant que nous.
-C'est-à-dire ?
-Qu’il s’est posé ici il y a une semaine. Rien de plus. Nous n’avons pas eu le temps de recueillir plus d’informations, puisque vos gus ont débarqué. Résultat, ni vous ni moi ne savons où il est parti. Vous bluffiez. »
Le sourire sur le visage du Commandant s’effaça.
« Bien. Vu votre… statut, vous retenir ici prendrait beaucoup trop de temps, d’appels, de paperasse, et encore, je ne serais même pas sûr de pouvoir vous garder plus de quelques heures. De plus, ni vous ni vos hommes n’ont manifesté d’actes de résistances, et vous avez restitué le peu de données que vous avez volées. Je vais donc vous relâcher et laisser le sale boulot à vos supérieurs, qui se feront une joie d’apprendre votre petit détour. Mais si je vous recroise encore une fois sur ma route, à empiéter sur mes plates bandes, car nous savons aussi bien vous et moi que votre mission n’a strictement aucun rapport avec le Normandy, je vous jure que vous finirez vos jours dans une cellule si noire que l’espace intersidéral vous paraitra aussi blanc que ces mûrs en comparaison.
-Alors bonne journée, William. »
Anton se releva, tapa sur l’épaule du Commandant et sortît de la pièce. Les deux soldats qui l’attendaient devant la porte le raccompagnèrent jusqu’au Yuren, et quelques minutes après, ils étaient de nouveau libres, détachés du Tempest.
« Comment vous avez fait, chef ? demanda Deck.
-J’ai… négocié.
-Vous avez révélé votre couverture, n’est-ce pas ? fit Zack.
-C’est exact.
-Allez, vous en faites pas ! Ils nous ont laissé partir, non ?
-Certes. Mais maintenant le Comité sait que je m’intéresse au Normandy au lieu de remplir ma mission. Et ils risquent de me demander des comptes.
-On se débrouillera chef, rassura Deck. Par contre, on est désolés, mais ils ont eu le périphérique.
-Je sais. Mais c’est sans importance.»
Il mit la main dans sa poche et en retira un petit appareil circulaire avec un point rouge en son centre.
« Ils n’ont découvert qu’une copie partielle des données. J’avais le vrai sur moi pendant qu’il fouillait le vaisseau. Bon, fini de jouer. Reprenez votre poste et sortez-nous de là.
-Quelle direction ?
-Akragas. On se rapproche de la civilisation. »
Peu de temps après, les moteurs intersystèmes vrombirent, et le Yuren disparût dans un éclair blanc aveuglant.

**
*

Blanc. C’était également la couleur des mûrs de l’Astroport Aristotélês d’Akragas. Des millions de citoyens le traversaient chaque jour, des centaines de vaisseaux s’y posaient simultanément, et pourtant, rien n’arrivait à ternir l’éclat stupéfiant de ses palissades. Derrières les vitres à résistance amplifiée s’agitaient des hommes, des femmes, des marchands, des officiels, des bandits en cavale ; et chacun feignait de s’ignorer. C’est ainsi que se maintenait le fragile équilibre d’Akragas, dernier rempart entre le Kentron et la Périphéréia, respectivement le centre et la périphérie du Premier Déka ; le premier, et pour l’instant le seul, dixième de la galaxie colonisé par l’espèce humaine.
Tara Wells, jeune réceptionniste de vingt-huit ans, s’occupait d’une femme dans la fleur de l’âge, derrière son bureau posté à l’entrée de l’astroport. Elle tapa quelque chose sur son clavier, entra une commande, puis s’adressa à son interlocutrice.
« Je suis désolée, mais ça risque de prendre quelques minutes.
-Un problème avec mon identité ?
-Non, non. Tout est en règle. C’est juste que le hangar vers lequel on vous a dirigée était réservé pour un autre client. On va arranger ça. »
Elle mentait. Et elle espérait en son for intérieur que l’autre femme ne le remarquerait pas. Il y avait effectivement un problème avec son identité. Les registres de l’astroport avaient été grossièrement falsifiés. Elle avait donc un complice parmi les employés, et il fallait l’arrêter. Au plus vite. Si le Comité découvrait cela, il ferait mainmise sur la planète, prétextant un échec du régime si difficile à mettre en place qui faisait le succès d’Akragas.
Cela faisait plusieurs secondes que Tara avait subtilement contacté la Garde Terrestre, grâce au petit bouton incrusté sous son bureau. Et elle commençait à avoir peur que l’autre protagoniste s’échappe.
« Ca ne devrait plus tarder, merci de votre compréhension, fit-elle avec un large sourire. »
Bon sang ! Elle ne savait plus quoi inventer pour la retenir. Qu’est-ce que fichait ces foutus gardes ? Elle en vint à regretter les véritables bandits qui, malgré leur allure singulière, ne se faisait pas avoir à un simple contrôle d’identité.
Soudain, trois hommes en combinaison par balle complète arrivèrent, attrapèrent la fautive par les bras et lui intimèrent de les suivre, sans poser de question.
L’homme suivant, qui attendait derrière la jeune femme depuis plusieurs minutes eut un regard interrogateur, un haussement de sourcil, et enfin un sourire en coin.
Il portait un caban bleu de la Marine Spatiale ainsi qu’un jean synthétique ; il avait le visage fin et glabre, les cheveux, bruns, plutôt coupés courts, des yeux verts envoutants, et une stature relativement athlétique. Il s’avança et posa les deux mains sur le bureau de Tara Wells.
« Golven Sharps. Numéro d’identification 00054931CSB. Je suis avec le Yuren, hangar 876.
-Bien Monsieur Sharps, laissez-moi quelques secondes pour vérifier tout cela.
-Prenez le temps qu’il vous faut. Et… dîtes, ça vous arrive souvent, ce genre d’incidents ?
-Non, n’ayez crainte, c’est exceptionnel. Akragas et L’Astroport Aristotélês vous assurent une sécurité optimale.
-Si vous le dîtes.
-Voilà. Tout est en règle. Passez un agréable séjour sur Akragas. Oh, attendez…
-Quelque chose ne va pas ?
-Non c’est juste… Il semblerait qu’un message prioritaire vous soit adressé. Je vous le télécharge de suite. »
Quelques secondes après, Anton quitta Tara Wells, un périphérique de stockage à la main. Il se hâta de rejoindre une borne de lecture afin de savoir de quoi il en était. A peine l’engin eut-il avalé le petit appareil qu’un homme au visage bouffi, les joues roses, le cheveu rare et portant un uniforme gris officiel apparut sur l’écran.
« Anton Eastwood, vous devez rejoindre un comptoir de la Marine Spatiale dans les plus brefs délais pour un débriefing complet. Prévenez au moins une heure avant votre arrivée. »

Le Yuren. Quatorze heures plus tôt.

Les trois membres d’équipage étaient réunis dans la salle de contrôle, pourvue de deux postes de pilotage, et donc deux fauteuils. Zack, le mécano, portait un bleu de travail sali par de l’huile de moteur par-dessus un t-shirt gris au motif indescriptible. Il avait une taille moyenne, des cheveux courts ébouriffés, noirs comme l’espace, un visage fort et bien dessiné, ainsi qu’une barbe naissante. C’était le seul debout. Devant lui était assis Deckland, le pilote. Il portait une veste en tissu marron ainsi qu’un jean, tout deux synthétiques. Il n’avait que quelques millimètres de cheveux châtains sur le crâne. Son front, légèrement trop grand, descendait sur des petits yeux marron et une barbe d’une semaine.
Anton, assis sur l’autre fauteuil, sortît le périphérique de stockage et le relia à l’ordinateur principal. L’écran afficha des données dont le déchiffrage coûta quelques secondes de concentration aux trois individus.
« Ils sont restés dix-huit heures sur Déméter. C’est assez étrange, s’inquiéta Eastwood.
-Malheureusement, il n’y a pas moyen de savoir ce qu’ils ont fait. En revanche, on sait où ils sont partis : Akragas, continua Zack.
-C’est exact. C’est pour ça que nous allons là-bas.
-Mais chef, intervint Deck, vous n’avez pas peur que les officiels nous suivent ?
-Ils nous suivront, c’est certain. Mais la chance est de notre côté. Akragas abrite un comptoir de la Marine Spatiale, et il y a de grandes chances qu’ils me convoquent dès notre atterrissage. Ainsi, le Commandant Shirt croira qu’on y est allé pour cette raison précise, et non pour rechercher le Normandy.
-Et s’ils vous gardaient ?
-C’est un risque à prendre.
-Et que ferons-nous, une fois là-bas ? demanda le mécanicien.
-Moi, j’irai au comptoir. Vous deux, vous devrez découvrir ce qu’ils ont fait sur Akragas, et surtout, où ils sont repartis ensuite, s’ils sont repartis.
-Mais, chef, des milliers de vaisseaux passent par Akragas chaque jour… On ne pourra jamais identifier leur signature…
-Vous trouverez un moyen. Bon, allez vous reposer, je m’occupe des commandes. Une longue journée nous attend. »
Ils se quittèrent, deux d’entre eux rejoignirent leurs quartiers respectifs, puis les lumières se tamisèrent ou s’éteignirent en fonction des sections du vaisseau.
Le voyage fut long et fastidieux, mais après avoir parcouru le quart du Premier Déka, Akragas apparût sous le Yuren, prête à accueillir la modeste carlingue.
La coque de cette dernière chauffa et vira au rouge en traversant la dense atmosphère de la planète limitrophe. Ils atteignirent la principale ville en quelques minutes.
Une lumière intense s’était emparée de celle-ci depuis le début de la journée. Le puissant soleil, source inépuisable, envoyait ses rayons lumineux contre les vitres innombrables des luxueux buildings qui jonchaient les grandes artères où se côtoyaient voitures magnétiques, piétons agités et parcs naturels verdoyants.
La vie faisait partie intégrante de l’effervescence tumultueuse d’Akragas. La ville ne cessait jamais de respirer, jour et nuit. Des millions de personnes se frôlaient sans même sans rendre compte sous ce ciel d’un bleu clair sans aucune imperfection, dont le manque de naturel paraissait flagrant au premier coup d’œil. Le temps, assez frais, était également une manifestation de la manipulation humaine de l’environnement.
Le Yuren s’approcha de l’Astroport Aristotélês dont le blanc éclatant pouvait presque aveugler tout pilote novice qui s’aventurait dans les parages. A l’intérieur, une voix impersonnelle provenant de la Tour de Contrôle prît possession des haut-parleurs de l’appareil.
« Veuillez vous présenter au hangar 876 puis vous rendre à l’accueil pour l’identification.
-Entendu, répondit Deck.
-Passez un agréable séjour sur Akragas. »
Le Yuren glissa, comme une feuille dans le vent, avant de définitivement se poser sur l’emplacement qui lui était attribué. Les trois comparses se rejoignirent devant l’entrée, tous équipés d’un pare-balle et d’un revolver dans leur holster.
« Bien. Je m’occupe des papiers, vous des infos. On se rejoint ici dans vingt-quatre heures. Utilisez votre émetteur en cas de pépin.
-Bien, chef, firent-ils en chœur. »
Et ils se séparèrent en deux groupes aux desseins bien différents.

Deckland et Zack vagabondaient parmi la jungle sauvagement urbaine que représentait Akragas. Au milieu des employés de bureaux en retard, des touristes en plein shopping et des officiels en mission de surveillance, les deux contrebandiers faisaient presque tâche, sans pour autant dénaturer le tableau d’art moderne qui s’offrait à tout possesseur d’un appartement dans les étages supérieurs des hauts buildings de verre et d’acier.
Ils avaient à présent atteint le cœur de la ville, premier choix logique qui leur avait traversé l’esprit, mais ne savaient pas pour autant par quoi commencer.
« Cette chasse au lapin commence à me taper sur les nerfs, lâcha Zack.
-Le pire, ajouta Deck, c’est qu’on sait même pas pourquoi on cherche ce foutu vaisseau…
-Ce qui m’étonne, c’est qu’un Corsaire de la Marine Spatiale se mette soudainement à défier la loi pour rechercher un vaisseau quelconque…
-Je sais pas toi, mais perso, je compte lui demander à notre retour. Et pas de réponse implique pas de décollage.
-Ouais, j’te suis. En attendant, va falloir trouver quelque chose. »
Sur cette dernière phrase, les deux hommes levèrent les yeux au ciel et purent admirer l’impressionnante Tour de Communication d’Akragas. Un sourire se forma alors sur leurs deux visages.

Lorsque Anton Eastwood franchît le seuil du comptoir de la Marine Spatiale, le doute, qui avait commencé à s’accumuler depuis son départ de l’astroport, s’empara de lui et le paralysa sur place. Les jambes clouées au sol et tremblantes, il se demandait si ça avait véritablement été une bonne idée de s’être jeté dans la gueule du loup. Il avait parié sur son dossier irréprochable, à une ou deux exceptions près, pour le faire échapper au pire qui, dans l’état actuel des choses, pouvait varier entre un emprisonnement à durée indéterminée et une exécution en place publique. Le Comité aimait particulièrement ce genre de petits spectacles, mais pas lui. Surtout s’il en était le principal acteur.
Une voix féminine et lointaine lui rappela l’endroit où il était, et l’étrangeté qu’il devait représenter, planté là, le regard vide, pour les autres employés. Il se reprit et fit la queue derrière une dizaine de personnes qui attendaient devant l’accueil.
Son regard fit le tour des locaux, dont les mûrs ressemblaient curieusement à ceux de l’astroport, excepté l’imposant insigne CSB entouré d’un losange horizontale sur fond violet, qui arpentait tous les bâtiments officiels du Comité. Un homme en costume sortît de l’un des nombreux couloirs et s’approcha de la file d’attente. Après avoir jeté un coup d’œil attentif, il se dirigea vers Anton.
« Corsaire Eastwood ? Veuillez me suivre, s’il vous plaît. »
Il obéît, sans poser de question, et se mît en marche derrière l’homme en noir qui traversait avec assurance l’incroyable dédale. Il fut conduit à une petite pièce sombre possédant une table et deux chaises, puis fut convié à s’asseoir. L’homme qui l’avait accompagné sortît et fut aussitôt remplacé par un second officiel, en uniforme gris de la marine, plutôt grand, les cheveux mi-longs descendant sur un visage carré.
C’était un ami.
« George ! Ne me dis pas que tu es venu de Loxias exprès pour ça ?
-Non, j’étais déjà là pour affaire.
-Tant mieux, je ne voudrais pas t’avoir fait déplacer pour si peu de chose.
-Si peu de chose ? Bon sang Anton mais où avais-tu la tête ?! Tu t’es foutu dans un sacré pétrin ! Tout membre de la Marine a reçu pour ordre de ne pas s’approcher du Normandy s’il le croisait, de ne pas s’intéresser à son cas et surtout de ne pas se lancer à sa poursuite !
-J’ai mes raisons.
-Je m’en doute bien Anton, mais merde ! Comment veux-tu que je te sorte de là ? Le Comité veut ta tête, comme exemple !
-Ce n’est qu’un vaisseau !
-Un vaisseau hybride ! Même si le Projet Normandy a été tenu secret, je suis persuadé que tu sais ce que ça signifie vraiment, hybride.
-Hybride de technologie humaine et alien provenant du vaisseau qui s’est crashé sur Déméter avant la colonisation.
-Exactement ! Et tu sais pourquoi on n’a pas le droit de le rechercher ? Parce qu’ils ont peur, là haut ! Ils ont peur que l’on s’approprie le vaisseau ! Avec un engin pareil, on peut distancer n’importe quel bâtiment officiel ! Et qui se l’est approprié ? De vulgaires contrebandiers ! Merde Anton ! Ils doivent déjà croire que tu es dans le coup !
-Je n’y suis pour rien George !
-Je le sais ! Mais tu crois qu’ils en ont quelque chose à foutre, là haut ?
-Couvre-moi !
-Te couvrir ?! Bordel Anton, je sais que je t’en dois plus d’une, mais là, je ne sais même pas ce que je pourrais faire ! Je peux peut-être t’éviter la peine de mort, peut être même la prison, mais tu resteras cloué au sol !
-Comment ça ?
-Ils vont te confisquer ton vaisseau et vider tes comptes. Tu seras coincé ici, sur Akragas. Sans job, sans vaisseau, sans argent.
-Je ne peux pas. Je dois retrouver le Normandy avant qu’ils le fassent.
-Je suis désolé, mais parti comme c’est, tu n’iras nulle part.
-File-moi ton vaisseau.
-Mon… quoi ? Attends, tu plaisantes j’espère ? Dès qu’ils sauront que tu es parti avec, ils me jetteront en cellule !
-Dis-leur que je te l’ai volé, que je t’ai tabassé et que je t’ai pris tes affaires pour m’enfuir.
-Ca ne passera jamais Anton…
-Ecoute George, je n’ai pas le choix.
-Je ne comprends pas, tu avais une mission sur Ixion, et elle ne comportait pas de partir après le Normandy ! Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
-Ils l’ont prise.
-De quoi tu parles ?
-Ils ont pris Sidney. »
L’homme en uniforme se stoppa net, son regard se plongea au plus profond des yeux de son ami, et il put y lire la peur, la détresse, le chagrin, et plus profond encore, une infime lueur d’espoir.

Quelques pots-de-vin bien placés permirent à Zack et Deckland d’infiltrer la Tour de Communication d’Akragas. Tous deux habillés d’un bleu de travail de techniciens, ils furetaient de tous les côtés pour trouver le bon endroit. Après plusieurs dizaines de minutes de recherche, ils finirent par arriver dans une salle remplie d’ordinateurs, mais dont la population humaine avoisinait le néant. Ils s’approchèrent de l’un d’entre eux et mimèrent une réparation des plus banales.
Pendant que Zack s’afférait à démonter une unité centrale, Deck, sur le côté, essayait d’entrer dans le système de données pour retrouver la liste des départs et arrivées des derniers jours.
« Tu t’en sors ?
-Ouais, je pense que ça devrait aller. Encore quelques secondes… Voilà ! Qu’est-ce que je recherche à ton avis ?
-Je sais pas, essaye à N comme Normandy.
-Bien vu. Alors… Hum… Non. Visiblement, aucun vaisseau de ce nom là s’est posé entre aujourd’hui et il y a quinze jours.
-Evidemment. Ils ne sont pas non plus suicidaires. Ils ont du utiliser un autre nom.
-Qu’est-ce qu’on fait ?
-Copie les données, on les ramènera sur le Yuren. Le capitaine s’en occupera. »
Deck sortît un périphérique de stockage circulaire, le brancha à l’ordinateur, et le retira quelques secondes après.
« On est bons.
-Attention. Des visiteurs non autorisés se sont introduits dans le bâtiment. Veuillez rester dans votre bureau jusqu’à l’intervention des forces de sécurité.
-Tu crois que notre indic’ s’est soudainement senti coupable de nous avoir laissé entrer ?
-A moins qu’on se soit fait rouler dans la farine depuis le début. »
Une lumière rouge avait remplacé la pâleur des lampes, et une certaine agitation se fit sentir dans les couloirs.
« On n’a pas beaucoup de temps, commença Zack, regarde les plans de l’immeuble ! »
Deckland se pencha vers l’ordinateur et accéda aux données historiques du bâtiment.
« Là, au sous-sol, il y a un tunnel qui ressort plusieurs rues plus loin.
-On fonce. »
Ils quittèrent à toute vitesse la grande salle informatique et se dirigèrent vers les escaliers les plus proches. Après quelques minutes de cavale, ils se retrouvèrent au niveau moins un de l’édifice, plongé dans obscurité intense.
« Merde ! Où est la lumière ?! grogna Deck. »
Des bruits de pas et quelques chuchotements les fit se cacher derrière une paroi indistincte, où ils espéraient passer inaperçu.
La lumière s’alluma, ils purent vérifier qu’ils étaient hors de vue, puis quatre soldats en combinaison de sécurité noire, une mitrailleuse à la main, entrèrent et arpentèrent les environs.
« Il y a une sortie au bout de ce tunnel, je crois bien.
-Okay. Trouvez-la et montez-y la garde. Je reste derrière la porte au cas où. »

Les bruits de pas s’apaisèrent, et ne furent bientôt qu’un écho lointain.
« On est coincés, chuchota Deck. Active l’émetteur, on sait jamais.
-On peut attendre, voir s’ils repartent en arrière.
-Qui ne tente rien n’a rien… »
Et c’est ainsi qu’ils patientèrent une bonne dizaine de minutes cachés dans un recoin du sous-sol de la Tour de Communication. Alors que leur situation n’avait pas évoluée d’un iota, Deckland sortît son revolver et s’apprêta à sortir.
« Qu’est-ce que tu fous ?
-On n’a pas le choix. Il faut qu’on y aille. »
Ils quittèrent tous deux leur position, arme à la main, et se dirigèrent vers le tunnel qui abritait leur unique voie de sortie.

Près de l’échelle qui donnait sur une ancienne plaque d’égout, trois hommes en combinaison noire patientaient, sur le qui-vive. Un bruit métallique les surprit tous au même moment. Ils pointèrent leur mitrailleuse en direction du couloir, mais ne virent aucun mouvement.
« J’y vais, couvrez moi. »
L’un d’eux s’aventura dans le tunnel et, lorsqu’il arriva de l’autre côté, se prit une balle en pleine tête et s’effondra. Ses deux coéquipiers ripostèrent mais leurs balles n’atteignirent que le vide.
« Tant qu’on reste là, ils ne peuvent pas sortir. Alors on ne bouge pas. »
A l’autre bout, dans le sous-sol de la Tour, Zack et Deckland commençaient à s’impatienter.
« Il en reste encore deux… Si on ne s’en débarrasse pas, on est coincés.
-Mains en l’air ! »
Le quatrième soldat, qui était resté derrière la porte et avait certainement entendu le coup de feu, venait d’entrer dans la pièce et pointait son arme en direction des deux contrebandiers.
« Sergent ? C’est vous ? fit l’un des deux autres, au loin, devant la sortie. »
Son attention fut distraite suffisamment longtemps pour que Deckland lui tire une balle dans le crâne.
« Bon, il a certainement du appeler des renforts avant de débarquer. Ce n’est plus qu’une question de secondes. »
Ils entendirent alors deux autres coups de feu, vers la sortie, puis un bruit de pas. Ils pointèrent leurs revolvers en direction du tunnel ténébreux d’où sortit un homme portant un caban bleu foncé de la Marine ainsi qu’un petit calibre encore fumant. Anton Eastwood.
« On devrait peut être y aller, non ? »

Après quelques formalités administratives, Zack, Deck et Anton se retrouvèrent à l’intérieur d’un vaisseau flambant neuf, à l’extérieur gris laqué, de forme relativement triangulaire.
« Messieurs, je vous présente le Trafalgar.
-Qu’est-il arrivé au Yuren ? demanda le pilote.
-Rien. Mais il ne volera plus. Du moins, plus avec moi. D’ailleurs, à partir de maintenant, pour toute démarche officielle, vous m’appellerez George Szech.
-Qui est-ce ? continua-t-il.
-Un ami, qui m’en devait une.
-On ne va pas lui attirer des ennuis ? interrompit l’autre.
-Ne vous inquiétez pas pour ça. Vous avez eu ce qu’on voulait ?
-En quelque sorte. On a enregistré tous les arrivées et départs des deux dernières semaines. Rien ne correspond au Normandy. Vous aurez peut être un peu plus de chance en regardant vous-même.
-Je m’en occupe. Allez vous reposer, vous l’avez bien mérité. »
Ils se quittèrent, les deux contrebandiers cherchant leurs nouveaux quartiers, Anton se dirigeant vers la salle de pilotage. Il fit décoller le vaisseau, le plaça en orbite autour d’une des trois lunes, puis brancha le périphérique et commença à parcourir la liste de noms.
Plusieurs heures plus tard, il fut rejoint par Zack et Deckland venus lui prêter main forte. Mais ils le trouvèrent avachi sur le poste de contrôle entrain de dormir.
A son réveil, ils continuèrent pendant encore quelques temps, sans grand espoir. Quand soudain, le visage du Corsaire se métamorphosa, ses yeux s’agrandirent et ses lèvres formèrent un large sourire.
« Vous l’avez ?! demanda Deck.
-Je crois bien.
-Et alors ? lâcha Zack.
-L’Ydnamron. Ou Normandy à l’envers.
-Sans vouloir vous vexer chef, commença le mécanicien, ça parait un peu simple. Ca pourrait être un barjot qui a trouvé sympa d’appeler son vaisseau comme ça…
-Excepté qu’il est enregistré au nom de Katrina Weedpath.
-Qui est ? fit Deckland.
-Ma défunte femme.
-Comment ont-ils pu atterrir avec le nom d’une femme morte ? Et la votre, qui plus est ? s’étonna le pilote.
-A l’aide d’une des meilleurs informaticiennes du Premier Déka. Sidney Weedpath. Ma fille. »
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MessageSujet: Re: Normandy   Dim 27 Nov 2011 - 20:31

Well well well...

C'est bon, bien écrit, et ça pose un Univers que je regrette déjà de savoir qu'il n'existera que pour quatre nouvelles.

Sinon, le Normandy, référence à Mass Effect ? Un CSB possédant un logo losangulaire à fond vert, réincarnation du défunt Consortium (d'ailleurs, C pour Conseil, mais le reste...) ?

Enfin, une lecture bien agréable dont j'attends la suite avec envie.
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MessageSujet: Re: Normandy   Dim 27 Nov 2011 - 21:22

A vrai dire, je n'ai jamais joué à Mass Effect, mais j'ai toujours voulu créer un vaisseau et l'appeler Normandy. C'est maintenant chose faite!

Après, le logo est violet, non vert, et le C est pour Comité, et non Conseil hi hi
Mais oui, il y a bien une suite au sigle ^^

En tout cas, merci ! very happy
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MessageSujet: Re: Normandy   Dim 27 Nov 2011 - 21:30

Zarquon a écrit:
Après, le logo est violet, non vert, et le C est pour Comité, et non Conseil hi hi
Mais oui, il y a bien une suite au sigle ^^

Mince, ça doit être mon inconscient qui me pousse à aller écrire Sidus en me faisant lire des trucs qui sont pas écrits ^^
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MessageSujet: Re: Normandy   Dim 27 Nov 2011 - 21:37

Vyslanté a écrit:
Zarquon a écrit:
Après, le logo est violet, non vert, et le C est pour Comité, et non Conseil hi hi
Mais oui, il y a bien une suite au sigle ^^

Mince, ça doit être mon inconscient qui me pousse à aller écrire Sidus en me faisant lire des trucs qui sont pas écrits ^^

On va tabler là dessus ^^
D'ailleurs, tu devrais peut être écouter ton inconscient aarf
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Rufus Shinra
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MessageSujet: Re: Normandy   Lun 28 Nov 2011 - 0:43

Hé hé, pas mal de voir que le CSB rôde toujours !

Texte bien écrit, avec un univers qui présente un bon potentiel. Rien à dire au niveau technique, c'est du bon. Au niveau contenu, tu ouvres un récit qui mériterait probablement de s'étendre sur plus de volume que quatre nouvelles.

La suite !
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Rangil
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MessageSujet: Re: Normandy   Lun 19 Déc 2011 - 12:03

Désolé pour le retard, je pensais finir ta nouvelle un peu plus vite ! En tout cas, je rejoins les avis de mes collègues : l'univers est original et intéressant, il laisse vraiment présager du lourd. Le cadre est d'ailleurs très intéressant, entre le Démeter et le spatioport, sans compter l'héritage invisible d'Aliens dont on ignore tout... Les personnages ont l'air intéressants aussi.

Maintenant qu'on comprend les enjeux de la nouvelle, il est temps de passer aux choses sérieuses : envoie-nous la suite ^^

EDIT : Bonne idée de réutiliser le CSB, au passage ^^ Est-ce qu'on aura droit au retour d'autres organisations ou personnages de Sidus, dans une optique sérieuse cette fois-ci ?
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Zarquon
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MessageSujet: Re: Normandy   Dim 19 Fév 2012 - 19:52

Rangil a écrit:
Est-ce qu'on aura droit au retour d'autres organisations ou personnages de Sidus, dans une optique sérieuse cette fois-ci ?

Quelque chose comme ça est prévu. Mais j'évite d'en dire plus pour l'instant ^^

II. SHADOW OF THE DAY

« Déméter. Son décor paradisiaque qui attirait autrefois les familles fortunées du Premier Déka ; ses gratte-ciels scintillant à la lumière de l’imposante étoile du système ; ses mers d’un bleu azur inimaginable ; son sable blanc qui laissait l’impression d’être entouré par une neige éternelle, malgré la température plus qu’agréable qui y régnait nuit et jour ; sa population, formée pour être au petit soin de chacun des milliards de touristes qui transitaient par là chaque année ; ses employés de bureau réglés comme une horloge ; ses fascinants mystères, sur les archipels périphériques, dont personne n’a pu percer le secret, sauf peut être le Comité.
» Et dire que tout ça a disparu, que tous ces paysages merveilleux ont laissé place à un orage incessant, que le bleu s’est changé en gris pâle, que plus rien ne scintillera jamais sur les buildings de verre et d’acier, que la Lune est désormais la seule chose encore visible à travers les nuages noirs qui recouvrent la planète, que l’ombre s’est emparé de chaque recoin de chaque ville et de chaque rue, et que pas un être vivant ne peuple encore cette douce planète.
» Et dire que je t’avais demandé d’aller sur Tyndaris.
-Désolé Julia, mais au cas où vous n’auriez pas remarqué…
-Je sais, Kosh, je sais. »
La capitaine Julia Endo souffla, son regard se perdit dans les nombreuses étoiles qui parsemaient les alentours, puis, dans un sursaut aussi impulsif qu’imprévisible, elle fit demi-tour et quitta la salle de pilotage. Elle traversa les couloirs d’un gris sombre et aux mûrs arqués, sous une lumière tamisée qui cachait une partie de son visage. Ses vêtements, eux, étaient plus ou moins discernables : une veste marron foncé en cuir synthétique qui contrastait avec le bleu ciel de son jean tout aussi artificiel. Ses bottes noires faisaient un bruit sourd en heurtant le sol à chacun de ses pas. Elle finit par arriver devant une porte standard, à laquelle elle tapa délicatement. Aucune réponse. Elle posa son pouce sur le détecteur latéral et la porte disparut à l’intérieur de la cloison. Derrière se dessinait dans l’ombre une silhouette, assise en tailleur près d’une couchette précaire.
« Lumière. »
Aussitôt, un néon illumina la petite pièce, qui devait faire trois mètres sur deux et demi, et vint éclaircir les traits de la jeune capitaine. Ses taches de rousseur faisaient ressortir ses yeux d’un bleu intense. Ses lèvres fines s’accordaient parfaitement avec ses pommettes saillantes. Ses cheveux, auburn, formaient un chignon à l’arrière qui venait ajouter au mystère qui semblait entourer cette femme.
« Vous n’allez pas pouvoir rester ici toute votre vie, dit-elle à la silhouette, toujours immobile. »
Les cheveux brun bouclés qui cachaient la majeure partie de cette inconnue se relevèrent, et laissèrent transparaitre les contours du visage d’une jeune femme, probablement d’une vingtaine d’années, vêtue d’un tailleur gris, visiblement d’une grande marque, et d’une chemise noire, d’une qualité comparable.
« Vous êtes une sauvage, répliqua la douce étrangère.
-Je vous ai sauvé la vie.
-Je pourrais en dire autant.
-Et c’est bien pour ça que vous êtes toujours là. Ecoutez, ce que j’ai fait était peut être surprenant, voire dangereux, mais c’était la seule façon de vous épargner de longs mois de procès à l’issue plus qu’irrémédiable.
-J’avais dissimulé mes traces.
-Je n’en doute pas. Mais ils auraient fini par déterrer tout ce qu’ils pouvaient, et vous auriez fini par prendre une peine que vous ne méritez probablement pas. En vous prenant en otage, je ne faisais que les éloigner des actions qui vous ont véritablement amenées ici. De cette manière, ils vous prendront pour une victime, et non une complice.
-J’ai tout abandonné pour vous sauver, vous et votre équipage.
-Et je ne sais pas si nous pourrons un jour vous remercier. Une question me taraude : si c’était à refaire, le feriez-vous une nouvelle fois ? »
Le silence s’empara subtilement de la pièce, laissant les deux jeunes femmes se regarder dans le blanc des yeux.
« Mon cœur me dit que non, mais ma raison…
-Vous ne pouvez pas laisser le Comité mettre à mort des innocents, n’est-ce pas ?
-Ce régime est corrompu jusqu’à la moelle… Je ne comprends pas comme j’ai pu être aussi...
-Dupe ? Comme nous tous, je le pense.
-Vous êtes des contrebandiers. Des vandales…
-Nous vivons avec ce que nous a offert ce monde, ce Premier Déka. Et c’est bien maigre.
-Ils se mettront à votre recherche, vous savez.
-Bien entendu, et nous fuirons, tant que nous le pouvons.
-Ils vous rattraperont, ils le font toujours.
-Permettez-moi d’en douter. Ce vaisseau semble posséder des qualités que je n’ai vues chez aucune autre carlingue. En attendant que diriez-vous de monter sur le pont ? Nous allons bientôt rentrer dans l’atmosphère de Déméter.
-On pourrait nous exécuter pour avoir osé poser le pied sur Déméter.
-Entre ce dont on nous accuse et le vol d’un vaisseau expérimental du Comité, je crois que se poser sur Déméter n’est pas forcément le plus grave.
-Vous n’avez pas tort.
-Allez, venez. »
Endo tendit son bras vers son interlocutrice, qui lui attrapa la main, et elle l’aida à se relever. Ensemble elles sortirent de la pièce, et marchèrent à l’intérieur des longs couloirs sinistres du Normandy.

Le vaisseau en lui-même ressemblait vaguement à un parallélépipède dont les deux réacteurs principaux avaient été installés sur les côtés. Une petite protubérance sur la coque marquait l’emplacement du poste de contrôle, où attendaient patiemment trois individus. Le noir mâte du métal jurait avec les nervures turquoises dispersées sur toute la surface des parois.
Le Normandy s’approcha solennellement de l’énigmatique planète et traversa son atmosphère empoisonnée quasiment sans encombre.
Julia et la jeune femme arrivèrent sur le pont juste à temps pour voir les ravages du temps et de l’orage continuel qui frappait Déméter.
« C’est horrible, fit Kosh, assis sur son siège de pilote.
-Quoi qu’il se soit passé, et quoi qu’ils en disent, le Comité en est responsable, lâcha une femme blonde non identifiée sur le côté.
-Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? questionna la nouvelle arrivante. Je croyais que ce qui était si inquiétant, avec cette foutue planète, c’est que personne ne savait ce qu’il lui était vraiment arrivé ?
-C’est une vision des choses, évidemment, continua-t-elle. Mais ce n’est pas la seule. Ma famille est très influente au sein de la bureaucratie du Comité, et je peux vous dire qu’ils ont vu et entendu des choses qui font passer Déméter pour un jardin d’enfant.
-C’est ce que nous allons voir, répondit Julia sur un ton neutre. »
Le Normandy traversa un vaste océan avant d’aborder les côtes d’une petite ile. Il se posa sur une plage désertique, juste assez éloigné de l’eau pour ne pas que l’une des prodigieuses bourrasques de vent ne soulèvent une vague assez imposante pour engloutir le vaisseau.
Dans la salle de pilotage, un écran s’alluma, et afficha une carte de l’ile, pointant un curseur sur une zone s’enfonçant dans la forêt tropicale, à plusieurs centaines de mètres de là.
« Qu’est-ce que c’est ? interrogea Endo.
-Il semblerait que le Normandy essaye de nous dire quelque chose, tenta d’explique Kosh.
-Il ne nous reste plus qu’à aller voir de quoi il en retourne, fit le deuxième homme, dans un élan enthousiaste.
-Une minute, Talford, nous n’avons que trois combinaisons spatiales, contra la capitaine.
-Qu’est-ce que vous proposez ?
-J’y vais. Lucia et Iwan, vous restez dans le vaisseau en cas de pépin. Talford et…
-Sidney.
-…Sidney viennent avec moi. Et pas de protestations. »

Julia et Sidney marchaient côte à côte, en direction de la salle de chargement, seul contact avec le sas de sortie. La jeune femme déboussolée trainait le pas, et finit par s’arrêter, interrompant par là même son accompagnatrice.
« Pourquoi m’avez-vous choisie ? Vous avez votre propre équipage. Alors pourquoi moi ?
-Pour que nous fassions un peu connaissance, et que vous sortiez un peu de votre chambre sordide. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ce vaisseau me fiche la trouille.
-Il est assez atypique, c’est certain, fit Talford en passant, sans s’arrêter.
-Pendant que j’y pense, Sidney… Je peux vous appeler Sidney ?
-Eh bien…
-Allons, sitôt en bas, je ferai les présentations.
-J’ai déjà lu vos…
-Nos dossiers ? Méfiez-vous-en. De ça, et du CSB. Comme de la peste. »
Et elles reprirent le pas, souple, en direction de la salle de chargement.

Ils retrouvèrent les trois autres membres d’équipage, Lucia et Kosh en train d’aider Talford à enfiler sa combinaison spatiale.
« Ramenez-vous, ordonna Julia. »
Et ils s’exécutèrent, formant une petite ronde autour des scaphandres. La capitaine montra du doigt chacun des individus, successivement.
« Le type dans le costume, c’est Talford Johansen, notre mécano. A côté, voici Iwan Kosh, notre pilote expérimenté, même s’il ne sert pas à grand-chose avec un vaisseau qui prend des décisions tout seul, et cette jeune femme, c’est Lucia Gonzague, mon bras droit. Quant à moi, je suis Julia Endo, et comme vous avez pu le remarquer, je dirige tout ce beau monde. A votre tour.
-Eh bien… Je m’appelle Sidney Weedpath, et je suis informaticienne au Bureau des Services de Sécurité Intérieure.
-Vous voyez, ce n’était pas si difficile. Lucia, aide-nous à enfiler ces combinaisons. »
Après quelques minutes de labeur, les trois individus se retrouvèrent sur la plage, face à une mer déchainée, dont la couleur indicible donnait tout sauf envie de s’en approcher. Le ciel était recouvert de troublants nuages noirs qui crachaient des éclairs plus lumineux les uns que les autres. Pas un brun de lumière ne transparaissait, et il était presque impossible de savoir s’il était censé faire jour, ou nuit. Mais la lune ne daignant pas montrer sa lumière derrière les nimbostratus, il était légitime de supputer qu’en temps normal, le soleil aurait illuminé cette ile paradisiaque en révélant toute sa splendeur.
« Vous pensez vraiment que… Lucia a raison ?
-A vrai dire, répondit Julia, je n’en sais rien. Mais elle ne ment pas lorsqu’elle dit que sa famille est haut-placée. La Maison Gonzague est une riche famille d’aristocrates qui fourmillent dans les pattes de la bureaucratie du Comité. Ils sont presque tous dans les petits papiers de nos dirigeants.
-Mais que fait-elle là, avec vous, si sa famille est aussi riche qu’elle le dit ?
-Les choses sont un peu plus compliquées que ça, à vrai dire. Venez, ne perdons pas trop de temps, un vaisseau officiel va finir par débarquer, et je ne veux pas être là lorsque ce sera le cas. »
Ils avancèrent en direction de la jungle qui, si elle paraissait luxuriante au premier abord, cachait en fait un désastre vieux de plusieurs années et dont les marques étaient plus malsaines les unes que les autres. Les plantes avaient pris un ton gris, dont la lividité apparente n’annonçait rien de bon. Au premier contact entre la nature morte et les combinaisons, les végétaux effleurés se changèrent en poussière et tombèrent au sol, délimitant le parcours récemment emprunté par les membres d’équipage.
« C’est assez angoissant, risqua Talford, dans la radio.
-Concentrez-vous sur l’objectif. On devrait l’atteindre d’ici cinq minutes. »
Ils continuèrent ainsi avant de tomber sur un petit bâtiment qui semblait s’enfoncer dans le sol, comme une ouverture menant vers un tunnel. Excepté que celui-ci était fermé. Une cloison métallique empêchait quiconque de s’aventurer à l’intérieur, cependant, lorsque la capitaine s’approcha, elle put discerner une importante couche de rouille sur la surface.
« Ne bougez pas. »
Elle sortît un revolver de son holster, accroché à son scaphandre, et le pointa sur ce qui semblait être la serrure numérique de la porte. Après s’être déplacée de quelques pas sur le côté, elle tira à plusieurs reprises. Le panneau céda, et après plusieurs tentatives, ils réussirent à ouvrir.
Il faisait noir. Aussi noir qu’au fin fond de l’univers, là où aucune étoile n’avait élu domicile, et où chaque parcelle de vide semblait identique à la suivante. Ils s’hasardèrent sur ce chemin invisible et s’enfoncèrent plus profondément encore dans les mystères de Déméter. Julia alluma sa lampe torche, et un faisceau lumineux parvint à percer cette obscurité dansante avant de rencontrer des parois aussi rouillée que la cloison extérieure.
« Il vaudrait mieux ne pas trop trainer ici, conseilla le mécanicien. Je ne sais pas combien de temps encore cette infrastructure va tenir.
-On explore, on recherche ce qu’il y a d’intéressant, et on déguerpie.
-Va pour moi, lâcha Sidney. »
Au bout de cet interminable couloir, ils firent face à une seconde porte, cette fois-ci grande ouverte, qui donnait dans une grande salle, dans laquelle on pouvait distinguer quelques écrans d’ordinateurs en morceaux et quelques meubles déchiquetés.
« Sûrement l’accueil, envisagea Endo.
-C’est pas super chaleureux. »
Ils s’avancèrent vers deux parois épargnées par la rouille qui s’ouvrirent automatiquement, et laissèrent place à un vacarme strident accompagné d’une lumière rouge sang inquiétante.
« Ca doit être l’alarme ! fit la capitaine. Coupez l’arrivée du son extérieur, focalisez-vous sur les radios ! »
Ils obéirent, et bientôt, le silence régna à nouveau à l’intérieur des combinaisons.
« Bien. Sidney, y a-t-il quoi que ce soit que vous puissiez faire à partir d’ici ?
-Vu l’état des ordinateurs, non. Trouvez-moi une salle fonctionnelle, et j’essaierai de couper tout ça, et avec un peu de chance, on retrouvera même la lumière.
-Parfait. Continuons. »
Ils passèrent dans l’autre pièce, et après quelques pas, les deux parois se refermèrent et les laissèrent en tête à tête avec la lumière rouge vacillante, qui donnait aisément le vertige aux plus sensibles. Leur aventure se prolongea pendant plusieurs dizaines de minutes, durant lesquelles ils essayèrent plusieurs portes, mais sans grand succès. Etrangement, de ce côté-ci, la rouille n’avait visiblement pas encore pris le dessus, et tout semblait comme neuf, si l’on ne faisait pas attention à l’étonnante couche de poussière qui recouvrait chaque recoin. Leur quête prit fin après une petite demi-heure, lorsqu’ils atteignirent ce qui semblait être le générateur auxiliaire de la base.
« Talford, tu crois pouvoir le remettre en marche ? interrogea Julia.
-Il doit y avoir moyen, ouais… Laissez-moi quelques minutes. »
L’homme se baissa autant que possible dans l’imposante combinaison, et s’afféra sur les composantes de l’étonnante machine cylindrique qui prenait toute la place disponible dans la pièce rougeoyante. Soudain, une vibration s’empara des mûrs et du sol, et un bruit assourdissant vint s’échouer contre les régulateurs auditifs de chaque scaphandre. De la poussière tomba du plafond et recouvrit l’espace d’un écran de fumée aussi épais qu’une brume matinale.
« J’espère que ça ne va pas ébranler la structure du bâtiment, risqua Johansen.
-On verra bien, conclut la capitaine. Maintenant, il faut trouver un ordinateur en état de marche. »
Ils continuèrent leur périple à travers les couloirs écarlates, voguant au hasard comme un navire sur les eaux, mais avec un but précis, sans pour autant savoir véritablement comment le réaliser. Leur pérégrination s’acheva dans une succursale comportant trois écrans imposants accrochés au mûr et quelques interfaces tactiles sur une sorte de bureau métallique.
« Eurêka, lança la jeune femme, le regard émerveillé.
-Talford, allume moi tout ça. Sidney, vous êtes prête à vous mettre au boulot ? »
Elle acquiesça sans un mot et s’approcha des multiples ordinateurs qui venaient d’être ramenés à la vie par le mécanicien. Sans surprise, l’accès aux données et aux fonctions de l’appareil étaient protégés par un mot de passe et probablement plusieurs logiciels anti-piratage. Mais rien ne pouvait stopper une professionnelle du BSSI. En seulement quelques minutes, elle parvint à franchir les principales barrières et à s’introduire dans le cœur du réseau. Peu de temps après, elle coupa l’alarme, les lumières rouges vacillantes, et plongea le complexe dans une lumière blanche aveuglante.
« Beau boulot, complimenta Endo. Vous êtes douée.
-Il faut dire que j’ai mis du cœur à l’ouvrage. »
Pendant qu’elle pianotait sur les touches sensibles des interfaces, les écrans présentaient un logo plutôt étrange, dont les lignes incurvées semblaient former des lettres peu discernables. Malgré tout, la jeune capitaine s’efforça à les déchiffrer.
« C.E.R.E.S., ça vous dit quelque chose ? demanda-t-elle, sans s’adresser à qui que ce soit en particulier.
-Il me semble qu’il s’agissait de l’équivalent romain de la déesse grecque Déméter dans les religions primitives de la Terre d’Autrefois, expliqua Talford, sans en être certain.
-Le Comité a le sens de l’humour, visiblement. Sidney, vous pouvez nous en dire un peu plus ?
-Attendez… Hum… Voilà ! On devrait pouvoir satisfaire notre soif de connaissance ! »
A l’écran s’afficha un dossier de plusieurs milliers de pages dont les tous premiers mots étaient Centre for Examination & Research on Extraterrestrial Sciences.
« Je crois que vous avez votre réponse, fit la jeune femme, en regardant la capitaine. »
Celle-ci ne pipa mot. Des questions fusèrent dans sa tête, et ses sentiments se mélangèrent entre inquiétude et curiosité. Si l’on s’en tenait à ce document, la preuve de l’existence d’extraterrestres était avérée, et qui plus est, ceux-ci étaient étudiés par le Comité depuis des années. Que pouvaient-ils bien cacher d’autre ?
« C’est ridicule, lâcha Talford. Pourquoi le Comité irait-il cacher une base ultra secrète renfermant possiblement des extraterrestres et leur technologie à deux pas de la plus grosse station balnéaire de tout le Premier Déka ?
-Il n’y a pas de meilleur moyen de préserver un secret que de le cacher à la vue de tous, dit Sidney.
-C’est étrange, vous ne paraissez pas si surprise que ça.
-Je ne sais pas… Mon père avait l’habitude de me raconter des histoires le soir, lorsque j’étais gamine. L’une d’entre elles parlait d’un vaisseau extraterrestre qui s’était crashé sur une mystérieuse planète. Je me souviens qu’à chaque fois que je lui demandais si cette histoire était vraie, il ne me répondait pas, et se contentait d’un simple sourire. Je suppose que ça a suffi à conditionner mon esprit à la possibilité de l’existence de la vie sous une autre forme. »
Le silence refit son apparition, et bientôt tous les regards se portèrent sur la capitaine, qui n’avait pas bougé depuis l’inquiétante révélation.
« Il faut sortir d’ici, fut les seuls mots qui sortirent de sa bouche.
-Comment ?! s’étonna Sidney. On ne peut pas ! Il faut absolument nous procurer ce dossier…
-Nous n’avons pas de périphérique.
-Alors au moins le lire !
-Bien. Vous avez une demi-heure. Après ça, on retourne au vaisseau, et on décampe. »
Talford et Sidney se mirent à la tâche. En moins d’un quart d’heure, les premières informations intéressantes commencèrent à faire leur apparition.
« Votre père n’était pas si éloigné de la vérité, finalement, observa Talford.
-Que voulez-vous dire par là ?
-Si l’on en croit ces fichiers, un vaisseau alien s’est écrasé sur Déméter avant la colonisation. Il a ensuite été ramené dans ce complexe afin d’être étudié. Et… oh mon dieu. »
Il se stoppa net, forçant les deux femmes à se rapprocher de lui et à se pencher vers l’écran. Sidney continua la lecture à haute voix.
« "Le Normandy est un vaisseau hybride de technologie alien et humaine. Il a été conçu à partir des débris retrouvés et étudiés sur Déméter. "
-On a volé un vaisseau alien, commenta Johansen.
-Pas tout à fait, reprit Sidney. Il possède des technologies aliens.
-Tout ça a peu d’importance, intervint Julia. Revenons au vaisseau, revendons-le et on n’en entendra plus parler.
-Vous ne pouvez pas faire ça ! protesta la jeune femme. Ce vaisseau est une arme, une arme qu’on ne peut laisser entre de mauvaises mains.
-Que suggérez-vous ? Le ramener gentiment au Comité ?
-Le Comité fait parti de ces mauvaises mains. Gardons-le pour le moment.
-Je vais y réfléchir. Allez, on se bouge. »
La capitaine se dirigea vers l’extérieur de la salle et fut très vite rattrapée par Talford, qui lui attrapa le bras.
« Attendez, Julia. Il faut continuer à fouiller dans ces dossiers. L’un d’entre eux est peut être une sorte de mode d’emploi du Normandy. Et ça pourrait nous être fort utile. De plus, rien ne nous dit que Kosh soit capable de le faire décoller à nouveau.
-C’est juste que… »
Dans le même temps, une importante vague de poussière chuta du plafond accompagnée de morceaux de bétons, de métal et de terre. L’éboulement obstrua la seule issue, ensevelit partiellement les deux membres d’équipage et assomma la jeune informaticienne. Peu à peu, la lumière blanche laissa place au noir le plus total.

Il faisait noir. Très noir, comme au fin fond d’une caverne, en pleine nuit, et sous un ciel orageux. Au loin, une petite lumière peinait à faire le trajet depuis sa source jusqu’aux yeux de la petite fille qui se cachait, emmitouflée sous ses couvertures, sur son lit, de peur qu’un monstre quelconque ne sorte d’on ne sait où pour lui faire peur. La petite fille tenait fermement une brosse à cheveux et fixait avec attention la veilleuse à l’autre bout de la pièce. Si le monstre tentait une sortie, elle était prête à le recevoir.
Soudain, le bruit d’une porte qui claque la fit sursauter, lui donnant la chaire de poule et faisant haleter sa respiration. Puis une voix. Masculine. Puis féminine. Elle reprit son calme et un sourire s’afficha sur ses lèvres. Peu importait le monstre et toutes ses machineries : Papa était rentré. Elle ne l’avait pas vu depuis trois semaines, et il commençait à lui manquer.
Les voix montèrent d’un ton, et elle ne parut pas surprise d’entendre une fois de plus son père et sa mère se disputer. C’était toujours comme ça lorsqu’il rentrait de mission.
Après quelques minutes, les voix se calmèrent, et des bruits de pas se rapprochèrent de sa chambre. Ils s’arrêtèrent devant la porte quelques secondes, puis la poignée se mut délicatement, entrouvrant la porte et laissant apparaitre une fine raie lumineuse. L’homme entra et s’approcha du lit de la petite fille, sur lequel il s’assit doucement. Il commença à soulever les couettes et fut surpris de voir que l’enfant avait les yeux ouverts. Celle-ci s’assit et alluma sa lampe de chevet.
« Tu ne dors pas, ma chérie ?
-Je t’attendais Papa. Et puis, il y a le monstre.
-Promis, demain je m’en occupe.
-Tu ne repars pas, hein, dis ?
-Pas demain. Demain, on pourra passer la journée ensemble. »
La petite fille esquissa un large sourire que son père rendit, dévoilant ses dents blanches.
« Tu sais Papa, il ne faut pas que tu te disputes avec Maman.
-Tu as entendu… Je suis désolée chérie, mais tu sais que ta mère n’aime pas trop les secrets qu’implique mon travail. Elle aimerait savoir ce que j’ai fait pendant mon absence, mais je ne peux pas lui dire.
-Et à moi, tu peux le dire ? »
Il parut réfléchir un instant, les yeux perdus vers le coin du mûr.
« Non ma chérie, je ne peux pas non plus te le dire.
-Oh… Pourquoi ?
-Parce que sinon ce ne serait plus un secret.
-Bon, alors raconte-moi une histoire !
-Une histoire hein ? Mais je n’ai rien sous la main ! Où sont tes livres numériques ?
-Non, pas un des livres… Je les ai déjà lus plein de fois !
-D’accord, d’accord. Euh, laisse Papa réfléchir quelques secondes.
-Vas-y.
-Que dirais-tu d’entendre l’histoire des méchants aliens verts dans leur vaisseau spatial ?
-Ca finit bien ?
-Hum… Pas pour les aliens.(Il chuchota) Leur vaisseau finit par s’écraser.
-Super ! Raconte !
-Il y a bien longtemps, alors que les humains vivaient encore sur la Terre d’Autrefois… »

Sidney Weedpath ouvrit les yeux. A première vue, elle était toujours en vie, et dans la même pièce qu’avant sa perte de connaissance. Elle sentit du sang couler de sa tempe gauche, mais sans pouvoir le toucher, étant enfermée dans sa combinaison. Elle se releva délicatement, vérifiant qu’aucun os ne s’était brisé. Elle regarda succinctement autour d’elle mais ne pu apercevoir les deux membres de l’équipage du Normandy. Après quelques secondes de recherche, elle vit les jambes d’un scaphandre dépasser d’un tas de gravas. Elle tenta de déblayer, et finit par discerner le corps en entier. A priori, il s’agissait de Julia. Le tout était maintenant de retrouver Talford. Elle tenta de désobstruer le passage, et finit par tomber sur une main, reliée à un second scaphandre : le mécanicien. Elle continua, malgré sa migraine qui empirait. Bientôt, les deux corps étaient posés l’un à coté de l’autre. Sidney s’assit sur le sol, dos au mûr, et souffla quelques minutes. Elle entendit tousser dans la radio.
« Julia, c’est vous ?
-Sidney… Que… que s’est-il passé ?
-Un éboulement, je suppose. Vous et Talford êtes les plus touchés.
-Et vous, ça va ?
-Oui, je pourrais survivre.
-Bien. »
La capitaine se releva, visiblement pas trop amochée, et constata l’étendu des dégâts.
« Bon sang, on est dans le pétrin.
-Comment cela a-t-il pu arriver ?
-Le générateur. Lorsqu’on l’a redémarré, les vibrations ont du abimer la structure déjà endommagée.
-Mais pourquoi seulement maintenant ?
-Je pense qu’il y a du y avoir d’autres éboulements dans le bâtiment. Mais je vous avais demandé de fermer vos circuits auditifs extérieurs. Du coup, on n’a pas pu les entendre. Tout est de ma faute…
-Ne dîtes pas ça. Tout n’est pas perdu.
-Qu’allons-nous faire ?
-Occupez-vous de Talford, je vais tenter de joindre le Normandy. »
La jeune informaticienne s’approcha de l’interface tactile pendant que la capitaine s’assurait du bon fonctionnement du scaphandre de son mécanicien. Au premier abord, tout semblait normal. Pas de déchirure, pas de verre brisé. Sauf que Talford ne répondait pas.
« Il est probablement juste évanoui. Et même avec la meilleure volonté du monde, je ne peux rien faire. Si je le sors de sa combi, il mourra.
-Attendez, je pense qu’on va pouvoir établir une liaison… Ah, ça y est ! Normandy ? Normandy, ici Sidney Weedpath, nous avons quelques difficultés.
-Où est Julia ?
-Je suis là Lucia.
-Bon sang capitaine, fit Kosh, je pensais qu’on vous avait perdus. Ca fait dix heures que vous êtes partis !
-Il y a eu un éboulement. Talford est mal en point. Est-ce que vous pouvez faire quelque chose ?
-Désolé capitaine, mais je peux à peine avoir accès au service principal d’information. Je suis incapable de faire redécoller cette vieille carlingue.
-Vous ne pouvez pas nous rejoindre ? demanda Sidney.
-Non, répondit Lucia. Nous n’avions que trois scaphandres. De plus, un éboulement a bouché l’entrée du complexe.
-Bon sang, on est coincés ici !
-Attendez Julia. J’ai peut être une idée. Nous devons continuer à lire les archives du C.E.R.E.S., il y aura peut être quelques infos utiles sur le Normandy.
-Vous croyez que c’est le moment ?
-Avec un peu de chance, on pourra donner des instructions à votre pilote pour qu’il fasse décoller l’appareil…
-Même si on y arrive, ça ne nous avancera pas plus.
-Il y aura peut être autre chose. Et dans le pire des cas, ça leur permettra de partir chercher du secours. »
Julia réfléchit, les bras croisés, fixant l’écran. Elle semblait perdue, complètement hors de son statut de capitaine, passive, sous les ordres d’une jeune femme qu’elle connaissait à peine.
« On fait ça, ordonna Lucia à la radio. D’accord Julia ?
-Oui, oui, on fait ça. »
Les deux femmes se penchèrent sur deux écrans distincts et commencèrent à parcourir tout le dossier technique du Normandy. Elles passèrent l’heure suivante à recueillir des données concernant les commandes du vaisseau. Soudain, quelque chose retint le regard de la capitaine.
« Il semblerait que le vaisseau possède un accumulateur à antimatière.
-Qu’est-ce que c’est que ça ?
-Je n’en ai pas la moindre idée, mais les effets décrits pourraient nous aider : désintégration instantanée de la matière touchée par le rayon.
-Plutôt intéressant… Normandy, vous êtes toujours là ?
-Toujours, répondit le pilote.
-Ecoutez Iwan, on a peut être un moyen de s’en sortir. Mais vous allez devoir faire exactement ce que je dis, sans poser de questions, d’accord ?
-Compris.
-Bien. Pendant ce temps, Julia, vous pourriez demander à l’ordinateur de faire les calculs nécessaires à notre extraction ? Il ne faudrait pas que l’accumulateur fragilise encore plus le complexe… On ne peut risquer un autre éboulement. »
Quelques minutes après, grâce à leurs efforts conjugués, le Normandy avait redécollé et était en position stationnaire au dessus de l’île.
« Bien, maintenant, continua Sidney, si vous appuyez sur ce bouton, le capteur de signe de vie devrait s’afficher sur l’un de vos écrans.
-Ca marche.
-Positionnez-vous au dessus de nous trois.
-Euh… Est-il possible que le capteur bugue ?
-Ce serait plutôt étonnant, c’est une technologie largement supérieur à celle du Comité. Pourquoi ? Vous ne nous voyez pas ?
-S’il vous plaît, dîtes-moi que Talford est parti faire un tour…
-Non, il est toujours inconscient… Que… Oh. Vous voulez dire que…
-Il n’y a que deux signes de vie. »
Le pilote acheva sa phrase sur un sanglot, et à l’intérieur du C.E.R.E.S., toute l’attention se reporta sur le troisième scaphandre, toujours allongé le long d’un mûr. Julia Endo se précipita vers lui mais ne put rien faire de plus.
« Bon dieu, il est mort, fit-elle, les larmes aux yeux. »
Sidney la considéra quelques secondes sans trop savoir quoi faire. Ce n’était pas la première fois qu’elle était confrontée à la mort. La disparition de sa mère avait été un véritable déchirement, et sa relation avec son père en avait été totalement chamboulée. Mais cette fois les choses étaient différentes. Il fallait se concentrer sur l’instant présent si l’on ne voulait pas rajouter deux morts au tableau. Elle s’approcha doucement de la capitaine et lui posa une main sur l’épaule tout en se penchant.
« Julia, dit-elle d’une voix calme, il faut continuer.
-Et c’est moi que vous traitiez de sauvage ?!
-Ecoutez. Plus vite on sera de retour sur le Normandy, plus vite on pourra s’occuper de lui.
-Il n’y a rien à s’occuper. Il est mort. Vous ne comprenez donc pas ?
-Est-ce une raison pour que nous mourions toutes les deux à ses côtés ? »
Endo se tût et tourna son regard vers le corps sans vie, dans sa combinaison. C’est ce qu’elle avait redouté le plus en formant son propre équipage : les voir disparaître un par un. Malgré tout, cette jeune femme, cette bureaucrate du Comité, aussi étrange que cela puisse paraître, semblait avoir raison. Et peut être même plus. Elle semblait plus à même de comprendre comment servir l’intérêt du bien commun. Etait-ce une raison suffisante pour l’écouter ? Probablement. Elle lui avait sauvé la vie. Deux fois.
« Iwan, commença-t-elle, des larmes sèches, qu’elle ne pouvait effacer, sur le visage, reprends-toi et finis l’opération.
-Merci Julia, dit Sidney. Iwan, maintenant que vous êtes sur notre position, vous allez enclencher l’accumulateur avec les caractéristiques que je vais vous donner.
-Vous ne risquez pas de cramer ?
-Nos combinaisons devraient nous protéger. Bon, je vous explique la manœuvre. »
Un faisceau lumineux d’un mètre de diamètre ne tarda pas à s’échapper du Normandy et vint frapper les végétaux grisâtres qui peuplaient la petite île. Au contact de l’antimatière, chaque atome commença à se désintégrer, mais l’opération semblait être plus longue que prévue.
« D’après le vaisseau, on en a pour plusieurs heures… Deux, peut être trois.
-Bien reçu, confirma Julia. Lucia, peux-tu préparer une salle pour qu’on y amène Talford ?
-Oui capitaine.
-Ainsi que des cordes, et un périphérique de stockage, ajouta Sidney.»

Les deux femmes n’échangèrent pas un seul mot pendant la longue attente. Julia était recroquevillée dans un coin de la pièce, près du corps du mécanicien, et Sidney s’était réfugiée de l’autre côté, pour limiter les risques lorsque le faisceau aurait traversé l’épaisseur qui les séparait du monde réel. Après plusieurs heures passées dans l’antre du C.E.R.E.S., elles furent enfin libérées, et de retour sur le mystérieux vaisseau. Le corps de Talford, retiré de son scaphandre, avait été placé dans ce qui semblait être l’infirmerie. Un drap blanc recouvrait entièrement son corps. La cause de la mort n’avait pas été trop difficile à diagnostiquer : il avait subi un sévère traumatisme crânien dû à l’éboulement, et il avait perdu beaucoup de sang à l’arrière de la tête. A présent, il gisait, paisible, sur une table métallique, attendant d’être ramené chez lui, si tant est qu’il en ait un.
Le reste de l’équipage, quant à lui, était rassemblé dans la salle de pilotage, illuminée par les millions d’étoiles qui peuplaient l’espace froid et dangereux, en orbite autour de Déméter.
« Il faut décider de notre prochain mouvement, s’inquiéta Sidney, face à l’inaction des autres.
-On n’ira nulle part sans avoir rendu un dernier hommage à Talford, imposa Lucia. Et pas ici, par sur cette ignoble planète.
-Akragas, intervint Endo. Il me semble qu’il avait de la famille sur Akragas.
-Si on pose les pieds là bas, on va se faire arrêter en moins de deux, contra Iwan. Le vaisseau se fera repérer dès son inscription. On ne peut pas risquer ça, même pour Talford.
-A moins qu’il ne présente rien de suspect, proposa Sidney. Vu de l’extérieur, il n’attire pas forcément l’œil.
-Et comment comptez-vous nous obtenir une autorisation d’atterrissage ? continua le pilote.
-J’ai piraté l’ordinateur du complexe le plus secret du Comité. Et puis, avec ce qu’on a récupéré sur le périphérique, je pourrai certainement me familiariser avec ce nouvel équipement, et avoir accès à presque n’importe quel réseau de la planète en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.
-On prend le risque, décida Julia. Il le mérite. »

Le Normandy réapparut autour d’Akragas et se dirigea vers l’Astroport Aristotélês dont la blancheur contrastait fortement avec le noir mâte de la coque du vaisseau. Assise face à un écran en salle des machines, Sidney Weedpath s’était introduite dans le réseau informatique de l’Astroport et travaillait à donner une nouvelle identité à la carlingue. Un doute l’envahit lorsqu’elle en arriva à attribuer un nom au propriétaire du vaisseau. Elle pouvait mettre n’importe quoi, puisqu’elle était capable de modifier n’importe qu’elle information dans les données du réseau. Mais une force indicible guida ses mains sur l’interface et bientôt, le nom de Katrina Weedpath s’afficha sur l’écran. Elle savait qu’en faisant cela, elle fournirait un indice non négligeable à son père, qui était probablement déjà parti à sa recherche. Mais ce qu’elle ignorait, c’est si elle avait vraiment envie qu’il la retrouve.
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MessageSujet: Re: Normandy   Jeu 23 Fév 2012 - 0:46

Well well well... (oui, je commence tous mes commentaires par ça)

L'avantage, avec ce format, c'est d'avoir une histoire qui avance relativement vite, et qui nous plonge directement au coeur de l'action. Même s'il s'agit ici plus d'un retour vers le passé par rapport au chapitre précédent ^^

Et mine de rien, quelques informations sur l'Univers, le background général qui sont dispersées au fil des dialogues, ça fait toujours plaisir ^^

Tiens, d'ailleurs, juste une chose que j'ai remarqué avec tes écrits, c'est que tu sembles être bien plus à l'aise avec les dialogues qu'avec les longues descriptions. Après, ce n'est pas une critique des descriptions, c'est juste une impression globale.


Citation :

Citation :
Est-ce qu'on aura droit au retour d'autres organisations ou personnages de Sidus, dans une optique sérieuse cette fois-ci ?


Quelque chose comme ça est prévu. Mais j'évite d'en dire plus pour l'instant ^^

Oh, à ce propos : Le Cartel rappelle qu'il n'a strictement rien à voir avec les élucubrations scientifiquement impossibles sur le passage sur l'antimatière qui, normalement, devrait plutôt faire des explosions dignes d'Hiroshima à chaque demi-gramme d'air rencontré sur le chemin. Et vous informe qu'une enquête est en cours pour savoir qui à remplacé notre ingénieur en chef pour l'écriture dudit passage (*regarde le personnel Confrérique*) Je ne vise personne, suivez mon regard.
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MessageSujet: Re: Normandy   Jeu 23 Fév 2012 - 8:47

C'est vrai que j'ai un peu de mal avec les longues descriptions... Mais j'y arriverai un jour, j'y arriverai.

Citation :
Oh, à ce propos : Le Cartel rappelle qu'il n'a strictement rien à voir avec les élucubrations scientifiquement impossibles sur le passage sur l'antimatière qui, normalement, devrait plutôt faire des explosions dignes d'Hiroshima à chaque demi-gramme d'air rencontré sur le chemin. Et vous informe qu'une enquête est en cours pour savoir qui à remplacé notre ingénieur en chef pour l'écriture dudit passage (*regarde le personnel Confrérique*) Je ne vise personne, suivez mon regard.

hi hi Je me doutais bien que ce passage en ferait tiquer certains. Bien entendu que ça devrait faire un énorme BOUM et tuer tout le monde dans un rayon abracadabrantesque (tu me diras, comme y'a personne sur la planète...). M'enfin. Il s'agissait surtout d'un clin d'oeil pour un ami qui suit aussi les aventures du Normandy, une référence à une conférence sur l'antimatière à laquelle nous avons eu droit il y a quelques semaines au lycée. Je prends donc l'entière responsabilité de cette aberration scientifique et j'assume.

Enfin... Cela ne doit pas non plus éclipser la part de responsabilité de la CSB, qui a toujours une part de responsabilité, quoi qu'il arrive.
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MessageSujet: Re: Normandy   Sam 25 Fév 2012 - 12:35

Un très bon chapitre, qui continue de faire avancer l'action à toute vitesse, mais sans qu'on ait à aucun moment l'impression que les choses semblent précipitées ^^ Bref, un très bon boulot au niveau du rythme.

Pas mal aussi de continuer ce chapitre avec Sydney : je ne m'y attendais pas. J'aime bien l'équipage du Normandy, le léger côté Firefly est franchement sympa !

Je rejoins Vyslanté à propos des descriptions, par contre : il faudrait que tu réussisses à les intégrer un peu plus subtilement à l'ensemble, là ça fait un peu forum RPG, les longues descriptions physiques des persos les uns après les autres. Je sais, j'ai le même défaut... En revanche, je trouve tes descriptions de Déméter plutôt bien fichues, dans la mesure où une ambiance vraiment particulière et glauque se dégage de la planète ^^

Bref, une fic vraiment prenante, continue sur cette lancée !
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